L’Encyclopédie/1re édition/SECTEUR

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SECTEUR, s. m. en Géométrie ; c’est la partie d’un cercle, comprise entre deux rayons & l’arc renfermé entre ces rayons. Voyez Cercle & Arc.

Ainsi le triangle mixte ACD, (Pl. de Géom. fig. 13.) compris entre les rayons AC, CD, & l’arc AD est un secteur de cercle.

Les géometres démontrent que le secteur d’un cercle, comme ACD, est égal à un triangle, dont la base est l’arc AD, & la hauteur le rayon AC.

Si du centre commun de deux cercles concentriques on tire deux rayons à la circonférence du cercle extérieur, les deux arcs renfermés entre les rayons auront le même rapport que leurs circonférences, & les deux secteurs seront entr’eux comme les aires ou les surfaces de leurs cercles.

Pour trouver en nombre l’aire d’un secteur DCE, le rayon CD du cercle & l’arc DE étant donnés, il faut d’abord trouver un nombre quatrieme proportionel à 100314, & au rayon AC : ce quatrieme proportionel exprimera la demi-circonférence à très peu près. Voyez Cercle & Quadrature. Que l’on cherche alors un autre quatrieme proportionel au nombre 180, à l’arc DE & à la demi-circonférence que l’on vient de trouver ; cet autre quatrieme proportionel donnera l’arc DE dans la même mesure que le rayon AC est donné : enfin, multipliez l’arc DE par le demi-rayon, ce produit est l’aire du secteur.

Les Anglois donnent aussi le nom de secteur à ce que l’on appelle en France, compas de proportion. Voyez Compas de proportion. Chambers. (E)

Secteur astronomique, est un instrument inventé par M. George Graham de la société royale de Londres, qui sert à prendre avec beaucoup de facilité les différences d’ascension droite & de déclinaison de deux astres, qui seroient trop grandes pour être observées avec un télescope immobile.

Le micrometre est généralement reconnu pour l’instrument le plus exact, & le plus propre à déterminer le lieu d’une planete ou d’une comete ; quand elles sont assez près d’une étoile connue ; ce qui se fait en prenant les différences de leur ascension droite, & de leur déclinaison à celles de l’étoile. Mais ceci étant souvent impraticable à cause du grand nombre d’espaces du ciel, qui sont entierement vuides d’étoiles, dont les lieux soient connus ; on est obligé d’avoir recours à des sectans ou des quarts de cercles mobiles armés de télescopes, pour prendre des distances plus grandes que celles qu’on peut prendre avec un micrometre. Or sans parler de ce qu’il en coûte, ni de la difficulté d’avoir des instrumens de cette espece ; il est évident qu’il est peu sûr, & fort difficile de s’en servir, surtout par l’embarras où sont les observateurs, pour faire correspondre au même instant leurs observations à chaque télescope, tandis que cet instrument suit le mouvement diurne des cieux.

Le secteur astronomique remédie à tous ces inconvéniens, & c’est une obligation de plus que les astronomes ont à M. Graham, qui leur a rendu de si grands services par les excellens instrumens qu’il a inventés. Avant d’entrer dans le détail de ses parties, nous en donnerons une idée générale, afin qu’on en conçoive mieux l’usage & l’application.

Cet instrument (fig. Pl. d’Astronom.) est composé 1°. d’un axe HFI, mobile sur ses pivots H & I, & situé parallelement à l’axe de la terre ; 2°. d’un arc de cercle AB contenant 10 ou 12 degrés, ayant pour rayon la plaque CD tellement fixée au milieu de l’axe HI, que le plan du secteur est toujours parallele à cet axe, qui étant lui-même parallele à l’axe de la terre, détermine le plan du secteur à être toujours parallele à celui de quelque cercle horaire ; & 3°. d’un télescope CE, dont la ligne de vue est parallele au plan du rayon CD, & qui, en tournant la vis G, se meut autour du centre c de l’arc AB, d’un bout à l’autre de cet arc.

Pour observer avec cet instrument, on le tournera tout entier autour de l’axe HI, jusqu’à ce que son plan soit dirigé successivement à l’une & à l’autre des étoiles que l’on veut observer. Ensuite on fera mouvoir le secteur autour du point F, de façon que l’arc AB étant fixe, puisse prendre les deux étoiles dans leur passage par son plan ; pourvû, comme il est évident, que la différence de leurs déclinaisons ne surpasse pas l’arc AB. Alors ayant fixé le plan du secteur un peu à l’ouest des deux étoiles, on tournera le télescope cE, au moyen de la vis G, & on observera avec une pendule le tems du passage de chacune des étoiles par les fils transverses, & les degrés & les minutes marqués par l’index sur l’arc AB, à chaque passage. La différence des arcs sera la différence des déclinaisons des deux étoiles, & celle des tems donnera la différence de leur ascension droite.

Description des principales parties de l’instrument. Sur une des faces d’un axe de fer quarré HIF, fig. & près de son extrémité supérieure, est attachée une large plaque de laiton abc, circulaire & fort épaisse. Sur cette plaque est adaptée une croix de laiton KLMN, qui tourne au moyen d’une charniere, ou plutôt d’un ajustement dont nous parlerons plus bas, autour du centre F. Aux deux bouts de la branche MN, s’élevent deux barres perpendiculaires O & P, dont les extrémités s’attachent par le moyen des vis dc, au dos du rayon CD, qui est renforcé d’un bout à l’autre par une longue plaque de laiton, posée sur le champ comme on le voit dans la figure. Les barres O & P n’ont d’autre longueur que celle qu’il leur faut pour que le secteur ABC tourne autour d’F, sans toucher à la plaque circulaire QR, fixée à la base supérieure du cylindre de cuivre I. L’axe de fer HIF passe par un trou quarré percé au milieu du cylindre & de la plaque, & y est attaché fermement. ST, figure représente une longue bande de laiton très-forte, & ayant deux petites plaques VX & YT, élevées perpendiculairement. La plaque ST étant située selon sa longueur parallélement à l’axe de la terre, & étant fixement arrêtée dans cette position sur un piédestal, ou de quelque autre maniere, transportez-y l’axe HI, & placez le trou conique en H, sur la pointe d’une vis en Y, & le cylindre I dans l’entaille VZX, dont les côtés paralleles VX l’embrassent, tandis qu’il s’appuie sur les extrémités d’une cavité angulaire, située au fond de l’entaille Z. Par ce moyen tout l’instrument tournera avec beaucoup de précision autour d’une même ligne imaginaire. La figure représente une section de tout l’instrument, faite par un plan passant à angles droits par le rayon CD, par la bande qui le fortifie, & par l’axe HI & son support ST. On suppose dans cette section le secteur tourné autour d’F, jusqu’à ce que le rayon CD devienne parallele à l’axe HI. On a conservé aux différentes parties de l’instrument, les mêmes lettres que dans les autres figures, afin qu’on les distingue mieux.

Les branches O & P ont deux fentes au milieu de leurs extrémités, pour recevoir le bord de la bande CD. La plaque circulaire ac est fixée à l’axe par les vis hi sur la verge de laiton gk vissée ; sur l’axe HI glisse une balle de cuivre lm, que l’on fixe par une vis m, à une distance convenable pour contrebalancer le poids du secteur & du télescope, placés sur le côté opposé de l’axe. Au haut du support ST, il y a un tenon nopqrstu, dont la cavité nopq reçoit la plaque circulaire QR. L’extrémité q d’une plaque qui fait ressort pq, est fixée par une vis r à l’intérieur de la plaque supérieure rs, pendant que son autre extrémité p, en tournant la tête de la vis t, presse sur le cercle Q. Pour empêcher cette pression de changer le plan du cercle QR, & conséquemment la position de l’axe HI, le tenon nopq a la liberté de céder, ou de tourner sur les extrémités de deux vis qui entrent dans des trous coniques, situés dans les bords opposés de la plaque inférieure no. On voit une de ces vis en n, & la piece fixe dans laquelle elles se vissent est représentée séparement & en plein en nxyz ; nz étant les points sur lesquels le tenon tourne, par ce moyen la même vis en f fait que la plaque supérieure & l’inférieure du tenon nopq, compriment le cercle Q uniformément. Un tenon semblable est attaché à la branche O, afin de presser le cercle ac & la plaque transverse MN, l’un contre l’autre, de façon que le secteur reste fixe dans une position quelconque. La charniere ou l’ajustement en F, dont il a été fait mention plus haut, ne consiste qu’en une goupille cylindrique qui passe par les plaques MN, ac. La tête plate de la goupille est fixée par trois petites vis à la plaque MN, & à l’autre extrémité de cette goupille est attachée, au moyen d’une vis qui se visse dans la goupille, une plaque circulaire qui fait ressort. L’ajustement du point C est fait de la même façon.

La figure représente la disposition & la construction des pieces qui servent à faire mouvoir le télescope, en tournant la tête de la vis g. Les pieces principales sont la vis gab, une piece mn, au-travers de laquelle elle passe, & la piece hei, où est l’écrou dans lequel entre la vis. La piece mn est une espece d’aissieu fort court, percé d’un trou pour laisser passer la vis. Cet axe ou aissieu, posé perpendiculairement au limbe, est retenu dans cette position par un coq no. Il est mobile autour de ses pivots mn, afin que la vis obéisse au petit mouvement angulaire qu’elle est obligée d’avoir nécessairement, l’écrou c se mouvant dans un arc de cercle. Cet écrou c a une partie qui traversant l’entaille circulaire de, est reçue dans un trou fait à la plaque du vernerus, de façon qu’elle fait corps avec lui, quoiqu’elle puisse tourner dans ce trou. Or cette plaque étant fixée par une de ses extrémités au télescope, il s’ensuit qu’en tournant l’écrou d’un sens ou de l’autre, on fera mouvoir le télescope en avant ou en arriere ; h & i sont les têtes de deux vis dont les tiges passent tout à la fois au-travers d’une plaque qui fait ressort (pour rendre le mouvement uniforme) d, au-travers de l’entaille de, pour aller se visser dans la plaque du vernerus.

La longue vis gab porte de chaque côté de l’axe mn, deux especes de viroles qui lui servent comme de parties ou d’épaulemens pour l’empêcher d’avancer ou de reculer. La petite piece bp est fendue pour recevoir l’extrémité de cette vis qu’elle ne sert qu’à guider.

Voici les dimensions de cet instrument en piés & pouces anglois ; on en trouvera le rapport avec nos mesures à l’article Pied. La longueur du télescope, ou le rayon du secteur, est de 2 piés  ; la largeur du rayon vers C, est d’1 pouce  ; & vers D, de 2 pouces. La largeur du limbe AB, est d’1 pouce  ; & sa longueur de 6 pouces, contenant 10 degrés, divisés chacun de 15 en 15 minutes. Le télescope porte un vernerus, ou plaque à subdiviser, voyez Vernerus, dont la longueur étant égale à 16 quarts de degré, est divisée en 15 parties égales, ce qui divise le limbe en minutes ; & par l’estimation en plus petites parties, l’axe quarré HIF, a 18 pouces de longueur, & la partie HI en a 12 pouces. Son épaisseur est aux environs d’ pouce. Le diametre des cercles QR & abc, sont chacun de 5 pouces, pour l’épaisseur des plaques ; & les autres dimensions, on peut les laisser à la disposition de l’ouvrier.

Maniere de rectifier cet instrument. On placera l’intersection des fils transverses à la même distance du plan du secteur, que l’axe du verre objectif.

Par ce moyen le plan décrit par la ligne de vûe, en faisant mouvoir le télescope autour du point C, sera assez juste & exemt d’aucune courbure conique. Pour s’en assurer, on suspendra un long fil à plomb, à une distance convenable de l’instrument ; on fixera le plan du secteur dans une position verticale, & on observera alors si pendant que le télescope se meut au moyen de la vis, le long du limbe, les fils transverses paroissent toujours se mouvoir le long de la ligne à plomb.

L’axe hfo pourra être placé presque parallélement à l’axe de la terre, par le moyen d’un petit cadran ordinaire. Ensuite pour le situer parfaitement parallele à cet axe, on observera quelques-unes des étoiles des environs du pole, & le télescope étant fixé sur le limbe, on fera suivre à la ligne de vûe le mouvement circulaire de cette étoile autour du pole, en tournant tout l’instrument sur son axe hfo. Que l’on suppose pour cet effet le télescope kl, dirigé vers l’étoile a, quand elle passe au plus haut point de son cercle diurne, & qu’on remarque la division coupée par le vernerus sur le limbe, cette étoile arrivera 12 heures après au point le plus bas du même cercle. Alors ayant fait faire à l’instrument une demi-révolution sur son axe, pour amener le télescope dans la position mn, si les fils transverses couvrent la même étoile supposée en b, l’élévation de l’axe hfo sera parfaitement juste ; que si au contraire ils ne la couvroient pas, & qu’il fallût mouvoir le télescope dans la position μν afin de pointer à cette étoile ; on connoîtra l’arc qui mesure l’angle mfμ ou bfc, & alors on abaissera l’axe hfo de la moitié de l’angle connu, si l’étoile passe au-dessous, ou on l’élevera d’autant, si c’est au-dessus ; ensuite on repétera la même observation jusqu’à ce qu’on ait trouvé la véritable position de l’axe. On corrigera par des observations semblables, faites sur la même étoile dans le cercle de six heures, les erreurs de position de l’axe, soit à l’est, soit à l’ouest, jusqu’à ce que les fils transverses suivent l’étoile tout au tour du pole. Cette maniere d’opérer est claire ; car supposant aopbc un arc du méridien (ou dans la seconde opération, un arc du cercle de six heures), & faisant l’angle afp égal à la moitié de l’angle afc, la ligne fp pointera au pole, & l’angle ofp, qui est l’erreur de position de l’axe, sera égal à la moitié de l’angle bfc ou mfμ, trouvé par l’observation, puisque la différence des deux angles afb, afc, est double de la différence de leurs moitiés afo & afp. Il est presque inutile d’ajouter qu’à moins que l’étoile ne soit fort près du pole, il faudra faire attention aux réfractions. (T)

Secteur de M. Graham, est encore un instrument d’Astronomie, qui sert à observer les distances des étoiles au zénith lorsqu’elles en passent fort près. La premiere idée en est dûe au docteur Hook, qui l’avoit imaginé pour déterminer la parallaxe des étoiles fixes ; mais par les changemens & les additions que M. Graham y a faits, il l’a rendu comme un nouvel instrument dont on peut le regarder comme l’inventeur. C’est avec un secteur que M. Bradley a fait la fameuse découverte de l’aberration des étoiles fixes, & c’est aussi avec un secteur exécuté sous les yeux & par les soins de M. Graham, que MM. les académiciens du Nord ont déterminé l’amplitude de l’arc du méridien qui devoit établir la grandeur du degré sous le cercle polaire. Nous rapporterons ici la description qu’ils en ont donnée, parce qu’il seroit impossible d’en donner une meilleure.

Ce qu’on appelle proprement secteur dans l’instrument dont il s’agit, est une lunette DN, garnie d’un limbe ou proportion de cercle TV, qui a pour rayon la distance DG qu’il y a de l’objectif à son foyer.

Ce secteur est porté par un autre secteur immobile qui lui est concentrique, & dans le plan duquel il se peut mouvoir en tournant sur l’axe qui passe par les centres des deux secteurs.

Ce second secteur qui porte le vrai secteur, est porté lui-même par un pié qui a la figure d’une pyramide tronquée.

La premiere figure fait voir l’instrument entier avec ses pieces assemblées ; mais outre que cette figure n’est pas assez grande pour en faire voir le détail, il y a plusieurs choses essentielles à l’instrument qui se trouvent cachées, & d’autres qu’on a omises, parce qu’elles auroient été trop petites pour être apperçues. Toute la suspension du vrai secteur se trouve cachée par le prisme creux exagonal, qui termine le haut du pié ; & le micrometre que l’on place sur le limbe du second secteur, & qui sert à conduire le vrai secteur & à régler son mouvement, a été omis, parce qu’il seroit devenu trop petit, & que le limbe du vrai secteur en auroit caché la plus grande partie. Il faut donc avoir recours aux figures suivantes pour connoître toutes les pieces de l’instrument ; on va les détailler toutes en commençant par le vrai secteur.

La seconde figure représente le vrai secteur en perspective dans ses proportions, & la troisieme figure en fait voir les principales parties plus en grand dans une élévation géométrale tronquée : les lettres sont relatives à la seconde & troisieme figures, mais il a été impossible de mettre sur la seconde toutes celles qui sont sur la troisieme.

DN est un tube cylindrique de lunette, long de 8 piés 11 pouces, fait de laiton bien écroui, ce tube a trois parties dans sa longueur ; les deux premieres parties DE, FG ont trois pouces de diametre, & chacune est garnie à ses extrémités de frettes cylindriques de cuivre ; la troisieme partie, dans laquelle entre l’oculaire, n’a qu’un pouce de diametre.

La frette D, qui fortifie la lunette à son extrémité supérieure, contient l’objectif ; il y a au-dedans de cette frette une feuillure faite sur le tour, dans laquelle l’objectif est exactement enchâssé & tient de lui-même avec assez de force : l’objectif est encore poussé vers le fond de sa feuillure par un tuyau à vis, de façon qu’il est arrêté de la maniere la plus fixe. La frette D porte deux tourillons A, B, de cuivre diametralement opposés, dont l’axe est bien perpendiculaire à celui de la lunette. Ces deux tourillons servent à suspendre la lunette qui, quand elle est libre, peut osciller comme un pendule. Le tourillon A porte un cylindre C d’acier trempé de trois quarts de ligne de diametre ; & ce petit cylindre, qui a même axe que les tourillons A, B, est diminué autant qu’il est possible vers son extrémité, de maniere qu’à l’endroit de l’entaille il ressemble à deux cônes opposés par la pointe : cette entaille est faite pour recevoir la boucle d’un fil à-plomb, dont on verra l’usage.

La frette E qui est au bout inférieur de la premiere partie, & la frette F qui est au bout supérieur de la seconde, sont soudées à des brides circulaires, aussi de cuivre ; ces deux brides qui sont liées ensemble par des vis, servent à assembler solidement les deux premieres parties du tube DG. Si ce tube DG avoit été d’une seule piece, on n’auroit pas eu besoin des deux frettes EF, mais alors il n’auroit pas été possible de l’écrouir aussi parfaitement qu’en le faisant de deux pieces ; au reste, ces deux parties de tube ne se desassemblent jamais.

La frette G qui est à l’extrémité inférieure de la seconde partie du tube, porte un miroir plan K d’acier bien poli, qu’on recouvre d’une piece de cuivre L, quand on ne fait point usage de la lunette : c’est par ce miroir que la vis du micrometre, que nous expliquerons, pousse la lunette pour lui donner l’inclinaison nécessaire dans les observations. Sur le couvercle L du miroir est un trait léger qui est horisontal quand le miroir est couvert ; ce trait sert à marquer la hauteur où doit être la vis du micrometre. Ainsi avant que de découvrir le miroir, il faut hausser ou baisser le micrometre jusqu’à ce que la pointe de sa vis soit précisément sur le trait du couvercle.

Le dedans de la frette G est tourné en forme de feuillure circulaire ; cette feuillure reçoit un chassis rond, précisément de même diametre : la position du chassis dans la feuillure est déterminée par deux piés diamétralement opposés, qui tiennent à la feuillure & entrent dans deux petits trous faits au chassis. Enfin le chassis est arrêté dans la feuillure par quatre vis qui l’y retiennent solidement. Ce chassis est exactement placé au foyer de l’objectif, il est percé d’une large ouverture d’environ deux pouces de diametre, & porte deux fils d’argent extrèmement fins, croisés à angles droits & perpendiculaires à l’axe de la lunette dans lequel ils se croisent. L’un de ces fils est parallele à l’axe des tourillons A, B. La position des fils sur le chassis est invariable ; car le chassis est percé de quatre trous qui ne sont guere plus gros que les fils qui y passent ; une extrémité de chaque fil est arrêtée dans son trou par une goupille, & les deux autres extrémités sont tirées par des ressorts qui tiennent toujours les fils bien tendus, malgré leur racourcissement dans le froid & leur alongement dans le chaud.

La même frette G est fixée perpendiculairement sur une platine quarrée de cuivre, à laquelle sont attachées plusieurs pieces qu’on va expliquer.

1°. Une piece de cuivre M parallele au miroir S, au-dessous duquel elle est placée. C’est par cette piece M qu’on commence à pousser la lunette par le moyen d’une seconde vis qui est au micrometre : cette piece M & la vis qui la pousse, servent à empêcher la principale vis du micrometre de s’émousser en heurtant contre le miroir d’acier K.

2°. Un limbe TV plan, perpendiculaire à l’axe des tourillons A, B, & dont la face antérieure est aussi éloignée de l’axe de la lunette, que l’entaille C du cylindre d’acier est distante du même axe. Sur ce limbe sont tracés deux arcs, qui ont tous deux l’entaille C pour centre ; ces deux arcs sont chacun de cinq degrés & demi, & sont divisés de sept minutes & demie en sept minutes & demie par des points très fins qu’on peut à peine appercevoir : les points du cercle inférieur sont plus fins que ceux du supérieur ; ces deux arcs peuvent servir à se vérifier mutuellement.

3°. Le petit tube cylindrique N qui reçoit l’oculaire est encore attaché sur la même platine ; ainsi cette platine est percée d’un trou pour laisser passer la lumiere de l’objectif à l’oculaire.

4°. Enfin cette platine porte encore deux roulettes, savoir une roulette I ou plutôt sa chape solidement arrêtée par des vis, & une roulette H dans une chape ajustée à un ressort : on va voir l’usage de ces deux roulettes dans le détail du second secteur, qui porte celui qu’on vient d’expliquer.

La quatrieme figure représente le second secteur, qui doit porter le vrai secteur représenté dans la seconde figure. Voici les pieces qui le composent.

fghopq est un gros arbre de bois des Indes très dur ; sa hauteur est de 8 piés 4 pouces & demi, sa largeur gh est de 9 pouces, & son épaisseur fg de 8 pouces 9 lignes.

Au haut de cet arbre est attachée une forte platine de laiton, perpendiculaire à la longueur de l’arbre ; la platine saille au-delà de l’arbre d’environ 5 pouces 2 lignes, & sa partie saillante qui est échancrée pour laisser passer la lunette, porte deux coussinets a, b, dans lesquels doivent tourner les deux tourillons A, B, de la lunette. Le premier coussinet a est immobile ; le second coussinet b est contenu entre deux pieces attachées à la platine : ces pieces l’empêchent de se déranger à droit ou à gauche, mais elles lui permettent de s’élever & de s’abaisser suivant le besoin. Ce coussinet b a une queue be, dont l’extrémité e est une charniere sur laquelle on le peut mouvoir par le moyen de deux vis c, d, par la vis c pour le hausser, & par la vis d pour l’abaisser. Lorsque ces deux vis serrent en même tems le coussinet, elles le rendent aussi immobile que s’il étoit attaché à demeure sur la platine. On voit dans la figure que la partie de la platine qui déborde l’arbre est soutenue par une équerre ou gousset qui l’empêche de plier.

Le bas de l’arbre est entouré d’une frette de cuivre opq très-forte, à laquelle tient un limbe tu perpendiculaire à l’axe des coussinets a, b. La distance de ce limbe aux coussinets a, b, est telle, que quand la lunette ou le vrai secteur a ses tourillons A, B, dans les coussinets a, b, la roulette I de la lunette est appliquée sur le devant du limbe tu, & roule sur le bord inférieur de ce limbe, & la roulette H, dont la chape est portée par un ressort PQR, est appliquée derriere le même limbe tu, & roule sur le bord supérieur de ce limbe lorsqu’on meut la lunette. Le ressort qui porte la roulette H & qui la presse contre le derriere du limbe, oblige l’autre roulette I de s’approcher sur le devant du limbe, & l’y tient mollement appliquée, de maniere que la lunette ne peut point faire d’oscillations perpendiculaires au limbe tu.

i, k, sont deux consoles, sur lesquelles on place un niveau pour connoître la situation de l’arbre ; lorsque ces deux consoles sont mises de niveau, l’arbre est vertical.

l, m, n, sont trois tenons qui tiennent à l’arbre ; on attache à ces tenons trois traverses qui sont liées avec les trois montans du pié, & qui empêchent l’arbre de vaciller dans son pié.

r est un chassis léger de bois de chêne attaché à l’arbre pour porter une lanterne, qui doit éclairer le limbe TV du vrai secteur : au-dessous de cette lanterne est un microscope S, qui fait voir distinctement les points de la division du limbe TV. Par le moyen d’une vis x, on hausse ou baisse la lanterne jusqu’à ce que le microscope S soit à la hauteur de la division. Par la vis y & une autre qui lui est opposée, on détourne la lanterne à droit ou à gauche, afin que le point de la division qu’on observe soit vu au milieu du champ du microscope. Enfin, par la vis z, on peut approcher ou reculer la lanterne du limbe jusqu’à ce qu’on voye distinctement les points de la division.

Le microscope peut encore couler dans des anneaux qui l’attachent à la lanterne, & être rapproché ou éloigné du limbe sans faire mouvoir la lanterne.

Le pié de figure pyramidale tronquée qui porte le second secteur est de bois, & toutes ses pieces se démontent & se remontent aisément par le moyen de la vis ; sa hauteur est de 11 piés 6 pouces. Ce pié est composé de trois montans assemblés par le haut, avec un exagone creux dans lequel entre l’arbre du second secteur, & auquel il est attaché par une forte vis. Les montans sont garnis de regles de champ qui les fortifient, & sont liés tous trois ensemble par des traverses horisontales. Outre que l’arbre est soutenu par le haut dans l’exagone, il est encore lié avec les montans par trois traverses horisontales que l’on attache d’un bout sur les tenons de l’arbre, & de l’autre bout sur les regles de champ des montans.

Une de ces trois dernieres traverses porte une poulie, sur laquelle passe une corde qui part de la lunette, & qui porte un poids ; ce poids qui n’est ordinairement que d’un quart, ou tout-au-plus d’une demi-livre, est plus que suffisant pour tirer la lunette vers le micrometre qu’on va expliquer.

Le micrometre est représenté dans les fig. 5 & 6. La fig. 5. le fait voir en perspective, la 6. en montre la face géométrale avec le bas de la lunette du vrai secteur. Ce qu’on appelle proprement micrometre est une vis AB, qui passe au-travers d’un écrou S, & la pointe B de cette vis s’appuie contre le miroir de la lunette. La vis qui nous a servi au cercle polaire avoit un pas, tel qu’un de ses tours faisoit parcourir à la lunette un arc de 44 secondes. Cette vis nous a été volée au mois de Juillet 1738, & celle qu’on a refaite est d’un pas un peu plus haut, un de ses tours fait décrire à la lunette un arc de 47 secondes.

La vis porte un cadran C divisé en autant de parties qu’un tour de vis vaut de secondes ; ainsi le cadran ancien étoit divisé en 44 parties, celui d’à-présent est divisé en 47. Par le moyen de ce cadran, on voit de combien de secondes la vis a fait avancer la lunette.

La tige de la vis porte encore un pignon denté qui engrene dans une roue ; cette roue porte aussi un pignon qui engrene dans une autre roue, & cette seconder roue fait un tour pendant que la vis en fait vingt-cinq. Cette seconde roue est elle-même un second cadran D divisé en vingt-cinq parties, ensorte qu’une partie de ce cadran marque une révolution entiere de la vis ou 47 secondes.

Par le moyen de ces deux cadrans, on voit tout d’un-coup combien la vis fait de tours & de parties de tours, & par conséquent de combien la lunette avance ou recule.

Les roues & le cadran qui marque les tours de la vis sont enfermés dans une boîte HI, laquelle est attachée sur une équerre MN. L’équerre est attachée sur un coulant TVRZ, qui saisit le limbe tu du secteur de l’arbre par deux griffes TV, RZ ; & par le moyen de deux vis O, P, on peut fixer ce coulant à quel endroit on veut du limbe tu.

L’équerre qui porte la boîte du micrometre a trois rainures, celle du milieu est couverte par une platine sur laquelle repose la tête de la vis G qui attache l’équerre au coulant, les deux autres embrassent des boutons m, n ; l’équerre peut couler sur sa vis G & sur les boutons m, n, de maniere qu’on peut élever & baisser le micrometre, afin de mettre sa vis à une hauteur convenable, pour qu’un de ses tours fasse parcourir à la lunette un arc de 47 secondes. On a dit que cette hauteur étoit marquée par un trait sur le couvercle du miroir.

Il y a au micrometre une seconde vis KL de laiton qui s’appuie, quand on veut, contre une platine de cuivre placée au-dessous du miroir. Voici l’usage de cette vis.

Lorsqu’on éleve ou qu’on abaisse le micrometre à la hauteur du trait marqué sur le couvercle, le miroir est couvert. Si, après cette opération, on découvre le miroir, le poids qui tire la lunette vers le micrometre fera choquer le miroir contre la pointe B de la vis qui sera endommagée. Pour éviter cet accident avant de découvrir le miroir, on pousse la lunette par la seconde vis KL, ce qui l’éloigne de la principale vis AB du micrometre, ensuite on découvre le miroir sans craindre le choc dont nous venons de parler ; enfin on détourne la vis KL, & la lunette, qui est obligée de la suivre à cause du poids qui la tire, vient doucement au micrometre, de sorte que le miroir arrive à la pointe B, sans qu’il se fasse de choc.

Le banc que l’on voit sous le pié pyramidal est l’endroit où se place celui qui doit regarder par la lunette, ce banc peut être élevé & abaissé comme un pupitre, pour mettre l’œil de l’observateur à portée de la lunette.

On voit sur le banc un gobelet plein d’eau, dans lequel est une balle suspendue par un fil qui pend de l’entaille du centre de la lunette. (T)