L’Encyclopédie/1re édition/FUIR

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* FUIR, (Gramm.) c’est s’éloigner avec vitesse, par quelque crainte que ce soit : ce verbe est tantôt actif, comme dans cette frase, je fuis les ennuyeux ; tantôt neutre, comme dans celle-ci, il vaut mieux s’exposer à périr, que fuir. Il est pris au simple dans les exemples précédens ; au figuré, dans celui-ci, le méchant fuit la lumiere ; il a quelques acceptions détournées. Voyez les deux articles suivans.

Fuir les talons, (Manége.) on désigne communément par cette expression, l’action du cheval qui chemine de côté, ses hanches étant assujetties & forcées de suivre le mouvement progressif des épaules, en traçant & en décrivant une seconde piste.

L’utilité & l’avantage de cette action, relativement aux différentes manœuvres d’une troupe de cavalerie, ne m’arrêteront point ici ; je ne l’envisagerai qu’eu égard à la science du Manége ; & en me bornant à cet objet, je m’attacherai d’une part à dévoiler les moyens mis en pratique pour suggérer ce mouvement à l’animal, & détailler de l’autre ceux qui me paroissent les plus propres & les plus convenables à cet effet.

De tous les tems, la plûpart des maîtres ont imaginé que l’intelligence de la leçon dont il s’agit, dépend en quelque maniere de notre attention à profiter d’abord de la facilité que la muraille semble nous présenter, lorsqu’il est question de limiter les actions du cheval. On l’a par conséquent conduit le long d’un des murs du manége droit d’épaules & de hanches. Là, dans l’intention de travailler ensemble l’une & l’autre extrémité, on a insensiblement engagé la croupe par l’approche plus ou moins forte de la jambe ou du talon de dehors ; & tandis que cette même jambe étoit toute entiere occupée du soin de fixer, de contraindre, & de chasser le derriere en-dedans, la main armée du caveçon, ou des rênes de la bride, entretenoit le mouvement de l’épaule sur ce même côté où l’on se proposoit de porter l’animal. Si les aides de la jambe n’avoient point d’efficacité, on recouroit à celle du pincer ; & dans le cas de l’inutilité & de l’impuissance de celle-ci, on faisoit vivement sentir l’éperon. C’est ainsi que le célebre duc de Newkastle s’explique lui-même, en parlant de la méthode qu’il a suivie à cet égard ; & lorsque le cheval fuyoit les talons aussi facilement à une main qu’à l’autre, il le travailloit éloigné de ce même mur vis-à-vis duquel il l’avoit commencé.

Quelques écuyers, ainsi que quelques-uns de ceux qui ont paru de nos jours, ont encore ajoûté à ces aides & à ce châtiment, pour vaincre avec plus de succès l’impatience de l’animal : les uns ont employé le secours d’un homme à pié, muni d’une chambriere ou même d’un nerf de bœuf, & préposé pour frapper sans pitié sur le flanc répondant à la muraille, à l’effet d’en détacher la croupe, & de la maintenir sur le dedans ; les autres se sont saisis d’une gaule dans chaque main ; ils en attaquoient l’épaule, afin de la déterminer & de la mouvoir sur la main à laquelle ils travailloient ; & si les hanches demeuroient, ils adressoient leurs coups sur les flancs, sans négliger l’approche du talon, tandis qu’un homme pareillement à pié & placé du côté opposé à celui où ils tendoient, dirigeoit ceux de la gaule dont il étoit pourvû sur la poitrine à l’endroit des sangles, quand l’épaule n’obéissoit pas, & sur les fesses, quand le derriere étoit rébelle.

Il en est qui ont tenté de réussir par une autre voie : ceux-ci ne se donnoient pas la peine de monter le cheval pour l’exercer ; ils le rangeoient la tête au mur, un homme de chaque côté tenant une longe du caveçon, laquelle avoit deux ou trois aunes de longueur. Celui qui se trouvoit sur la main, où il étoit question d’aller, tiroit fortement à lui la tête de l’animal ; & dans l’instant que l’épaule portée, par exemple, à droite, la croupe se disposoit à fuir à gauche, l’écuyer qui suivoit attentivement s’opposoit au mouvement de cette partie ; il la déterminoit dans le sens du devant, par le moyen du châtiment, & l’empêchoit d’échapper.

D’autres enfin, & de ce nombre sont Pluvinel & la Noue, ont préféré la leçon du cercle à celle de la muraille. Dans le centre de ce cercle, étoit un pilier auquel ils attachoient l’animal, la tête en étant plus ou moins éloignée : le cavalier l’aidoit tant de la main & de la gaule que de la jambe & du talon. Il l’arrêtoit de tems en tems, & lui demandoit ensuite quelques pas semblables au premier ; il le reprenoit sur l’autre jambe, & cherchoit à lui en faire entendre le tems, l’aide, & l’avertissement : après quoi, pour le confirmer dans l’habitude qu’il lui avoit donnée par ce moyen, il le promenoit en liberté sur un autre cercle qu’il lui faisoit d’abord reconnoître sans le contraindre. Ce cercle suffisamment reconnu, le cavalier faisoit insensiblement effort de la jambe & du talon, & il aidoit de la gaule, à l’effet de mettre le cheval de côté ; le devant étant toûjours un peu plus avancé sur la circonférence de la volte, que le derriere ; & le cercle tracé, il l’arrêtoit pour le remettre sur l’autre main ; enfin il parvenoit à le travailler de suite à l’une & à l’autre.

Quelle que puisse être la réputation de ceux qui ont adopté ces diverses méthodes, j’oserai en proposer une autre, persuadé que l’autorité des plus grands noms est un vain titre contre la raison & l’expérience.

A en juger par les efforts & par les précautions des maîtres dont j’ai parlé, on devroit envisager l’action dont il s’agit, comme une de celles qui coûtent le plus à l’animal ; la difficulté qu’il a de s’y soûmettre ; le sentiment desagréable qu’elle paroît lui faire éprouver, semblent en offrir les plus fortes preuves. Nous conviendrons que quoique la nature ait construit & combiné ses ressorts de maniere à lui en permettre l’exécution, le mouvement qui opere en-avant le transport de son corps, lui est infiniment plus facile que celui qui le porte & le meut entierement de côté : mais cette observation & cet aveu ne peuvent que confirmer de plus en plus dans la persuasion où l’on doit être de la nécessité de profiter des ressources de l’art, & des secours de l’habitude, pour favoriser & pour perfectionner des déterminations primitives. Il est une gradation dans le développement des membres, comme il en est une dans leur accroissement ; c’est dans la science de cette gradation que résident les principes d’une saine théorie. Il ne suffit pas en effet de connoître ce que l’animal peut, il faut encore discerner les voies les plus propres à assouplir insensiblement les fibres destinées à l’exercice des opérations possibles, ainsi que les actes réitérés qui les rendront successivement capables de telle ou telle action, selon un certain ordre, & un certain enchaînement naturel. Tel mouvement conduit à un autre mouvement. Le passage de l’un à l’autre n’est pénible qu’autant qu’il est trop subit. L’animal ne se déplaira point dans le jeu de ses organes ; & ce jeu pour être excité n’aura pas besoin de l’impression de la force & de la violence, dès que les conditions sous lesquelles il peut être sollicité, seront exactement suivies, c’est-à-dire dès qu’il sera, s’il m’est permis de m’expliquer ainsi, en raison composée de la disposition premiere & de la disposition acquise de ces mêmes organes. J’entends par disposition acquise, celle qui résulte de la répétition d’une action, dont les rapports avec une nouvelle action demandée, sont évidens ; & si, eu égard au mouvement dont je traite ici, je recherche les actions qui lui étant relatives peuvent par leur nature y préparer le cheval, je les trouverai sans doute dans celles que suggerent les leçons qui tendent à procurer la souplesse des épaules, & un commencement d’union. Voyez Union. Ces leçons administrées 1° sur les cercles, 2° sur le quarré représenté par le manége, non-seulement invitent l’omoplate & l’humerus au mouvement circulaire dont ces parties sont susceptibles, mais elles contraignent, lorsque ce mouvement est bien effectué, les extrémités postérieurs à un retrécissement, d’où naît de la part de ces extrémités une propension à chevaler, puisque la foulée de l’une des jambes de derriere se rencontre toûjours au-devant de la piste de celle qui l’avoisine. V. Epaule. Or l’action de cheminer de côté, soit au pas, soit au trot, ne pouvant être accomplie qu’autant que les membres du devant & du derriere croiseront successivement, & que chaque jambe de dehors passera sur chaque jambe de dedans qui forme sa paire ou qui lui répond, il s’ensuit que le mouvement qui y a le plus de rapport & d’affinité, est sans contestation celui que les leçons dont je viens d’examiner les effets, sollicitent ; d’où, par une conséquence nécessaire, on peut juger de l’importance d’y exercer parfaitement & long-tems l’animal, avant de tenter & d’entreprendre de lui faire fuir les talons. Supposons à-présent que nous soyons assûrés de la liberté & de la franchise de ses membres, dans le sens où leur articulation sphéroïde leur permet de se mouvoir, nous débuterons par l’observation des lignes qui traçant de simples, conduisent à des changemens de main étroits. Nous maintiendrons d’abord scrupuleusement l’animal droit de tête, d’épaules & de hanches, sur celles de ces lignes qui sont droites, ainsi que sur la ligne oblique, que nous devons décrire pour arriver au mur. Ces demi-voltes exécutées avec précision à chaque main, nous commencerons à engager legerement la croupe, lorsque nous parviendrons sur cette derniere ligne, en dirigeant la rêne de dedans en-dehors, c’est-à dire en la croisant de maniere à rejetter foiblement néanmoins l’épaule de dedans sur le dehors, & à assujettir proportionnément par ce moyen les hanches, naturellement portées à se déterminer toûjours dans une direction opposée à celle du devant. Dans cet état le corps de l’animal chemine dans un degré d’obliquité imperceptible ; & les pistes de ses extrémités antérieures & postérieures sont telles, que la ligne oblique qui passoit auparavant entre ses quatre jambes sur la longueur, se trouve foulée par celle de dedans de devant, & par celle de dehors de derriere. A proportion de la facilité que le cheval acquiert par un travail réitéré & assidu, ce degré d’obliquité doit à l’une & à l’autre main, accroitre insensiblement, jusqu’à ce que la foulée du pié antérieur de dehors s’effectue toujours & à chaque pas, de maniere que si depuis cette foulée on tiroit une ligne droite en-arriere, cette même ligne répondroit au milieu de la piste tracée par les extrémités postérieures ; car les épaules dans cette action, doivent constamment précéder les hanches. Pour y parvenir, il s’agit d’augmenter insensiblement aussi la force de la rêne de dedans, qui doit captiver la croupe, en observant sans cesse de la croiser de telle sorte que la résistance ne cede que graduellement à l’effort de la puissance ; & comme l’effet de cette même rêne agissant seule, & portée sur le dehors à un certain point, s’imprimeroit avec trop de violence sur les épaules, & que celle de dehors se trouveroit dès-lors si contrainte & si retenue, qu’il ne seroit pas possible à l’animal de chevaler, & qu’il s’entableroit infailliblement ; il est indispensable à mesure qu’il présente de plus en plus le flanc sur le côté où il est mû, de croiser & de mettre en œuvre la rêne de dehors, dont l’office sera de porter continuellement la jambe de dehors sur celle de dedans, la rêne de dedans demeurant chargée de s’opposer à la sortie de la croupe. C’est ici que se manifestent principalement la nécessité & l’importance de saisir avec précision les tems des jambes. Les rênes, ces muscles artificiels, si je peux employer cette expression, n’ont d’efficacité qu’autant que la disposition actuelle des membres favorise la possibilité de l’action à laquelle elles doivent déterminer. Vainement les jambes seront-elles sollicitées dans l’instant de leur chûte, à suivre une autre direction que celle qui les attire sur le sol sur lequel elles descendent, & sur lequel elles sont en voie de se poser. Il faut donc absolument, & pour ne point faire violence à la nature, profiter des momens rapides & successifs, où elles seront dans leur soûtien. Celle de dehors est-elle en l’air ? celle de dedans est à terre. Croisez la rêne de dehors en-dedans, l’épaule de dehors obligée au mouvement circulaire de la faculté duquel elle est doüée, l’extrémité qu’elle dirige sera nécessitée de passer sur celle qui repose. Celle-ci est-elle élevée à son tour ? agissez de la rêne de dedans, mais en raison du mouvement que vous vous proposez de suggérer à la jambe du même coté, & opérez avec cette activité, cette finesse & cette subtilité qu’exigent les tems des deux rênes ; tems qui peuvent échapper d’autant plus aisément, qu’ils sont, ainsi qu’on doit le comprendre, extremement près & voisins l’un de l’autre.

Jusqu’à-présent nous ne nous sommes occupés que des aides de la main : celles des jambes du cavalier seroient-elles donc inutiles? Je n’ai garde de les envisager comme telles ; mais en me défendant des piéges du préjugé, je les regarde simplement comme des aides nécessaires ou auxiliaires, à-moins qu’il soit besoin de déterminer la machine en-avant ; car ce n’est que dans ce cas qu’elles doivent être tenues pour des aides capitales. Voyez Manége. Or dans la supposition où le cheval se seroit retenu lors de mes premieres opérations, j’aurois approché mes jambes à l’effet de le resoudre, tandis que ma main auroit toûjours conduit & reglé les mouvemens des membres ; & si ma rêne de dedans n’avoit pû contenir les hanches, & empêcher le cheval de devuider, j’aurois d’abord & sur le champ mis à moi la rêne de dehors, sans cesser de croiser l’autre dont j’aurois accru la tension ; & je n’aurois fait usage de ma jambe de dehors, que dans la circonstance de l’insuffisance de ces deux premiers agens.

Cet exercice sur les changemens de main étroits, pratiqué assez constamment pour frapper l’intelligence du cheval, & pour le confirmer dans l’exécution de cette leçon, on lui proposera des changemens de main larges. De ces changemens de main larges, on le conduira sur des cercles plus ou moins étendus, en cherchant à le rendre également libre aux deux mains ; & enfin on le travaillera de la même maniere, la tête ou la croupe au mur ; la tête au mur s’il tire, s’il pese, s’il a de l’ardeur, parce que par ce moyen il sera forcé de se rassembler, de s’allégerir & de s’appaiser avec moins d’aide de la bride, & non s’il a de la disposition à être rétif ou ramingue ; car les leçons étroites & si fort limitées le rappelleroient à son vice naturel. Ses progrès doivent au surplus nous décider, eu égard au tems où il convient de susciter le pli auquel la souplesse de son encolure le dispose, & d’exiger que sa tête soit toûjours fixée sur le dedans. Ce pli est non-seulement nécessaire à la grace, mais à l’aisance & à la liberté de l’action du devant, puisqu’il ne peut avoir lieu que la jambe de dedans ne soit portée en-arriere, & que celle de dehors n’ait par conséquent plus de facilité à chevaler & à croiser. Il sera imprimé par la tension de la rêne de dedans, dirigée d’abord près du corps du cavalier, & croisée subtilement ensuite ; car une partie de l’effet de sa direction au corps du cavalier, tendroit inévitablement à chasser la croupe sur le dehors, & il est besoin que cette partie de son effet soit détruite par le port de cette même rêne en-dehors. Du reste le cheval dans les commencemens doit être plié foiblement ; & on ne doit l’habituer qu’insensiblement & peu-à-peu, à regarder ainsi dans le dedans, vû la contrainte dans laquelle le jette le racourcissement que le pli occasionne, & le retrécissement de ses hanches qui se trouvent alors extrèmement pressées. Si ce retrécissement est tel qu’elles soient prêtes à échapper, elles pourront être contenues par la tension de la rêne de dehors, rapprochée du corps du cavalier, dans l’instant même où l’animal alloit les dérober, & par la précision avec laquelle la rêne de dedans sera croisée ; précision qui suppose dans l’une & dans l’autre une proportion exacte, mais très-difficile à rencontrer. Enfin dans le cas où l’animal se retiendra, les aides des jambes l’en détourneront, & même celles de la jambe de dehors secourront celles de la main, si elles étoient impuissantes.

Je terminerai cet article par quelques réflexions très simples, que je me dispenserai d’étendre, sur la pratique de ceux qui font fuir au cheval la gaule, la chambriere, ou le nerf de bœuf, plûtôt que les talons.

Il n’est pas douteux, en premier lieu, que l’action de l’animal sur une ligne vis-à-vis de la muraille, ne lui coûte infiniment davantage qu’une action moins bornée, & dans laquelle ses membres moins assujettis joüissent de la liberté de se déployer en avant. Or je n’apperçois aucune raison capable de justifier ceux qui préferent d’abord cette ligne aux lignes obliques ou diagonales.

En second lieu, l’idée d’employer continuellement la jambe & même le talon, & de leur confier le soin entier de maîtriser l’arriere-main (abstraction faite de l’endurcissement même qui en résulte de la part de l’animal, & de l’action de quoüiller, que de semblables aides occasionnent), me paroît peu conforme à celle que l’on doit concevoir du système de ses mouvemens, lorsque l’on consulte sa structure. La correspondance des épaules & des hanches est intime. Celles-ci fuient naturellement du côté opposé à celui où les premieres sont mûes, & les premieres tendent toûjours au sens opposé à celui où les secondes sont portées. La propension qu’elles ont à ce mouvement contraire, est rachetée par la faculté dont les membres sont doüés, conséquemment à leurs articulations sphéroïdes, de croiser les uns sur les autres ; & c’est par ce moyen que l’action progressive peut être effectuée de côté : mais cette propension est toûjours telle, que la dépendance du devant & du derriere ne cesse point. & que la contrainte de l’un entraine la contrainte absolue de l’autre. Or si lorsque j’entreprends de les mouvoir ensemble dans un même sens, je captive le devant par l’action de ma main, & le derriere en même tems par l’action plus ou moins violente de ma jambe, & par les châtimens que l’on substitue à cette action, dans le cas de son insuffisance, il est certain que toute la machine se trouve entreprise par la contrariété des effets qui suivent de ces différentes aides ; les hanches chassées & poussées sur le dedans, l’épaule que la main veut y porter est retenue sur le dehors, tout le corps se roidit, les membres ne joüissent plus de leur liberté, & l’animal se livre aux desordres que lui inspire la difficulté d’un mouvement, dont l’exécution, bien loin d’être facilitée, lui devient comme impossible. Il arrive encore que lorsque l’on est parvenu par un excès de force & de rigueur, & aux dépens de ses ressorts affoiblis par la gêne & par le travail, à l’habituer à l’obéissance & à le soûmettre par la voie dont il est question, à ce transport de biais & de côté, il est rare que son action soit exactement juste & mesurée, le cheval s’atteint & heurte fréquemment d’un sabot l’un sur l’autre. On remarque toujours le peu d’aisance avec laquelle l’épaule & le bras accomplissent le mouvement en rond, d’où résulte celui de chevaler ; il se plie, il se couche dans la volte, il pousse la côte, il s’accule, il s’entable, il croise dessous de tems-en-tems, au lieu de croiser dessus ; il se traverse, il n’embrasse jamais assez de terrein ; on est obligé de le presser pour l’engager à décrire une diagonale ; ses hanches enfin précedent continuellement le devant ; & l’on peut dire que le cavalier ne regle en aucune façon son action, puisqu’il ne dispose point à son gré les membres sur le lieu même où ils doivent se poser, & qu’il le pousse plûtôt qu’il ne le conduit. Tels sont en général les défauts qu’il est très-facile d’observer dans un nombre infini de chevaux exercés dans la plûpart de nos manéges. Ils ne naissent véritablement que de l’emploi dur, cruel & mal-entendu des jambes que l’on charge trop inconsidérément d’une grande partie des opérations que l’on doit attendre de la précision, de la finesse, de la sagacité de la main, tandis qu’elles ne devroient que la seconder dans ses effets, lorsqu’ils sont combattus par la résistance de l’animal. J’avoue que cette maniere de le travailler n’est pas propre à le conduire à l’intelligence des aides qu’elles peuvent fournir ; mais les exercices qui ont eu pour objet de le déterminer & de le resoudre, ainsi que l’action du pas écouté, & du passage par le droit qui a précédé cette leçon, ont dû la lui suggérer. D’ailleurs pourroit-on lui imprimer la connoissance de toutes les gradations de ces mêmes aides dans un mouvement aussi pénible pour lui, & qui exige constamment non-seulement l’approche la plus vive de la part de la partie qui doit aider, mais encore des châtimens & des secours étrangers ?

Le cheval peut encore cheminer de côte dans des autres allures que dans celles du passage, & même dans les airs relevés. Voyez les articles concernant ces airs & ces allures. (c)

Fuir ; il se dit en Peinture, des objets qui dans le lointain d’un tableau, s’éloignent naturellement des yeux : il faut faire fuir cette partie. On fait fuir les objets dans un tableau, en les diminuant de grandeur, de vivacité de couleur, c’est-à-dire en les faisant participer de celle de l’air, qui est entre l’œil & l’objet, & en les prononçant moins que ceux qui sont sur le devant. (R)