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L’Onanisme (Tissot 1769)/Article 3/Section 10/E

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Les évacuations.


Les évacuations se dérangent avec les autres fonctions, & leur dérangement augmente le désordre de la machine ; il est important d’y faire attention afin d’y remédier de bonne heure. Les évacuations qui exigent principalement nos soins sont les selles, les urines, la transpiration & les crachats. La meilleure façon de les maintenir ou de les ramener au point où elles doivent être, c’est de s’astreindre aux préceptes que j’ai donnés sur les autres objets du régime ; quand on est exact, les évacuations, dont le plus ouïe moins de régularité est le baromètre du meilleur ou du plus mauvais état des digestions, se font assez régulièrement. Celle qu’il est le plus important de favoriser comme la plus considérable, c’est la transpiration, qui se dérange très aisément chez les personnes foibles. On l’aide en faisant frotter la peau très-régulièrement avec une vergette ou une flanelle ; quand elle est très languissante, on n’a pas de plus sûr moyen pour la ranimer que d’avoir tout le corps couvert immédiatement de laine. L’on doit éviter d’être trop habillé, dans la crainte de suer, ce qui nuit toujours à la transpiration ; les couloirs forcés restent plus foibles, & s’acquittent moins bien ensuite de leurs fonctions ; l’on doit éviter de l’être trop peu, ce qui arrête également toute évacuation cutanée. La partie, que tout le monde, & les personnes foibles plus que les autres, doivent tenir le plus chaudement, c’est les pieds ; l’on ne négligeroit pas cette précaution si aisée, si l’on sçavoit à quel point elle intéresse la conservation de toute la machine. Le fréquent froid des pieds dispose aux maladies chroniques les plus fâcheuses : il y a un grand nombre de personnes sur lesquelles il produit promptement de mauvais effets ; mais ceux sur-tout, qui sont sujets à des maux de poitrine, à des coliques ou à des obstructions, ne peuvent trop se prémunir contre ces dangers. Les sacrificateurs, qui marchoient toujours à pieds nuds sur les pavés du temple, étoient souvent attaqués de violentes coliques.

La salive se sépare quelquefois très-abondamment chez les personnes foibles ; le relâchement des organes salivaires les dispose à cette copieuse sécretion ; si les malades la crachent continuellement il en résulte deux maux, l’un qu’ils s’épuisent par cette évacuation, l’autre, que cette humeur si nécessaire à l’ouvrage de la digestion, qui, sans elle, ne s’opère qu’imparfaitement, lui manque & la rend par là même pénible & mauvaise. J’ai fait assez sentir les dangers d’une mauvaise digestion pour qu’il ne soit pas besoin d’insister plus long temps sur ceux d’une évacuation qui la rend telle, c’est par cette raison que M. Lewis défend absolument à ses malades de fumer : la fumigation, entr’autres inconvénients, disposant à une salivation abondante, par l’irritation qu’elle produit sur les glandes, qui fournissent à cette sécretion.

L’inspiration qui se fait d’une personne à l’autre, & dont j’ai parlé plus haut, ne pourroit-elle pas être rappellée ici comme moyen de curation. Capivaccio avoit cru utile de faire coucher son malade entre ses deux nourrices, & il est très-vraisemblable que l’inspiration de leur expiration contribua peut-être autant que le lait à rétablir ses forces. Elidœus, contemporain de Capivaccio, & Précepteur de Forestus, qui nous a conservé cette observation[1], conseilla à un jeune homme qui étoit dans le marasme le lait d’ânesse, & de coucher avec sa nourrice qui étoit une femme extrêmement saine & à la fleur de l’âge ; ce conseil réussit très-bien, & on ne discontinua que quand le malade avoua qu’il ne pouvoit plus résister au penchant qui le portoit à abuser de ses forces revenues. On pourroit conserver un remède utile, & en prévenir le danger en ne mêlant pas les sexes.

  1. Observat. & Curat. I. i, observ. 10, t. i, p. 112.