L’Encyclopédie/1re édition/IMPRIMEUR

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Briasson, David l’aîné, Le Breton, Durand (Tome 8p. 624-630).

IMPRIMEUR, ouvrier travaillant à l’imprimerie : le prote, le compositeur, & l’imprimeur à la presse, sont compris sous ce nom. Pour les opérations différentes de chacun d’eux, voyez au mot Imprimerie.

Le prote d’une imprimerie étant celui sur lequel roule tout le détail, & étant obligé de veiller également sur les compositeurs & les imprimeurs, il doit connoître parfaitement la qualité de l’ouvrage des uns & des autres, & sur-tout ne pas trop donner à l’habitude & aux préjugés d’état qui nuisent si fort aux progrès de tous les arts. Pour ce qui regarde la composition, il doit savoir sa langue, & être instruit dans les langues latine & greque ; posséder à fond l’orthographe & la ponctuation ; connoître & savoir exécuter la partie du compositeur, pour lui indiquer en quoi il a manqué, & le moyen le plus convenable pour réparer ses fautes. Quant à l’impression, il doit avoir assez de goût pour décider quelle est la teinte qu’il faut donner à l’ouvrage ; avoir l’œil à ce que les étoffes soient préparées convenablement ; savoir par quel endroit peche la presse quand l’ouvrage souffre, & connoître assez toutes ses parties pour les faire réparer au besoin & comme il convient. Pour la lecture des épreuves, comme c’est sur lui que tombe le reproche des fautes qui peuvent se glisser dans une édition, il faudroit qu’il connût autant qu’il est possible, les termes usités, & savoir à quelle science, à quel art, & à quelle matiere ils appartiennent. Il y a de l’injustice à lui imputer les irrégularités, quelquefois même certaines fautes d’orthographe ; chaque auteur s’en faisant une à son goût, il est obligé d’exécuter ce qui lui est prescrit à cet égard. En un mot on exige d’un prote qu’il joigne les connoissances d’un grammairien à l’intelligence nécessaire pour toutes les parties du manuel de son talent. Voyez Prote.

Il faut au compositeur, pour exceller dans son état, une grande partie des qualités nécessaires dans le prote, puisque c’est parmi ses semblables que l’on choisit ce dernier. Il a besoin dans ses opérations d’une grande attention pour saisir le sens de ce qu’il compose, & placer la ponctuation à-propos ; pour ne rien oublier, & ne pas faire deux fois la même chose, fautes dans lesquelles la plus légere distraction fait souvent tomber. Il doit éviter dans sa composition les mauvaises divisions d’une ligne à l’autre (on ne devroit jamais diviser un mot d’une page à l’autre) ; espacier également tous les mots de la même ligne, & tâcher qu’une ligne serrée ne suive ou ne précede pas une ligne trop au large ; mettre de l’élégance dans ses titres, sans défigurer le sens ; qu’il prenne garde, en corrigeant ses fautes, de rendre sa composition aussi belle & aussi bien ordonnée que s’il n’y avoit pas eu de fautes ; en un mot, qu’il exécute ce qui lui est prescrit à l’article Imprimerie. Voyez aussi Compositeur.

Un imprimeur à la presse doit joindre à une grande attention sur la teinte & le bel œil de l’impression, beaucoup de capacité pour juger d’où peuvent provenir les défauts de son impression, soit dans le dérangement de quelqu’une des parties de la presse, soit dans le mauvais apprêt de ses balles, de son papier & de ses étoffes, soit enfin dans la façon de manœuvrer. Son talent est de faire paroître l’impression également noire & nette, non-seulement sur la même feuille, mais sur toutes les feuilles du même ouvrage, & de faire que toutes les pages tombent exactement l’une sur l’autre. Voyez Imprimerie.

Il faut pour une belle impression, qu’elle ne soit ni trop noire, ni trop blanche ; elle doit être d’un beau gris : trop noire, elle vient pochée, le caractere paroît vieux, & son œil est plein ; trop blanche, elle vient égratignée, & fatigue les yeux du lecteur. Au reste on en juge mieux à la vûe que par raisonnement.

Il n’est peut-être pas inutile ici qu’un imprimeur fasse observer aux auteurs que c’est souvent leur faute si leurs livres ont besoin de si longs errata. Leur négligence à écrire lisiblement les noms propres & les termes de sciences ou d’arts qui ne peuvent être familiers à un compositeur, en est presque toujours la cause. Il est impossible qu’un imprimeur entende assez bien toutes les matieres sur lesquelles il travaille, pour ne pas se tromper quelquefois. On engage les gens de lettres à vouloir bien faire attention à cet avertissement, pour que leurs œuvres ne soient pas deshonorées aussi souvent qu’elles le sont par des fautes grossieres.

A l’art d’exprimer & de communiquer nos pensées les plus abstraites, à l’art d’écrire, on ne pouvoit rien ajoûter de plus intéressant, que celui de répéter cette écriture avec promptitude, avec élégance, avec correction, & presque à l’infini, par le moyen de l’imprimerie. De-là vint que bien-tôt après sa découverte, les imprimeurs se formerent & se multiplierent en si grand nombre.

Mais nous devons parler ici principalement de ceux qui joignirent à la science de l’art une vaste érudition, & une grande connoissance des langues savantes ; il y en a même plusieurs qui se sont immortalisés par d’excellens ouvrages sortis de leurs mains. Voici les noms des plus illustres, à qui tous les peuples de l’Europe doivent de la reconnoissance, car ils ont tous profité de leur savoir, de leurs travaux, & de leur industrie.

Amerbach (Jean) Amerbachius, Baslois, fleurissoit sur la fin du xv. siecle. Il publia divers auteurs, entre lesquels il corrigea lui-même les œuvres de saint Ambroise qu’il mit au jour en 1492, & celles de saint Augustin qu’il n’acheva qu’en 1506, aidé des secours de son frere ; ne desirant que la perfection de l’imprimerie, il fondit de nouveaux caracteres ronds, supérieurs à ceux qu’on connoissoit en Allemagne : & pour soutenir son art dans sa patrie, il y appella Froben & les Pétri. Il étoit extrèmement jaloux de la correction des livres qu’il publioit. Il eut des enfans qui se distinguerent dans la république des lettres, & il leur fit promettre en mourant de donner au public les œuvres de saint Jérome, ce qu’ils exécuterent avec fidélité.

Badius (Josse), en latin Jodocus Badius, Ascensius, parce qu’il étoit d’Assche, bourg du territoire de Bruxelles, où il naquit en 1462. Il se rendit célebre par son savoir & par ses éditions : ayant été reçu professeur en grec à Paris, il y établit une belle imprimerie, sous le nom de prælum ascensianum, de laquelle sortirent entr’autres ouvrages, nos meilleurs auteurs classiques, imprimés en caracteres ronds, peu connus avant lui dans ce royaume, & qu’il substitua au gothique, dont on se servoit auparavant. Cependant ses caracteres n’ont pas l’agrément de ceux des Etiennes, mais ses éditions sont correctes. Il mettoit d’ordinaire ce vers latin à la premiere page de ses livres.

Ære meret Badius, laude auctorem, arte legentem.

Il mourut à Paris en 1535. Deux de ses filles épouserent de fameux imprimeurs, l’une Michel Vascosan, l’autre Robert Etienne. Cette derniere savoit très-bien le latin. Son fils Conrard Badius prit le parti de se retirer à Genève, où il fut à son tour imprimeur & auteur. Les fils, filles & gendre de Josse Badius, firent tous à l’envi prospérer avec zele l’art admirable de l’Imprimerie.

Blœuv (Guillaume), dit Jansonius Cæsius, né en Hollande dans le xvij. siecle avoit été ami particulier & disciple de Tycho-Brahé. Ses ouvrages géographiques & ses magnifiques impressions rendent sa mémoire honorable.

Bomberg (Daniel), natif d’Anvers dans le xv. siecle, alla s’établir à Venise, où après avoir appris l’hébreu, il s’acquit une gloire durable par ses éditions hébraïques de la bible, en toutes sortes de formats, & par les commentaires des Rabbins qu’il mit au jour. Il commença ce travail en 1511, & le continua jusqu’à sa mort arrivée vers l’an 1550. On fait grand cas de sa bible hébraïque publiée l’an 1525, en quatre volumes in-fol. Il a donné le Thalmud en xj. volumes in-folio : il imprima trois fois cet ouvrage, & chaque édition lui coûta cent mille écus. On dit qu’il dépensa quatre millions d’or en impressions hébraïques, & qu’il mourut fort pauvre. Alors l’imprimerie étoit glorieuse, aujourd’hui ce n’est qu’un art lucratif.

Camusat (Jean) se distingua dans le xvij. siecle à Paris, en recherchant par préférence à n’imprimer que de bons livres en eux-mêmes, sans en envisager le profit, de sorte qu’on regardoit comme une preuve de bonté pour l’ouvrage, lorsqu’il sortoit de son imprimerie.

Colines (Simon de), en latin Colinœus, né au village de Gentilly près de Paris, dans le xvj. siecle ; il épousa la veuve de Henri Etienne l’aîné, employa d’abord les caracteres d’Etienne, mais dans la suite il en fondit lui-même de beaucoup plus beaux. Il introduisit en France l’usage du caractere italique, avec lequel il imprima des ouvrages entiers ; & son italique est préférable à celui d’Alde Manuce, qui en fut l’inventeur. Les éditions des livres grecs donnés par Colines, sont d’une beauté & d’une correction admirable. Il y a de lui une édition du testament grec, où le fameux passage de l’épitre de Saint Jean des trois témoins manque. J’ai une fois acheté par curiosité un petit testament latin dédié au pape, approuvé & imprimé à Louvain, où ce passage ne se trouvoit pas mieux. Colines mourut, à ce qu’on croit, vers l’an 1647 ; mais on ignore l’année de sa naissance.

Commelin (Jérome) né à Douay, s’établit & mourut à Heidelberg en 1597. Non-seulement ses éditions sont recherchées des curieux, mais il étoit lui-même très-savant dans la langue greque ; nous en avons pour preuve des notes de sa façon sur Héliodore, Apollodore, & quelques autres auteurs.

Coster (Laurent), natif de Harlem, est celui à qui ses compatriotes attribuent l’invention de l’imprimerie. Ils disent qu’avant l’an 1440 il forma les premiers caracteres de bois de hêtre, qu’ensuite il en fit d’autres de plomb & d’étain, & qu’enfin il trouva l’encre dont l’Imprimerie se sert encore. En conséquence de cette opinion on grava sur la porte de la maison de cet homme ingénieux, l’inscription suivante : Memoriæ sacrum, typographia, ars artium omnium conservatrix, nunc primùm inventa, circà annum 1440. On conserve encore soigneusement dans la ville de Harlem le premier livre fait par cet artiste, & qui porte pour titre, speculum humanæ salvationis ; mais le lecteur peut voir ce qu’on a lieu de penser de la découverte de Coster, au mot Imprimerie.

Cramoisi (Sébastien), né à Paris dont il fut échevin. Il obtint par son mérite la direction de l’imprimerie du louvre, établie par Louis XIII. mourut en 1669, & eut pour successeur son petit-fils. Mais quoique plusieurs de leurs éditions méritent fort d’être recherchées, elles n’ont ni l’exactitude, ni la beauté de celles qui sont sorties des imprimeries des Etienne, des Manuce, des Plantin, & des Froben. Les Martin, Coignard & Muguet ont succédé aux Cramoisi, & ont à leur tour enrichi la république des lettres, d’éditions très-belles & très-estimées.

Crespin (Jean), en latin Crispinus, natif d’Arras au commencement du xvj. siecle, & fils d’un jurisconsulte, étoit fort versé dans le droit, le grec & les belles-lettres ; fut reçu avocat au parlement de Paris ; mais s’étant retiré à Genève vers l’an 1548, pour y professer en sûreté le calvinisme, il y fonda une belle imprimerie dans laquelle il publia entr’autres ouvrages un excellent lexicon grec & latin, in-folio, dont la premiere édition vit le jour en 1560. Crespin mourut de la peste en 1572. Eustache Vignon son gendre continua & perfectionna l’imprimerie que son beau-pere avoit établie.

Dolet né à Orléans dans le xvj. siecle, imprimeur & Libraire à Lyon, a mis au jour quelques-uns des ouvrages recherchés d’Etienne Dolet, bon humaniste, & brûlé à Paris le 3 Août 1546, pour ses sentimens sur la religion. Il auroit encore imprimé la version françoise de la plûpart des œuvres de Platon, du malheureux Etienne Dolet, s’il n’eût été prévenu par son supplice.

Elzévirs (les), bien des gens regardent les Elzévirs comme les plus habiles imprimeurs, non-seulement de la Hollande, mais de toute l’Europe. Bonaventure, Abraham, Louis, & Daniel Elzévirs, sont les quatre de ce nom, qui se sont tant distingués dans leur art. A la vérité, ils ont été fort au-dessous des Etiennes, tant pour l’érudition, que pour les éditions greques & hébraïques ; mais ils ne leur ont cédé, ni dans le choix des bons livres qu’ils ont imprimés, ni dans l’intelligence du métier ; & ils les ont surpassé pour l’agrément & la délicatesse des petits caracteres. Leur Virgile, leur Térence, leur Nouveau-Testament grec, & quelques autres livres de leur presse, où il se trouve des caracteres rouges, sont des chefs-d’œuvres de leur art. Ils ont imprimé plusieurs fois le catalogue de leurs éditions, qui comprennent entre autres tous les auteurs classiques, dont les petits caracteres sont aussi jolis, que nuisibles à la vûe.

Etienne (les), je les regarde comme les rois de l’Imprimerie, tant pour l’érudition, que pour les éditions greques & hébraïques. On nomme huit Etiennes, qui se sont illustrés dans leur carriere ; mais Robert Etienne, & Henri II. son fils, se sont immortalisés par leur goût pour leur art, & par leur savoir. Ils tiennent l’un & l’autre un grade supérieur dans la république des lettres.

Le célebre Robert Etienne avoit acquis une connoissance éminente des langues & des humanités. Il s’appliqua particulierement à mettre au jour de magnifiques éditions des bibles hébraïques & latines. Il est le premier qui les ait distinguées par versets : François I. lui donna son imprimerie royale. Claude Garamond, & Guillaume le Bé en fondirent les caracteres ; mais les traverses injurieuses que Robert Etienne essuya, l’obligerent de quitter sa patrie vers l’an 1551, & de se retirer à Genève, pour y professer sa religion en liberté. Là il continua d’enrichir le monde des plus beaux ouvrages littéraires.

Les éditions données par cet homme célebre, sont celles de toute l’Europe, où l’on voit le moins de fautes d’impression. Mill assure que dans son Nouveau-Testament grec des éditions de 1546, 1549, & 1551, ainsi que dans l’édition de 1549 in-seize, il ne s’y trouve pas une seule faute typographique, & qu’il n’y en a qu’une dans la préface latine, savoir pulres pour plures. On sait par quel moyen il parvint à cette exactitude : il exposoit à sa boutique & affichoit ses dernieres épreuves à la porte des colléges en promettant un sol aux écoliers pour chaque faute qu’ils découvriroient, & il leur tenoit exactement sa parole.

Il mourut à Genève le sept Septembre 1559, agé de 56 ans, après s’être comblé de gloire ; je dis comblé de gloire, parce que nous devons peut-être autant à son industrie seule qu’à tous les autres savans & artistes qui ont paru en France depuis François I. jusqu’à nos jours.

Son beau trésor de la langue latine a immortalisé son nom, quoiqu’il ait été secouru dans ce travail par Budé, Tusan, Baif, Jean Thirry de Beauvoisis, & autres. La premiere édition est de Paris 1536, la seconde de 1542, la troisieme à Lyon en 1573, & la derniere à Londres en 1734, en quatre volumes in-folio.

Son desintéressement & son zele pour le bien public, peignent le caractere d’un digne citoyen. Je ne lui dois point d’éloges à cet égard ; mais du-moins ne falloit-il pas le calomnier, jusqu’à l’accuser d’avoir volé les caracteres de l’imprimerie du Roi en se retirant, & d’avoir été brûlé en effigie pour ce sujet.

Il entretenoit chez lui dix à douze savans de diverses nations ; & comme ils ne pouvoient s’entendre les uns les autres qu’en parlant latin, cette langue devint si familiere dans cette maison, que ses correcteurs, sa femme, ses enfans, & les anciens domestiques, vinrent à la parler avec facilité. Il laissa un frere & deux fils dont il me convient de parler.

Etienne (Charles), frere de Robert I. après s’être fait recevoir docteur en Medecine dans la faculté de Paris, eut l’imprimerie du Roi & la soutint honorablement. Les Anatomistes lui doivent trois livres de dissectione partium corporis humani, qui ne sont point tombés dans l’oubli. Cet ouvrage parut en 1545 in-folio avec figures, & l’année suivante en François chez Colinée. Charles Etienne a le premier prouvé contre Galien, que l’œsophage se divisoit séparément de la trachée-artere, & que la membrane charnue étoit adipeuse. Il mourut en 1568, ne laissant qu’une fille nommée Nicole, auteur de quelques ouvrages en prose & en vers. Elle fut recherchée par Jacques Grévin, medecin & poëte ; & c’est pour elle qu’il composa ses amours d’Olympe ; mais elle épousa Jean Liébaud medecin.

Etienne (Robert II.) ne voulut pas suivre son pere à Genève, & fut conservé conjointement avec son oncle Charles dans la direction de l’imprimerie royale, où il fit imprimer depuis l’année 1560, divers ouvrages utiles, mais dont les éditions n’égalent pas celles de son pere.

Etienne (Henri II.) fils de Robert I. & frere de Robert II. eut la réputation d’un des plus savans hommes de son siecle, & des plus érudits dans les langues greque & latine. Il publia le premier tout jeune encore, les poésies d’Anacréon, qu’il traduisit en latin. Il composa l’apologie pour Hérodote, espece de satyre contre les moines, qui lui en firent un procès criminel, dont il échappa par la fuite ; mais il s’est immortalisé par son trésor de la langue greque, en quatre tomes in-folio, qui parurent en 1572. Il mourut à Lyon en 1598. agé de 70 ans, laissant des fils, & une fille qu’Isaac Casaubon ne dédaigna pas d’épouser.

Almelovéen a donné la vie des Etienne, qu’on peut lire : cette famille a produit je ne sai combien de gens de mérite.

Faust (Jean) associé pour l’imprimerie au célebre Guttenberg, qui lui en apprit le secret. Ils imprimerent conjointement avec le secours de Schoeffer, plusieurs livres, & entr’autres la bible, dont les facteurs de Faust apporterent en 1470, divers exemplaires à Paris, qu’ils vendirent d’abord soixante écus piece, au lieu de quatre-vingt ou cent écus, qu’ils en pouvoient tirer. Ce bon marché surprit les acheteurs, qui ne se lassoient d’admirer la parfaite ressemblance qu’ils trouvoient dans l’écriture de toutes ces bibles. Ils furent encore plus étonnés de voir ces facteurs en diminuer le prix jusqu’à trente écus ; & n’en pouvant démêler la cause, ils les accuserent de magie. Enfin, ils apprirent que leurs exemplaires de la bible n’étoient point écrits, mais imprimés sans aucun sortilége, par un nouvel art, & à peu de frais, en comparaison de l’écriture. Alors ils se pourvurent en justice contre les facteurs de Faust ; mais le Parlement mit à néant toutes les demandes de ceux qui avoient acheté des bibles de ces étrangers, & les condamnerent à les payer.

Froben (Jean), natif d’Hammelburg, s’établit à Basle, & y fit fleurir l’Imprimerie sur la fin du xv. siecle. Il fut le premier dans toute l’Allemagne qui sut joindre à la délicatesse de son art, le choix des bons auteurs. On lui doit la premiere édition des ouvrages d’Erasme en neuf tomes in-folio, les ouvrages de S. Jérôme, & de S. Augustin ; & l’on prétend que ce sont ses trois chefs-d’œuvre pour l’exactitude. Il mourut en 1527, laissant à son fils Jérôme, & à son gendre Episcopius, le soin de maintenir la réputation de son imprimerie. Nous devons à ces deux derniers, aidés de Sigismond Gélénius pour la correction des épreuves, l’édition des peres grecs qu’ils commencerent par les ouvrages de S. Basile ; mais quelque exactes qu’elles soient, celles du Louvre en ont fait tomber le mérite & le prix.

Gérinc (Ulric), allemand, fut un des trois imprimeurs, que les docteurs de la maison de Sorbonne firent venir à Paris vers l’an 1470, pour y faire les premieres impressions : les deux autres étoient Martin Crantz, & Michel Friburger. Il paroît en 1477, que Géring resta le maître des imprimeries établies par la Sorbonne, & qu’il s’associa Maynial en 1479 ; Rembolts prit la place de ce dernier en 1489, & Géring travailloit encore avec lui en 1508. Il mourut en 1510, & employa les grandes richesses qu’il avoit acquises dans son art, à des fondations considérables en faveur des colléges de Sorbonne & de Montaigu. Le premier livre qui sortit de la presse de la maison de Sorbonne, sont les épîtres de Gasparinus Pergamensis. Ce choix seul prouve assez la barbarie dans laquelle nous étions alors plongés, & que l’art même de l’Imprimerie ne put dissiper de long-tems.

Gravius (Henri), né à Louvain, où il avoit enseigné la Théologie ; mais il se rendit à Rome, appellé par le pape Sixte V, qui lui donna l’intendance de la bibliotheque, & de l’imprimerie du Vatican. Il y mourut peu de tems après, en 1591, agé de 55 ans.

Gryphius (Sébastien), né à Reutlingen, ville de Souabe, sur la fin du xv. siecle, vir insignis ac litteratus, dit Majorage. Il s’établit à Lyon, où il s’acquit un honneur singulier, par la beauté & l’exactitude de ses impressions. On estime beaucoup ses éditions de la bible en hébreu, & même tout ce qu’il a donné dans cette langue. On ne fait pas moins de cas de la bible latine qu’il publia en 1550, en 2 vol. in-folio. Il se servit pour cette édition latine du plus gros caractere qu’on eût vu jusqu’alors. Elle ne cede pour la beauté qu’à la seule bible imprimée au Louvre en 1642, en neuf volumes in-folio.

Son trésor de la langue sainte de Pagnin, qu’il mit au jour en 1529, est un chef-d’œuvre. Il avoit de très-habiles correcteurs ; l’errata des commentaires sur la langue latine d’Etienne Dolet, n’est que de huit fautes, quoique cet ouvrage forme 2. vol. in-folio. Gryphius mourut en 1556, à l’âge de 63 ans ; mais son fils Antoine Gryphius continua de soutenir la réputation de l’imprimerie paternelle.

Guttenberg (Jean), voilà le citoyen de Mayence, à qui l’opinion générale donne l’invention de l’Imprimerie dans le milieu du xv. siecle.

Après avoir essayé quelque tems l’idée qu’il en avoit conçûe, il s’associa Jean Faust, riche négociant de la même ville ; & avec l’aide de Schoeffer, qui étoit alors domestique, & qui depuis fut gendre de Faust ; ils travaillerent à exécuter leur dessein depuis 1440. Leur ébauche étoit d’abord très-imparfaite, puisqu’ils ne firent que tailler des lettres sur des planches de bois, comme on fait quand on veut écrire sur les vignettes gravées en bois. Mais ayant remarqué la longueur du travail qu’ils avoient mis à imprimer de cette maniere un vocabulaire latin, intitulé Catholicon, ils inventerent des lettres détachées & mobiles qu’ils firent de bois dur, jusqu’à ce que Schoeffer s’avisa de frapper des matrices, pour avoir des lettres de métal fondu.

Tritheme qui nous apprend ces particularités, les écrivoit en 1514 dans sa chronique de Hirshaugen, où il assûre qu’il les tenoit de Schoëffer lui-même ; & son témoignage sur cette matiere, est appuyé par l’auteur d’une chronique allemande, qui écrivoit en 1499, & qui dit qu’il savoit ce fait particulier d’Olric Zell hanovrien, imprimeur à Cologne.

Il est certain, que de toutes les premieres impressions qui portent quelque date, on n’en connoît point de plus anciennes, que celles de Faust & de Schoëffer. D’ailleurs, ils se sont toûjours donnés pour les premiers Imprimeurs de l’Europe, en marquant que Dieu avoit favorisé la ville de Mayence, de l’invention de ce bel art, sans qu’on voye que personne pendant cinquante ans les ait démentis, ni ait attribué cette découverte à d’autres. Consultez l’article Imprimerie, Hist. des inventions modernes.

Hervagius (Jean), né à Basle, contemporain d’Erasme, qui l’estimoit beaucoup. Si Alde Manuce, dit-il, a mis le premier au jour le prince des orateurs grecs, nous sommes redevables à Hervagius, de l’avoir fait paroître dans un état beaucoup plus accompli, & de n’avoir épargné ni soin, ni dépense, pour lui donner sa perfection. L’imprimerie de Basle, établie par Amerbach, soutenue par Froben, ne tomba point sous Hervagius, qui épousa la veuve de ce dernier.

Jenson (Nicolas), né en France, alla s’établir à Venise en 1486, où il surpassa par la beauté de ses caracteres, les imprimeurs allemans que cette ville avoit eu jusqu’alors, & jetta les fondemens de la réputation que l’imprimerie de Venise s’acquit depuis par les beaux talens des Manuces.

Juntes (les) Juntæ, sont à jamais célebres entre les Imprimeurs du xvj. siecle. Ils s’établirent à Florence, à Rome, & à Venise, & tinrent le premier rang dans l’Italie avec les Manuces. Nous ne cessons d’admirer les éditions dont on leur est redevable ; & on a des catalogues qui font voir avec étonnement l’étendue & la multiplicité de leurs travaux.

Maire (Jean), hollandois, prit le parti de se fixer à Leyde, & d’y donner de charmantes éditions de livres latins. Grotius, Vossius, & Saumaise, en faisoient grand cas.

Manuces (les), ces habiles & laborieux artistes d’Italie, ont élevé l’Imprimerie dans leur pays au plus haut degré d’honneur.

Alde Manuce, Aldus Pius Manucius, le chef de cette famille, étoit natif de Bassano dans la marche Trévisane. Il a illustré son nom par ses propres ouvrages. On a de lui des notes sur Homere & sur Horace, qui sont encore estimées ; mais il est le premier qui imprima correctement le grec sans abbréviations, & grava de même que Colines, les caracteres romains de son imprimerie. Il mourut à Venise en 1516, dans un age fort avancé.

Paul Manuce son fils, né en 1512, soutint la réputation de son pere, & fut également versé dans l’intelligence des langues & des humanités. On lui doit en ce genre la publication d’excellens ouvrages de sa main, sur les antiquités greques & romaines, outre des lettres composées avec un travail infini. On lui doit en particulier une édition très-estimée des œuvres de Cicéron, avec des notes & des commentaires.

Pie I V. le mit à la tête de l’imprimerie apostolique & de la bibliotheque vaticane. Il mourut à 62 ans en 1574, & eut pour fils Alde Manuce le jeune, qui servit encore à rehausser sa gloire.

En effet, ce dernier passa pour l’un des plus savans hommes de son siecle. Clément VIII. lui donna la direction de l’imprimerie du Vatican ; mais cette place étant d’un fort modique revenu, il fut contraint pour subsister, d’accepter une chaire de rhétorique, & de vendre la magnifique bibliotheque que son pere, son ayeul, ses grands oncles, avoient formée avec un soin extrème, & qui contenoit, dit-on, quatre-vingt mille volumes. Enfin, il mourut à Rome en 1597, sans autre récompense, que les éloges dus à son mérite ; mais il laissa des ouvrages précieux ; tels sont ses commentaires sur Cicéron, Horace, Salluste, & Velleius Paterculus, de même que son livre dell’antichita delle romane inscrizioni. Ses lettere sont écrites avec la politesse d’un homme de cour qui seroit très-éclairé.

Mentel (Jean), gentilhomme allemand de Strasbourg, à qui quelques auteurs attribuent l’invention de l’Imprimerie en 1440. Ils disent qu’il fit des lettres de buis ou de poirier, puis d’étain fondu, & ensuite d’une matiere composée de plomb, d’étain, de cuivre, & d’antimoine, mêlés ensemble. Ils ajoutent que Mentel employa Guttemberg pour faire des matrices & des moules ; & qu’ensuite Guttenberg se rendit à Mayence, où il s’associa Faust. Mais, outre que tous ces faits ne sont point appuyés de preuves, on ne produit aucun livre imprimé dans les premiers tems à Strasbourg. Enfin, il est certain que Guttenberg & ses associés, ont passé pendant 50 ans, pour les inventeurs de l’Imprimerie, & s’en sont glorifiés hautement, sans que personne se soit alors avisé de les démentir, ni de leur opposer Mentel.

Millanges (Simon), né dans le Limousin en 1540, après avoir fait ses études, se rendit à Bourdeaux en 1572, pour y dresser une belle imprimerie. Les jurats de cette ville soutinrent cette entreprise de leur argent & de leur crédit. Millanges se distingua par la correction de ses éditions, & mourut en 1621 âgé de 82 ans, ayant été un des bons imprimeurs du royaume pendant près d’un demi-siecle.

Morel (les), nous devons aux Morels bien des éloges pour leur savoir & les beaux livres qu’ils ont publiés.

Morel (Guillaume), né en Normandie, selon la Croix du Maine, & célebre imprimeur de Paris, étoit savant dans l’intelligence des langues. Il devint correcteur de l’imprimerie royale, après que Turnebe se fut démis de cet emploi en 1555. Ses éditions greques sont fort estimées. Il commença lui-même quelques ouvrages, entr’autres un dictionnaire grec, latin, françois. Il mourut en 1564.

Morel (Frédéric), apparemment parent éloigné de Guillaume, versé dans les langues savantes, fut gendre & héritier de Vascosan, dont il fit valoir l’imprimerie, & mourut à Paris en 1583, agé d’environ 60 ans, laissant un fils d’un mérite supérieur, nommé semblablement Frédéric.

Celui-ci après avoir été professeur & interprete du Roi, fut pourvu de la charge d’imprimeur ordinaire de Sa Majesté, pour l’hébreu, le grec, le latin, & le françois. Le grand nombre d’ouvrages qu’il a publiés & traduits du grec sur les manuscrits de la bibliotheque du Roi, avec des notes, sont des preuves authentiques de son érudition. Il mourut en 1630, agé de 78 ans, & laissa deux fils, Claude, & Gilles.

Claude Morel donna les éditions de plusieurs peres grecs, entr’autres de S. Athanase. Gilles Morel son frere lui succéda, & publia les œuvres d’Aristote en quatre vol. in-folio, outre la grande bibliotheque des peres, qu’il mit au jour en 1643, en dix-sept volumes in-folio. Gilles Morel est devenu conseiller au grand-conseil.

Moret (Jean), flamand, gendre de Plantin, & son successeur à Anvers. Plusieurs de ses éditions ne sont pas moins belles, ni moins exactes que celles de son beau-pere. Le docte Kilien donna son tems à les corriger jusqu’en 1607. Moret finit ses jours en 1610, & laissa son imprimerie à son fils Balthasar Moret. Celui-ci se fit connoître par son érudition, & par ses commentaires géographiques sur le théatre du monde d’Ortélius. Il mourut en 1641.

Nivelle (Sébastien), libraire & imprimeur de Paris, fleurissoit au milieu du xvj. siecle. Entre les ouvrages qu’il mit au jour à ses dépens, on ne doit jamais oublier le corps du Droit civil avec les commentaires d’Accurse. C’est un livre précieux, un chef-d’œuvre que Nivelle fit paroître en 1576, en cinq volumes in-folio ; mais Olivier de Harzy, & Henri Thierry imprimeurs, en partagent aussi la gloire.

Oporin (Jean), natif de Basle, après d’excellentes études, prit le parti de l’Imprimerie, en s’associant aux Winter. Il faisoit rouler continuellement six presses, avoit plus de cinquante ouvriers, corrigeoit toutes les épreuves, & s’attachoit sur-tout à imprimer les ouvrages des anciens avec beaucoup de soin & d’exactitude ; mais il mourut fort endetté en 1568, à 61 ans. On lui doit des tables très-amples de Platon, d’Aristote, de Pline, & autres auteurs de l’antiquité.

Palliot (Pierre), imprimeur & généalogiste, né à Paris en 1608, de bonne famille, se maria à 25 ans à Dijon avec la fille d’un imprimeur ; alliance qui le détermina à embrasser la profession de son beau-pere, qu’il a exercée long-tems, & toûjours honorablement. Il a imprimé tous ses livres, qui sont en trèsgrand nombre, mais qui n’intéressent que les curieux de la généalogie des maisons de Bourgogne. Palliot grava lui-même le nombre prodigieux de planches de blason dont ils sont remplis. C’étoit un homme exact & infatigable au travail. Il mourut à Dijon en 1698, à l’âge de 89 ans, & laissa sur les familles de Bourgogne 13 volumes in-folio de mémoires manuscrits qui étoient dans la bibliotheque de M. Joly de Blezé, maître des Requêtes ; j’ignore où ils ont passé depuis.

Patisson (Mamert), natif d’Orléans, étoit très habile dans les langues savantes & dans la sienne propre. Il épousa la veuve de Robert Etienne en 1580, se servit de son imprimerie & de sa marque. Ses éditions sont correctes, ses caracteres beaux, & son papier très-bon. En un mot, il n’a omis aucun des agrémens qu’on recherche dans les livres : aussi ses impressions vont presque de pair avec celles de Robert-Etienne. Mamert mourut en 1600.

Plantin (Christophe), né en Touraine, acquit du savoir dans les belles-lettres, se retira à Anvers, & y porta l’impression au plus haut point de son lustre. Ses éditions sont extrèmement exactes, par les soins de plusieurs habiles correcteurs dont il se servoit, savoir de Victor Giselin, de Théodore Purman, de François Hardouin, de Corneille Kilien, & de Raphelinge, dont il fit son gendre. Le roi d’Espagne lui donna le titre d’archi-imprimeur ; mais ce sont les impressions, & non pas les rois qui donnent ce titre à un artiste. Le chef d’œuvre de celui-ci est la Polyglotte, qu’il imprima sur l’exemplaire de Complute, & cette édition faillit à le ruiner. M. de Thou passant à Anvers en 1576, vit chez Plantin dix-sept presses roulantes. Guichardin a fait une belle description de son imprimerie ; & d’autres ont vanté la magnificence avec laquelle il vivoit. Il finit sa carriere en 1598, agé de 76 ans.

Quentel, Pierre, allemand se rendit illustre à Cologne, sur la fin du xvj siecle, par l’édition de tous les ouvrages de Denys le Chartreux, qu’il fit imprimer avec soin ; il valoit bien mieux faire rouler ses presses sur les livres utiles de l’antiquité qui manquoient en Allemagne.

Schoeffer (Pierre.) de Gernsheim, pourroit être regardé comme l’inventeur de l’Imprimerie ; car c’est lui qui imagina de fondre des lettres mobiles, en quoi consiste principalement cet art. Jean Faust son maître fut si charmé de cette découverte, qu’il lui donna sa fille en mariage : ceci arriva vers le milieu du xv siecle.

Thori ou Tori (Geoffroi) né à Bourges dans le xvj siecle, libraire-juré à Paris, contribua beaucoup à perfectionner les caracteres d’imprimerie, & composa un livre qui parut après sa mort, intitulé le Champfleuri, contenant l’art & science de la proportion des lettres, vulgairement appellées romaines, à Paris l’an 1592. in-4°. Il mourut en 1550.

Claude Garamond fut éleve & contemporain de Tori ; il fleurissoit déja en 1510, & porta la gravure des caracteres au plus haut point de perfection, par la figure, la justesse & la précision qu’il y mit. Voyez Caracteres d’imprimerie.

Vascosan (Michel), né à Amiens, épousa une des filles de Josse Badius, & s’allia à Robert Etienne qui avoit épousé l’autre. Tous deux aussi sont les meilleurs imprimeurs que la France ait eû dans ces tems reculés. Tous les livres imprimés par Vascosan sont recommendables par le choix, par la beauté des caracteres, la bonté du papier, l’exactitude des corrections, & l’ampleur de la marge.

Vitré (Antoine) parisien, s’est rendu fameux dans le xvij. siecle, par le succès avec lequel il a porté l’imprimerie, presque au période de la perfection. Quoique de son tems les Hollandois semblassent être les maîtres de cet art. On croit que Vitré étoit capable de les surpasser, s’il se fût avisé d’observer, comme on a fait depuis, la distinction de la consonne d’avec la voyelle dans les lettres i & j, u & v.

Quoi qu’il en soit la polyglotte de Guy Michel le Jay qu’il a imprimée, est un chef-d’œuvre de l’art, tant par la nouveauté & la beauté des caracteres, que par l’industrie & l’exactitude de la correction. Sa bible latine in folio & in-4°. va de pair avec tout ce qu’on connoît de mieux. En un mot il a égalé Robert Etienne pour la beauté de l’imprimerie ; mais il a terni sa gloire en faisant fondre les caracteres précieux des langues orientales, qui avoient servi à imprimer la bible de M. le Jay, pour n’avoir aucun rival après sa mort.

M. de Flavigny s’étant avisé de censurer dans une brochure, non l’action de Vitré, mais quelques endroits de la bible magnifique qu’il avoit mise au jour, & qu’il étoit bien permis de critiquer, celui-ci éprouva des chagrins incroyables, par une seule faute d’impression qui n’étoit point dans son manuscrit. Il avoit cité le passage de S. Matthieu, ejice primùm trabem de oculo tuo. Gabriel Sionita prenant un vif intérêt à la défense de la bible où il avoit travaillé, ayant lû la critique de M. Flavigny, l’accusa par sa réponse de mœurs corrompues, de sacrilege, & d’une impiété sans exemple, d’avoir osé corriger le texte sacré, en substituant un mot infame, à la place du terme honnête de l’evangéliste. Qui croiroit que tous ces sanglans reproches n’avoient d’autre fondement qu’une inadvertance d’imprimerie ? La premiere lettre du mot oculo s’étoit échapée fortuitement de la forme, après la revûe de la derniere épreuve, lorsque le compositeur toucha une ligne mal dressée, pour la remettre droite.

Wechels (les) Chrétien & André son fils imprimeurs de Paris & de Francfort, sont trés-estimés dans leur art, par les éditions qu’ils ont mises au jour. On dit qu’ils possédoient une bonne partie des caracteres de Henri Etienne. Mais ce qui a le plus contribué à rendre leurs éditions précieuses, c’est d’avoir eu pour correcteur de leur imprimerie Fréderic Sylburge, un des premiers grecs & des meilleurs critiques d’Allemagne. L’errata d’un in-folio qu’il avoit corrigé, ne contenoit pas quelquefois plus de deux fautes. Chrétien Wechels vivoit encore en 1552, & André qui se retira de Paris après le massacre de la saint Barthelemy, où il courut le plus grand danger, mourut à Francfort en 1582. Jean Wechels son fils lui succéda.

Westphale (Jean) « le premier de ma connoissance, dit Naudé, qui se soit mêlé de l’imprimerie dans les Pays-bas, fut un Jean de Westphale, lequel s’établit à Louvain l’an 1475, & commença son labeur par les morales d’Aristote. Cet imprimeur se nomma tantôt Johannes de Westphalia, tantôt Johannes Westphalia, Paderbonensis ».

Voilà depuis l’origine de l’Imprimerie les principaux maîtres qui se sont rendu célebres. Dans cette liste je n’ai point parlé des Anglois, parce que les noms de leurs habiles artistes en ce genre, ne sont guere connus hors de leurs pays. D’ailleurs, il me semble que c’est seulement au commencement du dernier siecle que cet art fut poussé en Angleterre au point de perfection où il s’est toujours soutenu depuis ; alors on vit des chefs-d’œuvres sortir de leurs imprimeries. Rien dans le monde n’est supérieur à l’édition greque de saint Jean Chrysostome, en huit volumes in-folio, de l’imprimerie de Norton, achevée en 1613 dans le college-royal d’Eaton (Etonæ) près de Windsor, par les soins du docte Henri Savile.

Mais la beauté des caracteres qu’emploient les Imprimeurs anglois, le choix de leur papier, la grandeur des marges ; le petit nombre d’exemplaires qu’ils tirent, & l’exactitude de la correction qu’ils mettent dans les livres importans, ne sont pas les seuls avantages qui peuvent attirer à l’Imprimerie de la Grande-Bretagne, une attention toute particuliere. (D. J.)

Il y a trois corps & communautés d’Imprimeurs.

Les Imprimeurs de livres, les Imprimeurs en taille-douce, & les Imprimeurs Imagers, Tapissiers & Dominotiers. Voyez Dominotiers.

Avant l’invention des caracteres, le corps des Imprimeurs en lettres étoit composé d’Ecrivains, de Libraires, de Relieurs, d’Enlumineurs, & de Parcheminiers.

Ce corps étoit tout-à-fait dépendant de l’université & de son recteur.

Le parcheminier préparoit les peaux sur lesquelles on écrivoit.

L’écrivain qu’on appelloit stationnaire, copioit sur les peaux l’ouvrage que le libraire fournissoit.

Le relieur mettoit en volume les feuilles copiées.

L’enlumineur peignoit, relevoit d’or bruni ; en un mot décoroit le volume qui retournoit chez le libraire qui le vendoit.

Nos Imprimeurs en lettres ont succédé à l’état & aux privileges des stationnaires. Ils sont aggrégés à l’université, & soumis aux ordonnances & statuts du recteur ; mais le corps ne comprend plus que les Imprimeurs & les Libraires, que le réglement de 1686 affranchit en grande partie de l’autorité de l’Université.

Ce réglement fixe le nombre des Imprimeurs à trente-six.

Depuis ce réglement il est intervenu un grand nombre d’arrêts, d’édits & déclarations relatifs au corps & à la communauté des Imprimeurs-Libraires.

On a rassemblé toutes ces pieces dans un volume considérable, qui forme ce qu’on appelle le code de la Librairie.

Il est traité dans ce code de tout ce qui appartient aux privileges, au nombre, à la demeure, aux presses, aux caracteres, au papier, à la marge, à l’apprentissage, à la réception, aux visites, à la maitrise, aux connoissances, aux permissions, aux approbations, à la censure, aux syndics, aux adjoints, aux correcteurs, aux compositeurs, aux pressiers, &c. voyez l’article Librairie.

Avant 1694 les Imprimeurs en taille-douce n’étoient que de simples compagnons que les Graveurs & Imagers de Paris avoient chez eux.

Ce fut dans cette année qu’ils eurent des statuts, dont les principaux reglent le nombre des syndics, l’apprentissage, la bourse commune, le chef-d’œuvre, la reception, &c.

Il n’y a que deux syndics, dont l’un est le trésorier de la bourse commune. Le fond de la bourse consiste au tiers du salaire. Ce produit se distribue tous les quinze jours, frais & rentes constitués de la communauté déduits. Les veuves des maîtres jouissent de la maîtrise, & ont part à la bourse. Les apprentifs ne peuvent être obligés pour moins de quatre ans, & chaque maître n’en peut avoir qu’un à la fois. Avant que l’apprentif soit admis au chef-d’œuvre, il doit avoir servi compagnon deux années depuis son apprentissage. Il n’y a que les fils de maîtres qui soient dispensés du chef-d’œuvre. Les maîtres ne peuvent demeurer ailleurs que dans le quartier de l’université, & n’y peuvent avoir ou tenir plus d’une imprimerie. Il est défendu expressément à toutes personnes quelles qu’elles soient d’avoir des presses, soit en lettres, soit en taille-douce.

Imprimeur-Libraire ordinaire du Roi (Hist. litt.) Ce sont les titres de ceux qui ont été créés sous Louis XIII. le 22 Février 1620, pour imprimer les édits, ordonnances, réglemens, déclarations, &c. & de ceux qui leur ont succédé.

Ces Imprimeurs, de la création de Louis XIII, étoient de ses officiers domestiques, & commensaux de sa maison, avec attribution de gages. Leurs successeurs ont les mêmes prérogatives.

Il n’y en avoit que deux. L’une de ces charges est à présent possédée par André François Le Breton, & l’autre par Jacques Colombat, dont le pere obtint en 1719 le titre additionnel de préposé à la conduite de l’imprimerie du cabinet de sa majesté.

Ils sont aujourd’hui au nombre de six. Les quatre de création postérieure, n’ont d’abord été que brévetés par chacun des secrétaires d’état.

Plusieurs arrêts consécutifs les ont tous maintenus dans leurs premiers privileges & anciennes fonctions, & les dernieres lettres-patentes qu’ils ont obtenues en leur faveur, sont du 9 Décembre 1716, enregistrées au Parlement le 12 Janvier 1717.

Outre ces Imprimeurs, il y en a encore un particulierement titré Noteur de la chapelle de sa Majesté, & exclusivement privilégié à l’impression de sa musique. Cette charge fut créée par Henri II. Ce fut un Ballard qui la posséda, & c’est un de ses descendans qui la possede encore aujourd’hui.

Ceux qui ont rangé le code de la Librairie n’ont fait aucune mention de ces places, qui semblent destinées spécialement à ceux qui se conduisent avec honneur dans leurs corps.

Imprimeur, s. f. (Peint.) pour préparer les toiles imprimées à l’huile dont on se sert dans la peinture ordinaire ; on a un couteau d’un pié & demi de longueur, qui a le tranchant émoussé, & dont le manche fait un angle obtus avec le dos ; on tend la toile sur un chassis ; on la frotte avec la pierre ponce, pour en user les nœuds ; on lui donne un enduit de colle de poisson, lorsqu’elle est grosse & claire ; car si c’est une batiste, ou une autre toile serrée, comme les Peintres d’un genre précieux ont coutume de les prendre, l’enduit de colle devient superflu. On laisse sécher cet enduit ; on prépare un gris en délayant à l’huile du blanc & du noir : on jette ce gris sur la toile ; on l’étend & le traîne sur toute sa surface avec le couteau, ce qui s’appelle donner une impression ; on laisse sécher cette premiere impression : il faut pour cela quatre à cinq jours, selon la saison. Quand cette impression est séche, on en donne une seconde qu’on laisse sécher aussi, & alors la toile est préparée pour la peinture à l’huile.