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L’Ombre des jours/Chaleur

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Comtesse Mathieu de Noailles ()
Calmann-Lévy, éditeurs (p. 11-13).

CHALEUR


Bel arrangement du matin,
Qui aveuglez d’air argentin
Les coteaux crépelés de thym ;

Brillez sur les toits et les portes,
Et sur toutes les routes tortes
De la campagne à demi morte.


Tout luit, tout bleuit, tout bruit,
Le jour est brûlant comme un fruit
Que le soleil fendille et cuit.
 
Chaque petite feuille est chaude
Et miroite dans l’air où rôde
Comme un parfum de reine-claude.

Du soleil comme de l’eau pleut
Sur tout le pays jaune et bleu
Qui grésille et oscille un peu.

Un infini plaisir de vivre
S’élance de la forêt ivre,
Des blés roses comme du cuivre.

La joie est ainsi qu’une tour
Haute et lisse dans l’or du jour
Et l’air suave est de l’amour.


Ô tendresses aériennes,
Tout est disposé pour que viennent
Comme en des saisons anciennes

Juliette avec Roméo,
Daphnis chantant dans un roseau,
Ou Vénus avec son oiseau.

Au cœur des corolles sucrées
L’abeille bourdonne, serrée
Par les fleurs de pollens soufrées ;

Ô mon plaisir, soyez aussi
Comme un lys vibrant et roussi
Où l’insecte d’or est assis…