L’Université d’Avignon aux XVIIe et XVIIIe siècles/Livre II/Chapitre IV

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CHAPITRE IV

LES ÉTUDIANTS


Condition des étudiants avignonais ; ils sont exclus du gouvernement du studium. — Les sept collèges d’Avignon ; leur autonomie ; leur régime intérieur ; ils échappent de plus en plus à la surveillance des autorités universitaires. — Nombre et origine des étudiants de chaque Faculté aux xviie et xviiie siècles. — Progression subite et imprévue de l’effectif des étudiants en droit. — La confrérie de Saint-Sébastien ; ses origines ; ses transformations ; le recteur et l’abbé des étudiants.


Les anciennes corporations universitaires comprenaient, comme on sait, deux éléments, les maîtres et les écoliers. Mais ces deux éléments si nettement séparés dans nos Facultés modernes, on les distinguait à peine l’un de l’autre dans les Universités primitives. Ni l’âge, ni la nature des grades, ni même les fonctions que chacun remplissait dans la corporation, n’établissaient entre les étudiants et les professeurs une ligne de démarcation bien tranchée. Ne pouvait-on pas professer dès vingt-un ans ? Ne fallait-il pas avoir lu pendant cinq ans pour devenir bachelier ? Pour chaque nouveau degré les règlements n’imposaient-ils pas un stage dans une chaire magistrale ? Dans les examens enfin, les gradués de tout genre et de tout âge ne pouvaient-ils pas prendre part à la discussion au même titre que les professeurs ?

Il y a plus. Dans un grand nombre d’Universités, c’était aux étudiants qu’appartenait la direction du studium. Ils étaient le nombre ; ils conquirent l’autorité. Les chefs élus par eux et parmi eux devinrent un moment tout puissants. Est-il besoin d’ajouter qu’une fréquentation quotidienne et l’usage de privilèges communs engendrèrent entre les écoliers et les maîtres une camaraderie et une solidarité dont l’ordre public eut plus d’une fois à souffrir et que, appelés à juger les délits de leurs élèves, les juges universitaires montrèrent parfois une indulgence qui touchait à la complicité ?

Au reste, au xviie siècle, il ne subsiste que peu de traces de cet âge héroïque des corporations enseignantes. On ne voit plus depuis longtemps, à Avignon, de ces grèves d’étudiants ou de candidats, que l’intervention pontificale avait peine autrefois à faire cesser[1] ; les tribunaux universitaires restent debout, mais peu à peu les délits de droit commun leur échappent et l’on va jusqu’à interdire aux écoliers de porter l’épée, au moins dans l’intérieur de l’Université[2]. La coutume du béjaunage a presque disparu et de même ces tributs que les étudiants levaient autrefois sur les Juifs et les filles de joie[3]. L’abbé des étudiants, dont il sera question tout à l’heure, n’a guère conservé de ses anciens privilèges que celui d’entrer gratis à la Comédie.

Ici d’ailleurs, les écoliers n’étaient jamais parvenus à une organisation puissante, ils n’avaient jamais pris part au gouvernement du studium. Chez eux ni nations, ni tribus ; point de délégués au Collège des docteurs, ni aux assemblées des Facultés. Un moment, ils essayèrent de se donner un recteur ; cette unique tentative échoua devant le veto pontifical et ne fut jamais renouvelée[4]. Aussi, vers le xviie siècle, quand l’Université d’Avignon, sortie enfin d’une crise où elle avait failli périr, revêtit une forme plus moderne, des traditions plusieurs fois séculaires prédisposaient les étudiants à subir une discipline plus exacte et à accepter des règlements plus sévères.

Aucun document ne nous fait connaître dans ses détails la vie de l’étudiant avignonais au moyen âge ; mais à bien des indices qui ne trompent guère, il est aisé de la deviner. L’opulence et le faste n’en sont certes pas le trait distinctif. Quelques étudiants nobles ou réputés tels tranchent, il est vrai, sur la misère de leurs confrères par la richesse de leurs vêtements et la splendeur des fêtes, dont leurs examens sont l’occasion ; ils donnent aux professeurs ou au bedeau une « collecte » plus élevée et, en retour, siègent sur les premiers bancs de l’école, autour de la chaire du maître[5]. Le reste des écoliers vivent pauvrement d’une maigre pension et l’usurier les guette. Aussi multiplie-t-on en leur faveur les mesures de protection. Un banquier officiel leur prêtera seul de l’argent, à l’exclusion de tout autre bourgeois et même des professeurs[6]. Leurs logements sont taxés et ils ne peuvent en être expulsés, au gré de leurs hôtes, s’ils paient le prix convenu[7]. Ils sont enfin exemptés de tout impôt et admis à la jouissance de tous les droits des citoyens[8].

En dépit de ces faveurs, beaucoup d’écoliers, d’ailleurs capables d’étudier avec fruit, n’auraient pu s’entretenir à leurs frais pendant la durée de leurs études. C’est pour cette plèbe universitaire que furent fondés, dans certaines villes, des établissements hospitaliers, communément appelés collèges et où, sous l’autorité de chefs généralement élus par eux, un certain nombre d’écoliers allaient vivre d’une vie à demi monastique, partageant leurs journées entre d’interminables exercices religieux et les leçons plus brèves de leurs professeurs. De 1379 à 1500, Avignon vit naître sept de ces établissements, créés les uns par des Bénédictins de Cluny ou de Citeaux — tels les collèges de Saint-Martial et de Sénanque, — les autres par de hauts dignitaires ecclésiastiques ou même par des membres de l’Université, comme les collèges de Saint-Michel, du Roure, de la Croix et de Saint-Nicolas d’Annecy. Ce dernier, appelé aussi collège de Genève et doté par le cardinal Brogny, reçut vingt-quatre, puis trente-six étudiants et, en raison de son importance exceptionnelle, fut de bonne heure appelé le Grand-Collège[9].

Une règle à peu près uniforme était imposée à tous ces établissements[10]. Ils se recrutaient presque tous par cooptation, sous réserve que les volontés du fondateur seraient respectées. Nul ne pouvait y entrer, s’il ne possédait les connaissances grammaticales nécessaires pour suivre avec profit les cours de l’Université. L’assistance à ces cours était obligatoire, mais chacun étant libre de choisir son professeur[11]. D’ailleurs les places de collégiats étaient généralement réservées à des théologiens, à des juristes, à des canonistes surtout, l’intention des fondateurs étant qu’elles servissent au recrutement du clergé. Les étudiants pouvaient demeurer dix ou même douze ans au collège[12] ; mais ils devaient, au bout de la cinquième année, affronter le baccalauréat et, deux ans après, la licence[13]. Vers la fin du xve siècle, les sept collèges d’Avignon recevaient plus de cent écoliers et fournissaient à l’Université une bonne part de sa clientèle.

Bien qu’ils jouissent dans leur administration intérieure d’une réelle autonomie[14], les collèges étaient cependant placés sous le patronage ou plutôt dans la dépendance de la triple autorité ecclésiastique, universitaire et municipale représentée par l’archevêque ou le chapitre métropolitain, le primicier et les consuls[15]. Mais ceux qui devaient leur origine à un ordre religieux, tels les collèges de Saint-Martial, de Sénanque et de Dijon fondés par les Bénédictins, tendirent constamment à s’affranchir de ce contrôle ; au contraire, leur sujétion à l’égard des prieurs et des abbés de leur ordre devint chaque jour plus étroite et ils ne furent bientôt plus que des annexes des couvents-fondateurs. Le Collège des docteurs s’efforça longtemps, il est vrai, de maintenir le droit d’inspection que les statuts lui conféraient et l’on voit encore, en 1656, le primicier visiter Saint-Martial et requérir l’application des règlements trop souvent méconnus : cette intervention de l’autorité universitaire qui fut, semble-t-il, la dernière, n’eut aucune efficacité[16].

Les autres établissements gardèrent plus longtemps le caractère que leurs fondateurs avaient entendu leur donner. L’action de l’Université y fut plus durable et plus efficace ; mais elle n’empêcha pas les abus. Les primiciers constatent, en effet, trop souvent, dans leurs visites, que les statuts ne sont pas observés : les collégiés sont admis avant l’âge prescrit, ils gardent leurs places au-delà du terme réglementaire ; ils ne suivent pas les cours de l’Université et ne se font pas graduer aux époques fixées. Sujet d’interminables doléances, dont les docteurs font retentir leurs assemblées ; mais regrets impuissants devant l’attitude nouvelle que le Saint-Siège va prendre, au xviie siècle, et en face d’empiétements que les primiciers ne pourront bientôt plus arrêter[17].

Dès l’année 1639, en effet, le pape Urbain VIII revendique la juridiction des collèges d’Avignon et la remet à la Congrégation de la Propagande[18]. Quelques années plus tard, on introduit dans les deux plus importants de ces établissements, le collège du Roure et celui de Saint-Nicolas d’Annecy, les Pères de la Mission. En vain l’Université proteste et envoie une députation à Rome[19]. Pour achever l’œuvre commencée, on réunit, en 1709, ces deux collèges, devenus collèges pontificaux[20]. Le collège de la Croix avait été annexé, en 1704, au séminaire de Saint-Charles. Seul, celui de Saint-Michel, fondé par un ancien primicier de l’Université, conserve encore quelque indépendance administrative à l’égard de la Cour romaine.

Chose plus grave encore. Les collégiats désertent l’Université. En 1649, la Propagande veut les obliger à suivre les cours des Jésuites[21]. Déjà, elle leur avait imposé l’étude du droit canon et de la théologie, à l’exclusion du droit civil réservé aux seuls écoliers du Roure ; elle prétendait maintenant les obliger à entrer dans la vie ecclésiastique[22]. Ainsi les anciens collèges se transforment peu à peu en séminaires. Ils ne cessent cependant pas de fournir aux régents universitaires un certain nombre d’auditeurs : sans eux, remarque un primicier en 1729, les cours de théologie et de philosophie seraient déserts[23].

Au reste, pendant que ces changements se produisent, et pour les raisons qu’on a déjà vues, le nombre des étudiants s’accroît à Avignon dans des proportions inattendues. Les registres d’inscriptions n’existent que depuis 1718. Mais les archives nous donnent pour la période antérieure des chiffres intéressants. Ils nous apprennent, par exemple, qu’en 1657 les professeurs de droit comptaient cinquante-trois élèves, le régent de médecine treize, celui de théologie trente-deux[24]. Et jusque vers la fin du siècle, la moyenne des présences annuelles oscille autour de trente pour le droit, de quarante pour la théologie, de quatorze ou quinze pour la médecine. Quant au cours de philosophie créé en 1666, il eut d’abord un grand succès et reçut jusqu’à cent vingt-deux étudiants qui, d’ailleurs, ne lui furent pas longtemps fidèles[25].

Au xviiie siècle, la Faculté de droit voit le chiffre de ses élèves — celui des inscrits tout au moins, car seul ce chiffre-là nous est connu, — s’élever d’invraisemblable façon. Il n’est d’abord que de cinquante ou soixante ; mais après une crise causée par la peste de 1720, il monte jusqu’à cent, cent cinquante, deux cents même vers 1740, puis à travers d’inexplicables fluctuations, atteint son maximum vers 1780, pour tomber rapidement à cinquante vers 1789[26].

La Faculté de médecine ne connut jamais pareille prospérité. Jusqu’au milieu du xviiie siècle, elle compta dix à douze étudiants ; à partir de cette époque le chiffre décroît peu à peu ; il est de six à sept en moyenne de 1750 à 1780, et cet effectif, pourtant modeste, la Faculté ne le conserve pas jusqu’au bout ; à la veille de sa chute, elle était presque complètement désertée[27].

Quant aux théologiens et aux philosophes, la création, longtemps retardée d’ailleurs à Avignon, de séminaires destinés au recrutement du clergé, devait les éloigner peu à peu des chaires universitaires. Pendant quelque temps, les séminaristes de Saint-Charles et de Sainte-Garde purent, par tolérance, fréquenter les cours des Dominicains ; ordre leur fut ensuite donné de se rendre chez les Jésuites ; enfin des professeurs spéciaux leur furent donnés, quand l’internat devint leur règle. Ce fut un coup sensible pour l’Université. Celle-ci compte encore, en 1735, soixante-seize écoliers en théologie et cinquante-trois en philosophie ; dix ans après, ce nombre a diminué de moitié ; il est de dix et de vingt à peine dans l’un ou l’autre cours, vers 1789. En 1782, il est vrai, l’Université qui vient de s’agréger les classes supérieures des séminaires, voit ses registres se couvrir d’un nombre inespéré d’inscriptions, mais ce succès apparent ne fait qu’accuser sa décadence. Les séminaires comptent, en 1783, cent dix philosophes ou théologiens, et en 1789, quatre-vingt-deux théologiens et quarante-deux philosophes ; aux mêmes années, l’Université ne voit dans ses propres cours de philosophie ou de théologie que quinze ou vingt-cinq écoliers ; encore le chiffre des philosophes est-il parfois descendu à quatre ou cinq[28].

Ces étudiants, d’où venaient-ils et quelle était, en réalité, la sphère d’action de l’Université avignonaise ? les documents permettent de le dire avec une suffisante précision. La Faculté de théologie et celle des arts ne recrutèrent jamais qu’une clientèle intermittente et incertaine et n’exercèrent point autour d’elles une bien grande attraction. Même avant que le collège des Jésuites et les séminaires diocésains soient venus leur faire une concurrence victorieuse, leur auditoire ne comprenait guère en dehors des collégiats, qu’un petit nombre d’Avignonais et de Comtadins[29]. Et, si parfois la liste de nos maîtres ès arts s’allonge jusqu’à compter trente, quarante et même, en 1747, quarante-huit noms, c’est que bon nombre de ces postulants, ayant fait ailleurs leur philosophie, ne viennent chercher à Avignon qu’un diplôme. Quant à la Faculté de médecine, elle était, pour jamais beaucoup prospérer, trop voisine de Montpellier, qui au xviiie siècle avait gardé tout son prestige et comptait encore quatre-vingt ou cent étudiants. Aussi ses professeurs, quel que fut leur mérite, ne groupaient-ils guère autour de leurs chaires qu’un auditoire tout local, grossi de quelques recrues faites dans les pays voisins, Arles et Sisteron, par exemple.

Seule, la Faculté de droit, dont l’antique renom persistait à travers les siècles, reçut toujours un grand nombre d’élèves régnicoles et étrangers. Sans doute Avignon et les diocèses de Carpentras, de Cavaillon, de Vaison lui fournirent la plus grande part de sa clientèle ; mais elle recueillit aussi bon nombre de juristes languedociens et provençaux, originaires notamment des diocèses de Fréjus, Apt, Sisteron, Digne, Arles, Embrun, Uzès, Pont-Saint-Esprit, Rodez ou Nîmes. Même il en vint, à diverses époques, de Gap, de Lyon, de Grenoble et d’Albi, pour citer seulement quelques-unes des villes dont les registres portent les noms. Ce concours vraiment extraordinaire d’étrangers, est-ce la science et la réputation des professeurs qui l’explique, ou l’indulgence dont ces maîtres vénérables savaient user aux examens ? Ou bien encore est-ce que les régents d’Avignon auraient été particulièrement cléments aux candidats qui, peu soucieux de science, mais pressés de s’ouvrir les carrières juridiques, ne se rendaient à Avignon que pour conquérir hâtivement un diplôme ? Combien, en effet, ont suivi régulièrement les cours et mérité les attestations qu’on leur délivre avec complaisance, parmi les élèves dont les noms couvrent les registres d’inscriptions ? Mais quoi ! dans un temps où tout s’achète, — parchemins et fonctions publiques — ils ont religieusement acquitté droits d’inscriptions et droits d’examen. Pourquoi n’iraient-ils pas grossir cette liste de gradués, que l’Université est si fière de voir s’allonger chaque jour[30] ?

On a vu que les docteurs de l’Université d’Avignon avait fondé de bonne heure, sous l’invocation de la Vierge, une confrérie dont la fête se célébrait le jour de l’Annonciation. Dès 1441, les étudiants, alors au nombre de plus de deux cents, formaient une association du même genre dont le patron fut saint Sébastien. Cette fondation pieuse paraît avoir eu un double objet : ramener les étudiants aux pratiques religieuses dont ils se dispensaient trop souvent et assurer à ceux qui viendraient à mourir pendant le temps de leur scolarité des funérailles solennelles ou le bénéfice de messes annuelles ; d’autre part, faire cesser les abus et les scandales dont était l’occasion la venue d’étudiants nouveaux obligés à des dépenses exagérées pour « purger leur béjaunage. » À plusieurs reprises les statuts primitifs de la corporation furent complétés, modifiés, confirmés. Ces changements, quand il s’en produisit, n’altérèrent pas sensiblement la physionomie de la confrérie : quelques-unes de ses pratiques purent tomber en désuétude, elles ne furent jamais formellement abrogées[31].

Comme toutes les associations de ce genre, la confrérie de Saint-Sébastien s’administrait elle-même, par l’organe d’un prieur et de conseillers au nombre de douze, choisis primitivement par tous les confrères, puis recrutés par cooptation et responsables devant leurs successeurs, à qui ils devaient rendre leurs comptes et remettre le trésor et les biens de la confrérie dûment inventoriés. Ces magistrats étaient annuels[32]. Les ressources de la confrérie se composaient uniquement de la cotisation de ses membres fixée à trois gros par an[33] et du droit d’entrée de six gros imposé aux béjaunes, lesquels étaient réputés « infects » et indignes du nom d’écolier, jusqu’à acquittement de ladite taxe. Comme dans la pensée des fondateurs de la confrérie, tous les étudiants devaient évidemment y entrer, les béjaunes pouvaient être forcés de payer la taxe, sous peine de confiscation de leurs livres, sauf le cas d’indigence avérée ; l’examen de ces cas particuliers était réservé aux conseillers[34]. Au surplus on s’interdisait de recevoir dans la confrérie aucune personne notoirement mal famée ou incorrigible ou détenue en prison, le tout après enquête[35]. Quant aux retards qui pouvaient se produire dans le paiement des cotisations, ils n’étaient point un motif absolu d’exclusion. Néanmoins les écoliers qui, après sommation, refusaient de s’acquitter trois ans de suite, étaient expulsés. En payant les arrérages, ils étaient réintégrés de plein droit[36].

Les statuts s’efforcent de ramener et de maintenir la concorde parmi les membres de la confrérie. Ils prohibent les injures et les rixes. Ils instituent le prieur et les conseillers juges des litiges entre confrères, avec pouvoir de prononcer telle peine qui conviendra, même l’exclusion de la confrérie[37]. En retour, la confrérie s’engageait à soutenir ses membres contre toute attaque venue d’un étranger[38]. Le prieur et les conseillers devaient visiter les confrères malades ; la confrérie en corps devait, de son côté, assister aux obsèques de ceux qui viendraient à décéder et en faire les frais, s’il s’agissait d’indigents. Une messe était dite à leur intention[39].

La veille de la Saint-Sébastien, une procession était faite par la confrérie. Le jour même de la fête de ce saint, une messe solennelle était célébrée avec sermon pour les clercs ; d’ailleurs, tous les dimanches, la confrérie faisait dire une messe. Les étudiants devaient tous y assister, convoqués ou non, à peine d’une amende d’un gros pour chaque absence. La confrérie avait acquis six torches et quatre brandons pour les allumer, pendant ces messes, à l’élévation. Aux processions, chaque confrère tenait un cierge[40].

On pourrait citer beaucoup d’autres prescriptions analogues et insister, par exemple, sur les serments imposés au prieur, aux conseillers, aux confrères eux-mêmes[41]. Celles qui précèdent suffisent à marquer le caractère de la confrérie des écoliers avignonais. Notons seulement, pour finir, qu’en retour des charges que leur magistrature leur avait imposées, les anciens prieurs des étudiants recevaient gratis les grades universitaires : s’ils refusaient pour eux-mêmes cette faveur, ils pouvaient en faire bénéficier un étudiant, à leur choix[42].

Les documents sont assez nombreux jusque vers la fin du xvie siècle, qui montrent la confrérie de Saint-Sébastien vivante et agissante. On perd ensuite un moment sa trace. Pour le xviie siècle et le xviiie, les archives n’ont guère conservé, à son sujet, que deux ordres de documents : les procès-verbaux d’un certain nombre d’élections de prieurs ou d’abbés des étudiants et des ordonnances relatives aux entrées gratuites à la comédie que l’usage réservait à certains membres de l’association[43].

Cependant des modifications importantes se produisirent, à cette époque, dans la confrérie des étudiants. Au xvie siècle, s’était fondée à Avignon une autre confrérie, celle des clercs assistants des notaires et procureurs près les cours de justice, qu’on appela la Basoche[44]. Son chef, qualifié d’abbé, était annuel, comme le recteur de Saint-Sébastien. C’était une sorte d’abbé de la jeunesse ou de chef des plaisirs, comme on en rencontre sous l’ancien régime, à la tête d’une foule de corporations : il devait organiser les fêtes et mascarades alors si nombreuses et pour subvenir aux frais qu’elles entraînaient, il percevait sur les communautés juives du Comtat, une imposition annuelle de six écus d’or. Il levait également sur les filles publiques un droit de « batacule », dont celles-ci pouvaient se racheter moyennant une somme de cent livres, transformée ensuite en un impôt d’un écu par contribuable. Mais ces ressources étaient insuffisantes et souvent l’abbé de la Basoche, bientôt appelé abbé des étudiants, dut combler le déficit de ses deniers. Aussi cette dignité était-elle peu convoitée.

Souvent, pour l’organisation de leurs fêtes, on vit la Basoche et la confrérie de Saint-Sébastien s’unir et mettre en commun leurs ressources. Peu à peu l’union devint plus étroite et l’on en vint à élire le même jour le recteur de Saint-Sébastien et l’abbé des étudiants. Le titre même de recteur finit par disparaître et seul celui d’abbé des étudiants persista ; dès la fin du xviie siècle, il n’est plus question que de l’abbé[45].

Rectorat ou abbaye furent longtemps l’apanage des seuls étudiants en droit. Cependant les médecins finirent, à leur tour, par y prétendre et dès 1627, ils firent élire un des leurs. Victoire longtemps encore disputée. Plus de cinquante ans après, un autre étudiant en médecine ayant été nommé abbé, le Collège des docteurs, juge ordinaire de pareils conflits, dénie encore aux médecins voix passive, sinon voix active dans le scrutin. Le vice-légat choisi, à son tour, comme arbitre, ordonne une nouvelle élection ; mais quoique le collège électoral comptât plus de légistes que de médecins, — trente-un contre quinze, — le même candidat est élu et cette fois, malgré des protestations acharnées, le primicier confirme ce choix[46]. Du reste, la nomination d’un médecin ou d’un théologien, — on vit élire, en 1769, un théologien déjà prêtre[47], — resta toujours exceptionnelle ; les juristes gardèrent, en général, suivant l’antique usage, la charge dont il s’agit, avec ses prérogatives et ses devoirs[48].

Bien qu’à l’époque où nous sommes parvenus, l’abbaye des étudiants eût beaucoup perdu de son prestige, cette élection ne se faisait pas moins dans des formes tout à fait solennelles. Elle avait lieu au couvent des Dominicains, dans la chapelle de l’Inquisition, sous la présidence du primicier et des régents, tous revêtus de leurs robes. Le bedeau y avait convoqué les étudiants des quatre Facultés qui, généralement, accourraient en grand nombre. Le primicier les exhortait à faire un choix judicieux ; après quoi, le vote avait lieu à voix basse, par appel nominal, au pied de l’autel. En raison des dépenses que devaient faire les abbés, les candidats n’étaient pas nombreux. On ajoutait cependant beaucoup d’importance à l’élection et chacun était jaloux d’y concourir. En 1782, on voulut exclure du vote les étudiants des séminaires ; malgré les protestations de quelques régents universitaires, le droit des séminaristes fut reconnu et depuis 1786 demeura incontesté[49].

Les cérémonies de la confrérie gardaient aussi un vif éclat. Ni la messe annuelle, ni la fastueuse procession prescrite par les statuts, n’étaient tombées en désuétude. La veille de la fête du saint, cette procession, conduite par les chefs de la confrérie et par ceux de l’Université, en costume d’apparat, et suivie par tous les étudiants, l’épée au côté et un cierge à la main, se déroulait dès deux heures de l’après-midi, à travers les principales rues de la ville, au son des violons et des haut-bois, tandis que la cloche de Saint-Didier sonnait à toute volée. Le lendemain, toutes les autorités ecclésiastiques ou municipales, vice-légat, consuls, viguier, juges ou conservateurs, se rendaient de bonne heure à l’église des Prêcheurs et assistaient à la grand’messe, pour laquelle un maître de musique avait été spécialement engagé. L’église et l’autel avaient revêtu une parure nouvelle : des cierges de cire blanche remplaçaient les torches et les brandons d’autrefois. À la place où devaient s’asseoir les magistrats, on avait tendu des tapisseries ; sur la grande porte d’entrée, on avait placé les armes de l’Université entourées d’un cordon de lauriers. Après l’offrande, on distribuait suivant l’usage, des gâteaux à tous les assistants : le vice-légat seul recevait un gâteau de douze sous ; ceux de l’archevêque-chancelier, du primicier et des capitaines d’infanterie et de cavalerie coûtaient dix sous ; ceux des magistrats municipaux, régents et chefs de la confrérie, au nombre de dix-neuf, six sous seulement ; les écoliers n’avaient droit qu’à un gâteau de deux sous. La cérémonie terminée, le recteur était accompagné chez lui en grande pompe et pouvait, s’il le jugeait bon, offrir à dîner à ses confrères ainsi qu’au primicier, aux régents et au secrétaire de l’Université ; le cérémonial indique même que lorsqu’il voulait se faire honneur, il distribuait aux écoliers une livrée qu’ils portaient suspendue à leur cierge, à la procession[50]. Mais sans doute peu d’abbés pouvaient pourvoir à tant de frais.

En dépit de la sécularisation progressive des études juridiques et quoique les étudiants en droit — les plus nombreux de beaucoup à l’Université d’Avignon, — eussent déjà perdu le caractère à demi clérical que revêtait tout écolier dans les Universités primitives, la confrérie de Saint-Sébastien dura autant que l’Université elle-même. À ce titre seul elle eût ici mérité une mention ; mais il était un autre motif de ne point l’oublier : à connaître les institutions de ce genre, on comprend mieux la nature des vieilles corporations enseignantes ; une place leur appartient donc dans l’histoire de celles-ci.


  1. 4 nov. 1393. Lettre des cardinaux Jean, évêque de Tusculum, et Guillaume, du titre de Saint-Étienne, annonçant aux écoliers de l’Université d’Avignon que le pape Clément VII les relève du serment qu’ils avaient fait de ne point suivre les leçons des docteurs. (Fournier, 1268. — Laval, 10.)
  2. Ordonnance du primicier, du 14 nov. 1718. Cf. Laval, Hist. de la Fac. de Méd., p. 286.
  3. Le bedeau-secrétaire de l’Université indique, vers 1660, que le droit de lever ce tribut existe encore, mais il ajoute, en ce qui concerne le tribut levé sur les Juifs, qu’un accord est intervenu entre le recteur des étudiants et les baillis de la Juiverie, le 29 mars 1603. Quant à l’autre tribut, il ne se perçoit que rarement et avec prudence. Il fallait que le recteur, pour exercer son droit se fît accompagner d’un notaire et d’un sergent, et cela pour se faire payer trois livres. M. C. 2892, fo 261.
  4. Bulle d’Urbain V du 28 mars 1367. Fournier 1349. — Laval, 5.
  5. Statuts de 1303, art. 25. — Statuts de 1411, art. 10.
  6. Lettres de Charles II du 21 oct. 1302. Fournier, 1342. — Statuts de 1303, art. 29.
  7. Lettres de Charles II précitées. — Stat. de 1503, art. 7 et 8.
  8. Statuts de la ville d’Avignon de 1298. Fournier, 1241. — Lettres de Charles II confirmées par Urbain V (13 sept. 1361), Jean XXIII (6 sep. 1413), Nicolas V (20 oct. 1447) et Pie II (22 déc. 1459). Fournier, 1253, 1286, 1340, 1362. — Statuts de 1303, art. 27. — Stat. de 1503, art. 9.
  9. Ces collèges étaient les suivants : 1o Collège de Saint-Martial, fondé en 1378, par les Bénédictins de l’abbaye de Cluny, pour douze moines de cet ordre, étudiants en droit canon. Douze autres moines, mais revêtus de la prêtrise, devaient habiter aussi le monastère et y servir « in divinis ». (V. Fournier, 1260, 1262, 1263 et 1264.)

    2o Collège de Saint-Nicolas d’Annecy ou de Genève fondé, en 1424, par le cardinal Brogny, pour 24 étudiants en droit canon ou en droit civil, dont huit devaient être originaires du diocèse de Genève, huit de la Savoie et huit des provinces de Vienne et d’Arles. En 1481, le nombre de collégiats fut porté à 36 (V. Fournier, 1296, 1308, 1313, 1314 et 1386.)

    3o Collège de Saint-Michel, fondé en 1453, par Jean Isnard, docteur ès droits, ancien primicier de l’Université, pour six étudiants en droit civil ou en droit canon, dont deux prêtres. En 1486, ce collège s’accrut de deux étudiants. (Fournier, 1349, 1351, 1354, 1355, 1359, 1394.)

    4o Collège de Jujon ou de Dijon fondé, vers 1471, par les Bénédictins de l’abbaye de Montmajour pour dix étudiants en droit canon ou en théologie, moines de cette abbaye (Fournier, 1364). Il était situé rue des Trois Faucons (aujourd’hui propriété particulière).

    5o Collège du Roure ou de Saint-Pierre, fondé, en 1476, par Julien de la Rovère, archevêque d’Avignon, pour trente-six étudiants en droit canon ou civil, dont quatre prêtres. Ce chiffre était d’ailleurs un maximum et ne devait être complété que si les revenus du collège le permettaient. Au début, il n’y eut que dix-huit collégiés, dont deux prêtres (Fournier, 1368 à 1372). — Occupa l’ancien palais de Poitiers.

    6o Collège de Sénanque, fondé en 1591, par Jean Casalety, abbé de Sénanque, de l’ordre de Citeaux, docteur en décret, pour six religieux dudit ordre, étudiants en droit canon ou en théologie (Fournier, 1406, 1409 et 1412). Il était situé rue Petite Fusterie (aujourd’hui propriété particulière).

    7o Collège de la Croix, fondé en 1500, par Guillaume de Ricci, seigneur de Lagnes, docteur en droit, pour douze étudiants en droit civil ou en droit canon. — Est devenu le grand séminaire du diocèse.

    À cette liste on ajoute parfois le collège de Notre-Dame de la Pitié, fondé en 1491, par Barthélémy de Riquetis, professeur de théologie à Avignon et prieur du couvent des Frères Prêcheurs, pour vingt-quatre moines de cet ordre. Mais ce collège ne fut pas agrégé à l’Université. Il était pourvu de trois professeurs de grammaire, rhétorique, logique, philosophie et théologie et se suffisait à lui-même. C’était un véritable séminaire, comme il s’en créa au xviie siècle, à la suite des décisions du concile de Trente (Fournier, 1399).

  10. C’était à peu près le régime monastique. Les exercices religieux y tenaient une très grande place. Les collégiés devaient, par exemple, entendre la messe tous les jours, sous peine d’être privés de « pittance » à déjeuner ou à diner : telle était du moins la règle à Saint-Nicolas. Les pensionnaires de Saint-Martial portaient une robe longue descendant jusqu’aux talons ; leurs feux devaient être éteints tous les soirs, à neuf heures et demie. Chaque écolier avait sa chambre ou cellule, mais tous mangeaient ensemble au réfectoire, en entendant une lecture pieuse. L’ordinaire était d’ailleurs modeste ; deux livres et demie de pain, réduites à deux livres, les jours de jeûne, et deux bouteilles de vin, plus six deniers par jour portés à vingt deniers les jours de fête, pour acheter la viande, le poisson ou les légumes, lesquels devaient être apprêtés en commun. Pour s’habiller, dix florins par an. Il était défendu de sortir du collège, sans autorisation du recteur. Celui qui découchait pendant trois nuits était censuré ; à la quatrième nuit, il était exclu. Défense d’introduire des étrangers et surtout des femmes dans le collège ; celles-ci ne devaient même pas traverser la cour, à peine d’excommunication. À Saint-Nicolas et au Roure, on avait pris soin d’interdire les rixes (à Saint-Martial l’exclusion était prononcée contre tout collégié qui avait frappé trois fois un frère), les blasphèmes, jurons illicites, injures, jeux malhonnêtes, port d’armes, etc. Ces délits et même le séjour sans autorisation à la Bibliothèque étaient punis de trois jours de jeûne et plus en cas de récidive. Le mariage, l’acquisition d’un office importance rapportant au moins quarante livres tournois, ou celle d’un héritage de même ou enfin une absence non autorisée de trois mois, sauf en cas de peste, entraînaient l’exclusion.
  11. Statuts du collège de Saint-Nicolas d’Annecy, de 1447, art. 26. Fournier, 1339. Les étudiants devaient aussi s’engager à ne prendre leurs grades que dans l’Université d’Avignon. (Statut de Julien de la Rovère du 8 juillet 1497. Fournier, 1410.)
  12. Statuts du collège de Saint-Nicolas de 1481, art. 7. Fournier, 1386.
  13. Statuts du collège de Saint-Nicolas de 1447, art. 24. Fournier, 1339.
  14. L’administration intérieure du collège était remise à un recteur choisi par les collégiés et parmi eux. Il avait la discipline du collège. Il était également l’administrateur de ses biens. Il devait rendre ses comptes, tous les ans, aux collégiés et remettre le trésor à son successeur. Que s’il essayait d’éluder ces prescriptions salutaires, deux juges choisis l’un parmi les étudiants en droit civil, l’autre parmi les canonistes pouvaient — c’était du moins la règle de Saint-Nicolas, — l’y contraindre, à peine de censure ecclésiastique. On sait que plusieurs de ces collèges étaient propriétaires d’immeubles féodaux, tels le collège de Saint-Martial qui possédait le prieuré de Piolenc et celui de Saint-Nicolas qui possédait le prieuré de Bollène.
  15. Acte de fondation du collège du Roure, de 1476. Fournier, 1368. — Statuts des collèges de Saint-Martial, de Sénanque, de Saint-Nicolas d’Annecy, de Saint-Michel et du Roure. Fournier, 1262, 1296, 1308, 1303, 1339, 1386, 1354, 1312. Les statuts de Saint-Nicolas ont servi de modèle pour tous les collèges de ce type.
  16. A. V. D 29, fo 220 et D 30, fo 80. — En 1656, il y avait au collège de Saint-Martial, 12 écoliers étudiant en droit canon, théologie et philosophie.
  17. A. V. D 30, fos 76, 92, 131 ; D 32, fo 80, 176 ; D 34, fo 114. — En 1750, on observe que le collège Saint-Martial n’a pas reçu la visite du primicier depuis 46 ans.
  18. Bulle d’Urbain VIII de juin 1639. M. C. 2445. Cf. A. V. D 29, fos 153 et 220.
  19. A. V. D 29, fo 236. Délib. du Collège des docteurs du 7 juill. 1645.
  20. Bulle pontificale de 1709.
  21. Délib. du Collège des docteurs, du 27 mai 1649. A. V. D 30, fo 8. Cf. A. V. D 32, fos 190, 202, 235, 248.
  22. Délib. du 7 juill. 1645. A. V. D 29, fo 236. En retour, les collégiats pouvaient étudier les lettres humaines et la philosophie, préparation nécessaire aux études théologiques.
  23. A. V. D 33, fo 46. Délib. du Collège des docteurs du 14 mai 1725.
  24. A. V. D 136, fo 77.
  25. A. V. D 136, fos 88, 98, 112, 163 et 168 ; D 137, fos 108, 115, 177, etc.
  26. A. V. D 43 à 60. — De 1698 à 1720 la moyenne annuelle est de 53 étudiants ; elle tombe à 35 de 1721 à 1735. Mais le nombre des inscriptions s’accroît très rapidement dans les années suivantes : 151 en 1737, 205 en 1745, et retombe à 152 en 1749 et à 109 en 1750 ; il se relève à 166 en 1769, à 254 en 1771 à 291 même en 1780. En 1783, il n’est plus que de 97 et en 1790, de 51.
  27. Mêmes registres. Cf. Laval, Hist. de la Fac. de médecine, p. 233 et 317. De 1717 à 1750, 1389 inscriptions trimestrielles soit 42 par an (par conséquent 10 à 11 étudiants). De 1750 à 1790, 1067 inscriptions trimestrielles, soit 26 à 21 par an, ce qui donne un peu moins de 7 étudiants.
  28. A. V. D. 38 et 39.
  29. A. V. D 143 à 145, passim.
  30. A. V. D 43 à 60 (notamment les registres 45 et 46) et 64. Un dépouillement relatif à la Faculté de droit et portant sur quelques-unes des années où elle fut très fréquentée nous a donné les résultats suivants : sur 177 étudiants qui ont suivi les cours de 1739 à 1744, 42 sont originaires d’Avignon, 21 du diocèse de Carpentras, 11 de celui de Cavaillon et autant de celui d’Apt, 8 de celui de Vaison, 12 de celui d’Uzès sans compter 3 étudiants de Pont-Saint-Esprit, 7 étudiants viennent de Digne, 7 de Fréjus, 4 de Rodez, 5 d’Embrun, 4 d’Arles, 4 de Nîmes, 4 de Senez, 7 de Sisteron. Fournissent encore quelques unités : Viviers, Lyon, Gap, Albi, Aix, Saint-Paul-Trois-Châteaux, Agde, Marseille, Grenoble, etc. Sur 132 étudiants inscrits de 1749 à 1785, 42 sont d’Avignon ou de son territoire, 3 de Cavaillon, 7 d’Apt, 11 de Carpentras, 10 d’Arles, 5 d’Orange, 8 d’Uzès, 7 de Vaison, 4 de Senez, 4 de Sisteron, 5 de Nîmes, 5 de Saint-Paul Trois-Châteaux, 4 de Fréjus, etc. En ce qui concerne la Faculté de médecine, sur 78 étudiants ayant suivi ses cours de 1717 à 1791, 23 sont d’Avignon, 4 viennent de Carpentras, 3 de Bonnieux, autant de Pernes, de Vaison et de Sisteron, 2 d’Apt, 2 de Marseille, 2 de Grenoble, 3 d’Arles. Les autres sont, en général, originaires du Comtat ou des localités voisines. Ajoutons qu’un certain nombre d’étrangers, c’est-à-dire n’étant ni du Comtat, ni du royaume de France, vinrent prendre leurs degrés à Avignon ; ils n’étaient soumis ni aux inscriptions trimestrielles, ni aux intervalles que les règlements prescrivaient d’observer entre les différents examens. Mais ils ne pouvaient exercer, en vertu du diplôme obtenu ni dans le Comtat, ni en France (A. V. D 60).
  31. Statuts de la confrérie de Saint-Sébastien. V. Fournier, 1332, 1344, 1345, 1363, 1332, 1411, 1380 et l’opuscule du même auteur : Une corporation d’étudiants en droit en 1441.
  32. Statuts, art. 1 à 7.
  33. Ib., art. 13.
  34. Statut postérieur : Quantum teneatur contribuere quilibet bejaunus confratriæ. Fournier, 1344.
  35. Statuts de 1441, art 16.
  36. Ib., art. 14.
  37. Ib., art. 9.
  38. Ib., art. 15.
  39. Ib., art. 12, art. 10 et 11.
  40. Statuts de 1441, art. 7 et 8.
  41. Ib., art. 17 à 21.
  42. Privilège accordé par Julien de la Rovère, le 8 juillet 1497. Fournier, 1411.
  43. Les étudiants se sont toujours montrés jaloux de ce privilège. À plusieurs reprises le vice-légat et, pendant les occupations temporaires, le gouverneur royal l’a confirmé ; mais le nombre des étudiants admis gratis aux spectacles varia suivant le temps : telle ordonnance le fixe à dix, telle autre à huit, six, cinq ou deux écoliers seulement. Certains textes paraissent réserver ce privilège aux seuls étudiants en droit ; en réalité, il ne leur est pas spécial. L’abbé jouissait d’un droit particulier. Ord. du vice-légat des 9 juillet 1651, 8 juill. 1660, 27 avril 1661, du 1er juill. 1664, du 7 avril 1691, des 24 janv. 1694 et 3 mai 1699. — Ord. de M. de Rochechouart du 1er juill. 1768. (A. V. D 136, fos 5, 99, 113, 143 ; D 138, fo 70 ; D 35, fo 26.)
  44. V. sur ce sujet P. Achard. Les chefs des plaisirs, dans l’Annuaire de Vaucluse, 1869, p. 37 et 45.
  45. En 1658, 1659, 1660, on élit en même temps un recteur et un abbé des étudiants, celui-ci n’ayant que le deuxième rang. (A. V. D 136, fos 77, 89, 99.) Ultérieurement, il n’est question que de l’abbé (Voir les procès-verbaux d’élection de 1667, 1682, 1705, 1788. (A.. V. D 137, fos 234, 267, 358 ; D 140, fo 117 ; D 151, fo 373.)
  46. A. V. D 31, fo 139. Barbier étudiant en médecine est élu avec une majorité de cinq voix.
  47. 10 mai 1769. L’abbé Pelatan, élu abbé des étudiants, se trouvant ecclésiastique et ne voulant pas profiter des honneurs et privilèges attachés à cette charge, en fait sa démission. Le primicier nomme alors lui-même un autre étudiant. A. V. D 149, fo 98.
  48. V. procès-verbaux de l’élection de l’abbé des étudiants en 1660, 1664, 1677, 1678, 1682, 1705, 1788, etc. A. V. D 136, fos 99, 144 ; D 137, fos 234, 267, 358 ; D 140, fo 117 ; D 151, fo 373.
  49. Élection de l’abbé des étudiants faite le 16 déc. 1786. M. C. 248, fo 174.
  50. M. C. 2892, fos 261 et suiv.