L’Ennemie intime/4/4

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Édition de l’Illustration (p. 91-96).


IV

Ce jour-là, ce fut Mlle Vipreux qui sortit de sa chambre et Mme Alquier qui s’enferma dans la sienne. Vers midi, Mélanie lui apporta un billet cacheté qui venait de Maria-la-Bossue.

J’ai oublié de dire à Madame une chose qui a peut-être de l’importance. Mlle Vipreux a fait venir le serrurier Dogasse pour remplacer une clef qu’on avait égarée, qu’elle a dit. Ils sont montés en haut. Je tâcherai, sans en avoir l’air, de faire parler Dogasse et qu’il me dise de quel meuble la clef était perdue. J’espère que Madame ne se tourmentera pas trop de toutes ces affaires et que ça n’aura pas d’inconvénients pour elle. En tout cas, il vaut mieux être averti et prendre ses précautions.

Votre servante dévouée.

Maria.

Le feu flambait dans la cheminée de Geneviève. C’était le passé qui mourait en un éparpillement de papiers noircis. Toutes les lettres de Bertrand, et cette enveloppe vide qui portait le chiffre treize.

À 3 heures Mélanie frappa à la porte.

— Madame, c’est le garçon du garage. Il dit que la voiture est réparée.

— Bien.

— Madame n’a besoin de rien ?

— De rien.

En bas, Renaude mettait tout en ordre.

— Mélanie, la blanchisseuse a-t-elle rapporté les draps !

— Oui, mademoiselle.

— Venez m’aider à les plier

— Où va-t-on les ranger ! On ne peut pas ouvrir les armoires.

— Sur des chaises, dans la chambre bleue.

— Mademoiselle, je n’aime pas entrer dans la chambre où il y a eu un mort.

— Dans les vieilles maisons, Mélanie, il y a eu un mort dans toutes les chambres.

— Voyez, mademoiselle, la belle paire en toile fine est dépareillée.

— Hélas ! le pauvre Monsieur a emporté l’un des deux draps comme linceul. Et l’autre… Mettez-le sur le dessus de la pile, l’autre drap.

Renaude remonta chez elle, et elle achevait de coudre une robe de deuil quand elle vit entrer Geneviève.

— Madame daigne venir à moi ? Donc, la nuit porte conseil. Et puis-je savoir ce que Madame a décidé ?

Geneviève s’assit, parla très doucement :

— Mademoiselle Vipreux… Renaude…

— Madame ?

— Pourquoi me haïssez-vous ?

La main qui tirait l’aiguille s’immobilisa sur le drap.

— Moi, je vous hais ? Vous vous trompez complètement, madame. Je ne vous hais pas. Pourquoi vous haïrais-je ? Je suis chrétienne.

— Si vous êtes chrétienne…

— Je dois tenir le serment que j’ai fait à un mort d’accomplir sa volonté.

— Mon père a-t-il voulu mon désespoir ? Je ne peux pas le croire. Il était âgé, malade et sur la fin, pas tout à fait responsable. Et même s’il a été injuste au point de préparer cette catastrophe qui me menace, vous, Renaude, quelle raison aviez-vous de m’espionner, de voler mes lettres ? La clef du secrétaire, cette clef que vous avez commandée à Dogasse, elle est ici, n’est-ce pas, chez vous ? Vous voyez, je suis renseignée. Tout s’éclaire, sauf le mystère de vos sentiments, de votre haine imméritée, inexplicable…

— Je ne comprends pas. Moi, voler des lettres ! C’est votre pauvre père qui a eu besoin du secrétaire et qui a fait chercher Dogasse… Comment il a trouvé les lettres, pourquoi il a pris celle qu’il m’a léguée — car il me l’a léguée ! — je n’en sais rien. Monsieur ne me disait pas tout. Il gardait très longtemps ses idées et ses peines par devers lui.

L’impudence sereine de ce mensonge fit sourire Geneviève — de quel sourire martyrisé !

Renaude piquait minutieusement les points d’un ourlet.

— Quant à vous haïr… Ne confondez pas la juste réprobation d’une honnête femme, qui a le dégoût du vice, avec une inimitié personnelle. Je ne suis qu’un instrument dans des mains plus fortes que les mains humaines.

— Si je vous achetais cette lettre ?

— Pour qui me prenez-vous, madame ? Cette lettre n’est pas à vendre. Je la remettrai, à vous, si vous renoncez à me poursuivre comme une criminelle, à votre mari, s’il persiste dans ses mauvaises intentions. Il a insinué je ne sais quoi d’insultant pour mon honneur. Il saura pourquoi M. Capdenat m’a préférée à vous lorsqu’il a eu besoin de l’aide d’une amie… car il me regardait comme une amie, et il avait raison de compter sur mon dévouement.

— Quand mon mari a pris une résolution, il va jusqu’au bout.

— Et moi de même.

— Je suis sans pouvoir sur lui.

— Je le regrette pour vous.

— Et même s’il renonçait à l’enquête qu’il fera, et qui vous inquiète… car elle vous inquiète, Renaude !… il faudrait encore obtenir le consentement de mon frère.

— Vous l’obtiendrez, je n’en doute pas.

— C’est votre dernier mot ?

— Oui, madame. Je n’agis pas de mon propre mouvement, quoi que vous pensiez. Je sers a-veu-glé-ment la volonté sacrée de mon maître. Et j’ajoute que ce n’est pas honnête, quand on est riche comme vous, de discuter une dette et de prétendre dépouiller une pauvre fille qui s’est fiée à l’honneur de votre père… Ah ! l’on m’attaque !… Eh bien, je me défendrai.

Geneviève se leva.

— Soit ! Que retombe sur vous…

Elle n’acheva pas la parole de malédiction. La vie semblait s’être retirée de son visage et elle sortit, sans bruit, comme elle était entrée.


Le patron du garage qui était sur sa porte ne remarqua pas Geneviève avant qu’elle ne fût devant lui, ombre noire dans la rue mal éclairée.

— Jordan, il paraît que la voiture est prête ?

— Ah ! c’est madame Alquier ? Excusez ?… Je ne vous remettais pas. Oui, madame, toute prête. Monsieur sera satisfait.

— Faites le plein d’essence. J’ai besoin de la voiture.

— Ce soir ?

— Immédiatement.

— Mais, madame, je n’ai pas de chauffeur à votre disposition, comme ça. Si j’avais été prévenu…

— Je sais conduire et je veux partir.

— Il fait nuit.

— Ne perdez pas de temps. Je suis pressée. Je vais à Puy-le-Maure.

— Dans la Corrèze ?

— Oui. Je connais la route.

Le garagiste était perplexe. Il regrettait d’avoir dit que la voiture était préparée, et il remarquait que Mme Alqiuer, très calme, était blanche jusqu’aux lèvres. Elle n’avait pas son chapeau de deuil. Une écharpe noire, roulée en turban serré, cachait ses cheveux.

— Madame a des bagages ?

— Ce petit sac.

— C’est qu’il fera froid.

— J’ai un manteau fourré. Dépêchez-vous, Jordan.

— Alors, M. Alquier ne vient pas ?

— Dépêchez-vous donc ! répéta Geneviève, que ces questions irritaient.

Jordan n’osa plus discuter. Il sortit la voiture dont la masse allongée parut barrer la rue déserte.

C’était une automobile de tourisme, grise comme un torpilleur, très basse, longue de capot, avec des roues pareilles à des boucliers et des nickels étincelants. Deux sièges seulement sous une capote de toile blanche. Le coffre se recourbait en dos de scarabée. Mais cette voiture n’évoquait pas l’idée d’un insecte géant, papillon ou phalène. Elle avait la puissance, la souplesse, la précision d’une machine de guerre. Le garagiste l’admira.

— Ça, madame, ce n’est pas un joujou. C’est de la belle voiture. Et qu’est-ce que ça peut coûter ? Dans les quatre-vingt mille !

La capote était baissée. Geneviève ne la fit pas relever. Elle ne craignait pas le vent, et elle verrait mieux sa route.

Sans effort, presque sans bruit, la machine formidable s’anima au geste d’une petite main.

Elle dévala par le bas de la rue de la République, traversa le pont, enfila la rue ouvrière du quartier neuf et stoppa devant la gare, le temps que Geneviève jetât une lettre à la boîte.

Puis elle repassa la rivière, en aval de Villefarge, où il y a un vieux pont de pierre, et commença le même voyage que Geneviève avait fait, avec le Dr Bausset, un matin bleu comme le bonheur. Elle gravit la rampe du plateau, d’où l’on voit le clocher de Saint-Martial diminuer et disparaître dans la vallée. Quelques feux piquaient l’obscure profondeur. C’était Villefarge, les Cornières, la maison où l’Ennemie attendait le jour, c’était le passé de Geneviève qui s’enfonçait derrière elle, au puits de la nuit. Chaque rotation des roues, quadrige d’astres métalliques, accrochant des reflets errants, délivrait la fugitive, l’allégeait, la soulevait. Le front pressé d’un bandeau noir, les mains au volant, les pieds aux pédales, l’œil fixe et dilaté, les lèvres jointes, fendant l’air humide qui se divisait en un double courant mystérieusement musical, elle allait, confondue avec la machine, sans regrets, sans crainte, sans désirs, sans chagrin, sans pensée, pareille à quelque grand oiseau migrateur et solitaire, qu’une étrange aurore annonçait à l’horizon.

Dans les gorges bouillonnantes d’eaux furieuses, par les routes en lacet qui descendent vers les torrents, par les chemins labourés d’ornières, hérissés de cailloux, glacés de boue glissante, la voiture fila, épouvantant les cyclistes qui roulaient sans lanternes et les charretiers somnolents. La vie crépusculaire des villages se retirait des rues. Portes closes, les gens soupaient. On les voyait par les fenêtres, assis autour des tables. Des chiens s’élançaient en aboyant. La voiture passait. À peine l’avait-on entendue. Sur la route, d’autres voitures la croisaient, qui recevaient à la fois sa clameur, son éclair, le foudroiement de son passage. Étincelant et sombre, le météore avait fui.

Les routes s’embranchèrent aux routes. Les villages, plus espacés, s’endormirent. Les cyclistes, les charretiers disparurent des chemins. Une pluie fine détrempa le sol. Les rayons des phares devinrent deux tremblantes antennes vaporeuses, tâtant une muraille d’ouate grise. La route s’éleva. La voiture aborda le haut plateau pierreux, sans arbres, le causse nu, sous un océan de nuages où naviguait la blême étrave d’un quartier de lune. Il ne pleuvait plus. La route était si mauvaise que Geneviève diminua sa vitesse.

Où était-elle ? Loin de Villefarge. Elle se conduisait d’après les indications des poteaux parce qu’elle avait oublié, sur la table de sa chambre, la carte qu’elle avait étudiée. Dans sa mémoire, se déroulait le dessin du voyage : les lignes vertes et rouges montant vers le nord, les taches glauques des bois, la blancheur des espaces désertiques, les lacis bleus des rivières, le trait noir des voies ferrées. Cinq ou six fois, elle avait fait ce trajet de Villefarge à Puy-le-Maure. Elle pouvait le faire encore, même sans carte et sans guide, et arriver chez sa marraine avant minuit.

Elle arrivait. Il fallait qu’elle arrivât. On ne discute pas l’impulsion qui commande à la raison, à la volonté, aux nerfs. On subit, on agit, comme un être dominé, dans l’hypnose. On ne craint plus rien. On ne doute plus de rien. On ne regarde plus en arrière. On va. Le sort est jeté.

Quel soulagement d’obéir ainsi quand on a vécu l’agonie où l’âme vacille et perd pied et doit choisir, sous les tenailles de l’angoisse, de vivre ou de mourir !

Mourir, c’est si facile. Pourquoi Geneviève avait-elle choisi de vivre ? Vivre, c’était l’humiliation, pire que le danger, c’était la lutte contre Lucien qui aurait le droit pour lui et saurait, avec quels raffinements ! déshonorer Geneviève. Elle acceptait cette honte. Pourquoi ?

La mort ne l’effrayait pas. La mort l’attirait, l’Ange noir qui, toute une nuit et tout un jour, lui avait chuchoté à l’oreille la promesse du repos. Couchée sur son lit, le visage enfoui dans l’oreiller, elle avait écouté le Tentateur. Mourir ? Oui, ce serait facile, si facile ! Mais Quelqu’un, soudain, avait parlé à son âme et dans son âme. Quelqu’un qui avait dit :

« Non. »

Et l’Ange noir avait fui. La paix était venue avec le soir.

Vivre, soit, mais partir. Ne plus respirer dans la maison où respirait l’Ennemie. Ne pas assister à la dénonciation, après un hideux marchandage. Partir ! Tout confesser à Mme de l’Espitalet et lui demander asile pour quelques jours où quelques semaines, jusqu’à ce que la lettre adressée aux Chabaraud fût parvenue à Raymond et que Raymond fût venu au secours de sa sœur.

Après ?… Que c’était loin et confus, l’ « après » !


La voiture avait repris son élan souverain, cette projection de bolide, allant à son but, dans la solitude du causse. Le plateau n’était qu’une mer de ténèbres, et, au-dessus, déferlait l’immense courant des nuages poussés par le vent d’ouest. La lune, émergée, submergée, courait en sens contraire.

Les phares éclairaient une route pierreuse, bordée de terrains pierreux, les taches noires des ajoncs, les pyramides des genévriers. De loin en loin, une masure.

Un poteau surgit à un carrefour. Geneviève lut Gramat, mais ne distingua pas l’indication des distances kilométriques. Le vent tombait. Les nuages écartèrent régulièrement leurs bandes houleuses et, derrière, la lune pâlissait le ciel.

Une maison parut, la première d’un village. Geneviève ralentit, cherchant la plaque indicatrice qu’elle ne voyait pas. Soudain, elle aperçut une forme devant le capot, l’esquiva d’une embardée, crut entendre un cri et s’arrêta.

Elle était sur une petite place entourée d’arcades, devant une église.

Saint-Mars-de-la-Lande,

Ce cri ? Elle descendit et regarda autour d’elle s’il n’y avait pas là, homme ou bête, une créature blessée. Mais à cette heure, dans ce village mort, qui pouvait rôder parmi les ruines ? Elle ne vit rien.

Depuis qu’elle avait passé par là avec Bausset, les arcades avaient fléchi en maints endroits, et les façades se lézardaient. L’ondulation des schistes, sur les toits, disait la fatigue des charpentes. Les volets disloqués pendaient. Les vitres, par leurs cassures, laissaient entrer la nuit, la pluie, le vont, les bêtes de l’ombre. Les orties foisonnaient plus dru au pied des murs, jusqu’entre les dalles fendues des seuils, et, dans les ruelles, des maisons éboulées formaient barricade. Qu’étaient devenus les habitants ? Y avait-il encore des habitants dans ce village ? Le vieux Lacrouzille, où était-il ? Et sa femme qui voulait être enterrée à Saint-Mars-de-la-Lande, reposait-elle au cimetière ?

Les derniers habitants du village abandonné, n’était-ce pas la Vierge romane assise dans la voussure du porche avec l’Enfant mutilé qu’elle présentait aux fidèles disparus ? Elle croulerait aussi, la Vierge mère, comme l’église, comme le village, ou bien un archéologue l’emporterait et la mettrait dans un musée où personne ne la prierait plus, où elle ne consolerait plus personne.

Ce village !… Le silence de ce village…

Une horreur sacrée pénétra Geneviève. Elle fit un geste, et la grande voiture démarra. Les phares palpitèrent Leur lumière baissa puis se raviva. Le même cri qui avait surpris Geneviève lui parvint encore, et, comme l’automobile franchissait la place, le rayon, effleurant une arcade, toucha un tas de chiffons gris la fileuse centenaire assise au seuil d’une porte entr’ouverte.

…La voiture est déjà loin, mais la main de Geneviève tremble sur le volant Il lui semble que cette force qui la possédait au départ commence à se retirer d’elle. L’arrêt dans le village a marqué le point extrême de sa tension nerveuse. Épuisée par l’insomnie, à peine nourrie, depuis le matin, d’un peu de thé, va-t-elle tenir jusqu’à Puy-le-Maure ?

Elle accélère la vitesse. C’est encore la solitude du causse, encore le vaste ciel aux noirs moutonnements, encore la course voilée de la lune.

Un village… Elle y entre lentement.

Saint-Mars-de-la-Lande !

Geneviève a donc perdu sa route ? Elle n’a fait que tourner en rond, et la voici revenue au village mort. Elle s’arrête. Quelque chose l’arrête. Une force étrangère opposée à cette force interne qui faiblit. Une force anonyme, une force méchante, émise, comme une onde, par une lointaine volonté hostile. Ces frissons qui transportent les voix et les images à travers les airs, ne peuvent-ils transporter l’amour ou la haine !… Renaude Vipreux pense à Geneviève, là-bas, et sa pensée crée peut être cette force ennemie qui grandit autour de la fugitive…

« Allons, je perds la tête… Je suis si fatiguée… si fatiguée !… »

Encore le cri léger. La vieille Parque est là, sous l’arcade. Si vieille, si vieille, elle n’a plus de sommeil et, quand elle entend une automobile, elle sort, fascinée, pour avoir des sous. Elle bouge. Va-t-elle s’approcher ? Ses yeux éteints distinguent-ils la voiture et la femme au bandeau noir ? Elle se soulève, avance, tâtonne. Cette fois, c’est Geneviève qui a crié… Entre ces maisons mortes, entre ces arcades qui ressemblent aux Cornières, elle a cru voir Renaude Vipreux !

L’automobile bondit dans la rue bordée de ruines, et la nuit s’ouvre au double soc de ses rayons. L’étendue. La solitude, le carrefour. Geneviève tout droit file sur la route semée de pierres. Tout droit. Longtemps. Elle se sent très lasse et, dans sa tête malade, les images défilent, les idées se heurtent, ses artères battent à ses tempes et à ses poignets. Ses doigts se crispent sur le volant. Elle va. Le ciel noircit. Plus de lune. Elle va. La pluie tombe. Elle passe à travers la pluie. L’air chante à ses oreilles, ou bien est-ce que ses oreilles bourdonnent ? Elle va. Et voici que la lumière des phares recommence à palpiter… Allons, du courage !… Gagnons des kilomètres et des minutes… Le plateau s’abaisse. Des bois. Des cultures. Les limites du désert. Et plus bas, une rivière.

Comme elle brillait, sous la lune de mai, la Luzège corrézienne !

La route descend vers une de ces failles qui coupent le plateau. On ne les voit pas avant d’être au bord. La terre se dérobe et l’on s’engouffre sur une pente. Attention, disent les poteaux, et ils montrent des signes annonciateurs du danger. Mais la bonne machine obéit aux moindres mouvements de la main qui la conduit. Des châtaigniers. Des rochers. En bas, des vapeurs confuses et le fracas des eaux parmi les pierres.

La voiture s’engage sur la pente et, tout à coup, c’est la nuit totale : les phares éteints.

Mais l’élan est donné, le moteur bat, les roues tournent, la machine fonce… Immobile, les yeux pleins de ce noir absolu où elle entre pour l’éternité, Geneviève accepte… Cela dure… Un instant ou un siècle ?… Elle n’a pas le temps d’avoir peur Elle a le temps de dire :

« Maintenant, et à l’heure de notre mort… »

L’heure est venue…


(À suivre.)