L’Université d’Avignon aux XVIIe et XVIIIe siècles/Livre III/Chapitre I

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LIVRE III

SITUATION MATÉRIELLE ET VIE EXTÉRIEURE DE L’UNIVERSITÉ



CHAPITRE PREMIER

LES BÂTIMENTS


Le quartier universitaire à Avignon. — Installations primitives. — Les bâtiments de l’Université aux xviie et xviiie siècle. — Les auditoires des diverses Facultés. — Construction ou aménagement de classes nouvelles pour la théologie, la philosophie et la médecine. — Échanges et pérégrinations. — L’amphithéâtre et le « jardin des médecins ». — Construction, vers 1698, d’une salle des Actes et Assemblées. — La bibliothèque de l’Université et les bibliothèques des collèges. — Les archives. — La masse. — La cloche ou Doctoresse.


Les « palais universitaires » sont une création de notre époque. Les anciennes Universités n’en possédèrent jamais : à grand’ peine purent-elles se procurer, au fur et à mesure de leurs besoins, une très modeste et parfois assez misérable installation. Au moyen âge, les docteurs enseignaient chez eux ou dans des salles louées aux frais de leurs élèves et dont tout confort était banni. Avignon ne faisait pas exception à cette règle. Sa rue du Fouarre, — son quartier latin, si l’on veut, — c’étaient la place et la rue encore dénommées des Études, non loin de l’église Saint-Didier. Les premières écoles se groupèrent autour du monastère de Saint-Martial.

Cependant, dès le xve siècle, l’Université en corps est propriétaire : elle dépense des sommes considérables pour démolir, reconstruire, réparer ou aménager ses salles de cours ou pour les pourvoir de chaires et de bancs. Mais bientôt les immeubles qu’elle possède ne suffisent plus à ses besoins ; elle déborde sur les bâtiments voisins, dont elle loue plusieurs salles pour l’usage de ses régents[1].

Cette période d’expansion ne fut pas d’ailleurs, de longue durée ; elle a pris fin dès le xvie siècle et lorsque, après la crise des guerres civiles et religieuses, l’Université se relève enfin, son installation matérielle paraît plutôt médiocre. Elle se compose, au nord de la place ou planet des Études, de deux corps de bâtiments comprenant l’un, la classe de théologie et une annexe ou « membre » peut-être inoccupé, l’autre, la classe de droit canonique et celle de médecine, avec une autre annexe dépourvue d’affectation spéciale. Quelques-uns de ces locaux tombent en ruines et l’Université se décide à les vendre ou à les louer[2]. En retour, elle répare et aménage à grands frais ceux où elle s’installe définitivement. Plus tard même, au xviiie siècle, elle construit de nouvelles salles sur les emplacements restés vacants et même au-delà du planet, du côté sud de la rue des Études, où nous voyons se transporter, à cette époque, la classe de droit et celle de philosophie.

Veut-on savoir les vicissitudes que subirent, à ce point de vue, chacune des Facultés et les pérégrinations imposées aux professeurs ? — La Faculté de droit, d’abord la mieux partagée en raison de son importance, se vit peu à peu réduite à n’occuper qu’une place assez modeste au milieu des autres Facultés, ses voisines. Nul doute qu’elle possédât, au xve siècle, des salles en assez grand nombre, puisqu’on voit les régents se disputer les plus vastes et les plus commodes. Il lui en restait deux seulement vers 1638, l’un à l’est, l’autre à l’ouest des bâtiments universitaires ; encore le régent de théologie venait-il, ce semble, enseigner dans cette dernière. Les juristes émigrent enfin, au cours du xviiie siècle, au sud de la place des Études et n’ont désormais qu’une salle. Les documents ne l’indiquent pas, il est vrai, de façon absolument explicite[3], mais pourquoi, à cette époque, les cinq ou six régents de droit, eussent-ils si soigneusement placé leurs leçons journalières à des heures différentes, s’ils n’avaient pas dû se succéder dans la même chaire, alors que des quatre cours ordinaires de droit canon et de droit civil, les étudiants n’étaient astreints à suivre que deux[4] ?

Le professeur de théologie occupait, vers 1630, concurremment avec les régents de droit, la classe située à l’angle ouest des bâtiments universitaires, du côté nord de la place des Études ; il y resta jusqu’en 1665. À cette époque, il put s’installer plus confortablement. En effet, l’archevêque d’Avignon, François de Marinis qui, on se la rappelle, avait créé en 1655 une chaire de théologie scolastique, s’était aussi préoccupé de fournir une salle convenable au professeur. En conséquence, il avait fait à ses frais « construire à nouveau, réparer et orner tant de bancs et chaire que de porte et de fenêtres une salle située dans l’enclos des études de l’Université », à l’angle est de la place. Une statue de saint Thomas d’Aquin fut placée à l’entrée de la nouvelle classe, qu’on inaugura en grande solennité le 29 septembre 1665[5]. L’ancienne salle de théologie fut donc abandonnée et louée à des particuliers.

Elle ne garda pas longtemps cette très profane destination. Dès 1666, en effet, François de Marinis fondait à l’Université d’Avignon une nouvelle chaire, destinée à l’enseignement de la philosophie thomiste et dont le titulaire devait lire deux heures tous les jours, une heure le matin et une heure le soir. Les leçons devaient avoir lieu dans la classe de théologie, où les deux professeurs pourraient se succéder, sans se gêner réciproquement. Telles étaient du moins les intentions de l’archevêque : on s’y conforma pendant trente ans.

Mais, en 1694, les Dominicains, chargés des cours universitaires de théologie et de philosophie, sentirent le besoin de fortifier leur enseignement. Le collège des Jésuites comptait quatre professeurs de théologie lisant chacun une heure par jour ; la durée des cours de philosophie n’était pas moindre. Il fallait lutter contre des rivaux si bien outillés, avec des ressources bien moindres en argent et en personnel. Pour cela, le Père Patin, professeur universitaire de théologie, que l’acte de fondation de sa chaire n’obligeait qu’à une lecture quotidienne d’une heure, s’offrait à enseigner quatre heures par jour. Et de même le Père Barbat, professeur de philosophie. Mais alors une classe unique devenait insuffisante et le Père Barbât abandonnant la place à son collègue, demanda à être mis en possession d’un « membre » ou annexe de l’Université, maintenant donnée à bail a des particuliers et qui avait servi de classe autrefois. Il s’agissait simplement de l’ancienne classe de théologie, abandonnée depuis 1665. Les Dominicains s’engageaient à la faire réparer à leurs frais, à la meubler de bancs, à y faire installer une chaire. Malgré une assez vive opposition, le Collège des docteurs en droit agréa cette requête en réservant d’ailleurs tous les droits de l’Université[6]. C’est dans cette salle que jusque vers la fin du xviiie siècle, se donna l’enseignement philosophique. À cette époque le professeur émigra au sud de la place des Études, à côté de l’auditoire du droit.

Quant à la Faculté de médecine, son installation matérielle fut dès l’origine et resta toujours insuffisante, malgré les tentatives faites à diverses reprises pour la compléter. Elle occupait encore au xviiie siècle, un fort mauvais local dit « des chirurgies », qui chaque jour devenait insuffisant. Elle fut transférée vers 1655, dans une salle plus convenable située à l’angle oriental de la place des Études. À cette salle on fit une porte neuve qu’on orna d’inscriptions magnifiques[7] ; mais l’aménagement intérieur ne répondait pas, ou du moins ne répondit pas longtemps à ces superbes dehors. Dès 1683, en effet, on observe que les bancs de la classe de médecine sont presque tous rompus et on délibère de les réparer[8]. Vingt ans plus tard, c’est le bâtiment lui-même qui menace ruine ; les écoliers n’y veulent plus entrer de peur d’être « accablés ». On vote des réparations nécessaires et, en attendant qu’elles soient faites, on transfère les cours de médecine dans la grande salle des Assemblées[9]. Mais déjà une salle unique paraissait bien insuffisante, même pour une école de médecine aussi rudimentaire que celle d’Avignon. La création d’une chaire d’anatomie, en 1677, avait entraîné, dès 1696, la construction d’un amphithéâtre en bois, avec table pour les dissections[10]. En 1717, quand la botanique fut publiquement enseignée, il fallut songer à un jardin des simples. La Faculté de médecine et le Collège des docteurs s’en occupèrent pendant plus de trente ans. Déjà en 1711, ils avaient obtenu du pape, en vue de cet établissement, le vaste enclos de Champfleury ; mais devant l’opposition des consuls, leurs efforts pour arriver à un aménagement définitif restèrent longtemps inutiles. En 1729, ils se résolurent à vendre pour deux mille livres le terrain, d’ailleurs trop étendu, qui leur avait été concédé et quatorze ans plus tard, en 1743, avec le produit de cette vente et les intérêts accumulés, ils pouvaient acquérir près de la place Belle-Croix, un terrain nouveau, où ils s’installèrent enfin, dans l’enclos longtemps connu sous le nom de jardin des médecins[11].

Mais l’entreprise qui, à l’époque où nous sommes arrivés, préoccupa surtout le Collège des docteurs, c’est la construction et l’ornementation d’une salle des Actes et Assemblées, dont l’Université avait été dépourvue jusqu’alors. On se rappelle en effet, que les séances du Collège des docteurs avaient lieu, en général, dans la classe de médecine ; quant aux actes et examens, on se rendait autrefois à l’archevêché pour y procéder. Mais à mesure que l’Université s’émancipait davantage de la tutelle épiscopale, elle devait désirer de plus en plus rester chez elle pour accomplir ces sortes de solennités. Dès 1698, en effet, un docteur observait, dans l’assemblée du 18 août, que le Collège « donnait à ferme pour peu de chose » une annexe ou, comme on disait alors, un « membre » sis entre la classe de théologie et celle de philosophie, dont on pourrait faire une belle salle pour les actes et thèses de baccalauréat et de licence et cela sans beaucoup de frais[12]. L’idée fut aussitôt accueillie et la salle en question mise en état[13]. Mais cette appropriation paraît avoir été plutôt sommaire et ne se compléta que peu à peu. En 1717, il fallait déjà refaire le toit et le plafond qui menaçaient ruine ; plus tard, on dut changer l’escalier qui était entièrement usé[14] ; enfin, en 1750, on y fit faire un plancher[15]. Vers la même époque, pour honorer Benoît XIV, restaurateur des privilèges universitaires, on élevait au fond de cette salle un monument commémoratif comprenant le buste du Souverain Pontife[16] et dont le prix dépassa quinze cents livres[17]. Mais un monument si magnifique parut bientôt déplacé dans une salle nue, où il n’y avait « que les quatre murs et le toit » et, pour mettre en harmonie le cadre et le tableau, le primicier ne tarda pas à proposer à ses collègues « d’attacher tout autour, contre les murs, des châssis pour y tendre une toile sur laquelle on ferait mettre les armoiries et les noms de tous les primiciers connus avec la date de leur primicériat, de boiser le pavé de la salle en l’élevant de six pouces, de faire grisailler les bancs et le plancher neuf, d’abaisser la fenêtre du Levant, qui n’était pas au niveau des autres et de fermer complètement une autre ouverture en retrait pour donner à la salle la symétrie qui lui manquait. » Cette fois, le Collège trouva son chef trop enclin au faste et à deux voix de majorité rejeta sa proposition[18]. Cependant tout le monde voulait décorer la salle, on avait reculé seulement devant tant de dépenses à faire à la fois. Le primicier reprit donc ses projets en détail, le lendemain, et fut approuvé. On convint de « faire toutes les décorations, mais sans toucher à la distribution de la salle », et cela petit à petit, sans emprunter[19]. Ce sage programme ne fut que partiellement exécuté. Du reste, le Collège ne perdit pas de vue les améliorations projetées en 1750. Encore en 1788, on le voit les poursuivre : il vote, à cette époque, des fonds pour réparer les fenêtres et les boiser en y ajoutant un vitrage à grands carreaux[20].

Les autres délibérations relatives aux bâtiments universitaires, qui nous sont parvenues, ne visent que des aménagements de moindre importance. En 1656, par exemple, le primicier expose que « les classes des lois et de médecine n’ont aucune marque, ni vestige pour pouvoir être différenciées du prêche des Huguenots, dans lequel il y a une chaire et des bancs comme dans lesdites études, n’étant pas séant que dans une ville aussi catholique qu’Avignon, il y ait un lieu qui ait quelque chose d’approchant au trône du Démon. » Pour remédier à ce scandale, il propose de faire poser un tableau de piété dans chacune desdites classes, « à bon marché et sans grande dépense. » Approuvé unanimement[21]. En 1686, il faut faire face à des nécessités d’un ordre moins élevé. Les toits des auditoires sont rompus ; il y pleut ; il y a nombre de vitres cassées. Commission est donnée au primicier d’y pourvoir[22]. En 1710, on s’avise que les classes des lois sont inabordables « pour leur entrée être plus basse que celle de la rue, qui n’est pas pavée ; et quand il a plu, il y a un demi pied d’eau. » Délibéré de faire paver « le long de ces classes » et plus tard toute la cour[23]. On pourrait multiplier ces exemples, qui se répètent pendant tout le cours du xviiie siècle. Ceux qui précèdent montrent assez, qu’en dépit des libéralités du Collège, l’Université n’eut jamais qu’une installation assez médiocre. Néanmoins, au cours du xviiie siècle, on avait réalisé quelques progrès ; le Collège des docteurs avait enfin sa salle des Actes ; la théologie et les arts étaient logés confortablement ; enfin la Faculté de médecine avait obtenu quelques annexes indispensables. Pour faire mieux, il eût fallu des ressources qui manquaient ; car l’Université, en vue d’acquitter les dépenses engagées, avait dû plus d’une fois emprunter et rogner même les appointements de ses professeurs[24].

On ne comprendrait guère aujourd’hui une Université sans bibliothèque. L’Université d’Avignon eut, en effet, dans les premiers siècles de son existence une ou même plusieurs « librairies ». Ce fut d’abord, en 1388, la bibliothèque des Bénédictins, installée dans leur collège de Saint-Martial, puis en 1427[25], la bibliothèque universitaire proprement dite, due aux libéralités du cardinal de Saluces[26] et qui fut placée, à son tour, dans une chapelle du même monastère. Elle s’accrut au xve siècle, de plusieurs dons importants. Sous la haute surveillance des primiciers, la garde en était confiée aux moines bénédictins. Ceux-ci semblent s’être bien mal acquittés de leur office, — peut-être parce qu’ils n’étaient pas régulièrement rétribués de leurs peines, — car, dès 1512, le primicier, dans une inspection, constate que le bâtiment menace ruine et que les volumes sont dispersés. Puis, ce fut l’Université elle-même qui, pressée de difficultés financières, consacra elle-même la disparition de sa librairie en vendant les livres qui lui restaient (1578). Seuls un Corpus juris civilis et un exemplaire du Décret de Gratien furent conservés : en 1746, le Collège des docteurs en fit hommage au Souverain Pontife, Benoît XIV[27]. Plus sages ou plus heureux, les Bénédictins gardèrent les livres qui leur appartenaient en propre et même en accrurent beaucoup le nombre, pour en vendre d’ailleurs, au xviiie siècle, une partie. Quant aux étudiants, à défaut d’une bibliothèque universitaire, ils pouvaient consulter les librairies de Saint-Michel, de Sénanque, du Roure ou de Saint-Nicolas, ces deux dernières fondues ensemble, lors de la réunion des Collèges ; mais l’étude des textes originaux et les recherches érudites ne les passionnaient plus guère, je pense, et d’ailleurs, cette dernière ressource, offerte à leurs curiosités, ne leur fut-elle pas ôtée, lorsque les collèges passèrent sous l’autorité de la Propagande[28] ?

Quant aux archives, on a dit combien elles étaient incomplètes pour la période antérieure à 1590 ou 1600. La perte de tant de documents précieux est due sans doute à bien des causes, dont la moindre ne fut pas la négligence et l’impéritie des autorités universitaires. Un usage ancien prescrivait que toutes les pièces et registres fussent confiés au doyen du Collège des docteurs en droit[29]. En général, les doyens se montraient peu jaloux de cet honneur : plus d’un, parmi eux, le déclina[30] ; ceux qui le subirent ne firent pas grand’chose pour le mériter. Ils laissèrent s’accumuler, au milieu d’un désordre et d’une confusion extrêmes, dans la caisse et plus tard dans le « buffet », qu’on fit construire à leur intention, les bulles, papiers et registres du Collège ; si bien que les recherches y étaient à peu près impossibles. Nombre de pièces précieuses disparurent[31]. C’est seulement en 1703 qu’on ouvrit un registre des emprunts, lequel ne fut d’ailleurs jamais régulièrement tenu[32]. On essaya, en 1699, de rédiger un inventaire[33], on nomma, en 1713, une commission de surveillance[34] ; mais les exodes périodiques des Archives continuèrent. En 1779 seulement, on remédia d’une façon définitive aux inconvénients de tous genres qu’ils offraient. Les archives furent désormais placées sous la garde du secrétaire-bedeau. Cet agent eut la libre disposition des livres des actes, des registres des gradués et des listes d’immatriculation, qui étaient d’un usage journalier ; quant aux pièces les plus importantes et aux titres originaux, ils furent placés dans une armoire fermée de trois clés confiées l’une au primicier, l’autre au doyen du collège, la troisième au plus ancien régent[35]. Il était trop tard hélas ! pour que ces sages mesures pussent arrêter des dilapidations qu’on n’avait pas su prévenir à temps.

Quelques mots, avant de clore ce chapitre, sur deux accessoires obligés du matériel universitaire : la cloche et la masse. La masse de l’Université d’Avignon a eu déjà son historien, dont il suffira de résumer très brièvement la notice[36]. Elle fut fondue en 1453 — ce n’est sans doute pas la première qu’ait possédée l’Université[37] — et coûta vingt-sept écus d’or. C’était une véritable œuvre d’art. « D’une longueur totale d’environ 0,60 ou 0,70 centimètres, dont 15 à 20 pour la masse elle-même et le reste pour le manche, elle affectait la forme d’un petit bâtiment à six faces séparées par des colonnettes à chapiteaux gothiques. Dans chacune de ces faces étaient représentés en gravure, sur un fond semé d’étoiles Notre-Dame, saint Jean-Baptiste, saint Pierre et saint Paul, saint Nicolas et sainte Catherine. Deux de ces faces devaient être ornées, en outre, l’une de l’effigie d’un docteur lisant dans sa chaire, entouré d’étudiants, l’autre, des armes de l’Université. La partie supérieure formait coupole, surmontée d’un chérubin aux ailes éployées ». Elle était en argent doré. Les primiciers se transmirent pendant plus de trois siècles ce précieux dépôt. En 1792, elle fut confisquée comme bien national, envoyée à Marseille et fondue avec nombre d’autres objets d’argenterie enlevés aux églises et aux couvents. Il n’en est fait mention qu’une fois dans les archives, au cours des xviie et xviiie siècles : les comptes de l’Université renferment un reçu de deux écus signé, le 28 octobre 1667, par le sieur Arnould, « pour avoir soudé en plusieurs endroits la masse de l’Université et l’avoir entièrement blanchie[38] » ; depuis 1453, la dorure en avait sans doute disparu[39].

Quant à la cloche, la Doctoresse, dont il est si souvent question dans les statuts, elle avait été placée dans le clocher de Saint-Didier et remise à la garde du chapitre de cette église. Par une convention du 19 mars 1534, l’Université s’engagea à payer annuellement au chapitre cinq florins pour « l’emplacement de ladite cloche » et douze florins pour la faire sonner aux heures des cours[40]. Les réparations restaient d’ailleurs à la charge du Collège[41]. On sait que la Doctoresse annonçait non seulement les leçons des régents, mais aussi les messes, processions, cérémonies et actes solennels de l’Université, ainsi que la mort des docteurs agrégés et de leurs femmes ; les docteurs simples pouvaient partager cet honneur moyennant une rétribution supplémentaire[42]. La chapitre de Saint-Didier oublia d’ailleurs plus d’une fois les obligations qui lui incombaient et il fallut les lui rappeler. De nouveaux arrangements intervinrent, à plusieurs reprises. On décida notamment en 1666, que la cloche sonnerait après matines, pour les leçons du matin et après vêpres, pour les leçons du soir[43]. Comme la masse de l’Université, la Doctoresse disparut pendant la tourmente révolutionnaire.


  1. Voir pour cette question des bâtiments universitaires avant et pendant le xviiie siècle, Laval, Les bâtiments de l’ancienne Université d’Avignon, dans le Bulletin historique et archéologique de Vaucluse, année 1889. Cette notice est accompagnée de trois plans et d’une photographie, cette dernière prise en 1880, quelques mois avant qu’un incendie vint détruire les derniers restes des bâtiments universitaires.
  2. A. V. D 15. Vente de deux membres ou annexes des bâtiments de l’Université attenant l’un à la classe de théologie, l’autre à la classe de droit canon (juillet 1638). — Location, le 17 février 1611, à M. de Molard, pour six ans et moyennant une rente de 25 écus par an, d’une salle de l’Université, sise paroisse Saint-Didier et place des Études, à côté de celle où se trouvait autrefois l’imprimerie. L’imprimerie, jadis annexe de l’Université et établie dans son voisinage ou dans ses locaux, en était alors séparée.
  3. A. V. D 30, fo 87 ; D 32, fo280 ; D 35, fo 152.
  4. A. V. D 73.
  5. A. V. D 30, fo 184.
  6. Délib. du Collège des docteurs des 23 déc. 1694 et 26 mars 1695. A. V. D 32, fos 24 et 26.
  7. V. Laval, Les bâtiments, etc., p. 412.
  8. Délib. du 5 déc. 1683. A. V. D 30, fo 166.
  9. Délib. des 14 juin et 10 sept. 1708. A. V. D 32, fos 340 et 249.
  10. Délib. du Collège des docteurs du 3 juillet 1696. Sur la requête du régent et du collège des docteurs en médecine, on délibère « de faire faire un amphithéâtre dans la présente école ou ailleurs, où sera avisé, aux dépens de l’Université, pour faire des anatomies, afin que les écoliers fussent attirés en cette Université en quantité pour y étudier et prendre ensemble leurs degrés, ce qui redonderait au grand honneur et avantage de l’Université et du bien public. » A. V. D 32, fo 56.
  11. Voir l’histoire des difficultés sans fin auxquelles donna lieu la création du jardin botanique dans Laval, Hist. de la Fac. de méd., p. 263 à 283. Cf. A. V. D 33, fos 161 et 428. (Délib. du collège des docteurs agrégés en médecine des 18 mai 1729, 9 août et 3 et 16 sept. 1743.)
  12. Délib. du 18 août 1698. A. V. D 32, fo 115.
  13. Délib. du 4 mars 1717. A. V. D 32, fo 367. — Le 5 août 1718, on délibère d’employer aux réparations de la salle les rentes provenant du jardin botanique A. V. D 33, fo 2.
  14. Délib. du 18 nov. 1758. A. V. D 33, fo 351.
  15. Délib. des 12 janv. et 11 mai 1750. A. V. D 34, fos 92 et 118.
  16. Délib. du 9 janv. 1746. A. V. D 34, fo 9.
  17. Livre des comptes du Collège des docteurs. 4 fév. 1746. Payé au sieur Péru, sculpteur, à titre d’acompte du prix fait pour la construction d’un monument et la sculpture de la statue en marbre du Souverain Pontife devant être placée dans une salle de l’Université, 700 l. — 25 nov. 1746 : au sieur Péru, pour l’entier paiement de la somme convenue pour la construction du monument élevé à Benoît XIV dans la salle de l’Université : 816 l. 13 s. 4 d. A. V. D 194, fos 398 et 322.
  18. Délib. du 13 mai 1750. A. V. D 34, fo 119.
  19. Délib. du 14 mai 1750, prise à la majorité de 18 voix contre 12. A. V. D 34, fo 120. — Délib. des 30 juin et 30 oct. 1753. On décide de faire grisailler le plancher et les bancs, ce qui n’avait pas encore été fait, parce que le bois n’était pas assez sec ; puis de faire une petite porte à la salle de l’Université par laquelle entreront les domestiques qui portent les robes des docteurs, pour qu’ils ne traversent pas la salle pendant les actes. A. V. D 34, fos 198 et 199.
  20. A. V. D 35, fo 320.
  21. A. V. D 80, fo 87.
  22. A. V. D 31, fo 194.
  23. A. V. D 32, fo 280. A. V. D 33, fo 22 (28 juin 1719). — La place des Études, qui était comme le centre de l’Université, était trop souvent envahie et devenait même un réceptacle d’immondices. Nous voyons le vice-légat Frédéric Sforza, par ordonnance du 13 juin 1641, interdire d’y faire ou déposer des ordures et d’y jouer aux boules aux heures des cours, sous peine d’un écu d’amende. A. V. D 15.
  24. Délib. des 1er avril et 19 déc. 1718, 23 mai 1719, 12 janv. et 30 juin 1750, etc. A. V. D. 32, fo 384 ; D 33, fos 9 et 16 ; D 34, fos 92 et 136.
  25. Accord entre l’Université et l’abbé de Cluny pour l’installation de la bibliothèque de l’Université dans la chapelle du collège Saint-Martial, qui dépend de l’abbé de Cluny. 7 sept. 1427. Fournier, 1303.
  26. Testament du cardinal Amédée de Saluces, du 21 juin 1419, par lequel il donne une partie de ses livres à l’Université d’Avignon « pro una libraria ibidem incipienda. » A. V. D 15. Cf. Fournier, 1291.
  27. Délib. du 9 janv. 1746. A. V. D 34, fo 9.
  28. Sur cette question des bibliothèques d’Avignon, voir Labande, Catalogue général des manuscrits des Bibliothèques de France, Avignon, tome I, 1894, Introduction, p. xlvi à lxvii.
  29. A. V. D 30, fo 121.
  30. A. V. D 43, fos 13 et 351 ; D 34, fo 41.
  31. Délibéré, le 29 mars 1683, de faire faire une garde-robe, pour y mettre les bulles, papiers et documents du Collège, vu que tous ceux qui sont dans la caisse gardée par M. de Gay, doyen, sont pêle-mêle et qu’on ne peut trouver une pièce sans tout bouleverser, quand on en a besoin. — Délib. du 17 mars 1695. Le primicier a fait porter le buffet dans lequel sont enfermés les papiers et documents, titres et bulles de l’Université chez M. Salvador, doyen. Et ayant eu besoin de quelques papiers, il a remarqué un grand désordre et confusion. A. V. D 31, fo 143 ; D 32, fo 87.
  32. Délib. du 30 avril 1703. A. V. D 32, fo 171.
  33. La rédaction de l’inventaire est décidée dès le 29 mars 1683 ; mais l’exécution de cette délibération n’a lieu qu’en 1698 ; le 17 mars, on confie la rédaction de cet inventaire au chanoine Bernard, frère du secrétaire-bedeau de l’Université ; on lui adjoignit un aide, le 22 avril 1699 et on décida en même temps de faire fabriquer un deuxième cabinet en bois de noyer, le premier étant insuffisant ou d’agrandir celui-ci. A. V. D 31, fo 143 ; D 32, fos 87 et 129.
  34. Cette commission, constituée le 14 déc. 1713, comprenait quatre membres du Collège, dont le primicier. A. V. D 33, fo 320.
  35. Délib. du 6 mars 1779. Le secrétaire était alors M. Chambaud, « qui méritait toute confiance. » A. V. D 35, fo 124. — L’usage était ancien de donner au primicier, au sous-doyen du Collège et au plus ancien régent une des clés de la caisse ou de l’armoire où étaient enfermées les archives. A. V. D 32, fo 320.
  36. V. L. Duhamel, Les masses des Universités d’Avignon et d’Orange, 1896, p. 3.
  37. Plus huit ducats et demi pour la dorure ; elle fut fabriquée par un orfèvre nommé Margier. En outre, le Collège commanda, pour y enfermer la masse, à un certain Marcavi, une gaine de cuir qui coûta trois florins. Enfin, en 1454, on fit encore fabriquer par Margier, au prix de neuf écus, un chérubin en argent doré, qui devait être placé sur la partie supérieure de la masse.
  38. A. V. D 190.
  39. Il est aussi question, à plusieurs reprises, dans les assemblées du Collège des docteurs, des armes et du sceau de l’Université. C’est ainsi qu’en 1674, le Collège délibère de faire faire sur bois les armes de l’Université et de les faire peindre à l’huile, pour les mettre annuellement sur la porte du primicier élu ; en 1738, ces armoiries étant usées, on les fait refaire. (Délib. du Collège des docteurs des 30 mai 1672 et 18 nov. 1638. A. V. D 30, fo 257 ; D 33, fo 351.) Quant aux sceaux de l’Université, qui étaient en argent et ont disparu, ils représentaient un docteur assis dans sa chaire, avec, au-dessus, l’image de la Vierge portant l’Enfant Jésus. En exergue, cette inscription : Sigillum Primicerii Universitatis Studii Avenionensis. Les armes de l’Université représentaient un ange à plusieurs paires d’ailes, avec la même inscription ou avec celle-ci plus brève : Universitas Avenionensis. La planche en taille-douce dont on se servait pour imprimer ces armes sur les thèses ou sur les programmes de l’Université, fut refaite à plusieurs reprises soit en bois, soit en cuivre ou en bronze. (Délib. du Collège des docteurs des 9 oct. 1724 et 8 mars 1742. A. V. D 33, fos 98 et 400. Cf. A. V. D 73.)
  40. A. V. D 16.
  41. Délib. du Collège des docteurs du 15 mai 1746. Le bois de le cloche était en partie pourri. Le primicier a recours aux lumières de cinq charpentiers, qui tous déclarent une réparation indispensable et urgente, mais ne s’entendent pas sur le coût. Le Collège s’en remet au primicier, qui confie l’ouvrage à un fort habile homme nommé Raffin. A. V. D 34, fo 41.
  42. Délib. du Collège des docteurs des 26 juin 1673 et 8 avril 1691. La redevance est fixée à trois écus pour les docteurs simples et agrégés en médecine et en théologie. De même pour les femmes des docteurs simples en droit et des docteurs simples ou agrégés de la Faculté de médecine. A. V. D 30, fo 276 ; D 31, fo 226.
  43. Délib. du Collège des docteurs du 3 mai 1666, acceptée par le chapitre de Saint-Didier le 26 juin. A. V. D 30, fo 190.