L’Encyclopédie/1re édition/MAQUEREAU

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MAQUEREAU, Veirat, Verat, Auriol, Horreau, Poisson d’Avril, scomber ou scombrus, (Hist. nat.) poisson de mer sans écailles, & qui croît jusqu’à une coudée. Il a le corps rond, charnu, épais, & terminé en pointe ; la queue est profondement fourchue. Il ressemble au thon pour la bouche, dont l’ouverture est grande ; les machoires sont minces & aiguës à leur extrémité, & se ferment comme une boîte, car la machoire inférieure entre dans la supérieure. Les yeux sont grands, & d’un jaune de couleur d’or. Quand ce poisson est dans l’eau, il a le dos de couleur de soufre, qui devient bleu dès qu’on le tire de l’eau, & après sa mort, ce bleu est interrompu par plusieurs bandes noirâtres. Le ventre & les côtés sont blancs. Le maquereau ressemble au bouiton & au thon par le nombre & la position des nageoires ; il en a une au-dessous de l’anus, & une autre à l’extremité du dos, qui s’étendent toutes les deux jusqu’à la queue, deux aux ouies, deux au ventre, presque sous celles des ouies, & une autre sur le dos, près de la tête.

Les maquereaux sont des poissons de passage ; ils fraient en Février, comme le thon, & déposent leurs œufs au commencement de Juin. Ils craignent le grand chaud & le grand froid. La chair en est grasse, de bon goût & presque sans arêtes. Rondelet, hist. des poissons, part. I. liv. VIII. chap. vij. Voyez Poissons.

Maquereaux, s. m. (Pêche.) Voici comme se fait leur pêche. La manœuvre differe de celle de la pêche des harengs, voyez Harengs. Les filets sont aussi flottans, mais autrement établis. On démâte de même le bateau, & on ne donne qu’une petite cape au borset pour soutenir pendant qu’on jette le filet à la mer. La tête de ces filets-ci se tient toujours à fleur d’eau, & ne coule pas bas comme aux seines. La texture peut avoir trois mille brasses de long, ayant presque trois cent pieces d’aplets ; mais comme le fil qui les compose est fort leger, ils garnissent ordinairement le bas du filet, ou de vieilles seines, ou de manets ; quelques-uns même y mettent du plomb : mais comme la tête est fort flottée, les applets se soutiennent toujours à fleur d’eau ; aussi n’y a-t-il seulement que seize quarts de futaille pour soutenir le filet dans toute sa longeur. Ces filets dérivent comme les seines, & cette pêche-ci, comme celle des harengs, ne se fait que la nuit. Plus la nuit est obscure, plus on la peut espérer bonne. Les manets sont à fleur d’eau, parce que le maquereau s’y éleve, & quand il fait clair, il apperçoit le filet, dont il s’échappe en passant par-dessus. On releve ordinairement le filet au point du jour. Voyez nos Pl. de Pêche.

On fait encore la pêche du maquereau & autres poissons passagers, d’une maniere particuliere sur la côte de l’amirauté de Quimper en Bretagne. Il faut, pour pratiquer cette pêche, un lieu commode & à l’abri, tel qu’est le coude que forme la pointe de Cleden.

Ceux qui veulent faire cette pêche, ont une ancre ou une grosse pierre percée, du poids de quelques quintaux, sur laquelle on frappe un cordage long de plusieurs brasses. Les pêcheurs, dans leurs petits bateaux, portent cette pierre à cinquante ou soixante brasses loin de la côte de la plus basse-mer, où le pié soit écoré & escarpé, & les eaux si profondes, qu’il reste toujours plusieurs brasses d’eau, même du tems des plus basses marées ; le cordage frappé sur l’ancre, soit de fer ou de pierre, a vingt-cinq & trente brasses de longueur ; au bout qui flotte, est amarrée une poulie de retour, en sorte qu’elle puisse surnager à fleur d’eau. On passe ensuite dans cette poulie un même cordage ou une ligne qui vient double jusqu’à la côte. Le pêcheur se place sur une pointe de rocher pour haler & faire venir à lui cette corde quand il le juge à propos.

Sur une partie de cette corde, que l’on nomme va & vient, à cause de sa manœuvre, est enfilé ou amarré un filet flotté par la tête, & dont le pié est chargé de quelques pierres, pour le faire caler de sa hauteur ; ce sont ou des filets à maquereau, ou des tramaux, ou des rets à orphies ou aiguillettes, & des filets de gros fonds.

Quand le pêcheur veut faire sa pêche, & qu’il a placé son filet, il le tire de l’ancre, en halant à lui le cordage opposé ; & quand il veut visiter son filet, il hale le côté de la corde où il est amarré : il connoît par l’agitation des flottes de liege, & par leur enfoncement dans l’eau, lorsqu’il s’y est pris du poisson ; le filet, par cette manœuvre du cordage, va & vient, il fait passer à ses piés le filet pour en retirer le poisson qui s’y est maillé, ou qui s’est embarrassé dans les mailles des trameaux

La tissure du filet est ordinairement de quinze à vingt brasses de long sur une brasse & demie de chute. Les plus petites mailles de ces filets sont celles des manets ; & comme on y prend des meuilles ou mulets d’une grosseur prodigieuse, les pêcheurs ont des rets à plus grandes mailles, afin que les poissons s’y puissent prendre : ils ne pêchent que les poissons qui se sont maillés dans le filet.

La saison de faire cette pêche pour les mulets, est durant l’hiver, & pour les maquereaux pendant le carême. Il faut un tems calme pour pêcher de cette maniere avec succès ; les gros vents y sont contraires quelqu’abri qu’il y ait à la côte.

On place quelquefois vingt & plus de ces filets à côté les uns des autres, & ils ne sont souvent éloignés que de quelques brasses. Seulement de cette maniere ils sont placés comme sont situés à la côte les étentes, étates ou palis des pêcheurs picards & normands. Voyez Etente. Voyez nos Pl. de Pêche.