L’Ombre des jours/L’Orage

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Comtesse Mathieu de Noailles ()
Calmann-Lévy, éditeurs (p. 97-98).


L’ORAGE


Voici le frais orage, ah ! que toute la pluie
Descende sur mon cœur et baigne mon amour,
Que la campagne vive où l’eau roule ou s’appuie
S’égoutte sur ce cœur si fervent et si lourd.

Comme les arbres las qui reçoivent l’averse
Je tends assidument vers la fraîcheur de l’eau
Ma vie audacieuse et chaude que traversent
Les regards de l’Amour et ses durs javelots.


Que je sois maintenant tiède, fraîche, apaisée,
Comme le bois mouillé sur qui l’onde reluit,
Que je laisse couler mon rêve et ma pensée
Ayant tout oublié et tout souffert de lui.

Et que pareillement aux feuillages humides
Qui font flotter leur claire évaporation,
Je sente s’en aller de mon âme fluide
Le brûlant souvenir de l’âpre adhésion…