L’Encyclopédie/1re édition/INONDATION

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Briasson, David l’aîné, Le Breton, Durand (Tome 8p. 772).

INONDATION, s. f. (Phys.) débordement d’eaux qui sortent de leur lit.

« Presque tous les pays arrosés par de grands fleuves, dit M. de Buffon dans le premier volume de son histoire naturelle, sont sujets à des inondations périodiques sur tous les pays bas & voisins de leur embouchure ; & les fleuves qui tirent leurs sources de fort loin, sont ceux qui débordent le plus régulierement. Tout le monde a entendu parler des inondations du Nil ; il conserve dans un grand espace, & fort loin dans la mer, la douceur & la blancheur de ses eaux. Strabon & les autres anciens auteurs ont écrit qu’il avoit sept embouchures ; mais aujourd’hui il n’en reste que deux qui soient navigables ; il y a un troisieme canal qui descend à Alexandrie, pour remplir les citernes, & un quatrieme canal qui est encore plus petit ; comme on a négligé depuis fort long-tems de nettoyer les canaux, ils se sont comblés : les anciens employoient à ce travail un grand nombre d’ouvriers & de soldats, & tous les ans, après l’inondation, l’on enlevoit le limon & le sable qui étoient dans les canaux ; ce fleuve en charrie une très-grande quantité. Tout le plat pays de l’Egypte est inondé par le Nil ; mais ce débordemement est bien moins considérable aujourd’hui qu’il ne l’étoit autrefois (voyez Fleuve) ; car Herodote nous dit que le Nil étoit cent jours à croître, & autant à décroître ; si le fait est vrai, on ne peut guère en attribuer la cause qu’à l’élevation du terrein que le limon des eaux a haussé peu-à-peu, & à la diminution de la hauteur des montagnes de l’intérieur de l’Afrique dont il tire sa source : il est assez naturel d’imaginer que ces montagnes ont diminué, parce que les pluies abondantes qui tombent dans ces climats pendant la moitié de l’année, entraînent les sables & les terres du dessus des montagnes dans les vallons, d’où les torrens les charient dans le canal du Nil, qui en emporte une bonne partie en Egypte, où il les dépose dans ses débordemens.

Le Nil n’est pas le seul fleuve dont les inondations soient périodiques & annuelles ; on a appellé la riviere de Pégu le Nil indien, parce que ses débordemens se font tous les ans régulierement ; il inonde ce pays à plus de trente lieues de ses bords, & il laisse comme le Nil un limon qui fertilise si fort la terre, que les pâturages y deviennent excellens pour le bétail, & que le riz y vient en si grande abondance, qu’on en charge tous les ans un grand nombre de vaisseaux, sans que le pays en manque. Quelques autres fleuves débordent aussi tous les ans (voyez Fleuve) ; mais tous les autres fleuves n’ont pas des débordemens périodiques, & quand il arrive des inondations, c’est un effet de plusieurs causes qui se combinent pour fournir une plus grande quantité d’eau qu’à l’ordinaire, & pour retarder en même tems la vîtesse du fleuve ». Voyez les articles Fleuve & Débordement.