L’Encyclopédie/1re édition/FERMETÉ

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FERMETÉ, s. f. (Gramm. & Littér.) vient de ferme, & signifie autre chose que solidité & dureté. Une toile serrée, un sable battu, ont de la fermeté sans être durs ni solides. Il faut toûjours se souvenir que les modifications de l’ame ne peuvent s’exprimer que par des images physiques : on dit la fermeté de l’ame, de l’esprit ; ce qui ne signifie pas plus solidité ou dureté qu’au propre. La fermeté est l’exercice du courage de l’esprit ; elle suppose une résolution éclairée : l’opiniâtreté au contraire suppose de l’aveuglement. Ceux qui ont loüé la fermeté du style de Tacite, n’ont pas tant de tort que le prétend le P. Bouhours : c’est un terme hasardé, mais placé, qui exprime l’énergie & la force des pensées & du style. On peut dire que la Bruyere a un style ferme, & que d’autres écrivains n’ont qu’un style dur. Article de M. de Voltaire.

Fermeté & Constance, synon. La fermeté est le courage de suivre ses desseins & sa raison ; & la constance est une persévérance dans ses goûts. L’homme ferme résiste à la séduction, aux forces étrangeres, à lui-même : l’homme constant n’est point ému par de nouveaux objets, & il suit le même penchant qui l’entraîne toûjours également. On peut être constant en condamnant soi-même sa constance ; celui-là seul est ferme, que la crainte des disgraces, de la douleur, & de la mort même, l’espérance de la gloire, de la fortune, ou des plaisirs, ne peuvent écarter du parti qu’il a jugé le plus raisonnable & le plus honnête. Dans les difficultés & les obstacles, l’homme ferme est soûtenu par son courage, & conduit par sa raison ; il va toûjours au même but, l’homme constant est conduit par son cœur ; il a toûjours les mêmes besoins. On peut être constant avec une ame pusillanime, un esprit borné : mais la fermeté ne peut être que dans un caractere plein de force, d’élevation, & de raison. La legereté & la facilité sont opposées à la constance ; la fragilité & la foiblesse sont opposées à la fermeté. Voyez Constant, (Synon.)

Fermeté. (Physiol.) stabilité du corps, de ses membres, se dit de l’attitude dans laquelle on se tient ferme, c’est-à-dire dans laquelle l’action continuée des muscles retient le corps ou quel que membre dans une situation, dans un état où il ne cede pas aisément aux puissances qui tendent à le faire changer, soit que cette attitude consiste à être debout, ou assis, ou couché ; soit qu’il soit question d’avoir les bras où les jambes étendus ou fléchis d’une maniere fixe, appuyant, soûtenant quelque fardeau, pressant quelque levier ; soit qu’il s’agisse de s’empêcher de tomber, d’être renversé par un coup de vent, d’être terrassé par un adversaire dans un combat de lutte, &c.

La fermeté, dans ce sens, consiste donc à conserver sans relâche la position dans laquelle on s’est mis ; à faire cesser tout mouvement, sans cesser de soûtenir les efforts contraires à cette position. Voyez Muscle, Debout. (d)