La France juive/Livre Deuxième/IV

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Marpon et Flammarion (p. 331-359).


IV


LA RESTAURATION ET LA MONARCHIE DE JUILLET




Le compte de liquidation. — L’avénememt des Rothschild. — La Restauration reste étrangère à tout sentiment de justice et de prévoyance. — Les banquiers français conspirent contre eux-mêmes. — La famille d’Orléans et l’amour de l’argent. — Rothschild est le vrai ministre de Louis-Philippe. — Le chef d’œuvre de Toussenel. — Les Juifs rois de l’époque. — Le Saint-Simonisme. — La philosophie financière. — Les frères Pereire. — La mort d’un bottier. — Les dernières protestations de l’esprit aryen contre l’invasion sémitique. — Le théâtre et la littérature. — Les Chrétienneries de Petrus Borel. — Le mépris du duc d’Orléans pour les Juifs.




LA RESTAURATION ET LA MONARCHIE DE JUILLET


En 1790, le Juif arrive, sous la première République et sous le premier Empire, il entre, il rôde, il cherche sa place, sous la Restauration et la Monarchie de juillet, il s’assied dans le salon, sous le second empire il se couche dans le lit des autres, sous la troisième République, il commence à chasser les Français de chez eux ou les force à travailler pour lui. En 1890, si, comme je veux l’espérer quand même, il y a encore chez nous assez de force cachée pour nous arracher à la mort, il sera revenu à son point de départ et aura restitué en bloc tout ce qu’il avait pris en détail à des gens trop hospitaliers et trop confiants.

En 1815, tous les discours superbes prononcés depuis 89, tout le sang versé sur les échafauds et sur les champs de bataille, les belles morts des hommes politiques, des héros, des héroïnes, des Girondins, des Montagnards, des Vendéens, le courage des soldats de Sambre et Meuse, des chouans, des grognards, des hussards de Lusoff, des milices écossaises, des Vergniaud, des Saint-Just, des Charrette, des Cathelineau, des Stofflet, des Lannes, des Davout, des Bessières, des Charlotte Corday, des Mme Roland, les capitales de l’Europe prises tour à tour, les charges irrésistibles de cavalerie que menaient, l’éclair aux yeux, les Murat, les Lassalle, les Montbrun, les Nansouty, les Blücher, les Ziéthen, les Platow, Valmy, les Pyramides, Marengo, Austerlitz, Waterloo, le génie de Napoléon, la rouerie de Talleyrand, la ténacité de Wellington — tout cela aboutissait à un compte de liquidation.— Ce formidable mouvement humain venait finir dans la Judengasse de Francfort. L’homme du moment était un Juif servile et rampant encore, qui disait : « y affre moyen » ou « y affre bas moyen. »

Les Aryens s’étaient entretués pendant vingt-cinq ans pour mettre au pinacle un Sémite à mine abjecte qui, pendant qu’on se battait, rognait paisiblement des ducats.

Le compte de liquidation est le triomphe du Juif. En faire ouvrir un est le rêve qu’il caresse sans cesse. Tant qu’un compte comme celui-là dure, on peut être relativement tranquille, dès qu’il est clos, il faut s’attendre à voir recommencer une nouvelle période de guerre qui en ouvrira un autre.

Centralisant entre ses mains toutes les créances particulières d’Allemagne et d’Angleterre, Rothschild mettait en même temps ses fonds à la disposition du gouvernement français, il fournissait l’argent qu’il réclamait et réclamais l’argent qu’il fournissait. Comme le maître Jacques de Volière, il changeait de rôle selon les circonstances, il était tour à tour le plus implacable des créanciers et le plus complaisant des prêteurs. Comment discuter la validité d’une créance avec quelqu’un qui vous oblige ?

Sous la pression de ce Shylock serviable, la France dut payer jusqu’au dernier sou les réclamations les plus improbables, les réparations les plus fantastiques, les dettes les plus chimériques. Tout ce que des armées de 1,500,000 hommes avaient pu causer de dommages réels ou imaginaires dans leur promenade à travers l’Europe revenait à la Restauration, mais grossi par la crasse des mains des Juifs subalternes, par lesquelles ces créances avaient passé avant d’arriver aux mains déjà plus propres, mais toujours aussi avides, de Rothschild. A l’appel d’Israël, le passé même sortait du tombeau et la France dut acquitter la solde d’un régiment de reîtres allemands qu’un principicule quelconque avait fourni à Henri IV.

Ces trafics, en apparence exclusivement financiers, avaient avantage en outre de servir puissamment l’idée juive. Les Juifs disséminés dans toute l’Europe, et auxquels on reprenait avec un bénéfice les créances qu’ils avaient achetées pour un morceau de pain, savaient qu’il y avait en France un des leurs qui traitait d’affaires d’Etat directement avec les ministres.

James de Rothschild, qui s’était installé déjà rue de Provence, n’était déjà plus le petit compagnon d’autrefois, il était baron autrichien, s’il vous plaît, grâce à M. de Metternich. Si la duchesse d’Angoulême, saisie de surprise à la proposition, s’écriait : Fi donc ! Lorsqu’on lui parlait d’admettre Mme de Rothschild en sa présence, le Nucingen qui traverse l’œuvre de Balzac avec son baragouin tudesque était déjà une manière de personnage.

Les Juifs d’outre Rhin, qui s’essayaient timidement encore, il est vrai, à prendre pied à Paris, s’habituaient à regarder la maison Rothschild comme la maison mère du judaïsme français. Avec l’esprit de solidarité qui anime la race, les Rothschild aidaient les nouveaux arrivants, leur fournissaient des fonds pour faire la petite usure, en même temps ils recevaient d’eux de précieux renseignements et organisaient cette police qui est sans égale dans le monde entier[1].

La Restauration ne vit pas le danger de cette invasion juive, que Napoléon avait si bien discernée. La Royauté n’avait plus depuis plus d’un siècle le sens de la France, elle ne comprit rien à la Révolution, ni avant ni après il lui manqua précisément ce qui, à l’origine, avait fait la grandeur et la puissance de cette Monarchie confinée au début dans l’Ile de France.

La force des premiers Capétiens avait été de s’identifier avec le génie français, de protéger les intérêts économiques du pays en même temps que d’agrandir son territoire et d’augmenter son prestige par les armes. Les derniers Bourbons n’avaient pas les goûts belliqueux, à une époque où tout le monde, bon gré mal gré, avait paru sur les champs de bataille, ils ne s’étaient pas battus une seule fois. De ces trois frères descendants de François Ier, d’Henri IV, de Louis XIV, de Louis XV même, si galamment brave à Fontenoy, aucun n’avait su exposer sa vie pour défendre son trône.

Ce qui manquait chez eux plus que tout le reste, ce qui manqua d’une façon si funeste pour nous aux monarchistes de l’Assemblée de 1871, ce fut le principe sans lequel toute monarchie chrétienne est un non-sens, l’esprit de justice. Discite justitiam moniti, dit l’Écriture… Les Bourbons avaient été avertis, mais ils n’en aimaient pas davantage la justice. S’ils avaient été justes, ils auraient fait fusiller, pour venger la conscience humaine, une douzaine de Conventionnels parmi ceux qui avaient montré le plus d’acharnement contre le malheureux Louis XVI, et ils n’auraient jamais touché à un soldat de la Grande Armée.

En toute chose ils apportèrent le même mépris de la justice. Savez-vous ce que reçut de la Restauration, sur le milliard des émigrés, le gentilhomme félon qui avait trahi son roi, abandonné lâchement une femme qui se fiait à lui, Lafayette, le principal auteur de la Révolution ? 450,000 livres de rente...

Pendant ce temps les Chouans, qui avaient tenu la campagne en attendant des princes qui ne paraissaient pas, mouraient de faim dans leurs chaumières sans toits. La famille de Cathelineau avait perdu vingt-trois des siens sur les champs de bataille et la famille de Cathelineau manquait de pain tandis que la sœur de Robespierre recevait une pension de six mille francs !

La conduite tenue envers les Vendéens par Louis XVIII, dominé par Elie, premier duc Decazes et Franc-maçon zélé, est une triste page de l’histoire de la Restauration. Par une véritable vilenie, le roi refusait de reconnaître des grades qu’il avait luimême accordés et de rembourser les bons que les chefs avaient signés par ses ordres, pour une guerre entreprise en son nom, il ne laissait même pas à la Vendée les avantages que lui avait assurés le traité de la Jaunaie, conclu entre Charrette et le gouvernement républicain.

La veuve de Lescure et de Louis de Larochejaquelein, dit M. Crétineau-joly dans la Vendée militaire, les sœurs de ce dernier, la veuve de Bouchampa furent placées en surveillance au milieu du Bocage. On fouilla dans plusieurs demeures, on osa même, à Saint-Aubin-de-Baubigné, profaner, du contact impie de la police, la maison où étaient nés Henri et Louis de Larochejaquelein, cette maison dont les fenêtres ouvrent sur le cimetière où reposent dans leur éternel sommeil de gloire les deux frères morts pour les Bourbons.

Les conservateurs appellent cela « faire de la politique » ils prétendent qu’il faut des hommes d’une habileté éprouvée pour se livrer à cet exercice, ils arrivent ainsi à déshonorer leur cause et à se faire mettre honteusement à la porte, ce qui ne les empêche pas de recommencer à la prochaine occasion. Les monarchistes de Versailles prennent Decazes fils comme ceux de 1815 ont pris Decazes père.

La justice, encore une fois, est la meilleure des politiques. Si les Bourbons, reconnaissants des services rendus, avaient constitué à leurs fidèles Bretons de petits fiefs moitié militaires, moitié ruraux, que leurs possesseurs auraient eu intérêt à défendre, ils auraient trouvé là un centre stratégique pour réorganiser leur armée et marcher de nouveau sur Paris quand Lafayette, qu’ils avaient gorgé, les chassa encore une fois.

Les Juifs purent donc, sous la Restauration, poursuivre leur œuvre silencieuse. A la petite synagogue de la rue Saint Avoie, dont on s’était contenté jusqu’en 1821, avait succédé le temple de la rue de la Victoire, un nom de rue dans lequel les Juifs se plaisent à voir un présage.

C’est en 1818, seulement, que la question sémitique revint devant les Chambres. Un courageux citoyen, 1e marquis de Latter, réclama, dans une pétition, la prorogation des décrets de 1808 pour dix nouvelles années. La Chambre des Pairs prononça l’ordre du jour presque sans discussion. Lanjuinais, chose triste à dire pour une mémoire qui mérite par tant d’autres côtés d’être honorée, demanda la parole pour combattre la pétition. A la Chambre des députés la pétition eut plus de succès. Un homme de cœur, M. Paillot de Loynes, conclut au renvoi de la pétition au ministère de la justice et de l’intérieur. Après une légère discussion, la Chambre des députés adopta ces conclusions et le renvoi fut prononcé, mais des influences occultes empêchèrent qu’il fût donné suite à l’affaire.

Les Juifs, il convient de le reconnaître, montrèrent alors un grand esprit politique en faisant très peu parler d’eux. Il y eut là une période de réserve et de préparation.

Avec l’opiniâtreté de cette race, qui est une éternelle recommenceuse, les Juifs, nous l’avons dit, s’étaient installés à l’endroit même où ils étaient quand on les avait chassés au Moyen Age, rue des Juifs, puis de là ils avaient rayonné dans les environs et occupé une partie du quartier Saint-Paul. De nouveaux arrivants, venus d’Allemagne et de Pologne, se groupèrent autour du Mont-de-piété et autour du Temple, ils envahirent graduellement les paroisses Saint- Jean, Saint-François et les Blancs-manteaux jusqu’à Saint Merry, d’un côté, tandis que d’autres, franchissant la rue Saint Antoine, s’établissaient sur la paroisse Saint Gervais. Aujourd’hui, la paroisse Saint-Eustache est presque entièrement contaminée et le flot a pénétré jusque sous les arcades de la rue de Rivoli.

La ferveur régnait dans cette Kehilah renaissante. Les synagogues de la rue du Chaume et de la rue Saint Avoie étaient pleines.

Chaque samedi, la petite lampe s’allumait dans ces demeures pieuses. Pendant un an, quand mourut Mayer de Rothschild, on célébra l’office des morts tous les jours, soir et matin, dans la maison de Salomon Blücher, cousin de James, qui habitait modestement rue de l’Homme Armé.

Le Juif encombrant et bruyant d’aujourd’hui n’existait pas encore. Il n’était question alors ni d’insulter les chrétiens, ni de frayer avec les ducs. Autant, depuis 1870 surtout, affolés par le triomphe et s’imaginant déjà être complètement nos maîtres, ils ont été cyniques, grossièrement blasphémateurs, impitoyables persécuteurs, autant, sous la Restauration, ils prouvèrent qu’ils étaient capables de savoir attendre.

Il leur suffisait d’attendre, en effet. Étant donné le manque absolu de tout esprit élevé dans la bourgeoisie, il était visible qu’elle allait faire par basse envie ce que la noblesse avait fait par légèreté et par ignorance.

Le nombre des banquiers d’origine française était, à cette époque, assez restreint à Paris. « La France, a dit Toussenel, cette grande nation généreuse, est si répulsive par nature à l’ignoble trafic qui force l’homme à mentir, qu’il lui a fallu faire venir de Juda et de Genève d’infâmes mercenaires. »

En face des Rothschild, des Hope, des Baring, les Casimir Périer les Laffitte, les Ternaux, les Delessert, occupaient cependant, dans le monde financier, une situation considérable, réunis, ils auraient pu empêcher à jamais la banque juive, la banque allemande, de s’emparer des finances, d’introduire le vol sur le marché et de ruiner notre pays. Ils avaient été traités avec considération, comme ils le méritaient par leur probité, par cette royauté imprévoyante sans doute, aimant trop les Français pour soupçonner les haines que la Franc-maçonnerie attisait autour d’elle, mais si droite, si pure, si irréprochable au point de vue de l’honnêteté. Ils étaient en relations avec des ministres qui n’étaient point encore, comme ceux d’aujourd’hui, des faiseurs de coups de bourse et des lanceurs de mines sans minerai, mais des hommes irréprochables qui sortaient pauvres des affaires, en gardant souvent, pour tout patrimoine, un nom autour duquel ne s’élevait aucun soupçon.

Quelques mesquines rancunes, le désir ardent de jouer un rôle étouffèrent chez les banquiers tout patriotisme, ils commanditèrent l’opposition, ils renversèrent une royauté dont l’histoire sans doute peut juger sévèrement les faiblesses, mais qui était l’honneur même si on la compare aux gouvernements qui suivirent, qui assurait à notre nation le premier rang en Europe, qui personnifiait par tant de beaux côtés la grande et noble France des ancêtres, cette France dont le vieux roi avait mis les couleurs sur Alger conquise avant de partir pour l’exil.


Une affinité existe entre les d’Orléans et les Juifs. Tous deux adorent l’argent et ce culte commun les rapproche. Les Bourbons, vrais Aryens, ne se doutent point de ce que c’est que la valeur de l’argent, ils en empruntent quand ils n’en ont pas, quand ils en ont ils le donnent de préférence à leurs ennemis, ce en quoi ils diffèrent des Bonaparte, également généreux, mais qui aiment mieux donner à leurs amis, les d’Orléans savent ce que c’est que d’avoir, ils disent comme le poète : oportet habere.

Ces similitudes de tempérament expliquent le rôle prépondérant que joua la maison Rothschild sous la Monarchie de Juillet. En réalité Rothschild fut le premier ministre du règne et garda immuablement cette place sous des présidents de conseil changeants.

Avec le gouvernement de Louis-Philippe le règne du Juif commence. Sous la Restauration on pouvait à peu près connaître le nombre des Juifs. Les frais du culte étant à leur charge, tous étaient inscrits sur le rôle du Consistoire. En 1830, Rothschild fit abroger cette mesure et rendit tout recensement impossible, la religion de Moïse fut désormais salariée par l’État.

Comme le dit Toussenel : « il n’y avait plus de royauté en France et les Juifs la tenaient asservie. »

De ce règne des Juifs pendant dix-huit ans, un chef d’œuvre impérissable est sorti : Les Juifs rois de l’époque.

Pamphlet, étude philosophique et sociale, œuvre de poète, de penseur, de prophète, l’admirable livre de Toussenel est tout cela à la fois et ma seule ambition, je l’avoue, après de longues années de labeur littéraire, serait que mon livre pût prendre place près du sien dans la bibliothèque de ceux qui voudront se rendre compte des causes qui ont précipité dans la ruine et dans la honte notre glorieux et cher pays.

« C’est un raffiné et un délicat par-dessus tout, » m’écrivait un jour M. de Cherville, qui a des points de contact avec l’auteur de l’Esprit des bêtes, qui possède comme lui le sentiment de la nature silvaine, et mon correspondant s’étonnait, avec une naïveté qui m’étonne à mon tour, qu’un si merveilleux écrivain n’ait pas été de l’Académie, comme si un homme pouvait arriver à quelque chose quand il a toute une nation à ses trousses.

Toussenel était plus que cela, c’était un esprit que la contemplation de la Nature avait rendu profondément religieux et qui, s’il ne se fût pas perdu dans les utopies du Phalanstère, fût allé droit au Christ.

Il avait ce qu’ont eu les saints : l’amour et la haine, l’amour des pauvres, des souffrants, des humbles, la haine des coquins, des exploiteurs, des trafiquants de chair humaine.

En ce livre éloquent repasse tout le régime philippiste, plus décent d’apparence que notre République, au fond presque aussi pourri qu’elle. Tous les sâles marchandages sont là, le journal des Rothschild y est raconté dans ses cuisines malpropres et l’on y rencontre les Léon Say, les John Lemoine, les Aron, les Charmes, les Berger, les Raffalowich, les Jacquot du temps se faisant donner des candidatures officielles, des directions, des consulats, des concessions en menaçant toujours de refuser leur précaire appui, en se fâchant quand on propose de les payer non pas ce qu’ils s’estiment, mais ce qu’ils valent.

L’exploitation juive s’étale là dans tout son cynisme. On voit les ministres du roi dépensant, pour construire le chemin de fer du Nord, cent millions, somme énorme pour l’époque où l’on ignorait les gigantesques escroqueries israélites que nous avons pu admirer, puis on les entend, quand tout est fini et qu’il ne reste plus à l’Etat qu’à exploiter, offrir à Rothschild quarante ans d’exploitation pour une somme dérisoire.

Fould est là aussi, faisant concurrence à Rothschild, qui cause la mort de cent personnes par ses refus de renouveler une machine hors de service.

Ce Fould était le fils d’un décrotteur et la Biographie Alsacienne-Lorraine nous conte tout au long les curieuses origines de cette famille.

Dans le siècle dernier, dit-elle, vivait à Nancy, en grand seigneur et considéré, le banquier Cerfbeer de Medelsheim, syndic général des juifs d’Alsace et de Lorraine. Il était père de huit enfants dont quatre fils, auxquels il faisait donner une éducation large et libérale, mais qui, en véritables fils de famille, en profitaient peu et ne plaçaient leurs devoirs qu’après leurs plaisirs.

Au bas de la fenêtre du banquier se tenait un petit décrotteur juif, qui illustrait les souliers des personnes qui se rendaient chez le financier. Celui-ci remarqua cet enfant qui ramassait les papiers qu’on jetait à la rue, et s’exerçait avec un crayon à écrire et à compter. Charmé de cette application et peiné de la paresse de ses fils, il leur fit des reproches, leur cita l’exemple de ce pauvre petit orphelin abandonné, qui acquérait par lui-même l’instruction que des professeurs de toute sorte, expérimentés, chèrement payés, s’efforçaient en vain de leur donner. Puis ouvrant la fenêtre il appela le gagne-petit et lui dit : « Mets-toi là, mon enfant, tu es studieux, tu es sage, désormais tu partageras à cette table les exercices de mon fils, et espère que cela vous servira à tous. »

Ce qui fut dit fut fait, le jeune décrotteur fut installé dans l’hôtel du banquier et profita de l’instruction qu’il recevait si libéralement, devint valet de chambre, factotum de la maison, puis employé, puis caissier. Il épousa une des femmes de chambre de M. Cerfbeer de Medelsheim, et enfin voulut s’établir à son compte et fonda une maison de banque à Paris. Pour cela son bienfaiteur lui fit une avance de trente mille francs, mais ils ne suffirent pas et la nouvelle banque sombra. Une nouvelle somme de trente mille francs fut avancée, qui ne releva pas les affaires, enfin une troisième somme de pareille valeur fut apportée en poste au failli par Mme Alcan, petite-fille de Cerfbeer et nièce du général baron Wolff. Cette fois la fortune sourit aux efforts de Fould et ne le quitta plus. Il s’associa son fils Benoît, qui épousa une demoiselle Oppenheim, de Cologne, d’où la raison sociale Fould et Fould Oppenheim, longtemps connue. Ses autres fils furent Louis et Achille, l’ami et le ministre de Napoléon III, sa fille devint Mme Furtado.

Fould père est mort presque centenaire, il y a une trentaine d’années. Quant à la reconnaissance qu’il aurait dû vouer, lui et sa famille, à ses bienfaiteurs, il ne nous appartient pas d’en parler.

Dans le livre de Toussenel, la nouvelle féodalité juive est peinte de main de maître et, nous ne pouvons résister au plaisir de reproduire le terrible tableau qu’en trace l’illustre écrivain.

Montesquieu a oublié de définir la féodalité industrielle, c’est dommage. Il y avait sur ce sujet de piquantes révélations à attendre de la part du penseur spirituel qui a dit : « Les financiers soutiennent l’Etat, comme la corde soutient le pendu. » La féodalité industrielle, ou financière ou commerciale, ne repose ni sur l’honneur, ni sur les honneurs, comme la République et la Monarchie de Montesquieu. Elle a pour base le monopole commercial, oppresseur et anarchique, son caractère c’est la cupidité, cupidité insatiable, mère de l’astuce, de la mauvaise foi et des coalitions. Toutes ses institutions portent le cachet de l’accaparement, du mensonge et de l’iniquité.

Si le despotisme anarchique n’abat que les superbes et respecte les humbles, il n’en est pas ainsi du despotisme du coffre-fort.

Celui-ci envahit la chaumière du pauvre comme le palais des princes, tout aliment convient à sa voracité. Comme le mercure[2] subtil qui s’insinue par sa pesanteur et sa fluidité à travers tous les pores de la gangue pour s’emparer des plus minimes parcelles de métal précieux qu’elle renferme, comme le hideux ténia, dont les anneaux parasites suivent dans leurs circonvolutions tous les viscères du corps humain, ainsi le vampire mercantile fait courir ses suçoirs jusqu aux ramifications extrêmes de l’organisme social pour en pomper toute la substance et en soutirer tous les sucs.

Le ton, sous le régime de la féodalité d’argent, c’est l’égoïsme qui cherche vainement à se dissimuler sous le masque d’un philanthrope hypocrite.

Sa devise est : Chacun pour soi.

Les mots de patrie, de religion, de foi n’ont pas de sens pour ces hommes qui ont un écu à la place du cœur.

Une patrie, les marchands n’en ont pas !

« Ubi aurum, ibi patria. » La féodalité industrielle se personnifie dans le juif cosmopolite.

Une religion à la hollandaise foule aux pieds le Christ et lui crache à la face pour acquérir le droit de trafiquer avec le Japonais !

Nul mieux que Toussenel n’a signalé la conquête de tous les États chrétiens par le Juif.

Le Juif, écrit-il, a frappé tous les Etats d’une nouvelle hypothèque et d’une hypothèque que ces Etats ne rembourseront jamais avec leurs revenus. L’Europe est inféodée à la domination d’Israël, cette domination universelle que tant de conquérants ont rêvée, les juifs l’ont entre leurs mains, le Dieu de judas a tenu parole aux Prophètes et donné la victoire aux fils des Macabées. Jérusalem a imposé le tribut à tous les Etats, le produit le plus clair du travail de tous les travailleurs passe dans la bourse des Juifs sous le nom d’intérêts de la dette nationale.

Si les Juifs allemands représentés par Rothschild avaient si vite réussi à accaparer la majeure partie de la fortune publique, il convient de reconnaître qu’ils avaient été puissamment aidés par les Juifs portugais.

L’école Saint-simonienne qui se recruta en grande partie parmi les Juifs, sans exclure cependant les chrétiens d’origine, fut certes une des plus intéressantes tentatives de l’esprit humain.

Le Saint-simonisme fut un essai du Juif pour sortir de sa prison, qui n’était plus qu’un ghetto moral, pour devenir ce qu’Henri Heine appelait un Juif libéré. Sans se rallier au christianisme, le Juif tournait la difficulté en fondant une religion nouvelle.

Sans doute, là encore, la jouissance matérielle, la satisfaction de la vie présente, l’amour du bien-être, le culte de l’argent étaient les éléments dominants, mais une velléité d’organisation sociale apparaissait néanmoins. On ouvrait aux gens de grandes visions sur l’avenir, sans aucune exclusion, je le répète, on conviait tous les fils de la famille humaine à des festins magnifiques, on faisait miroiter devant eux des perspectives de terre promise. Une part même était réservée à ces nobles sentiments de l’âme, à ces principes de respect, de foi, de fraternité sans lesquels l’homme tombe au rang de l’animal.

Artistes, penseurs, écrivains, hommes â projets, les Saints Simoniens ne blasphémaient pas salement, ils n’outrageaient pas bassement ces belles idées qui ont civilisé le monde. En tout ils étaient la négation du Judaïsme que nous voyons à l’œuvre et que l’on peut appeler le Judaïsme franc-maçonnique ou le Judaïsme gambettiste. Les Saints Simoniens se proposaient de résoudre la question sociale, le Gambettiste déclare qu’il n’y a pas de question sociale pas plus qu’il n’y a de bon Dieu. Rien faire sur la terre quand on n’est point né coulissier, rien à espérer dans le ciel. Quand Gambetta ou ses successeurs. Ferry, Tirard, Paul Bert et ceux qui les entourent sont repus, les autres peuvent se brosser le ventre sans avoir le droit de chercher une Providence absente dans un firmament vide.

Le Saint-simonisme, en outre, était profondément artiste, il avait des musiciens comme David, des critiques comme Thoré, des écrivains comme Pierre Leroux, Jean Reynaud, Buchez, Émile Chevalier, Lerminier. Le Gambettiste, ainsi que l’a très justement expliqué Zola, avait et a encore, car il n’est pas tout à fait mort, la haine du boursier pour tout ce qui est la littérature et l’art, il ne peut montrer que des valets de plume comme Laurent ou des histrions comme Coquelin.

Capefigue a discerné, avec sa pénétration habituelle, les caractères qui différencient le Judaïsme fermé du Saint-simonisme que l’on pourrait appeler le Judaïsme ouvert.

L’esprit Saint-simonien et l’esprit judaïque, écrit-il, ont cette similitude que tous deux tendent à la spéculation, à la fortune, mais le Saint-simonisme se colore, se passionne, se poétise. Il fait de la théorie humanitaire sociale tandis que le judaïsme se borne à travailler, spéculer, gagner, l’un fait briller le ducat d’or, le met sous le prisme du soleil, l’autre se contente de le mettre dans sa bourse de cuir sans se laisser jamais éblouir par le faux éclat : Est-il de bon aloi ? voilà tout ce qu’il regarde, apprécie et ce qui le fait se déterminer.

Le propre des Juifs qui ont crucifié le vrai Messie est d’essayer d’en créer de faux. Ni Bazar, ni enfantin ne se trouvèrent à la hauteur du rôle. Les Saints Simoniens non juifs suivirent leurs chimères sur tous les chemins, les Saints Simoniens juifs, comme les Rodrigues et les Pereire, en revinrent vite à l’instinct de la race et se mirent à brasser des affaires.

Les Rothschild, spéculateurs peu spéculatifs de leur nature, s’étaient gardés, on le comprend, de suivre juifs de l’école Saint-simonienne dans leurs tentatives de régénérer le monde. Dans l’immense Paris des idées et des utopies, ils ont toujours été les mêmes que dans leur maison de bois à grillage épais de la Judengasse de Francfort, ils attendent qu’on frappe à la porte pour entrouvrir le judas et demander quel gage on apporte.

Le premier projet des frères Pereire, le chemin de fer de Saint-germain, ne leur avait guère souri, cependant, comme Jacob ne refuse rien à ses frères, ils aidèrent et commanditèrent un peu leurs anciens employés.

Quand le succès fut venu, ils trouvèrent qu’il y avait vraiment quelques bénéfices à réaliser dans cette voie. Seulement, à propos du chemin de fer du Nord, ils prièrent les Pereire de ne s’occuper en rien des détails d’organisation,

Lorsque tout fut fini, quand la France eut dépensé cent millions pour faire cadeau aux Rothschild d’un chemin de fer tout neuf, James fit venir les Pereire et leur tint à peu près ce discours :

« Comme vous vous rendez peu compte de la mission de chaque race ! L’Aryen doit inventer, trouver la vapeur, par exemple, et mourir ensuite de faim dans un grenier, il doit, en outre, sous la forme de contribuables, plus ou moins nombreux, dépenser un certain nombre de millions pour ouvrir le réseau. Alors, mais alors seulement, nous autres Sémites intervenons pour palper les dividendes. Voilà comment on travaille avec le goy. N’est-il pas écrit dans le Talmud que le Juif est un homme et que ceux qui ne sont pas Juifs sont de la semence de bétail ? Le Deutéronome, au verset 11, chapitre vi, ne dit-il pas : Jéhovah, ton Dieu, te donnera des maisons pleines de tous biens que tu n’as pas bâties ? Souvenez-vous de cette leçon par amour de moi et louez le Saint Béni d’être Juifs comme moi sans quoi vous n’auriez pas un sou des sommes qui vous reviennent et que je vais m’empresser de vous verser. »

Les Pereire comprirent alors que le moment ne serait pas venu de rompre avec le Dieu de Moïse, ils se rapprochèrent Davantage de leurs coréligionnaires, mais néanmoins gardèrent dans le Judaïsme, une figure distincte et à part.

Isaac Pereire était un homme d’une haute valeur. Avec sa belle tête de patriarche, ses manières souples et dignes à la fois, il avait l’air vraiment d’un descendant de David. Les mains seules, rapaces et crochues, trahissaient la race.

Par une gaie matinée d’avril je revois encore ce grand vieillard dans ce magnifique hôtel de la rue Saint-Honoré. Devant le cabinet de travail s’étendait une large terrasse ornée de bustes, puis, après avoir descendu quelques marches de marbre, on pénétrait dans ce splendide jardin qui va jusqu’à l’avenue Gabriel et qui exerçait, sur le visiteur sortant de la rue boueuse et maussade, cette attraction particulière aux parcs urbains qu’on découvre entre deux maisons.

Sur un fauteuil, près de la table, était un adorable Pater acheté à une vente la veille. Comme j’examinais cette toile pimpante et fraîche où des gardes françaises, en sablant le champagne, lutinaient de bon cœur des soubrettes peu rebelles et des comédiennes peu farouches, le vieillard me dit de sa voix très chantante et très douce : Est-ce joli ?

Si c’était joli, lui ne le savait plus. Les yeux étaient presque complètement éteints et, pour demander une jouissance dernière à l’art qu’il avait sincèrement aimé, le possesseur de tant de merveilles passait la main pour deviner les contours sur les statues qui décoraient son parc.

Une noble vision de sérénité et de grandeur me venait à l’âme dans ce décor imposant, et considérez cependant ce que c’est que l’association des idées. Tandis que les oiseaux, mis en joie par les premiers sourires du printemps, gazouillaient dans les arbres du jardin, un souvenir obstiné me venait du bottier de mon père. Il habitait un logement haut perché dans une maison triste, sans air, fétide, de la rue Quincampoix. Un jour, ma mère m’emmena avec elle pour savoir pourquoi on n’apportait pas une paire de bottes promise depuis longtemps. Quand nous arrivâmes, dans l’escalier noir, un escalier affreux à la rampe humide que je sens toujours, tant sont vivaces les impressions enfantines, suinter sous mes doigts, tout un monde de commères, de voisins, d’ouvriers commentait la lamentable histoire du malheureux. Avec les économies de toute sa vie, il avait, par l’entremise d’un changeur juif, acheté des actions du Crédit mobilier à l’insu de sa femme, il avait tout perdu et il s’était pendu avec les cordons de son tablier de travail.

Ces menus détails ne troublaient point, je suppose, Isaac Pereire, il était fidèle cependant aux théories humanitaires de sa jeunesse, après avoir commencé par faire son bonheur à lui, il rêvait de faire le bonheur du monde entier.

Volontiers il plaçait dans la conversation le fameux aphorisme :

« Toutes les institutions sociales doivent avoir pour but l’amélioration du sort moral, intellectuel et physique de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre. »

Notez que le Saint-simonisme n’a amélioré ce sort en aucune façon, tout au contraire. Le pauvre chauffeur qui, nuit et jour debout sur sa locomotive, exposé au froid, à la chaleur, le visage fouetté par la neige et par le vent, contracte une de ces terribles maladies que la science demeure impuissante à guérir, est bien inférieur, au point de vue physique et moral, au bon villageois qui vivait paisible dans un coin de la vieille France, ne travaillait pas au delà de ses forces et s’endormait dans la mort avec l’espérance de jouir des béatitudes éternelles.

Il en est de même de la devise célèbre : « A chacun selon sa capacité, à chaque capacité selon ses œuvres. » Que de bas coulissiers juifs, de Francfort ou de Cologne, venus en France à la suite des Rothschild, et qui n’ont ni capacité, ni œuvres bonnes ou mauvaises, possèdent le superflu, tandis les des hommes, qui ont de la capacité et qui ont produit des œuvres, manquent du nécessaire !

Aucune de ces doctrines ne résiste à l’examen, et comme tant d’autres, Isaac Pereire prêchait toujours la participation sans avoir jamais fait participer à rien ceux qui l’entouraient.

Profitons de la circonstance pour faire remarquer le côté blagueur de tous ces prétendus apôtres du Progrès. Voilà, par exemple, un homme comme Isaac Pereire, qui a toute sa vie chanté l’association, la coopération, comment n’a-t il pas eu l’idée de dire : « Tiens, j’ai été journaliste et besogneux dans ma jeunesse, le journal la Liberté n’est qu’une épingle dans une pelote de cinquante millions, je vais en laisser la propriété à tous mes rédacteurs qui s’associeront pour l’exploiter en commun, il y aura là un essai intéressant. »

Ces chercheurs apparents de solutions sociales sont à mille lieues de telles conceptions. Il sont moins avancés, au point de vue du dévouement à leurs semblables, que les Romains de la décadence qui non seulement, ainsi qu’en témoignent d’innombrables inscriptions, affranchissaient leurs esclaves, avant d’expirer, mais leur laissaient de quoi vivre tranquilles. « Après ma mort, dit Trimalcion lui-même, je veux que mes esclaves boivent de l’eau libre. »

Les Pereire cependant sont relativement de braves gens. Ils vivent fort simplement et n’ont même pas, je crois, de loge à l’Opéra, ils font du bien, modérément, mais ils en font et ils le font sans bruit, de famille infiniment plus honorable et plus française que les Rothschild, ils n’ont point, comme ces échappés de ghetto, la fureur de se mettre sans cesse en avant, la grossière impudence de venir écraser de leur faste insolent des familles dont le nom est glorieusement mêlé à notre histoire. Cette attitude leur attire la considération, et, sous le rapport mondain, ils sont aussi respectés que les Rothschild, avec leurs prétentions ridicules, sont honnis, bafoués et méprisés de ceux mêmes qui les fréquentent.


Avec les idées qu’ils remuèrent, les Pereire rendirent au Judaïsme, sous le gouvernement de Louis-Philippe, l’immense service de faire sortir les Juifs de leur isolement, de les mêler de plus près à la collectivité, de bien mettre sur l’horizon la silhouette du Juif humanitaire servant en apparence la cause de la civilisation.

A la vieille usure les Rothschild avaient substitué les emprunts d’Etat, les Pereire créèrent tout un système financier nouveau, bienfaits du crédit, roulement incessant de l’argent, circulation des capitaux, ils enveloppèrent le tout d’un simulacre de philosophie et d’un soupçon de littérature : rapprochement des peuples, amélioration, suppression du paupérisme….

Sans doute les Pereire eux-mêmes n’auraient pas trouvé cela tout seuls. A leurs intimes ils montraient le crâne de Saint-Simon qu’ils avaient pieusement gardé dans leur demeure, on peut dire que ce crâne était un emblème. De ce malheureux crâne vidé, gratté, curé, raclé par les deux frères, étaient sorties toutes les idées de Crédit foncier et de Crédit mobilier, toutes les étiquettes de sociétés qui ont enrichi Israél au XIXe siècle.

Le mérite des banquiers de la rue Saint-honoré fut de voir ce qu’on pouvait tirer de ce thème. Ils fournirent ainsi aux Juifs allemands cette petite histoire, ce romanacero pacifique ou guerrier qu’il faut toujours raconter à l’Aryen pendant qu’on lui prend son magot, la musique nécessaire pour accompagner l’extraction des molaires.

Cette mise en scène n’était pas inutile.

L’envahissement du Juif, en effet, subi docilement aujourd’hui, soulevait alors de violentes protestations.

L’école romantique, qui avait ressuscité littérairement l’ancienne France, redressé beaucoup d’idées fausses, reconstitué avec leur couleur et leur relief les mœurs d’autrefois et l’existence des générations disparues, avait pu se rendre compte, dans son étude du passé, des raisons qui justifiaient la répulsion de nos aïeux pour le Juif.

Dans Victor Hugo, l’épithète d’immonde est presque toujours accolée au nom du Juif.

La société française protestait énergiquement contre l’ennemi qui allait la détruire par la ruse. Tout Paris, révolté par le luxe de mauvais goût que commerçait à afficher Nucingen, battait frénétiquement des mains à la scène de Marie Tudor, où Fabiani-Delafosse disait à Lockroy Gilbert : « Ils sont tous ainsi, ces Juifs. Le mensonge et le vol c’est tout le Juif. »

A l’inauguration du chemin de fer du Nord quelques fanatiques essayèrent de crier : « Vive Rothschild ! Mais aussitôt des sifflets et des huées se firent entendre. A Versailles, la foule s’amassait, en éclatant de rire, devant la Smalah d’Abdel-Kader où Vernet avait représenté Fould sous les traits d’un Juif s’enfuyant avec la cassette.

En ce temps-là on osait ce que personne n’oserait maintenant. On attaquait ouvertement Rothschild, on publiait et on vendait à 75, 000 exemplaires des brochures amusantes et spirituelles qui contiennent d’étonnants détails sur les tripotages de la Juiverie.

Cela s’appelait : Histoire édifiante et curieuse de Rothschild le roi des Juifs, — Rothschild Ier, ses valets et son peuple, guerre aux fripons, etc., et faisait la joie d’un Paris encore indépendant. Les Etrennes à Rothschild, Almanach des mille et un, avaient le même succès.

Il faut mentionner encore dans cet ordre une piquante brochure, parue en 1846, dont toutes les prédictions se sont réalisées et qui semble raconter des événements d’aujourd’hui. Elle avait pour titre : Grand Procès entre Rothschild 1er, roi des Juifs, et Satan, dernier roi des imposteurs : arrêt rendu sur le réquisitoire de Junius, rapporteur général. A la première page, on lisait : Arrêt donné au Forum en faveur de J. Rothschild, se disant roi des Juifs, ci-devant huissier des cours d’Europe, fermier général des travaux publics de France, d’Allemagne, d’Angleterre, etc., etc., suzerain de l’escompte, de l’usure, du prêt sur gages, de l’agiotage, etc., financier, industriel, décoré de l’ordre du Christ, de l’ordre de la Légion d’honneur, etc., etc.

Pour le maintien des privilèges légitimes, monopoles, omnipotence universelle de la maison Rothschild et en particulier dudit James Rothschild Ier.

Dès 1835, avait paru un ouvrage d’un nommé Renault Becourt, dont nous n’avons pu rencontrer que le prospectus, car les Juifs font disparaître tous les livres où ils sont jugés un peu sévèrement.

L’ouvrage était intitulé : Conspiration universelle du Judaïsme, entièrement dévoilée, dédiée à tous les souverains d’Europe, à leurs ministres, aux hommes d’Etat et généralement à toutes les classes de la société menacée de ces perfides projets.

L’auteur signalait déjà l’envahissement progressif qui a pris depuis quinze ans de si formidables proportions.

Depuis l’affranchissement des Juifs de France, disait-il, leur nombre s’est tellement accru que, dans les villes de province où l’on en comptait à peine quelques centaines, ils sont présentement comptés par milliers. De quoi ne se sont pas emparé leurs vues usuraires ? Dans quel genre de commerce n’ont-il pas par leurs ruses sourdes et savamment combinées fait échouer une foule de négociants respectables ? Demandez aux malheureux qui jouissaient, autrefois d’une fortune suffisante oû sont passés leurs biens.

Il est certain que le bien des Français qui, de riches sont devenus pauvres, a dû passer quelque part. Les juifs n’étant pas, que je sache, arrivés couverts d’or du fond de l’Allemagne, il est évident, en dépit de tous les nouveaux systèmes d’économie politique, qu’ils ont dû prendre où elles étaient les richesses dont ils s’enorgueillissent.

Les Juifs, qui ont maintenant à eux la presse presque entière, sauf quelques rares exceptions, n’avaient encore acheté que la Presse, les Débats, le Constitutionnelet le Siècle, qui refusèrent les annonces des brochures désagréables à Rothschild.

Les journaux indépendants de tous les partis, la Réforme, le National, la Démocratie pacifique, le Corsaire Satan, l’Univers, la Quotidienne, la France, rédigés par des plumes vaillantes et françaises, accablaient, de leurs mordantes épigrammes, de leurs révélations indignées, ces Turcarets gonflés d’écus. C’est en vain que les Archives israélites prenaient le ciel à témoin des vertus d’Israël, la terre répondait en racontant ses méfaits.

Au mois de juillet 1845, un esprit charmant, un peu tourné vers l’étrange, mais d’une originalité exquise, Pétrus Borel, écrivait un véritable chef-d’œuvre dans le Journal du Commerce, à propos d’une représentation donnée à grand renfort de réclames, par Rachel et la tribu des Félix, il traitait de haut en bas, avec une fine insolence de lettré, dont la plume laisse des bleus sur la peau comme une cravache de gentilhomme toute cette bande de bohémiens et de chanteurs des rues, qui avait fini par prendre le haut du pavé à Paris.

« Le Juif est de plus en plus envahissant, écrivait-il, sans se douter à quel point il était prophète, dans l’art comme dans la cité, le temps n’est pas loin oû cette race jadis proscrite et brûlée nous aura tellement décimés et soumis que nos villes n’auront plus que dans un petit coin de leurs faubourgs une chrétiennerie où seront relégués dans l’opprobre et dans la misère les restes des derniers chrétiens, comme au moyen age elles avaient chacune une juiverie où pourrissaient les derniers débris de la Judée.

Pauvre malheureux ! Les Juifs, selon leur coutume, le poursuivirent toute la vie, ils le traquèrent comme une bête fauve, il était déjà agonisant lorsqu’ils parvinrent à lui arracher le petit emploi qu’il occupait en Algérie, où il s’était réfugié pour les fuir. Grâce à leurs intrigues, Pétrus Borel, le grand écrivain, mourut d’inanition !

Il y eut là, encore une fois, un mouvement très curieux de défense contre le Sémitisme, sur lequel la place nous manque pour insister comme il conviendrait. Quelqu’un se trouvera, sans nul doute, pour consacrer à ce sujet un chapitre qui sera instructif et pour lequel des renseignements nouveaux seront fournis, cette question, en effet, qui sommeille depuis près de trente ans, ne fait que de rentrer dans la discussion, l’accaparement de tous les journaux par les Juifs l’empêche même de se développer.

Les historiens du XIXe siècle reviendront sur tout cela comme on revient sans cesse sur certains épisodes oubliés ou mal connus du xviiie et du XVIIIe siècle. Quand on étudiera ce point, la plupart des journalistes du règne de Louis Philippe, à quelque opinion qu’ils appartiennent, apparaîtront dans un très beau rôle, très prévoyants, très perspicaces, très politiques, absolument dédaigneux de l’argent que les députés et les hommes d’Etat acceptaient sans honte des Rothschild et des Fould.

Le duc d’Orléans était très frappé aussi de cette invasion d’un nouveau genre et se proposait d’y mettre ordre. Ce prince, si facile d’abord, si affable pour tous et qui traitait les artistes en camarades, ne voulut jamais recevoir Rothschild à sa table. En 1842, quand le baron manifesta le désir d’assister aux courses de Chantilly, le duc d’Orléans refusa de l’admettre dans sa tribune.

Un passage très significatif de l’éloquent auteur des Juif Rois de l’époque, nous montre quels étaient les sentiments du Prince royal sur ce point[3].

Sire, le Prince royal, votre fils bien-aimé, gémissait amèrement des empiétements de cette puissance insatiable des juifs, de ces Juifs, disait-il, qui violentent le pouvoir, écrasent le pays, et font remonter vers le trône innocent les malédictions du travailleur obéré.

Il songeait, dans ses rêves de royauté future, à s’affranchir d’un honteux vasselage, à briser cette nouvelle féodalité si pesante pour les rois et pour les peuples, mais il ne se dissimulait pas les périls de la lutte. Peut-être la royauté succombera-t-elle en cette lutte, disait-il un jour à l’un de nous, car ces banquiers se feront longtemps encore, contre le roi, une arme de l’ignorance de ce même peuple que le roi aura voulu servir ils irriteront ses souffrances par leur presse menteuse, ils videront de nouveau leurs ateliers sur la place publique, ils lanceront contre le palais leurs serfs inoccupés, et pour endormir la fureur de ce peuple, après qu’ils l’auront déchaînée, ils lui jetteront à dévorer une royauté de plus. Je sais que de rudes éventualités nous attendent, mais il n’y a déjà plus à reculer devant les dangers de la guerre, car les dangers de la paix sont plus imminents encore… Il faut que, sans plus tarder, la royauté d’aujourd’hui reprenne le peuple aux Juifs, sinon ce gouvernement périra par ses Juifs.

Le comte de Paris connaissait-il ces nobles paroles lorsqu’il y a quelque temps encore, il s’asseyait avec sa famille à la table de Rothschild, lorsque sa fille faisait ses premiers pas dans le monde à Ferrières ? Quel début pour une fille de France !



  1. Voir à ce sujet le livre de Capefigue : Histoire des Grandes Opérations financières que l’avenir, plus juste que le présent, mettra parmi les rares œuvres de ce temps destinées à survivre. Consulter aussi un ouvrage financier signé Auguste Chirac : La Haute Banque et les révolutions. L’auteur n’a guère fait d’ailleurs que démarquer Capefigue. La seule partie intéressante de son livre est celle qui touche aux financiers contemporains, sur lesquels il donne de curieuses indications.
  2. On remarquera, cette fois encore, que Toussenel le phalanstérien se rencontre dans l’expression même avec les marchands parisiens du XVIIIe siècle, dont nous avons reproduit en partie la Requête.
  3. L’héroïque Prince Impérial que le Franc-maçon Carrel fit tomber dans une embuscade et assassiner au Zoulouland, avait exactement les mêmes sentiments, et nous pouvons affirmer qu’on en trouvera trace dans le projet de constitution et les travaux politiques émanant de lui, qui seront publiés quelque jour. Tout en se montrant opposé à toute idée de persécution religieuse, le jeune Prince affirmait hautement la nécessité de protéger le travailleur contre l’exploitation juive, de défendre l’épargne contre les manœuvres des financiers.