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L’Onanisme (Tissot 1769)/Article 3/Section 10/C

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Le sommeil.


Ce que l’on peut dire sur le sommeil se réduit à trois articles ; sa durée, le temps de le prendre, & les précautions nécessaires pour jouir d’un sommeil tranquille.

Dès qu’on est adulte, sept heures de sommeil, ou tout au plus huit, suffisent à tout le monde ; il y a du danger à dormir davantage, & à être plus long-temps au lit ; cela jette dans les mêmes maux qu’un excès de repos. Si quelqu’un pouvoit s’y livrer plus longtemps, ce seroient ceux qui se donnent beaucoup de mouvement, & de mouvements vifs pendant le jour : mais ce n’est point ceux-là qui le font, ce sont au contraire ceux qui mènent la vie la plus sédentaire : ainsi il ne faut jamais passer ce terme, à moins qu’on ne soit parvenu à ce point de foiblesse qui ne laisse pas les forces nécessaires pour être long-temps levé ; en ce cas il faut l’être le plus qu’il est possible. Moins on dort, dit M. Lewis, plus le sommeil est doux & fortifie.

Il est démontré que l’air de la nuit est moins salutaire que celui du jour, & que les malades foibles sont plus susceptibles de ses influences le soir que le matin ; il faut donc consacrer au sommeil, pendant lequel nous sommes bornés à une petite parcelle de l’atmosphere qu’également nous ne pouvons pas éviter de corrompre, le temps où l’air est le moins sain, & celui où l’usage d’un air moins sain nous seroit plus nuisible ; y ainsi il faut se coucher de bonne heure, & se lever matin : c’est un précepte si connu, qu’il y a peut-être de la trivialité à le rappeller ; mais il est si négligé, l’on paroît en sentir si peu la conséquence, qui est infiniment plus grande qu’on ne croit, qu’il est très-permis de le supposer inconnu, & de le rappeller en insistant sur son importance, surtout pour les personnes valétudinaires.

Si l’on se couche a dix heures, & l’on ne doit jamais se coucher plus tard, ce sont les termes de M. Lewis, on doit se lever en été à quatre ou cinq heures, en hyver à six ou sept. Il est absolument necessaire, ajoute t il, de défendre aux personnes atteintes de cette maladie, de se laisser aller à rester dans le lit le matin. Il voudroit même qu’on prît l’habitude de se lever après son premier sommeil, & assure que quelque pénible que cette coutume pût être dans les commencements, elle deviendroit bientôt aisée & agréable[1]. plusieurs exemples prouvent la salubrité de ce conseil. Il y a plusieurs personnes valétudinaires qui se sentent très-bien au réveil du premier sommeil doux & profond, & qui se trouvent dans un grand mal-aise, si elles se laissent aller à se rendormir ; elles sont aussi sûres de passer bien le jour, si, quelque heure qu’il soit, elles se lèvent après ce premier sommeil, que de le passer désagréablement si elles se livrent au second.

Le sommeil n’est tranquille que quand il n’y a aucune cause d’irritation, ainsi l’on doit chercher à les prévenir : trois attentions des plus importantes sont, 1°. de n’être pas dans un air chaud, & de n’être ni trop ni trop peu couvert ; 2°. de n’avoir pas froid aux pieds en se couchant, accident très-ordinaire aux personnes foibles, & qui leur nuit par plusieurs raisons ; l’on doit à cet égard observer exactement la règle d’Hippocrate, dormir dans un endroit frais, & avoir soin de se couvrir[2] ; &, 3°. ce qui est encore plus important, de n’avoir pas l’estomac plein : rien au monde ne trouble le sommeil, ne le rend inquiet, douloureux, accablant, comme une digestion pénible dans la nuit. L’abattement, la foiblesse, le dégoût, l’ennui, l’incapacité de penser & de s’occuper le lendemain en sont la suite inévitable.

————————Vides ut pallidus omnis
Cœnâ desurgat dubiâ ? quin corpus onustum
Hesternis vitiis animum quoque degravat unà,
Atque affigit humo divinæ particulam auræ. Hor.

Rien au contraire ne contribue plus efficacement à procurer un sommeil doux, tranquille, continu, & qui raccommode, qu’un souper léger. La fraîcheur, l’agilité, la gaieté du lendemain en sont les suites nécessaires.

Alter, ubi dicto citiùs curata sopori
Membra dedit, vegetus præscripta ad munia surgit. Ibid.

Le temps du sommeil, dit avec bien de la raison M. Lewis, est celui de la nutrition, & non de la digestion, aussi il exige dans ses malades la plus grande sévérité pour le souper ; il leur défend, & jamais défense plus légitime, toute viande le soir ; il ne leur permet qu’un peu de lait & quelques tranches de pain, & cela deux heures avant que de se coucher, afin que la première digestion soit finie avant que de se livrer au sommeil. Les Atlantes, qui ne connoissoient point la diète animale, qui ne mangeoient jamais rien de ce qui avoit eu vie, étoient fameux par la tranquillité de leur sommeil, & ignoroient ce que c’est que songer.

  1. Pag. 30.
  2. Epidem. l. 6, sect. 4, aph. 14. Foës. 1780.