L’Encyclopédie/1re édition/HOPITAL

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Briasson, David l’aîné, Le Breton, Durand (Tome 8p. 293-294).
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* HOPITAL, s. m. (Gramm. Morale & Politiq.) ce mot ne signifioit autrefois qu’hôtellerie : les hôpitaux étoient des maisons publiques où les voyageurs étrangers recevoient les secours de l’hospitalité. Il n’y a plus de ces maisons ; ce sont aujourd’hui des lieux où des pauvres de toute espece se réfugient, & où ils sont bien ou mal pourvus des choses nécessaires aux besoins urgens de la vie.

Dans les premiers tems de l’Eglise, l’évêque étoit chargé du soin immédiat des pauvres de son diocèse. Lorsque les ecclésiastiques eurent des rentes assûrées, on en assigna le quart aux pauvres, & l’on fonda les maisons de piété que nous appellons hôpitaux. Voyez les articles Dixmes, Clergé.

Ces maisons étoient gouvernées, même pour le temporel, par des prêtres & des diacres, sous l’inspection de l’évêque. Voyez Evêque, Diacre.

Elles furent ensuite dotées par des particuliers, & elles eurent des revenus ; mais dans le relâchement de la discipline, les clercs qui en possédoient l’administration, les convertirent en bénéfices. Ce fut pour remédier à cet abus, que le concile de Vienne transféra l’administration des hôpitaux à des laïcs, qui prêteroient serment & rendroient compte à l’ordinaire, & le concile de Trente a confirmé ce decret. Voyez Économe.

Nous n’entrerons point dans le détail historique des différens hôpitaux ; nous y substituerons quelques vûes générales sur la maniere de rendre ces établissemens dignes de leur fin.

Il seroit beaucoup plus important de travailler à prévenir la misere, qu’à multiplier des asiles aux misérables.

Un moyen sûr d’augmenter les revenus présens des hôpitaux, ce seroit de diminuer le nombre des pauvres.

Par-tout où un travail modéré suffira pour subvenir aux besoins de la vie, & où un peu d’économie dans l’âge robuste préparera à l’homme prudent une ressource dans l’âge des infirmités, il y aura peu de pauvres.

Il ne doit y avoir de pauvres dans un état bien gouverné, que des hommes qui naissent dans l’indigence, ou qui y tombent par accident.

Je ne puis mettre au nombre des pauvres, ces paresseux jeunes & vigoureux, qui trouvant dans notre charité mal-entendue des secours plus faciles & plus considérables que ceux qu’ils se procureroient par le travail, remplissent nos rues, nos temples, nos grands chemins, nos bourgs, nos villes & nos campagnes. Il ne peut y avoir de cette vermine que dans un état où la valeur des hommes est inconnue.

Rendre la condition des mendians de profession & des vrais pauvres égale en les confondant dans les mêmes maisons, c’est oublier qu’on a des terres incultes à défricher, des colonies à peupler, des manufactures à soûtenir, des travaux publics à continuer.

S’il n’y a dans une société d’asiles que pour les vrais pauvres, il est conforme à la Religion, à la raison, à l’humanité, & à la saine politique, qu’ils y soient le mieux qu’il est possible.

Il ne faut pas que les hôpitaux soient des lieux redoutables aux malheureux, mais que le gouvernement soit redoutable aux fainéans.

Entre les vrais pauvres, les uns sont sains, les autres malades.

Il n’y a aucun inconvénient à ce que les habitations des pauvres sains soient dans les villes ; il y a, ce me semble, plusieurs raisons qui demandent que celles des pauvres malades soient éloignées de la demeure des hommes sains.

Un hôpital de malades est un édifice où l’architecture doit subordonner son art aux vûes du medecin : confondre les malades dans un même lieu, c’est les détruire les uns par les autres.

Il faut sans doute des hôpitaux par-tout ; mais ne faudroit-il pas qu’ils fussent tous liés par une correspondance générale ?

Si les aumônes avoient un reservoir général, d’où elles se distribuassent dans toute l’étendue d’un royaume, on dirigeroit ces eaux salutaires par-tout où l’incendie seroit le plus violent.

Une disette subite, une épidémie, multiplient tout-à-coup les pauvres d’une province ; pour quoi ne tranfereroit-on pas le superflu habituel ou momentané d’un hôpital à un autre ?

Qu’on écoute ceux qui se récrieront contre ce projet, & l’on verra que ce sont la plûpart des hommes horribles qui boivent le sang du pauvre, & qui trouvent leur avantage particulier dans le desordre général.

Le souverain est le pere de tous ses sujets ; pourquoi ne seroit-il pas le caissier général de ses pauvres sujets ?

C’est à lui à ramener à l’utilité générale, les vûes étroites des fondateurs particuliers. Voyez l’article Fondation.

Le fond des pauvres est si sacré, que ce seroit blasphémer contre l’autorité royale, que d’imaginer qu’il fût jamais diverti, même dans les besoins extrèmes de l’état.

Y a-t-il rien de plus absurde qu’un hôpital s’endette, tandis qu’un autre s’enrichit ? Que seroit-ce s’ils étoient tous pillés ?

Il y a tant de bureaux formés, & même assez inutilement ; comment celui-ci dont l’utilité seroit si grande, seroit-il impossible ? La plus grande difficulté qu’on y trouveroit peut-être, ce seroit de découvrir les revenus de tous les hôpitaux. Ils sont cependant bien connus de ceux qui les administrent.

Si l’on publioit un état exact des revenus de tous les hôpitaux, avec des listes périodiques de la dépense & de la recette, on connoîtroit le rapport des secours & des besoins ; & ce seroit avoir trop mauvaise opinion des hommes, que de croire que ce fût sans effet : la commisération nous est naturelle.

Nous n’entrerons point ici dans l’examen critique de l’administration de nos hôpitaux ; on peut consulter là-dessus les différens mémoires que M. de Chamousset a publiés sous le titre de vûes d’un citoyen ; & l’on y verra que des malades qui entrent à l’hôtel-Dieu, il en périt un quart, tandis qu’on n’en perd qu’un huitieme à la Charité, un neuvieme & même un quatorzieme dans d’autres hôpitaux : d’où vient cette différence effrayante ? Voyez les articles Hôtel-Dieu & Charité.

Hôpital militaire, c’est un hôpital établi par le Roi pour recevoir les officiers & les soldats malades ou blessés qui doivent y trouver tous les secours nécessaires, & qui les y trouveroient effectivement, si les reglemens faits à ce sujet, étoient exactement observés.

Il y a un grand nombre de ces hôpitaux en France ; ils sont sous la direction du ministre de la guerre, qui nomme aux places de medecins & de chirurgiens que le Roi y entretient.

Il y a des entrepreneurs pour la fourniture des subsistances ; des commissaires ordonnateurs pour veiller à ce que ces entrepreneurs fournissent aux troupes ce qu’ils sont obligés de fournir, & que les alimens soient bons ; il y a aussi des inspecteurs de ces hôpitaux, &c.

Lorsque les armées sont en campagne, il y a un hôpital à la suite de l’armée. Celui qui la suit dans tous ses mouvemens est appellé par cette raison, l’hôpital ambulant. (Q)

Hôpital, (Marine.) c’est un vaisseau destiné pour mettre les malades, à la suite d’une armée navale ou escadre composée de dix vaisseaux, afin de les retirer des vaisseaux où leur nombre pourroit embarrasser le service, & les soigner plus particulierement. L’ordonnance de la Marine de 1689 dit que le bâtiment choisi pour servir d’hôpital sera sous la direction de l’intendant de l’armée, ou du commissaire préposé à la suite de l’escadre.

Le bâtiment choisi pour servir d’hôpital doit être garni de tous les agrès nécessaires à la navigation. Il faut que les ponts en soient hauts & les sabords bien ouverts, que les cables se virent sur le second pont, & que l’entre-deux ponts soit libre, afin que l’on y puisse placer plus commodément les lits destinés pour les malades. (Z)