L’Encyclopédie/1re édition/MUSCLE

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MUSCLE, s. m. musculus, en Anatomie, partie charnue & fibreuse du corps d’un animal, destinée à être l’organe ou l’instrument du mouvement. Voy. Mouvement.

Ce mot vient du grec μυσ, ou du latin mus, un rat, & c’est à cause de la ressemblance que les muscles paroissent avoir avec des rats écorchés. Le D. Douglat prétend qu’il vient de μυεν, fermer ou resserrer, parce que c’est la fonction propre du muscle.

Le muscle est un paquet de lames minces & paralleles, & se divise en un grand nombre de petits faisceaux ou petits muscles renfermés chacun dans sa membrane propre, & de la surface intérieure desquels partent une infinité de filamens transverses qui coupent le muscle en autant de petites aires distinctes, remplies chacunes par leurs petits faisceaux de fibres. Voyez nos Planches anat. & leur explic. Voyez aussi l’article Fibre.

Les muscles se divisent ordinairement en trois parties, la tête, la queue, & le ventre. La tête & la queue, qu’on appelle aussi tendons, sont les deux extrémités du muscle : la premiere est celle qui est attachée à la partie stable, & l’autre celle qui l’est à celle que le muscle doit faire mouvoir. Voyez Tendon.

Le ventre est le corps du muscle, c’est une partie épaisse & charnue, dans laquelle s’inserent des arteres & des nerfs, & d’où sortent des veines & des canaux lymphatiques.

Toutes ces parties d’un muscle, le ventre & les tendons, sont composés des mêmes fibres ; elles ne different, qu’en ce que les fibres des tendons sont plus serrées les unes contre les autres que celles du ventre, qui sont plus lâches ; ce qui fait qu’il s’y arrête ordinairement assez de sang pour les faire paroître rouges, au-lieu que les tendons sont blancs, parce qu’ils sont d’une texture assez serrée pour empêcher la partie rouge du sang d’y passer : ainsi la différence qu’il y a entre le ventre & les tendons paroît être à-peu-près la même que celle qu’il y a entre un écheveau de fil, & un cordon qu’on auroit formé de ces mêmes fils.

Tous les muscles n’agissent qu’autant que leur ventre s’enfle ou se gonfle, ce qui les racourcit assez pour tirer à eux, ou pour entraîner, suivant la direction de leurs fibres, les corps solides auxquels ils sont attachés. Tout ce qu’on peut donc demander sur le mouvement musculaire, c’est de déterminer la structure des muscles, & la cause de leur gonflement.

Chaque muscle simple est donc composé d’un ventre charnu, & de deux tendons ; mais il peut, outre cela, se diviser en d’autres de même nature, quoique moindres, & ceux-ci en d’autres encore plus petits, toujours de même nature que le plus grand ; & cette division peut être portée au-delà de tout ce qu’on sauroit imaginer, quoiqu’on doive penser qu’elle a ses bornes. Ces petits muscles, qui sont de même nature que le premier, doivent donc avoir aussi leur ventre & leurs tendons ; ce sont ce qu’on appelle des fibres musculaires, & c’est de l’assemblage, ou de l’union de plusieurs que sont composés les muscles proprement dits. Voyez Fibres.

Quelques auteurs croient que les fibres musculaires sont des prolongemens des arteres & des veines, ou les extrémités capillaires de ces vaisseaux anastomoses & entrelacés les uns avec les autres : que lorsque ces mêmes vaisseaux se gonflent, leurs extrémités s’approchent l’une de l’autre, ce qui fait que l’os auquel tient la partie du muscle qui doit se mouvoir, s’avance vers l’autre. Mais l’observation que nous venons de rapporter, prouve évidemment que ces vaisseaux ne sont ni veineux, ni artériels, ni lymphatiques : s’ils sont vésiculaires, ou si ce ne sont que des especes de cordes, c’est ce qui est encore en question. Muys dit les avoir vu vésiculaires à travers le microscope.

Boerhaave ayant remarqué que les nerfs s’insinuent dans tous les muscles le long de leurs veines & de leurs arteres ; & que sans faire même attention à leur enveloppe extérieure, ils se distribuent, outre cela, si parfaitement dans tout le corps du muscle, qu’on ne sauroit assigner aucune partie qui en soit destituée, enfin qu’ils se terminent dans le muscle, au lieu que dans les autres parties du corps leurs extrémités se répandent en forme de membrane : il en a conclu que les fibres musculaires ne sont autre chose que les expansions les plus déliées des nerfs, dépouillées de leur enveloppe, creusées en dedans, de la figure d’un muscle, & pleines d’un esprit, que le nerf, qui a son origine dans le cerveau, leur communique au moyen de l’action continuelle du cœur. Voyez Nerf.

C’est de ces fibres unies ensemble que se forment les petits faisceaux ou paquets, qui ont encore chacun leur membrane particuliere, dans laquelle ils sont renfermés, & qui les sépare les uns des autres ; cette membrane est très-déliée, poreuse en-dedans, & pleine d’une huile qui s’y accumule pendant le repos, & qui se consume dans le mouvement : ce sont les arteres qui la fournissent, & elle sert avec un suc muqueux & doux que séparent les arteres exhalantes qui arrosent le tissu cellulaire, qui les unit toutes les unes avec les autres.

Outre ces nerfs, il entre encore des arteres dans les muscles ; & il y en entre en si grande abondance, & d’une telle contexture, qu’on seroit tenté de penser que tout le corps du muscle en seroit composé ; elles se distribuent principalement entre les petits faisceaux & les membranes qui les séparent les unes des autres, & peut-être aussi dans la surface extérieure de chaque fibrille, dans le plexus réticulaire dès qu’elles elles se terminent en de petits vaisseaux secrétoires huileux, & de petits vaisseaux limphatiques, & peut-être en de petites fibrilles creuses, semblables à des nerfs, fibrilles qui peuvent encore ou bien se terminer dans la cavité des fibres nerveuses musculaires, ou en former d’autres semblables à elles-mêmes. Au-moins est-il évident que chaque branche d’artere qui se trouve dans les muscles, & qui s’unissent à eux, en augmentent le volume ; ce qui fait que les vaisseaux sanguins des muscles sont aussi lymphatiques.

Tous les muscles ou toutes les paires de muscles que nous connoissons, sont donc composés de deux sortes de fibres, de longitudinales, que nous venons de décrire, & qui sont attachées les unes aux autres par le tissu cellulaire.

Nous avons déja observé que le tendon d’un muscle est composé d’un même nombre de fibres que le muscle même, avec cette différence, que les cavités des fibres musculaires diminuant vers les tendons, & y perdant de leur diametre, elles forment dans cet endroit un corps compacte, dur, ferme, sec & étroit, qui n’est que très-peu vasculaire. Il paroît donc partout ce que nous avons dit que la rougeur du muscle lui vient du sang, & que son volume vient de la plenitude des arteres, des veines, des cellules huileuses & des vaisseaux lymphatiques ; & on voit par-là pourquoi dans un âge avancé, dans la maigreur, les consomptions, les atrophies, dans une chaleur continuée & des travaux pénibles, leur rougeur diminue aussi-bien que leur volume, quoique le mouvement s’y conserve dans tous ces états ou toutes ces circonstances. Il y a plus, le mouvement peut encore avoir lieu lors même que les muscles n’ont point du tout de rougeur, comme il paroit dans les insectes dont on ne sauroit appercevoir la chair.

On peut séparer les uns des autres sans les rompre, les fibres, les petits faisceaux, les arteres & les nerfs, soit dans les corps vivans, soit dans les cadavres. Ils sont toujours dans un certain degré de tension, & doués d’une force contractive, de façon que lorsqu’on les divise, leurs extrémités s’éloignent l’une de l’autre, ce qui les fait devenir plus courtes, diminue leur volume, les contracte en une espece de surface angulaire, & en exprime les sucs qu’ils contiennent. Il paroît donc de-là qu’ils sont toujours dans un état violent, & qu’ils s’opposent toujours à leur alongement, qu’ils font toujours efforts pour se racourcir, plus encore dans les corps vivans que dans les cadavres, & qu’ils ont, par cette raison, besoin d’en avoir d’autres antagonistes.

Si le cerveau est fortement comprimé, ou qu’il ait reçu quelque violente contusion, s’il est en suppuration, obstrué ou déchiré, l’action volontaire des muscles cesse à l’instant aussi-bien que tous les sens & la mémoire, quoique l’action spontanée des muscles du cœur, du poumon, des visceres & des parties vitales subsiste malgré cela. Si ces mêmes altérations arrivent au cervelet, l’action du cœur, & des poumons, & de la vie même cesseront, quoique le mouvement vermiculaire continue encore long-tems dans l’estomac & dans les intestins.

Si on comprime, ou si on lie le nerf d’un muscle, qu’il vienne à se corrompre, ou qu’on le coupe, tout le mouvement de ce muscle, soit vital, soit volontaire cessera à l’instant ; & si on lie, ou si on coupe, &c. un tronc de nerf qui envoie des branches à différens muscles, il leur arrivera à tous la même chose : enfin si on en fait autant à quelque partie que ce soit de la moële allongée, on détruira par-là l’action de tous les muscles dont les nerfs prennent leur origine en cet endroit, & il en arrivera de même si on en fait autant à l’artere, qui porte le sang à un ou à plusieurs muscles.

Lorsqu’un muscle est en action, son tendon ne souffre point d’altération sensible ; mais son ventre s’accourcit, devient dur, pâle, gonflé, les tendons s’approchent plus qu’ils n’étoient l’un de l’autre, & la partie la plus mobile, qui est attachée à l’un des tendons, est tirée vers la moins mobile, qui est attachée à l’autre extrémité. Cette action d’un muscle s’appelle sa contraction ; elle est plus grande & plus forte que cette contraction inhérente dont nous avons parlé au sujet du premier phénomene que nous avons rapporté ; & ainsi elle n’est point naturelle, mais surajoutée. Lorsque le muscle n’est point en action, ses tendons restent toujours les mêmes, mais son ventre devient plus mol, plus rouge, plus lâche ; le muscle est plus long & plus plat, c’est cet état d’un muscle, qu’on appelle sa restitution, quoique ce soit ordinairement l’effet de l’action contraire du muscle antagoniste ; car si cette derniere action n’avoit point lieu, la contraction du premier muscle, qui ne seroit point balancée par l’action de l’antagoniste, continueroit toujours.

Si l’un des antagonistes reste en repos, pendant que l’autre est en action, en ce cas le membre sera mis en mouvement ; s’ils agissent tous deux à la fois, il sera fixé & immobile ; s’ils n’agissent ni l’un ni l’autre, il restera sans mouvement & prêt à se mouvoir à l’occasion de la moindre force qui pourra le solliciter pour cela.

Tous ces changemens se produisent dans le plus petit instant & dans tout le muscle à-la-fois, de façon qu’ils peuvent successivement avoir lieu, cesser, recommencer, &c. sans qu’il en reste après cela la moindre trace dans le corps.

Si l’on injecte de l’eau chaude dans l’artere d’un muscle en repos, même dans celui d’un cadavre, on y rétablira la contraction, & cela long-tems même après la mort : les expériences par lesquelles on fait contracter un muscle, en augmente le volume plutôt que de le diminuer.

Lorsqu’un membre est plié par quelque force extérieure, & sans l’influence de la volonté, le muscle fléchisseur de ce membre se contracte comme si c’étoit par un mouvement propre ; mais cependant pas tout-à-fait si vivement. Lorsque la volonté reste dans l’indifférence, tous les muscles volontaires, & tous leurs vaisseaux sont également pleins, & ils reçoivent une espece de mouvement du sang & des esprits qui sont portés uniformément & en même tems dans toute l’étendue du corps.

Quant à l’application qu’on peut faire de cette structure des muscles, pour expliquer le grand phénomene du mouvement musculaire, voyez Mouvement musculaire.

Les muscles des mouvemens involontaires, ou nécessaires, renferment en eux-mêmes la force qui les contracte, qui les étend, & n’ont point d’antagonistes : tels sont, à ce qu’on croit, le cœur & les poûmons. Voyez Cœur & Poumons.

Les muscles des mouvemens volontaires que nous nommons plus particulierement muscles, & qui sont ceux dont il est principalement question ici, ont chacun leurs muscles antagonistes qui agissent alternativement dans des directions contraires ; l’un se relâchant pendant que l’autre se contracte au gré de la volonté. Voyez Mouvement.

Les muscles ont différens noms, & ces noms sont relatifs à leur nombre, à leur figure, à la direction de leurs fibres, à leur situation, à leur insertion, aux parties qu’ils meuvent, à leur action, à leur usage, à leur comparaison, à leur composition, & à quelque propriété singuliere.

Nombre. Ils sont nommés premier, 2, 3, 4, 5, &c. C’est aussi dans ce sens qu’on dit, le bras a neuf muscles qui servent à ses différens mouvemens, &c.

Direction. Le corps étant conçu divisé en deux parties égales & symmétriques par un plan auquel un second placé sur la tête & parallele à l’horison, seroit perpendiculaire, & à un troisieme placé depuis le front jusqu’à l’extrémité des doigts du pié qui seroit conséquemment perpendiculaire aux deux premiers. Alors outre les noms d’antérieurs, de postérieurs, d’externes ou d’internes, de sublimes ou de profonds, de supérieurs ou d’inférieurs ; les muscles prennent encore différens noms par rapport à la direction de leurs fibres, relativement à ces trois plans. En effet, si ces fibres rencontrent le plan qui divise le corps, &c. à angle droit, le muscle est appellé transverse ou transversal, si elles le rencontrent obliquement, de maniere que le sommet de l’angle qu’elles forment avec ces plans, regarde le plan horisontal ; on l’appelle oblique, convergent, ou ascendant, & oblique divergent ou descendant, si l’angle est tourné dans un sens opposé : enfin, lorsqu’elles sont paralleles au plan des divisions, le muscle s’appelle droit.

Figure. Les muscles étant composés des fibres droites ou courbes ; si elles sont courbes, tout le monde connoissant assez ce que c’est qu’un cercle ou un rond, les Anatomistes ont attribué au cercle les différens rapports que les fibres courbes pouvoient avoir avec les courbes ; ils ont appellé les muscles qui en sont composés de même que ces fibres, orbiculaire, circulaire, semi-orbiculaire, semi-circulaire. Lorsque les fibres qui composent un muscle sont droites, comme elles sont quelquefois, paralleles, obliques, & perpendiculaires, les unes par rapport aux autres ; & dans ces deux derniers cas lorsqu’elles se rencontrent quelquefois, & que d’autres fois elles se coupent ; enfin, un muscle étant composé de fibres droites & courbes, paralleles & obliques ; & dans tous ces cas, lorsqu’on n’a fait attention qu’à une ou deux des dimensions les plus sensibles du muscle, on lui a donné le nom des surfaces dont il approchoit le plus. Ainsi lorsque les fibres sont placées sur une même ligne, & qu’elles se rencontrent toutes par leurs autres extrémités dans un petit espace qui est regardé comme un point, on le nomme le muscle triangulaire ; si les trois côtés du triangle que le muscle représente sont inégaux, on l’appelle scalene.

Lorsque les fibres paroissent paralleles les unes aux autres & perpendiculaires entre les deux extrémités, on donne au muscle le nom de quarré ; si elles sont paralleles entre elles, & obliques entre leurs extrémités, on appelle le muscle romboïde : si les fibres sont en partie paralleles, & en partie obliques entre elles à leurs extrémités, le muscle prend le nom de trapeze. Lorsqu’on a égard aux trois dimensions du muscle, & que les fibres sont attachées par l’une de leurs extrémités à une base large relativement à l’endroit où elles s’attachent par leur autre extrémité, on l’appelle pyramidale : si ces fibres s’attachent par l’une de leurs extrémités dans un petit espace, & qu’elles s’épanouissent en forme d’éventail, on l’appelle le muscle rayonné. Si les fibres se rencontrent alternativement, & que les angles qu’elles forment soient placées les unes sur les autres à-peu-près comme dans les aîles des plumes, le muscle prend le nom de perniforme. Lorsque les fibres sont disposées de façon que les muscles représentent une poire, on l’appelle périforme, vermiculaire, ou lombricaire s’ils ressemblent à un ver, & enfin dentelé, s’ils se terminent par une de leurs extrémités en forme de dents de scie.

Situation. Les muscles prennent différens noms par rapport à leur situation ; & c’est de-là que viennent les noms de frontaux, occipitaux, inter-épineux, inter-transversaire, inter-vertebraux, &c.

Insertion. Les muscles prennent quelquefois le nom de l’une des parties à laquelle ils s’attachent ; tels sont les muscles incisifs, canains, zigomatiques, ptérigoïdiens, &c. quelquefois des deux extrémités où ils s’attachent : tels sont les muscles stylo-hyoïdiens, milo-hyoidiens, genio-hyoïdiens, &c. quelquefois enfin, de trois parties, &c. lorsqu’il s’attache à trois endroits différens, &c. c’est-à-dire, lorsque l’une de leurs extrémités se terminent par deux parties différentes ; tels sont les muscles sterno-clino-mastoïdiens.

Usages. Les muscles portent quelquefois le nom des parties qu’ils meuvent : c’est dans ce sens qu’on dit les muscles des yeux, des oreilles, du nez, de la bouche, &c.

Action. Les muscles sont appellées de leur action relative aux parties qu’ils meuvent ; fléchisseurs, extenseurs, rotateurs, constricteurs, dilatateurs, &c. Masseter. Par rapport aux plans de division du corps, &c. Adducteur, lorsqu’ils approchent les parties vers ce plan ; abducteurs, lorsqu’ils s’en éloignent ; relevcurs, supinateurs, & érecteurs, lorsqu’ils les relevent vers le plan horisontal ; abaisseurs & pronateurs, lorsqu’ils les meuvent dans un sens contraire.

Comparaison. Plusieurs muscles comparés ensemble, peuvent relativement à une ou à plusieurs de leurs dimensions, être dits longs ou courts, grands, moyens, petits, larges, gros, ou grêles, demi-nerveux & demi membraneux, s’ils ressemblent à des membranes.

Composition. Les muscles par rapport à leur plus ou moins de composition sont appellés biceps, triceps, lorsque leurs extrémités qui regardent le plan horisontal, sont partagés en deux ou trois parties ; jumeaux, si ces deux portions sont égales, digastriques, trigastriques, &c. si le muscle est divisé en sa longueur en plusieurs portions ou ventres.

Propriété. Certains muscles prennent leurs noms de quelque propriété particuliere ; tels sont les obscurateurs, les complexus, le diaphragme, le perforant, le perforé, &c.

Les Anatomistes ne sont pas d’accord sur le nombre des muscles du corps humain ; il y en a qui en comptent jusqu’à 529, & d’autres n’en comptent que 425 : les hommes & les femmes ont les mêmes muscles, si on en excepte quelques-uns des parties de la génération. Il y en a qui sont par pairs, & d’autres qui sont impairs : il est assez difficile d’en déterminer le nombre, parce qu’il varie dans différens sujets, suivant qu’ils sont plus ou moins charnus. En voici l’énumération par rapport aux régions dans lesquelles ils s’observent.

Autour du crâne 4. antérieurement les deux frontaux, & postérieurement les deux occipitaux, qui en s’unissant renferment une espece de calotte.

Autour de l’oreille externe, le releveur, l’adducteur, 1, 2, ou 3 abducteurs.

Sur l’oreille externe, le tragien, l’antitragien, le grand hélicien, le petit hélicien, & le muscle de la conque.

A la partie postérieure de l’oreille externe, le grand & le petit transversaire.

Dans l’oreille interne, 3. muscle du marteau & un de l’étrier.

Sur la face, les deux sourciliers, les deux orbiculaires des paupieres, les deux pyramidaux du nez, les deux obliques descendans du nez, les deux obliques ascendans, ou les deux myrtiformes, les deux grands incisifs, les deux canins, les deux petits zigomatiques, les deux rieurs, les deux grands zigomatiques, les deux triangulaires, le quarré, ou les deux obliques de la levre inférieure, les deux petits incisifs de la levre inférieure, l’orbiculaire des levres, les deux buccinateurs.

Sur les tempes, les deux crotaphites.

Sur les joues, les deux masseters.

Dans la cavité de l’œil, le releveur de la paupiere supérieure, 6 de l’œil, le grand oblique, le releveur, l’abducteur, l’adducteur, l’abaisseur, & le petit oblique.

Sur la partie antérieure du col, les deux très-larges du cou, ou les deux peauciers, les deux sterno-clino-mastoidiens, les deux homo-hyoïdiens, les deux sterno-hyoïdiens, les deux sterno-thyroïdiens, les deux hyothyroïdiens, les deux digastriques de la mâchoire, les quatre stylo-hyoïdïens, les deux styloglosses, les deux stylo-pharingiens, les deux milohyoïdiens, les deux genio-hyoïdiens, les deux cerato-glosses, les deux basio-glosses, les deux chondroglosses, les deux genio-glosses, les deux muscles propres de la langue, l’ésophagien, les deux thyro-palatins, ou straphili-pharingiens, les deux salpingopharingiens, le céphalo-pharingiens, les deux ptérigo-pharingiens, les deux mylo-pharingiens, les deux genio-pharingiens, les deux chondro-pharingiens, les deux cérato-pharingiens, les deux syndesmo-pharingiens, les deux thyro-pharingiens, les deux crico-pharingiens, les deux glosso-palatins, les deux thiro-palatins, les deux peristaphilins internes, les deux peristaphilins externes, l’azygos, les deux crico-arythénoïdiens postérieurs, les arythénoïdiens obliques, l’arythénoïdien transverse, les crico-arythénoïdiens latéraux, les deux thyro-arythénoïdiens.

Sous les joues, les deux ptérygoïdiens internes, & les deux ptérygoïdiens externes.

Sur la poitrine, les deux grands pectoraux, les deux petits pectoraux, les deux souclaviers, les deux grands dentelés.

Sur le bas-ventre, les deux grands obliques externes, les deux obliques internes, les deux transverses, les deux droits, & les deux pyramidaux.

Autour du cordon spermatique & du testicule, les deux crémasters.

Entre la poitrine & le bas-ventre, le diaphragme.

En-dedans de la poitrine antérieurement, le triangulaire du sternum, & postérieurement les sur-costaux.

A la partie supérieure des lombes & de la cuisse, les deux petits psoas, les deux grands psoas, les deux iliaques internes, les deux quarrés ou triangulaires des lombes.

Autour du periné dans l’homme, les deux accélérateurs & les deux érecteurs de la verge.

Autour des parties de la génération de la femme, les deux constricteurs du vagin, les deux érecteurs du clitoris.

Autour de l’anus, le sphincter externe de l’anus, les transverses du periné, les deux releveurs de l’anus, les deux ischio-coccigiens, les deux sacro-coccigiens, le coccigien, le sphincter interne de l’anus, les deux grands & les deux petits prostatiques dans l’homme.

Sur le dos, à la partie postérieure du cou & des lombes, les deux trapezes, les deux grands dorsaux, les deux grands & les deux petits rhomboïdes, les deux dentelés postérieurs supérieurs, les deux dentelés postérieurs inférieurs, les deux releveurs propres des omoplates, le splenius de la tête, les deux splenius du cou, les deux digastriques de la tête, les deux grands complexus, les deux petits complexus, les deux transversaires cervicaux, les deux cervicaux descendans, les deux sacro lombaires, & les deux longs dorsaux, les épineux du dos, les demi-épineux du dos, les épineux du cou, les interépineux du cou, les deux grands droits postérieurs de la tête, les deux petits droits postérieurs de la tête, les deux obliques inférieurs de la tête, les deux obliques supérieurs de la tête, les transversaires épineux du cou, les inter-épineux du cou, du dos, des lombes, les inter-vertébraux du cou, du dos, des lombes, les grands & les petits releveurs des côtes.

Entre les côtes, les intercostaux internes, les intercostaux externes.

Sur les parties latérales & antérieures du cou du squelete, les deux premiers scalenes, les deux petits scalenes, les deux scalenes latéraux, les deux scalenes moyens, les deux scalenes postérieurs, les deux grands droits antérieurs de la tête, les deux longs du cou, les deux petits droits antérieurs de la tête, les deux droits latéraux de la tête, les intertransversaires antérieurs du cou, les intertransversaires postérieurs du cou.

A la partie supérieure du bras & autour de l’épaule, le deltoïde, le sur-épineux, le sous-épineux, le petit rond, le grand rond, le sous-scapulaire.

Autour du bras, le biceps, le coraco-brachial, le brachial interne, le triceps du bras.

Autour de l’avant-bras, le long supinateur, le long & le court radial externe, l’extenseur commun des doigts de la main ; l’extenseur propre du petit doigt de la main, le cubital externe, l’anconé, le court supinateur, le long abducteur du pouce de la main ; le court & le long extenseur du pouce de la main, l’extenseur de l’index, le cubital interne, le long palmaire, le radial interne, le rond pronateur, le sublime, le profond, le long fléchisseur du pouce de la main, le quarré pronateur.

Dans la main, les lombricaux, le thenar, l’anti-thenar, le meso-thenar, le court fléchisseur du pouce, le court palmaire, l’hypothenar, le fléchisseur du petit doigt, le métacarpien, les interosseux, & l’abducteur de l’index.

Sur les fesses, le grand, le moyen & le petit fessier, le pyriforme, les deux jumeaux, l’obturateur interne, & le quarré.

Autour de la cuisse, le biceps, le demi nerveux, le demi-membraneux, le fascia-lata, le droit antérieur, le couturier, le vaste externe, le vaste interne, le crural, le pectineus, les trois adducteurs de la cuisse, le grand, le long & les court, le grêle interne, l’obturateur externe.

Autour de la jambe, le jumeau, le plantaire, le solaire, le poplité, le long fléchisseur des doigts du pié, le jambier postérieur, le long peronier, le court peronier, le long extenseur des doigts du pié, le petit peronier, le jambier antérieur, l’extenseur propre du pouce.

Sur le dos du pié, le court extenseur des doigts, ou le pédieux.

A la partie inférieure du pié, le court fléchisseur des doigts, le thenar, le grand & le petit para thenar, les lombricaux, l’anti-thenar, le court fléchisseur du pouce, le transversal du pié, les interosseux. Voyez ces muscles à leurs articles particuliers.

Muscles, jeux de la nature sur les, (Myolog.) Les cadavres offrent un assez grand nombre de jeux sur l’origine, la direction, l’insertion & le nombre des muscles du corps humain, comme en sont convaincus les anatomistes qui se sont occupés aux dissections myologiques. Ils ont trouvé que les muscles varioient beaucoup à tous les égards dont nous venons de parler, manquoient souvent, & surabondoient quelquefois. Je sais pourtant qu’il ne faut pas mettre dans le rang des jeux de la nature les subdivisions rafinées d’un même muscle en plusieurs petits, telles que sont les multiplications des muscles des levres, de la langue & du larynx par Valsa va, de ceux de la respiration par Sténon & Verheyen ; de ceux de la plante du pié par M. Winslow, ni même encore de son grand sourcilier en deux muscles, puisqu’il ne forme qu’une seule piece, qu’il n’a que deux attaches, & un seul usage. Ce seroient-là autant de doubles emplois qui feroient des erreurs de calcul ; aussi nous nous garderons bien, pour grossir notre catalogue, de mettre sur le compte des jeux de la nature ceux qui lie sont que le produit de la main de l’artiste dans sa façon rafinée de disséquer.

1°. Des muscles de la tête. On nomme parmi les muscles de la tete les petits droits antérieurs, les petits droits postérieurs, les grands & les petits obliques ; mais on rencontre quelquefois par des jeux de la nature à côté des muscles droits, d’autres petits muscles qu’on appelle surnuméraires, & qui paroissent avoir les mêmes usages que les muscles dont ils sont les surnuméraires. On trouve aussi quelquefois doubles les muscles droits & obliques.

2°. Des muscles de l’épine. Les Anatomistes n’ayant pas voulu s’écarter de la division commune de l’épine en trois parties, ont cru devoir attribuer à chacune des muscles particuliers ; une pareille division, qui n’étoit pas trop nécessaire, a inutilement multiplié tous ces muscles, & a jetté sur leur description & leur dissection un embarras dont les plus habiles ont bien de la peine à se tirer. Il falloit s’en tenir à la dénomination générale des muscles de l’épine, se réservant de faire connoître dans leur description à quelle partie de l’épine ils appartenoient. Suivant cette méthode simple on distingueroit les vrais jeux de la nature de ceux qui naissent du scalpel & de la dissection de l’Anatomie. Par exemple, le muscle très-long a été divisé à cause de ses trousseaux de fibres, en plusieurs muscles qu’on a donné tantôt au cou, tantôt à la tête ; & comme il est impossible d’en faire la séparation sans couper le muscle en travers, les uns ont dit dans la description de ces parties que ces muscles étoient confondus, & d’autres qu’il régnoit ici de grandes variétés : c’est encore par la même raison qu’on trouve tant de diversité dans les attaches & les communications de tous les muscles vertébraux. Mais un jeu bien réel de la nature, qui se rencontre ici quelquefois & qui ne dépend point du scalpel, c’est le manque dans quelques sujets du muscle de l’épine nommé le petit psoas ; car quand il existe, on ne le cherche pas long-tems après qu’on a enlevé les reins & le péritoine.

3°. Des muscles de la respiration On a eu soin de multiplier aussi les jeux de la nature sur les muscles de la respiration, en multipliant sans fondement les muscles externes & internes des côtes. De simples trousseaux de fibres plus ou moins longs qui tiennent à trois côtes, en passant sur celle qui est au milieu, ont été décorés ou nom de muscles : de là viennent les muscles sur-costaux courts & sur costaux longs de Verheyen, dont il s’est fait honneur, quoique Casserius & Sténon les eussent vus avant lui : de là encore les sous-costaux du même auteur, représentés autrefois par Eustachius. Or tous ces muscles ne sont que des plans charnus très minces ; il n’est donc pas étonnant que de leur nombre, de leur direction & de leur terminaison variée, on en ait sait autant de jeux de la nature, que nous ne croyons pas nécessaire de détailler ici, vu leur peu d’importance.

4°. Des muscles de l’avant bras, de la paume de la main, & des doigts. Le muscle de l’avant-bras, qu’on nomme biceps, a dans quelques sujets trois têtes ou tendons au lieu de deux : c’est un de ces jeux de la nature qu’on ne peut pas révoquer en doute. J’ai vû, dit un anatomiste qui a disséqué plus de mille cadavres (M. Lieutaud) ; j’ai vu le biceps avec trois têtes dans un sujet où le grand palmaire manquoit entierement ; cette troisieme tête surnuméraire, qui étoit presqu’aussi grosse que les deux autres ensemble, venoit de la partie interne & moyenne du bras, entre l’insertion du deltoïde & celle du coraco-brachial.

Le grand palmaire, comme on vient de le voir, manque quelquefois ; quelquefois il se détermine aux os du carpe, sans aucune communication avec l’aponévrose palmaire ; & quelquefois il est tout charnu jusqu’aux ligamens annulaires où il s’attache. Il résulte de là que, contre l’opinion commune, ce muscle est, de même que le cubital & le radial interne, un fléchisseur du poignet.

Les deux extenseurs du pouce sont sujets à quelques variétés, & l’on trouve entr’eux quelquefois un muscle surnuméraire. L’abducteur du pouce n’est pas double dans tous les sujets.

5°. Des muscles de la cuisse, de la jambe & du pié. Le triceps muscle adducteur de la cuisse, ou qui sert à porter la cuisse en dedans, se trouve quelquefois réellement distingué en quatre têtes.

Le poplité est un petit muscle situé supérieurement à la partie postérieure de la jambe, & qui sert à lui faire faire un mouvement de rotation de dehors en dedans lorsqu’elle est pliée. Fabrice d’Aquapendente rapporte avoir trouvé une fois ce muscle double dans chaque jarret ; il y en avoit un dessus & l’autre dessous, qui se touchoient tous deux.

Le muscle du pié, qu’on nomme plantaire, & plus proprement le jambier grêle, manque quelquefois, & d’autres fois il est plus bas.

Les tendons des muscles plantaire & palmaire, manquent dans divers sujets. Le jambier postérieur, qui est un muscle adducteur du pié, a le tendon qui se partage quelquefois en deux, dont l’un s’attache à l’os cuboïde, &c.

6°. Des muscles de la bouche, de la langue, & de l’os hyoïde. Le zigomatique est un muscle des levres qui est ordinairement double & quelquefois triple ; il fait encore dans quelques sujets un plan presque continu avec l’incisif, l’orbiculaire des paupieres, & le peaucier.

Le myloglosse est le quatrieme muscle que nos modernes donnent à la langue ; il vient de la base de la mâchoire, au-dessus des dents molaires ; mais il est peut-être permis de le regarder comme un jeu de la nature, puisqu’on le rencontre assez rarement, & même toujours alors avec quelque variété.

Le costo-hyoïdien est le plus long des muscles de l’os hyoïde : il tire sa naissance de la côte supérieure de l’omoplate ; mais son origine varie beaucoup, car il vient quelquefois de la clavicule, & quelquefois encore il manque d’un côté.

7°. Des muscles du bas-ventre. Les muscles pyramidaux trouvés par Jacques Sylvius sous le nom de musculi succenturiati, & dont Fallope n’a pas eu raison de s’attribuer la découverte, sont deux petits muscles du bas-ventre communément inégaux, & qui par extraordinaire se terminent jusqu’à l’ombilic ; de plus, quelquefois tous les deux manquent, & quelquefois un seul. Riolan dit que lorsque l’un des deux manque, c’est d’ordinaire le gauche ; mais Riolan avoit-il vû assez souvent ce jeu de la nature, pour décider du côté où il est le plus rare ?

Quant au ligament de Fallope ou de Poupart, que M. Winslow appelle avec beaucoup de raison ligament inguinal, nous remarquerons ici que quoiqu’il soit toujours également tendu, il n’a pas la même solidité dans tous les sujets, & c’est peut-être dans quelques personnes une des causes naturelles d’hernie crurale.

8°. Des muscles de l’oreille. Les muscles de l’oreille externe sont du nombre de ceux sur lesquels on croiroit qu’il regne le plus de jeux de la nature, sur-tout si l’on en juge par les ouvrages de Cassérius, de Duverney, de Cowper & de Valsalva ; mais il faut aussi avouer que la plûpart de ces jeux prétendus de la nature, naissent de la main des anatomistes qu’on vient de nommer, lesquels ont cru se faire honneur de prendre pour des muscles particuliers quelques fibres charnues qui se détachent des muscles cutanés. Comme ces fibres ne se rencontrent pas dans la plûpart des cadavres, & qu’elles sont sujettes à de grandes variétés, on a regardé ces variétés pour autant de jeux de la nature ; mais du-moins ne méritent-elles pas qu’on s’en inquiete & que nous nous y arrêtions.

9°. Des muscles surnuméraires. Toutes les machines animales d’une même espece ne sont pas exactement semblables, & elles se sont quelquefois si peu, qu’il sembleroit qu’il y a eu différentes conformations primitives. M. Dupuy, medecin à Rochefort, a communiqué à l’académie des Sciences une observation qu’il a faite de deux muscles qu’il ne croit pas qu’on ait encore vûs dans aucun sujet.

Ils étoient tous deux couchés sur le grand pectoral de chaque côté, & gros seulement comme des tuyaux de plume à écrire ; celui du côté droit naissoit par un tendon du bord inférieur du premier os du sternum, & descendant obliquement sur le grand pectoral, alloit s’attacher par une aponévrose large d’un doigt, au bord supérieur du cartilage de la septieme côte vraie, à deux doigts du cartilage xiphoïde. Celui du côté gauche naissoit aussi par un tendon du bord inférieur du cartilage de la seconde côte vraie, auprès du sternum ; & sortant parmi les fibres du grand pectoral, descendoit, comme l’autre, couché sur ce muscle, & s’inséroit pareillement au bord supérieur du cartilage de la septieme côte vraie de son côté, mais un peu plus loin du cartilage xiphoïde que l’autre.

Les deux muscles pulmonaires manquoient dans ce sujet ; M. Dupuy demande si la nature les auroit transportés sur la poitrine : du-moins ces deux petits muscles les remplaçoient pour le nombre & à-peu-près pour le volume, ce qui est plus singulier pour l’expansion aponévrotique de leur attache inférieure.

M. de la Faye a aussi fait voir à l’académie des Sciences des muscles surnuméraires qu’il avoit trouvé dans le cadavre d’un même sujet. Voyez l’histoire de l’acad. des Scienc. ann. 1736.

Tous ces jeux de la nature étonnent le physicien ; mais la cause immédiate de l’action des muscles & du mouvement musculaire est-elle mieux connue ?

Un esprit vit en nous & meut tous nos ressorts :
L’impression se fait ; le moyen on l’ignore :
On ne l’apprend qu’au sein de la divinité ;
Et s’il en faut parler avec sincérité,
Boerhaave l’ignoroit encore.

(D. J.)