L’Encyclopédie/1re édition/PRÉCESSION des équinoxes

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PRÉCESSION des équinoxes, ou simplement Précession, s. f. est un terme dont on se sert dans l’Astronomie pour exprimer le mouvement insensible, en vertu duquel les équinoxes changent de place continuellement, & se transportent d’orient en occident, c’est-à-dire, comme disent les Astronomes, in antecedentia, ou contre l’ordre des signes. Voyez Équinoxes.

Il est prouvé par les observations astronomiques, que les poles, les solstices, les équinoxes, ont un mouvement retrograde, & vont continuellement d’orient en occident : par ce mouvement les points de l’écliptique reculent continuellement contre l’ordre des signes, de la quantité d’environ 50 secondes par an ; & ce mouvement retrograde est appellé précession ou rétrocession des équinoxes.

Or, comme les étoiles fixes sont immobiles, & que les points des équinoxes sont retrogrades, il s’ensuit que les étoiles doivent toujours paroître de plus en plus à l’orient par rapport à ces points, & qu’ainsi les longitudes des étoiles, qui se comptent depuis le premier degré d’aries, c’est-à-dire, depuis le point de l’équinoxe de printems, doivent croître continuellement. Voyez Longitude & Étoile.

C’est pour cette raison qu’aucune constellation n’est aujourd’hui au même endroit où les anciens astronomes l’avoient placée : du tems d’Hypparque les points équinoctiaux étoient aux premieres étoiles d’aries & de libra ; mais ces points en sont à présent fort éloignés ; & les étoiles qui étoient alors en conjonction avec le soleil au tems de l’équinoxe, en sont aujourd’hui distantes vers l’orient d’un signe entier, c’est-à-dire, de 30 degrés ; ainsi la premiere étoile d’aries est à présent dans la portion de l’écliptique appellée taurus : la premiere étoile de taurus est dans les gémeaux ; & les gémeaux sont en cancer. Voyez Signe & Constellation.

Les équinoxes qui retrogradent continuellement vers l’occident, reviendront enfin au premier point d’aries après plusieurs années ; & toutes les constellations reprendront alors leur premiere situation par rapport aux points des équinoxes ; la durée de cette révolution est de 25816 ans, selon Tycho ; de 25920, selon Riccioli, & de 24800, selon M. Cassini.

Les anciens, & même quelques modernes, ont cru faussement que les points des équinoxes étoient immobiles ; & ont attribué le changement de place des étoiles par rapport aux équinoxes, à un mouvement réel dans l’orbe des fixes, qu’ils supposoient tourner fort lentement sur les poles de l’écliptique ; selon ces Astronomes, les étoiles font leurs révolutions autour de ces poles en 25920 ans ; après quoi elles doivent revenir à leur premiere place.

Les anciens appelloient cette période l’année platonique, ou la grande année. & ils croyoient (mais sans aucun fondement) que quand cette période seroit finie, toutes choses recommenceroient dans leur premier état, & reviendroient dans le même ordre où elles étoient arrivées. Voyez An.

La précession des équinoxes fait que le tems qui s’écoule depuis un équinoxe de printems ou d’automne jusqu’à l’équinoxe suivant de printems ou d’automne est un peu plus court que le tems que la terre met à faire sa révolution dans son orbite. Voyez An.

Selon M. Newton, la cause physique de la précession des équinoxes vient de la figure de la terre, qui est, comme l’on sait, celle d’un sphéroïde applati vers les poles, & qui est telle, à cause de la rotation de la terre autour de son axe.

Ce phénomene vient en effet de la figure de la terre ; mais quelque ingénieuse que soit la théorie de M. Newton à ce sujet, elle laissoit encore beaucoup à desirer, & pour dire le vrai, elle étoit très-fautive & très-imparfaite. C’est ce que j’ai fait voir en détail dans l’ouvrage que j’ai publié en 1749, & qui a pour titre, recherches sur la précession des équinoxes, & sur la nutation de l’axe de la terre dans le système newtonien ; dans cet ouvrage j’ai résolu le premier exactement cet important problème d’astronomie physique, j’ai fait voir 1°. qu’en vertu de la figure applatie de la terre l’action du soleil & celle de la lune devoient produire dans les points équinoctiaux, un mouvement retrograde uniforme ; 2°. qu’outre ce mouvement l’inclinaison de l’orbite de la lune sur l’écliptique, & le mouvement de ces nœuds devoit produire une nutation dans l’axe, & une petite équation dans la précession, telles à-peu-près que M. Bradley les a observés. Voyez Nutation. Depuis ce tems j’ai fait voir dans les mémoires de l’académie des Sciences de 1754, que les mêmes lois de la précession & de la nutation auroient lieu, quand même les méridiens ne seroient pas semblables. Je renvoie le lecteur à ces différens écrits. (O)

En vertu de la précession des équinoxes, la différence entre le calendrier de l’horison & l’ordre des signes du zodiaque dans l’écliptique est très-considérable. Dans l’horison, le 21 de Mars répond au premier degré du bélier ; & ce premier degré touche l’équinoxe du printems, ou l’intersection de l’écliptique sur le premier degré de l’équateur au point de l’orient. Vous y trouverez de même le 22 Juin marqué vis-à-vis le premier degré de l’écrevisse, où arrive le point de l’écliptique le plus déclinant de l’équateur ; & c’est le solstice d’été. Vous y verrez ensuite le 23 Septembre placé vis-à-vis le premier degré de la balance, & à l’autre intersection de l’écliptique sur le 180 degré de l’équateur ; ce qui est l’équinoxe d’automne. Enfin on y voit le 22 Décembre placé vis-à-vis le premier degré du capricorne, où l’écliptique décline le plus de l’équateur avec le pole austral ; & c’est le solstice d’hiver. Si de dessus le bord de l’horison terrestre vous portez les yeux sur le globe terrestre, vous y trouverez à la vérité la marque abrégée du bélier auprès de l’intersection sur le premier degré de l’équateur ; mais les étoiles mêmes du bélier, & la figure de l’animal qui les embrasse dans son étendue, sont 30 degrés plus éloignés vers l’orient. Toutes les marques abrégées des autres signes sont placées sur tout le reste de l’écliptique, comme elles sont marquées dans l’horison. Mais les signes même, ou les animaux avec leurs étoiles commencent 30 degrés plus loin vers l’orient.

Les premiers astronomes eurent soin de poser les premiers degrés des signes du bélier, &c. aux points des équinoxes & des solstices. C’est ainsi qu’on comptoit depuis long-tems, & ils étoient persuadés que les étoiles qu’on voyoit dans ces points ne les quittoient jamais. Cependant peu-à-peu l’on s’est apperçu que la premiere étoile du bélier s’écartoit d’un degré du point de l’équinoxe vers l’orient, dans l’espace de 70 ans ; & enfin que tous les signes sont présentement avancés de 30 degrés vers l’orient. Mais ces points conservent encore aujourd’hui les noms des signes qui n’y sont plus.

Les Astrologues prétent à la balance des influences bénignes, au scorpion une impression de malignité, & aux autres signes des effets conformés à la nature des animaux ou des objets, dont ces signes portent le nom. Ils prétendent sur-tout que toute l’activité de l’influence se fait sentir au moment que tel ou tel signe commence à monter sur l’horison ; mais leur prétention est bien vaine, puisque, quand ils disent qu’un homme est né sous le dangereux aspect du scorpion, c’étoient réellement la balance, qui montoit alors sur l’horison ; que ce sont les gémeaux qui y montent, quand on dit que c’est le cancer, & ainsi des autres. Article de M. Formey, qui l’a tiré du spect. de la nature, t. IV. p. 378.