L’Encyclopédie/1re édition/PAUPIERE

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PAUPIERE, s. f. (Anatomie.) les paupieres sont une espece de voiles ou rideaux placés transversalement au-dessus & au-dessous de la convexité antérieure du globe de l’œil. Il y a deux paupieres à chaque œil, une supérieure & une inférieure. La paupiere supérieure est la plus grande & la plus mobile dans l’homme. La paupiere inférieure est la plus petite, & la moins mobile des deux. Les deux paupieres de chaque œil s’unissent sur les deux côtés du globe. On donne aux endroits de leur union le nom d’angles, & on appelle angle interne, ou grand angle, celui qui est du côté du nez ; & angle externe, ou petit angle, celui qui est du côté des tempes.

Les paupieres sont composées de parties communes & de parties propres ; les parties communes sont la peau, l’épiderme, la membrane cellulaire ou adipeuse. Les parties propres sont les muscles, les tarses, les cils, les points ou trous ciliaires, les points ou trous lacrymaux, la caroncule lacrymale, la membrane conjonctive, la glande lacrymale, & enfin les ligamens particuliers qui soutiennent les tarses. De toutes ces parties des paupieres, les tarses & leurs ligamens en sont comme la base. Voyez Tarses, ligamens ciliaires, &c.

Les bords de chaque paupiere en leur entier, sont formés par le bord du tarse, & la rencontre de la membrane interne avec la peau de l’épiderme. Ce bord a une petite largeur plate, depuis deux ou trois lignes de distance de l’angle interne des paupieres, jusqu’à l’angle externe, vers lequel la largeur va en diminuant. Cette largeur qui n’est que l’épaisseur applatie des paupieres, est taillée obliquement, de sorte que quand les deux paupieres se touchent légerement, elles forment avec la surface du globe de l’œil, un canal triangulaire.

Le bord applati de chaque paupiere est garni d’une rangée de poils qu’on appelle cils ; ceux de la paupiere supérieure sont courbés en haut, & plus longs que ceux de la paupiere inférieure qui sont courbés en bas. Les rangées sont du côté de la peau ; elles ne sont pas simples, mais plus ou moins inégalement doubles & triples. Les poils sont proportionnément plus longs vers le milieu des paupieres, que vers les extrémités, & il ne s’en trouve point ordinairement à la distance marquée de l’angle interne.

Le long du même bord des paupieres, vers la membrane interne, ou du côte de l’œil, paroît une rangée de petits trous, qu’on peut appeller trous ou points ciliaites.

On compte ordinairement deux muscles aux paupieres ; un propre ou particulier à la paupiere supérieure, nommé muscle releveur de cette paupiere ; & un commun aux deux paupieres, appellé muscle orbiculaire des paupieres, lequel on subdivise différemment. Voyez Orbiculaire, & Releveur

La paupiere supérieure dans l’homme a beaucoup plus de mouvement que la paupiere inférieure. Les petits clignotemens simples qui arrivent de moment en moment, dans les uns plus, dans les autres moins, se sont à la paupiere supérieure alternativement par le releveur propre, & par la portion palpébrale supérieure du muscle orbiculaire. Ils se font aussi alternativement & en même tems à la paupiere inférieure du muscle orbiculaire, mais très-peu à cause du petit nombre des fibres palpébrales inférieures.

Ces mouvemens légers, sur-tout celui de la paupiere supérieure, ne sont pas si faciles à expliquer, conformément à la vraie structure. Les mouvemens qui font tout-à-fait froncer les paupieres, & qu’on fait ordinairement pour tenir un œil bien fermé, pendant qu’on regarde fixement avec l’autre, peuvent être assez clairement expliqués par la simple contraction de toutes les portions du muscle orbiculaire. Ces derniers mouvemens sont aussi abaisser les sourcils, de sorte qu’on peut les mouvoir en trois différentes manieres ; savoir en haut par les muscles frontaux, on bas par les muscles orbiculaires, & en devant par les muscles sourcilliers.

La peau des paupieres est plus longue chez les Orientaux que chez les autres peuples ; & cette peau est comme on sait d’une substance semblable à celle du prépuce ; mais quel rapport y a-t-il entre l’accroissement de ces deux parties si éloignées.

Les paupieres, dit Ciceron, qui sont les ouvertures des yeux, ont une surface douce & polie, pour ne les point blesser ; soit que la peur de quelque accident oblige à les fermer ; soit qu’on veuille les ouvrir. Les paupieres sont faites pour s’y prêter, & l’un & l’autre de ces mouvemens ne leur coûte qu’un instant. Elles sont, pour ainsi dire, fortifiées d’une palissade de poils, qui leur sert à repousser ce qui viendroit attaquer les yeux quand ils sont ouverts, & à les clôre dans le tems du sommeil paisible.

Pour mettre dans un plus grand jour l’usage de ce beau voile, je remarquerai trois choses. 1°. Que les paupieres consistent en une peau mince & flexible, mais forte, par où elles sont plus propres à nettoyer & à défendre en même tems la cornée. 2°. Leurs bords sont fortifiés par un cartilage mol & flexible ; Par ce moyen elles remplissent mieux leurs fonctions, se ferment & s’ouvrent plus facilement. 3°. De ce cartilage s’éleve cette palissade de poils durs & roides, d’un grand usage pour garantir l’œil contre les injures du dehors, pour détourner les petits corpuscules, pour empêcher la lumiere trop vive, &c. & en même tems pour laisser au-travers de leurs interstices un passage suffisant aux rayons qui partent des objets pour venir jusqu’aux yeux.

Ajoutons qu’afin d’empêcher que l’air de dehors ne desseche la premiere surface de la prunelle qui y est exposée, & qu’il ne s’y fasse une espece d’épiderme comme à tout le reste du corps, il y a une humeur que l’œil a toujours en reserve dans des glandes cachées sous les paupieres, & qu’il envoye par des conduits particuliers vers leurs bords, afin que passant & repassant souvent sur le globe de l’œil, comme elles font, il soit toujours humecté par cette humeur qui y est répandue ; elle produit sur l’œil le même effet que le vernis sur les tableaux, donnant à leurs couleurs plus d’éclat & de vivacité.

Cette action des paupieres sert encore à nettoyer & à essuyer l’œil, en emportant la poussiere, & les autres petits corps qui peuvent s’attacher a cet organe, & l’incommoder. Cet usage a paru de telle importance à la nature, que les brutes n’ayant pas le moyen de se frotter les yeux comme l’homme qui a des mains, elle leur a donné une troisieme paupiere, qu’elle a mis en-dedans sous les deux autres ; en sorte que cette paupiere se glissant au-travers, va de droit à gauche, & de gauche à droite, pendant que les deux autres se haussent & se baissent pour pouvoir essuyer l’œil en tout sens. C’est à cette paupiere que sont attachées les glandes, qui fournissent l’humeur huileuse qui est répandue sur la cornée pour la nettoyer.

Le singe est le seul entre toutes les bêtes, qui de même que l’homme n’a point cette troisieme paupiere ; parce qu’ayant des mains comme lui ; il s’en peut servir pour se frotter les yeux, & en faire sortir ce qui les incommode.

Les organes qui font remuer cette paupiere des animaux, ont une méchanique bien industrieuse ; elle consiste dans une corde qui passe dans une poulie, & qui étend sur l’œil une membrane, comme on tire un rideau devant une fenêtre ; mais il faut beaucoup plus d’artifice pour cette action, qu’il n’y en a dans celle de la poulie ; parce que pour étendre cette membrane, il est nécessaire que le muscle qui la tire fasse un fort long chemin, ce qui est difficile à un muscle, qui ne peut être guere long, à cause du peu d’espace qu’il a pour se loger.

Les poissons n’ont point ordinairement cette troisieme paupiere ; le poisson appellé morgan, qui est une espece de galeus, l’a située autrement que les autres animaux ; car elle est tirée en-bas par ses fibres propres, & relevée en-haut par un muscle. Cette paupiere se trouve aussi dans les poissons, qui comme le veau marin sortent quelquefois de l’eau pour venir sur terre ; peut-être c’est parce que l’œil des poissons qui sont toujours dans l’eau, n’a pas besoin de paupiere qui le conserve & le garantisse de la poussiere qui vole en l’air, à laquelle l’œil du veau marin qui demeure long-tems sur terre, est exposé.

On n’est pas maître du mouvement des paupieres, c’est ma derniere remarque ; aussi est-ce avec raison qu’autrefois à Rome, on prit pour un prodige la fermeté d’un gladiateur qui retenoit le mouvement de ses paupieres, & s’empêchoit de siller les yeux quand il vouloit, lorsqu’on lui portoit des coups au visage ; car quoique le mouvement des paupieres soit libre, il devient à la longue nécessaire, & très-souvent involontaire. On n’est pas maitre de tenir les paupieres élevées lorsque le sommeil est pressant, ou que les yeux sont fatigués ; ce n’est pas cependant une chose particuliere aux yeux ; la nature a fait les organes des piés & des mains soumis à notre volonté, quoique notre volonté n’en dispose pas toujours. Qu’un homme tienne dans sa main quelque chose de précieux, & qu’il veut conserver au péril de sa vie ; s’il vient alors à broncher inopinément, étant abordé par un voleur, il lâchera ce qu’il tient pour mettre les mains au-devant de lui. La volonté n’est point la maîtresse d’un mouvement automatique qui va directement à notre conservation. Le Chevalier de Jaucourt.

Paupieres, maladie des (Médecine.) les paupieres sont sujettes à plusieurs maladies dont nous parcourrons les principales, & nous renvoyons les autres sous leurs articles particuliers.

Les enfans viennent quelquefois au monde avec les paupieres d’un œil, ou des deux yeux, unies ensemble en tout ou en partie. Il est vrai que c’est un jeu rare de la nature, & beaucoup plus commun par accident ou maladie, que par vice de conformation. Mais quelle qu’en soit la cause, on ne sauroit croire combien il est essentiel de charger de l’opération un chirurgien qui ait de l’expérience, de l’adresse, & la main sure pour ne point endommager l’œil. Nous parlerons de cette concrétion des paupieres à la fin de cet article.

Les paupieres sont fort sujettes à des tubercules & excroissances de différentes grandeurs & figures. Si l’excroissance est petite, rouge, dure, immobile, & située au-dessus des cils, on l’appelle orgeoles, à cause qu’elle a la figure d’un grain d’orge. Quelquefois cette petite tumeur est située en dehors près de la peau, & quelquefois au-dedans de la paupiere. Voyez Orgeolet.

Si le tubercule est mobile, on l’appelle chalaze ; s’il est en forme de vessie remplie d’une humeur aqueuse, on le nomme hydatide. S’il est fait comme un grain de grêle, on le nomme grêle, en grec λιθίασις. C’est une petite tumeur blanche, raboteuse, plus dure & plus calleuse que l’orgeolet, naissant à la partie extérieure & intérieure des paupieres, & renfermant une humeur qui ressemble en consistance à du tuf, ou à du gravier ; on traite ce mal de même que l’orgeolet.

Quelques-uns de ces tubercules tiennent de la nature de l’atherome, du stéatome, & du méliceris ; mais la plûpart sont de l’espece enkistée, les uns tenant à la peau par une racine fort mince, & les autres ayant une base fort large. Ces tubercules ne sont pas à craindre quand ils ne causent aucune douleur ; cependant ils demandent une attention particuliere lorsqu’il s’agit de les enlever par une incision, à cause de l’extrème délicatesse de la paupiere. Les tubercules qui pendent à une racine peuvent être extirpés par le moyen de la ligature, ou en les coupant sur le champ avec des ciseaux.

Les verrues qui viennent aux paupieres ne different des tumeurs dont on vient de parler, qu’en ce qu’elles défigurent la partie, & offensent souvent la vue. Ces verrues ont une racine grosse ou petite ; on les extirpe par le moyen de la ligature ou du bistouri, de même que les autres verrues ; mais quand elles deviennent noirâtres ou livides, on ne doit pas y toucher, parce qu’on a tout lieu d’appréhender la gangrene.

Les paupieres s’enflent ou se relâchent souvent au point de défigurer la partie, & de nuire à la vue. Cette maladie procede toujours ou de la paralysie du muscle releveur de la paupiere, ou du relâchement de la peau qui est au-dessus. Il vient quelquefois aux paupieres une tumeur œdémateuse ou aqueuse qui empêche l’œil entierement de s’ouvrir ; il faut exactement distinguer ce cas du précédent, puisqu’on y remédie aisément par des cathartiques, des diurétiques, & des sudorifiques, & en appliquant sur la partie une compresse trempée dans de l’esprit-de-vin camphré, ou dans de l’eau de chaux. Lors au contraire qu’elle est causée par un relâchement de la peau, il convient d’employer des remedes corroboratifs, comme un emplâtre d’huile noire de tartre, mêlée avec de la cire ou du baume de Pérou, de l’eau de la reine de Hongrie, de l’esprit de vers-de-terre, & autres choses semblables. Supposé que ces remedes ne réussissent point, le mieux qu’on puisse faire est de retrancher une portion suffisante de la peau relâchée, pour la racourcir & la faire rentrer dans son état naturel ; mais cette opération délicate a rarement du succès.

Ce qu’on nomme mutilation de la paupiere, en grec κολόϐωμα, est une maladie de l’œil, dans laquelle le bord de la paupiere est fendu, ou consommé en partie ; ensorte que les angles de part & d’autre de cette fente, même les bords, se retirent & se renversent. C’est une espece d’éraillement de la paupiere produit par une plaie, un ulcere, ou autre maladie. Quelque petite que soit cette fente ou cette mutilation de la paupiere, le mal est incurable ; la paupiere a trop peu d’épaisseur pour pouvoir être retaillée, & soutenir une ou deux aiguilles, autant de tems qu’il en faudroit pour procurer l’union.

Le trachome des Grecs, qu’on appelle en françois dartre des paupieres, est une ulcération des paupieres, accompagnée de rougeur, de prurit, d’âpreté, d’inégalités, de ficosités, de fentes, & de duretés dans la partie interne de l’une & de l’autre paupiere ; on en fait trois especes, ou plûtôt trois degrés différens.

Le premier est quand en renversant les paupieres, on voit qu’elles sont en-dedans rouges, inégales, âpres, & que le malade se plaint d’une démangeaison cuisante ; on appelle cette espece dasites. Le second est quand ces symptomes sont plus violens, & qu’il se forme aux paupieres de petits tubercules, à peu-près comme des pepins de figue ; alors le mal prend le nom de ficosis, ficosa palpebra. Le troisieme est quand la maladie est si invétérée, que la partie interne des paupieres est ulcérée avec des fentes & des duretés calleuses : les Grecs nomment cette espece de dartre calleuse des paupieres, thilosis, & les latins callositas palpebræ ; pour la cure, voyez Trachome.

Le dérangement des cils des paupieres qui se tournent quelquefois en-dedans, & irritent les yeux par de vives douleurs accompagnées d’inflammations, est un mal qui se nomme trichiase. Voyez Trichiase.

Le renversement & retirement des paupieres, qui ne couvrent pas suffisamment l’œil, se nomme ectropium & lagophthalmie. Voyez-en les articles, & joignez-leur la dissertation savante de Keeckius sur l’ectropium, car elle mérite d’être consultée.

Quand les paupieres sont collées l’une à l’autre, ou contre l’œil même, quelle qu’en soit la cause, cette maladie s’appelle concrétion des paupieres, & par les Grecs, ἀγκυλοϐλέφαρον, mot composé de ἀγκύλος, jointure, & de βλέφαρον, paupiere. Celse ainsi que Paul Eginete en ont parlé. On distingue bien aisément cette concrétion d’un accident passager qui arrrive aux yeux par l’intervention de quelque matiere glutineuse, sans qu’il y ait une véritable coalition, comme on le voit quelquefois dans la petite vérole & dans l’ophthalmie.

Quelquefois les paupieres sont tellement collées l’une contre l’autre, qu’on ne sauroit du tout ouvrir l’œil. Tantôt cet accident n’arrive qu’à un œil, d’autres fois à tous les deux. Il arrive aussi quelquefois que la paupiere s’unit avec la conjonctive, & cela plus ou moins fort, à proportion du nombre de fibres entre lesquels se fait la coalition. Ces sortes de maux viennent aux yeux quand cette partie ou la paupiere qui la couvre, ont été mal traitées par la petite vérole, ou à la suite d’une violente inflammation, ou d’une brûlure, sur-tout si elle a été faite avec de la poudre à canon, ou en un mot de toute autre exulcération de quelque nature qu’elle soit. Il n’est pas sans exemple de voir des enfans naître avec cette défectuosité, & des hommes sains d’ailleurs la contracter à l’occasion d’excroissances charnues à l’une ou l’autre angle de l’œil. Heister dans sa chirurgie a vû l’un & l’autre arriver.

Le même auteur ajoute qu’il a vû les paupieres collées à la cornée, ce qui est difficile à concevoir ; en tout cas c’est un fait rare, & dans lequel il ne peut guere arriver qu’on en guérisse sans perdre la vue : en général la guérison de la coalition des paupieres est très-incertaine. Un des cas où il est plus difficile de décoller la paupiere de dessus l’œil, c’est lorsque le mal est causé par une brûlure. Ce qu’on peut tenter de mieux alors, est de faire force injections, d’introduire dans les yeux des médicamens humectans & émolliens, propres à les tenir toujours humides & mobiles, & à empêcher les parties enflammées de se coller l’une contre l’autre.

Quand la coalition des paupieres est une suite de la petite vérole, il est difficile de la détacher sans que l’œil en souffre par des cicatrices irremédiables ; mais quand à l’occasion de la petite vérole, ou d’une inflammation aux yeux, il arrive, ce qui n’est pas rare, que les paupieres s’attachent l’une à l’autre pendant le sommeil, par l’intervention de quelques humeurs gluantes, qui empêchent le malade d’ouvrir les yeux, alors le remede est simple. On se gardera bien de lui ouvrir les yeux de force, mais on délayera ces humeurs avec facilité par des injonctions d’eau tiede, & en bassinant la partie avec du lait chaud, au moyen de quoi les paupieres ne manqueront pas de s’ouvrir.

Mais dans toutes les occasions où pour remédier à la concrétion des paupieres il est besoin de l’opération, on ne sauroit trop, comme je l’ai dit, en charger une main habile, sure & expérimentée. Il faut aussi que le même chirurgien après avoir opéré, tâche d’empêcher par des précautions convenables, que les paupieres ne s’attachent de nouveau. Un des bons moyens pour y parvenir, est de mettre entre deux, un petit linge très-fin, ou une feuille d’or enduite d’huile d’amandes douces ; on les y laisse quelques jours jusqu’à ce qu’on n’ait plus à craindre de nouvelle coalition. Cependant comme il arrive souvent que la personne incommodée ne peut rien souffrir entre sa paupiere & son œil, il faut alors se contenter de lui instiller dans l’œil, un collyre d’eau de plantain, de tuthie & de sucre de saturne, & réitérer souvent cette instillation ; en même tems le malade aura soin de frotter doucement, & remuer lui-même ses paupieres, en les écartant de-tems-en-tems avec les doigts.

Je finis par une remarque sur la concrétion des paupieres ; c’est qu’il n’en faut point faire l’opération sur les enfans, par l’impossibilité qu’il y a de les engager à tenir les yeux ouverts. Il faut donc attendre d’eux un âge raisonnable, d’autant plus que cette maladie n’est pas du nombre de celles qui se rendent plus fâcheuses par le cours de quelques années. Je renvoie toujours le lecteur sur les maladies de l’œil à Maître-Jan ; & c’est en particulier sur les maladies des paupieres qu’on se plait à voir sa candeur & son amour pour la vérité. (Le Chevalier de Jaucourt.)