La France Juive (édition populaire)/Livre 5/Chapitre 3

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Victor Palmé (p. 286-298).


CHAPITRE TROISIÈME


Ferrières. — Le Salon de Louis XVI. — Le Salon de famille. — Le Triomphe de Mardochée. — Les livres. — La chambre de Bismarck. — L’album de maroquin. — Autographes de Napoléon III et de Wilhelm. — Magasin de bric-à-brac. — Les Sensibilisés.


I


On a beaucoup parlé des splendeurs de Ferrières ; au risque de désillusionner un peu les badauds, il est nécessaire de montrer à nos lecteurs ce qu’est en réalité la demeure du roi des Juifs.

Versailles, bâti dans un pays sans eaux, a évidemment inspiré aux Rothschid le désir d’imiter Louis XIV ; ils ont été guidés encore par d’autres considérations : la facilité, en cas d’alarme, de gagner l’Allemagne par la ligne de l’Est[1]

Avec leur mauvais goût ordinaire et leur peu de sympathie pour nos artistes français, les Rothschild ont chargé un architecte anglais, Paxton, d’édifier cette royale habitation.

Paxton a élevé là un de ces châteaux bizarres comme on en voit quelques-uns en Angleterre, et qui, avec ses quatre façades de style dissemblable, semble tout dépaysé au milieu de nos pays du Nord.

L’intérieur est plus intéressant. Après avoir traversé un large vestibule que décore un plafond de Tiepolo, on pénètre dans une petite salle à manger, qui contient quelques jolies peintures de Philippe Rousseau. La grande salle à manger à poutrelles, avec ses quarante fauteuils en velours rouge, ne manque pas d’une certaine allure.

A partir du salon Louis XVI, les surprises commencent. On voit successivement défiler sous ses yeux toutes les merveilles du génie des siècles qu’ont pu rassembler, sur un seul point, l’or, les relations universelles, la franc-maçonnerie des brocanteurs, aux aguets dans toute l’Europe, et réservant la fleur de leurs trouvailles pour les souverains d’Israël. Les chefs-d’œuvre de l’art du dix-huitième siècle, les tables de Gouthière, les meubles incrustés de Riesener et de Boule, les cuivres de Caffieri, ornent cette pièce charmante dans sa tonalité printanière et claire, que surmonte un plafond d’Henry Lévy. Au milieu apparaît, comme un trophée, l’incomparable clavecin de Marie-Antoinette, qu’on a le cœur serré de retrouver dans cette maison de Juifs, Un petit réduit sombre attire l’attention. C’est l’ora- toire : une pièce fort simple, qui a pour tout ornement les rouleaux de la Thora et le chandelier à sept branches ; dans l’ombre, on aperçoit un piano et quelques chaises de paille.

Le salon de famille s’appelle aussi le salon des cuirs de Cordoue : il doit son nom à de superbes tentures de cuir gaufré et repoussé, qui représentent le Triomphe de Mardochée. Ces cuirs, parfaitement conservés, viennent des Flandres ; ils avaient été apportés, sans doute, par quelque grand seigneur espagnol. Ce sont de très curieux spécimens de ces cuirs dorés, de ces cordovanes, de ces guadamasiles dont Cervantes parle à plusieurs reprises dans ses œuvres. On trouve là aussi, comme tapis de table, une tapisserie de la Savonnerie toute lamée d’argent, et qui est du travail le plus intéressant et le plus précieux.

L’examen de quelques volumes qu’on entrevoit dans un meuble d’ébène surmonté d’un éléphant cloisonné, déconcerte légèrement. « Quels sont les livres de main, les amis littéraires familiers de ces gens-là ? » se demande-t-on ; et l’on regarde. On voit : Soulié, Paul de Kock, Pigault-Lebrun, Touchard Lafosse (Chroniques de l'Œil-de-Bœuf), Eugène Sue (le Juif errant), Jacob (Histoire de France). Tout cela dans les éditions les plus affreuses, dans des éditions dont un lettré ne voudrait pas pour vérifier une citation.

Cela ne vous produit-il pas un peu l’effet du linge sale sous une robe de soie ? Quel aperçu cela vous ouvre sur le monde qui va là, et qui expose quelque jeune fille à prendre un volume au hasard et à tomber sur Pigault-Lebrun !

Pour nous remettre, voulez-vous avancer sur le perron ? A droite et à gauche, vous trouverez deux vases de Clodion ; la paire a coûté cinquante mille francs. En été, la vue est belle : on est en face de la pièce d’eau, et, au delà, on aperçoit le parc et des enclos pleins de moutons et de daims, qui prêtent de l’animation au décor.


II


Rentrons dans les appartements. Nous allons rencontrer, pour la première fois, l’histoire en visiteuse dans ce château qui n’a point d’histoire. En 1815, les Rothschild sont venus pauvres avec l’Invasion ; l’Invasion en 1870 les retrouve milliardaires et peut leur faire ses compliments.

Nous voici dans le salon des tapisseries, qui ne contient d’autres tableaux que quelques panneaux de Desportes. Aux murs sont suspendues des tapisseries Watteau, des tapisseries tissées de soie, d’une jeunesse et d’une fraîcheur sans égales. C’est là, devant ces Amours souriants, ces bergères lutinées par des Céladons, devant toutes ces évocations d’un monde frivole, toutes ces images déplaisir et de galanterie, qu’eut lieu l’entrevue de Bismarck et de Jules Favre.

L’accueil du Chancelier de fer au rhéteur de paille fut terrible, et les habitants du château qui ont eu les échos de cette scène, en ont conservé un souvenir qui n’est pas près de s’effacer.

Après avoir refusé, la veille, de recevoir l’homme de la prétendue Défense nationale, Bismarck le fit attendre deux heures dans le vestibule, sous le Tiepolo.

Les hommes du 4 Septembre s’étaient rendus coupables d’un crime de lèse-Patrie en faisant une révolution devant l’étranger, en chassant la représentation nationale. Cet acte, ils pouvaient encore, sinon le réparer, du moins l’atténuer en consultant le pays, en lui demandant loyalement s’il voulait la paix ou la guerre. Bismarck leur en facilita les moyens, et certainement montra à Jules Favre où était la voie droite, honnête, patriotique. Le malheureux vieillard refusa, pour conserver le pouvoir quelques jours encore.

Après avoir congédié d’un geste dédaigneux ce déclamateur, qui, recourant, dans une entrevue comme celle-là, à une mimique de cour d’assises, faisait semblant de pleurer, le prince, dit-on, resta quelques instants pensif. Ce grand mâle, à coup sûr, n’était point de ces sensibilisés qui, pareils à ceux qui s’attendrissent sur la bonté des Rothschild, larmoient, comme certaines femmes s’oublient, par une sorte de relâchement des tissus. Le cœur qui battait dans cette rude poitrine, n’en ressentait pas moins peut-être quelque virile pitié en songeant à tant d’hommes, enfantés dans la douleur par les mères, qui allaient expirer sur les champs de bataille, afin que quelques millions de plus entrassent dans ce logis de Juifs.

La chambre de Bismarck suivait immédiatement le salon des tapisseries, où eut lieu l’entrevue : c’est la chambre d’honneur. C’était jadis la chambre du baron James, et de son temps elle était tendue en vert, à cause de la faiblesse de la vue du baron ; aujourd’hui elle est en bleu. On y voit un portrait de femme exquis du Vinci et un pimpant tableau de Camille Roqueplan, représentant un épisode des Confessions de Jean-Jacques Rousseau.

La chambre Vénitienne n’a rien d’extraordinaire. « Au moment des chasses, on met une princesse là, une autre ailleurs, » dit-on philosophiquement au visiteur.

La décoration du fumoir est d’Eugène Lamy, qui a retracé là, avec une certaine verve, quelques épisodes du carnaval de Venise.


III


Le hall seul vaut une visite à Ferrières. Le soir, avec les onze cents becs de gaz de son plafond lumineux, éclairant les brillantes toilettes, les diamants, les fleurs, ce hall est véritablement féerique. C’est la pièce triomphale du lieu : tout y parle de triomphes. Le long de l’immense galerie circulaire qui règne tout autour, sont disposées de superbes tapisseries qui représentent des triomphes : Triomphe d’Alexandre, Triomphe de Neptune, Triomphe de la Paix… et même Triomphe du Christianisme à Tolbiac.

On y voit… Que ne voit-on pas dans ce prodigieux bazar ? Voici d’abord, à gauche de la cheminée, dont nous parlerons tout à l’heure, le portrait du baron James, par Flandrin, et de la baronne James, par Ingres. Sur les murs, un Portrait d’homme, de Rembrandt ; la Comtesse della Rocca et don Luis de Haro, de Velasquez ; une Diane chasseresse, de Rubens ; David et Goliath, du Guide ; la princesse Henriette d’Angleterre, de Reynolds ; Diogène cherchant un homme, de Van Mol ; le Message, de Bordone.

Partout des cabinets italiens, des vitrines encombrées de petits chefs-d’œuvre, des ivoires, des faïences de della Robbia ; le Joueur de musette, de Bernard Palissy ; des émaux de Petitot, des boîtes de Blarenberghe, des Saxes, le miroir de Mme de Pompadour, des coffrets aux armes de France, qu’on est tout étonné de rencontrer là.

La cheminée monumentale estdécorée de médaillons italiens, et surmontée d’un buste de Minerve. Sur une plaque de marbre brun on lit en lettres d’or, où chaque mot est bizarrement espacé par un point, cette inscription qui chante le bonheur de la possession, la joie d’avoir un somptueux foyer, quand tant de malheureux Français, sans gîte, errent le ventre creux, par les nuits d’hiver.

Doulce. est. la. vie. à. la, bien. suyvre.
Emmy. soyet. printens. soyet. hyvers.
Sous, blanche, neige, ou. rameaux, verts.
Quand, vrays. amys. nous. la. font, vivre.
Ains. leur, place, à. tous. est. icy.
Comme, aux. vieulx. aux. jeunes, aussy.
___________________________(1570).

L’album de maroquin qu’on laisse traîner avec ostentation sur la table, éveille bien des pensées.

A la première page on lit : « Souvenir de la charmante journée du 16 décembre 1862 : Napoléon. » Un peu plus bas : « Souvenir d’amitié pour la charmante hospitalité du baron et de la baronne James de Rothschild, 20 novembre 1866 : Mathilde. »

Charmes, charmés, charmeurs, tout est charmant ; et brusquement, à la page suivante, apparaît un nom tracé en gros caractères : « Wilhelm, 21 septembre 1870. » Guillaume, avant de quitter Ferrières, a tenu à mettre sa signature, non pas à la suite de celle de Napoléon III, mais en tête de la page suivante. Bismarck et de Moltke ont signé après lui, et le plus modeste officier, le dernier sous-lieutenant qui a passé là, a voulu à son tour que son paraphe ironique se dessinât sur le livre inauguré par l’Empereur des Français.

A côté de ces noms de vainqueurs, voici les noms des plus illustres représentants de la noblesse de France, et le contraste est douloureux.

Que de noms qu’on voudrait pouvoir effacer ! Que de chutes que les passions expliquent seules ! Quelle tristesse de rencontrer Berryer ! Le jeu ! « Prions Dieu, dit saint Paul, de ne nous envoyer que des tentations qui soient ordinaires. »


IV


L’impression que laisse cette demeure, est une impression de fatigue plus que d’admiration. C’est un fouillis, un capharnaüm, un prodigieux, un incroyable magasin de bric-à-brac. Tous ces objets, rapportés de tous les coins de la terre, jurent entre eux ; ces dépouilles opimes de l’univers ne s’harmonisent pas, ces manifestations de tant de civilisations différentes grincent de ce rapprochement.

Le, parc, quelque vaste qu’il soit, n’a pas le noble aspect des avenues Louis Quatorziennes. A la place des Rothschild, vous auriez commandé à nos sculpteurs, qui luttent si péniblement au milieu de circonstances peu favorables pour leur art, tout un monde de statues, des marbres, des bronzes. Le duc d’Aumale a agi ainsi pour Chantilly : il a demandé un La Bruyère à Thomas, un Terme à Lanson, un groupe de Pluton et de Proserpine à Chapu. Il y a à peine, dans tout Ferrières, une demi-douzaine de statues, qui ont à peu près la valeur de celles qui décorent l’entrée des établissements de bains[2]

A travers les allées, on distingue deux ou trois vieilles femmes courbées sur le sol, qui ramassent l’herbe des sentiers. Quand le voyageur est de distinction, l’on en mande de supplémentaires du village. « C’est la bonne baronne qui a eu l’idée de ce travail, pour venir en aide aux habitants de la contrée ! » Vous versez une larme, comme Jules Favre, et cette terre aride et desséchée paraît reconnaissante de cette marque de sympathie.

Le plus joli, ce sont les serres et les volières. Les serres sont un enchantement, pleines de plantes épanouies en toute saison, d’ananas en graines, en fleurs, en fruits. Dans les volières immenses sont rassemblées des centaines d’oiseaux rares, dont la couleur, variée à l'infini, semble refléter le ciel particulier de chaque pays.

Perdrix de Chine, faisans dorés au ventre rouge, faisans de Sæmmering, faisans de lady Amherst, hoki, tragopan qui porte un capuchon d’écarlate, lophophore resplendissant au collier de barbe blanche, touca au vilain bec noir qui dévore les faisans comme le Juif dévore les Chrétiens, flamant d’Égypte penché sur son bassin rempli de poissons, pies bleues de Chine, colombes poignardées des Philippines avec la tache de sang sur la poitrine : — tout cela s’agite dans un frémissement d’ailes, dans une pittoresque confusion de plumages multicolores, dans un concert de cris, tantôt stridents, tantôt plaintifs, et semble comme une vision d’un coin du Paradis terrestre.

C’est la gaieté de Ferrières que ces oiseaux : car, au fond, ce château sans passé est lugubre. Cela ne rappelle point les grandes existences seigneuriales d’autrefois. La victoire, l’héroïsme, le génie, n’ont pas mis là leur sceau rayonnant.


V


La grande joie des Rothschild est de lire les journaux après quelque fête, quelque décès, quelque mariage. Ils se mirent dans ces descriptions, ils se passent les feuilles de main en main. Ils font imprimer les articles à part, pour leur consommation personnelle ; et, en ceci, ils ont raison : ils préparent, pour l’histoire des mœurs, des documents dont les grands écrivains de l’avenir tiendront plus de compte que de beaucoup de discours prononcés dans les Chambres. Le recueil intitulé : le Baron James de Rothschild, qui a été tiré chez Claye, mais n’a pas été mis en librairie, est d’un réel intérêt.

Tous les journaux, sauf l’Univers, l’Union, la Gazette de France, et probablement deux ou trois autres que j’oublie, font l’office des pleureuses salariées aux enterrements d’autrefois : ils s’arrachent les cheveux, ils se déchirent la figure avec les ongles, ils se roulent par terre de désespoir. Ce mort aurait inventé le fer, comme Tubalcaïn, ou la charrue, comme Triptolème ; il aurait découvert la panacée de tous les maux, que ces feuilles publiques n’en parleraient pas sur un mode plus admiratif. Les formules employées pour louer ce Juif ailemand, qui s’est enrichi à nos dépens, reculent les frontières de l’hyperbole.

Il y a des lettres vraiment stupéfiantes, « Vous me pardonnerez de venir ainsi vous troubler au milieu de vos peines… Mon excuse est dans le désir que j’éprouve… » Voilà de quelle encre écrit à un manieur d’argent le prince de Joinville, un homme qui a dans les veines quelques gouttes du sang de Louis XIV ! Les lettres du comte de Paris et du duc d’Aumale, un peu moins plates peut-être, sont du même ton.

Depuis 1868, la servilité n’a fait que croître. Les descriptions de mariages sont inouïes. Rien ne manque à ces épithalames : on assiste à la toilette de la mariée ; on monte dans le magnifique attelage « choisi et appareillé par Claude Lachaume, le piqueur du baron Alphonse » ; on écoute Félix Lévy, « ténor admirable », chanter l’Imlach, du non moins admirable Emile Jonas ; puis les chœurs attaquent l’Alléluia d’Erlanger, qui n’est certes pas l’Alléluia des actionnaires du banquier de ce nom ; enfin, l’on passe à la sacristie. « Il est cinq heures et demie, écrit Meyer, le Dangeau de ces solennités, cinq heures et demie aux horloges pneumatiques, et « toujours » à l’horloge du sentiment… »

Naturellement, aucun nom n’est omis. Voici le prince Murat, le duc de Broglie, M. Buffet, le comte de Turenne, le vicomte d’Harcourt, le duc et la duchesse de la Rochefoucauld-Bisaccia, le duc de la Trémoille, le duc de Montmorency, le comte d’Andigné, la duchesse de Fitz-James, le prince de Ligne, le prince de Léon, le comte de Mailly-Nesles, la comtesse de Clermont-Tonnerre, la duchesse de Maillé, tout l’armorial de France, en un mot, accouru pour adorer le Veau d’or et pour proclamer à la face de l’Europe que la richesse est la seule royauté qui existe encore.

Quand il y a fête, il va sans dire que toute la police est sur pied, et qu’elle se permet, sans aucun droit, de défendre aux passants la circulation sur la voie publique. Si une rue de Paris était interdite pour une procession, vous verriez immédiatement nos puritains de la gauche monter à la tribune ; humbles et rampants, selon leur habitude, devant les potentats juifs, ils se gardent bien d’intervenir. Les journaux avancés agissent de même ; il n’y a que Rochefort, qui décidément, ne respecte même pas les têtes les plus hautes, qui se soit permis de blâmer cette prétention de gêner les autres quand on s’amuse, et qui se soit égayé de l’idée, d’ailleurs singulière, de « barrer une rue le jour d’un mariage. »

Il est rare que l’on ne rencontre pas, à l’issue de ces cérémonies, le Monsieur attendri qui a déjà les yeux humides.

— Vous savez l’origine de la fortune des Rothschild, n’est-ce pas ?

— Oui, j’ai entendu vaguement parler…

— Au moment de l’arrivée des Français, l’électeur de Hesse confia cinq millions à Anselme Meyer de Rothschild.

— Pas possible ?

— Oui, Monsieur, cinq millions.

— Et alors ?

— Alors, Monsieur, Anselme Meyer les a rendus. C’est comme je vous le dis, il les a rendus ! Votre interlocuteur n’y tient plus ; il fond en larmes au souvenir de ce beau trait.

C’est un produit de l’époque décadente où nous sommes ; c’est un sensibilisé, un admiromane, pour employer une expression de Mercier. Il laisserait égorger tous les Français sans protester, mais l’histoire de cette fortune l’émeut.

Il y a beaucoup de journalistes qui ont ainsi, dès qu’il est question des gros Juifs, des admirations de portière parlant du locataire du premier, qui a des chemises de soie : ils vénèrent sous eux. Quand il s’agit des Rothschild, Ignotus, si indépendant d’ordinaire, est de cette école.

Quand on n’a même pas eu de Romanée, se pâmer devant des gens, uniquement parce qu’ils ont trouvé moyen de prendre trois milliards dans nos poches, c’est un phénomène qui a toujours dépassé les bornes de mon intelligence.

  1. Les hôtels des Rothschild, à Paris, sont machinés comme des théâtres, barricadés à l’intérieur comme des citadelles, organisés pour la défense comme des ghettos du Moyen Age. Le World, de Londres, au mois de décembre 1885, a publié quelques détails sur les travaux exécutés dans l’hôtel de la rue Saint-Florentin :
      « Le baron Alphonse de Rothschild vient de terminer la transformation de sa maison de la rue Saint-Florentin en une sorte de forteresse blindée. Les montres ou vitrines à bibelots disparaissent, à une simple pression de bouton, dans des coffres-forts scellés dans la muraille. Chaque tableau a son étui (numéroté) en maroquin, de sorte que, s’il le fallait, toute la galerie pourrait être emballée en une heure. La note seule des étuis se monte à 50, 000 francs, »
      Auront-ils l’heure nécessaire pour emballer ?
  2. Le baron Alphonse de Rothschild, si indifférent aux efforts de nos artistes, si fermé aux nobles et généreuses traditions de nos patriciens d’autrefois, n’en eut pas moins l’effronterie, au mois d’avril 1885, de se présenter à l’Académie des Beaux-Arts. Cette fois, au milieu de tant de servilités et de tant de vilenies, il y eut un réveil de pudeur : quelques hommes indépendants réussirent à faire comprendre à l’Académie que l’amour de l’art et rachat de bibelots à bon compte n’ont absolument rien de commun. Malgré la campagne patriotique d’Ephrussi et d’Albert Wolff , qui consacra trois colonnes à prôner cette candidature , le baron fut honteusement éconduit. Un autre se serait retiré ; mais le sentiment de la dignité est absolument inconnu au Sémite, qui supporte tout pour arriver à son but. Le baron acheta les uns, flatta bassement les autres, accepta toutes les humiliations qu’on voulut, et finit par être nommé au mois de décembre suivant. Ce Juif est donc membre de l’Institut.