La Grande Révolution/LXII

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P.-V. Stock (p. 667-679).


LXII

INSTRUCTION. — SYSTÈME MÉTRIQUE. —
NOUVEAU CALENDRIER. —
TENTATIVES ANTI-RELIGIEUSES.


Au milieu de toutes ces luttes, les révolutionnaires ne perdaient pas de vue la grande question de l’instruction publique. Ils essayaient d’en jeter les fondements, sur des bases égalitaires. Un immense travail fut fait dans cette direction, comme on peut s’en assurer d’après les documents du Comité d’instruction publique, récemment publiés[1]. On lut à la Convention l’admirable rapport de Michel Lepeletier sur l’instruction, trouvé après sa mort, et la Convention adopta une série de mesures pour l’instruction à trois degrés : les écoles primaires, les écoles centrales et les écoles spéciales.

Cependant le plus beau monument intellectuel de cette époque de la Révolution fut le système métrique. Ce système faisait bien plus que d’introduire dans les subdivisions des mesures linéaires, de surface, de volume et de poids, le système décimal qui est la base de notre numération — ce qui était déjà beaucoup pour simplifier l’enseignement des mathématiques et développer l’esprit mathématique. Il donnait en outre à la mesure fondamentale, le mètre, une longueur qui pourrait toujours être retrouvée avec beaucoup d’approximation, d’après les dimensions de la terre, — ce qui ouvrait de nouveaux horizons pour la pensée. En outre, en établissant des rapports simples entre les unités de longueur, de surface, de volume, et de poids, — le système métrique préparait, en y habituant l’esprit, la grande et géniale victoire des sciences au dix-neuvième siècle, — l’affirmation de l’unité des forces physiques, de l’unité de la Nature.

Le nouveau calendrier républicain en fut la conséquence nécessaire. Il fut adopté par la Convention, sur deux rapports de Romme, lus les 20 septembre et 5 octobre, et un autre rapport, de Fabre d’Églantine, lu le 24 novembre 1793[2]. Il inaugurait dans le compte des années, une nouvelle ère, qui commençait par la proclamation de la République en France, le 22 septembre, 1792 (c’était aussi l’équinoxe d’automne), et il abandonnait la semaine chrétienne. Le dimanche disparaissait, — le jour férié devenait le décadi[3].

Cette décision de la Convention, qui rayait de notre vie le calendrier chrétien, enhardit nécessairement ceux qui voyaient dans l’Église chrétienne et ses desservants l’appui le plus solide de la servitude. L’expérience que l’on avait faite avec le clergé assermenté avait démontré l’impossibilité de gagner le clergé à la cause du progrès. Aussi l’idée de supprimer le budget des cultes et de laisser aux croyants le soin d’entretenir eux-mêmes les ministres de leurs cultes, se posa nécessairement. Cambon la porta à la Convention dès novembre 1792. Mais à trois reprises. la Convention décida de maintenir l’Église nationale, soumise à l’État, — tout en sévissant contre les prêtres réfractaires.

Contre ceux-ci on fit des lois très sévères : la déportation pour les insermentés et, depuis le 18 mars 1793, la mort pour ceux qui seraient compromis dans les troubles à propos du recrutement ou qui, devant être déportés, seraient saisis sur le territoire de la République. Au 21 octobre 1793, on décréta des lois encore plus expéditives, et la déportation fut appliquée aussi aux prêtres constitutionnels, assermentés, s’ils étaient accusés d’incivisme par six citoyens de leur canton. C’est qu’on se persuadait de plus en plus que les jureurs étaient souvent tout aussi dangereux que les non-jureurs ou papistes.

Les premières tentatives de « déchristianisation » furent faites à Abbeville et à Nevers[4]. Le conventionnel Pouché qui se trouvait en mission à Nevers, et qui agissait sans doute de concert et peut-être sous l’influence de Chaumette, qu’il rencontra dans cette ville, déclarait, le 26 septembre 1793, la guerre « aux cultes superstitieux et hypocrites », pour leur substituer « celui de la république et la morale naturelle[5] ». Quelques jours après l’acceptation du nouveau calendrier il prit (le 10 octobre), un nouvel arrêté, d’après lequel les cérémonies des cultes ne pourraient être exercées qu’à l’intérieur de leurs temples respectifs ; toutes « les enseignes religieuses qui se trouvent sur les routes », etc., seraient anéanties, les prêtres n’oseraient plus paraître dans leurs costumes, ailleurs que dans leurs temples, et enfin les enterrements se feraient sans aucune cérémonie religieuse, dans des champs plantés d’arbres « sous l’ombre desquels s’élèvera une statue représentant le Sommeil. Tous les autres signes seront détruits », et « on lira sur la porte de ce champ, consacré par un respect religieux aux mânes des morts, cette inscription : La mort est un sommeil éternel ». Il expliquait aussi le sens de ces décrets à la population par des discours matérialistes.

En même temps, Laignelot, un autre conventionnel en mission, transformait à Rochefort l’église paroissiale en Temple de la Vérité, où huit prêtres catholiques et un ministre protestant vinrent se « déprêtriser », le 31 octobre 1793.

Le 14 octobre, sous l’influence de Chaumette, l’exercice extérieur du culte était prohibé à Paris, et le 16, l’arrêté de Fouché sur les enterrements était adopté en principe par la Commune.

Que ce mouvement ne fût nullement une surprise, et qu’il eût été préparé dans les esprits par la Révolution même et ses prédécesseurs, c’est évident. Maintenant, enhardie par les actes de la Convention, la province se lançait dans la « déchristianisation ». Sur l’initiative du bourg Ris-Orangis, toute la région de Corbeil renonçait au christianisme, et recevait bon accueil à la Convention lorsque ses députés vinrent le lui signaler, le 30 octobre.

Six jours après, des députés de la commune de Mennecy se présentèrent à la Convention, revêtus de chapes. Il reçurent aussi bon accueil, et la Convention reconnut le « droit qu’ont tous les citoyens d’adopter le culte qui leur convient et de supprimer les cérémonies qui leur déplaisent ». Une députation du département de Seine-et-Oise qui demandait que l’évêque de Versailles, récemment mort, ne fût pas remplacé, fut aussi reçue avec mention honorable.

La Convention encourageait ainsi le mouvement contre le christianisme, — non seulement par l’accueil qu’elle faisait à la déchristianisation, mais aussi par la destination qu’elle donnait aux dépouilles des églises — y compris la châsse de Sainte-Geneviève dont elle ordonnait le transfert à la Monnaie[6].

Alors, profitant probablement de cette attitude du gouvernement, Anacharsis Cloots et Chaumette firent encore un pas en avant.

Cloots, baron prussien, qui avait embrassé de tout cœur la Révolution et qui prêchait avec courage et beaucoup de sentiment l’Internationale des peuples, et le procureur de la Commune, Chaumette, ce vrai représentant de l’esprit ouvrier parisien, décidèrent l’évêque de Paris, Gobel, à abandonner ses fonctions ecclésiastiques. Ayant reçu l’approbation du conseil épiscopal, et après avoir annoncé sa démission au Département et à la Commune, Gobel vint en pompe, le 17 brumaire (7 novembre 1793), à la Convention, accompagné de onze de ses vicaires et suivi du maire Pache, du procureur Chaumette et de deux membres du Département, Momoro et Lullier, déposer ses attributs et ses titres.

Il tint un langage très digne en cette occasion. Toujours attaché « aux principes éternels de l’égalité, de la morale, bases nécessaires de toute constitution vraiment républicaine », il obéissait à la voix du peuple et renonçait à exercer « les fonctions de ministre du culte catholique ». Déposant sa croix et son anneau, il se coiffa du bonnet rouge que lui tendit un des membres.

Alors un enthousiasme que l’on ne peut comparer qu’à celui de la nuit du 4 août, s’empara de l’Assemblée. Deux autres évêques, Thomas Lindet et Gay-Vernon, ainsi que d’autres membres ecclésiastiques de la Convention, se précipitèrent à la tribune pour suivre l’exemple de Gobel. L’abbé Grégoire refusa de se joindre à eux. Quant à Sieyès, il vint déclarer, que depuis un grand nombre d’années il avait déposé tout caractère ecclésiastique, qu’il n’avait d’autre culte que celui de la liberté et de l’égalité, et que ses vœux appelaient depuis longtemps le triomphe de la raison sur la superstition et le fanatisme. L’effet de cette scène à la Convention fut formidable. Toute la France, toutes les nations voisines l’apprirent. Et partout, dans les classes gouvernantes, ce fut une explosion de haines contre la République.

En France, le mouvement se répandit rapidement dans les provinces. En quelques jours, plusieurs évêques et un grand nombre de prêtres avaient déposé leurs titres, et ces abdications donnaient lieu parfois à des scènes émouvantes. C’est touchant, en effet, de lire, par exemple, la description suivante de l’abdication des prêtres à Bourges, que je trouve dans une brochure locale de l’époque[7].

Après avoir mentionné un curé, J. Baptiste Patin, et Julien-de-Dieu, bénédictin, qui viennent déposer leurs attributs ecclésiastiques, l’auteur continue : « Privat, Brisson, Patrou, Rouen et Champion, ex-vicaires métropolitains, ne furent pas les derniers à descendre dans l’arène ; Eupic et Calende, Dumantier, Veyreton, ex-bénédictins, Ranchon, Collardot descendent après eux ; l’ex-chamoine Désormaux et Dubois, son confrère, courbés sous le poids des années, les suivent à pas lent, lorsque Lefranc s’écrie : « Brûlez, brûlez nos lettres de prêtrise, et que le souvenir de notre état passé disparaisse dans les flammes qui doivent les consumer. Je dépose sur l’autel de la patrie cette médaille d’argent ; elle représente le dernier des tyrans que l’ambition intéressée du clergé appelait très chrétien ». On brûle tous les diplômes des prêtres sur un bûcher, et mille cris s’élèvent dans les airs : « Périsse à jamais la mémoire des prêtres ! périsse à jamais la superstition chrétienne ! Vive la religion sublime de la nature ! » Après quoi vient l’énumération des dons patriotiques. Elle est touchante. Les dons en linge et en boucles d’argent des souliers sont très nombreux. Les patriotes et les « frères » sont pauvres : ils donnent ce qu’ils ont.

En général le sentiment anti-catholique, dans lequel une « religion de la Nature », se confondait avec l’entrain patriotique, semble avoir été bien plus profond qu’on n’aurait pu le supposer sans avoir consulté les documents de l’époque. La Révolution faisait penser, et donnait de l’audace à la pensée.

Entre temps, à Paris, le Département et la Commune décidèrent de célébrer le décadi suivant, 20 brumaire (10 novembre), à Notre-Dame même, et d’y organiser une Fête de la Liberté et de la Raison, pendant laquelle on chanterait des hymnes patriotiques devant la statue de la Liberté. Cloots, Momoro, Hébert, Chaumette firent une propagande active dans les sociétés populaires, et la fête réussit parfaitement. Cette fête fut si souvent décrite que nous ne nous arrêterons pas à ses détails. Il faut remarquer cependant qu’on préféra un être vivant à une statue pour figurer la Liberté, parce que « une statue, disait Chaumette, eût été encore un pas vers l’idolâtrie ». Comme l’avait déjà fait remarquer Michelet (liv. XIV, ch. III), les fondateurs du nouveau culte recommandaient «de choisir, pour remplir un rôle si auguste, des personnes dont le caractère rende la beauté respectable, dont la sévérité de mœurs et de regards repousse la licence ». Loin d’être une cérémonie gouailleuse, la fête fut plutôt une « chaste cérémonie, triste, sèche, ennuyeuse », dit Michelet, qui était, on le sait, très sympathique à la déchristianisation de 1793. Mais la Révolution, dit-il, était déjà « vieille et lasse, trop vieille pour enfanter ». L’essai de 1793 ne sortait pas du sein brûlant de la Révolution, « mais des écoles raisonneuses des temps de l’Encyclopédie ». En effet, il ressemblait à s’y méprendre au mouvement moderne des Sociétés éthiques (Ethical societies), qui restent aussi en dehors des masses du peuple.

Ce qui nous frappe surtout aujourd’hui, c’est que la Convention, malgré les demandes qui lui venaient de divers côtés, refusait d’aborder la grande question : l’abolition du traitement des prêtres. Par contre, la Commune de Paris et les sections pratiquèrent ouvertement la déchristianisation. Dans chaque section, une église, au moins, fut consacrée au culte de la Raison. Le conseil général de la Commune risqua même de brusquer les événements. En réponse au discours religieux de Robespierre, du 1er frimaire (voyez plus loin), il prit, le 3 frimaire (23 novembre), sous l’influence de Chaumette, un arrêté qui ordonnait de fermer à Paris, sur le champ, toutes les églises ou temples de toutes religions, rendait les prêtres responsables individuellement des troubles religieux, invitait les Comités révolutionnaires à surveiller les prêtres, et décidait de prier la Convention d’exclure les prêtres de toute espèce de fonction publique. On établissait en même temps un « cours de morale », pour préparer les prédicateurs de nouveau culte ; on décidait d’abattre les clochers, et dans diverses sections on organisait des fêtes de la Raison, pendant lesquelles on se moquait du culte catholique. Une section brûla les missels, et Hébert brûlait des reliques à la Commune.

En province, dit M. Aulard, presque toutes les villes, surtout dans le Sud-Ouest, parurent se rallier au nouveau culte rationaliste.

Cependant le gouvernement, c’est-à-dire le Comité de salut public, fit dès le début une sourde opposition à ce mouvement. Robespierre s’y opposa nettement, et lorsque Cloots vint lui parler avec enthousiasme de l’abdication de Gobel, il lui signifia brusquement son hostilité, en demandant ce qu’en diraient les Belges, dont Cloots voulait l’union avec la France.

Il se tut cependant durant quelques jours. Mais le 20 novembre Danton rentrait à Paris, après un long séjour à Arcis-sur-Aube, où il s’était retiré avec sa jeune femme, qu’il avait épousée, à l’église, immédiatement après la mort de sa première femme. Et le lendemain, 1er frimaire (21 novembre), Robespierre prononçait au club des Jacobins un premier discours, très violent, contre le culte de la Raison. La Convention, disait-il, ne ferait jamais cette démarche téméraire, de proscrire le culte catholique. Elle maintiendra la liberté des cultes et ne permettra pas qu’on persécute les ministres paisibles du culte. Puis il indiquait que l’idée d’un « grand Être qui veille sur l’innocence opprimée et qui punit le crime » était toute populaire, et il traitait les déchristianisateurs de traîtres, d’agents des ennemis de la France, qui voulaient repousser ceux des étrangers que la morale et l’intérêt commun attiraient vers la République !

Cinq jours plus tard, Danton parlait à peu près dans le même sens à la Convention, en attaquant les mascarades anti-religieuses. Il demandait qu’on y fixât une limite.

Qu’est-ce qui était arrivé pendant ces quelques jours pour rapprocher ainsi Robespierre et Danton ? Quelles nouvelles combinaisons, diplomatiques ou autres, s’offraient à ce moment, qui appelèrent Danton à Paris et l’incitèrent à se mettre en travers du mouvement déchristianisateur, lui, un vrai fils de Diderot, qui ne manqua pas d’affirmer son athéisme matérialiste jusqu’au pied même de l’échafaud ? Cette tactique de Danton est d’autant plus frappante que pendant la première moitié du mois de frimaire, la Convention ne cessa pas de voir les déchristianisateurs d’un œil favorable[8]. Le 14 frimaire (4 décembre), le robespierriste Couthon apportait encore des reliques à la tribune de la Convention et s’en moquait.

On est donc à se demander si Robespierre ne profitait pas de quelque nouvelle tournure prise par les pourparlers avec l’Angleterre, pour influencer Danton et donner libre expression à ses idées sur la religion, qui était toujours restée chère à ce déiste, disciple de Rousseau.

Vers le milieu du mois, Robespierre, fort de l’appui de Danton, se décida à agir, et le 10 frimaire (6 décembre) le Comité de salut public vint demander à la Convention un décret sur la liberté des cultes, dont le premier article défendait « toutes violences et mesures contraires à la liberté des cultes ». Cette mesure était-elle dictée par la peur de voir les campagnes se soulever, car dans les campagnes la fermeture des églises fut généralement très mal reçue[9] — toujours est-il que dès ce jour le catholicisme triomphait. Le gouvernement robespierriste le prenait sous sa protection. Il redevenait religion d’État[10].

Plus tard, au printemps, on alla plus loin. On essaya d’opposer au culte de la Raison, un nouveau culte, celui de l’Être suprême, conçu d’après le Vicaire savoyard de Rousseau. Cependant, ce culte, malgré l’appui du gouvernement et la menace de la guillotine pour ses adversaires, se confondait avec le culte de la Raison, alors même qu’on l’appelait culte de l’Être suprême, et sous ce nom, un culte moitié déiste et moitié rationaliste continua à se répandre, jusqu’à ce que la réaction thermidorienne n’eût pris le dessus.

Quant à la fête de l’Être suprême qui fut célébrée à Paris avec grande pompe, le 20 prairial (8 juin 1794), et à laquelle Robespierre, se posant en fondateur d’une nouvelle religion d’État, qui combattait l’athéisme, attribuait beaucoup d’importance, — cette fête fut belle, paraît-il, comme représentation théâtrale populaire, mais elle ne trouva pas d’écho dans les sentiments du peuple. Célébrée d’ailleurs par la volonté du Comité de salut public, — après que Chaumette et Gobel, sympathiques à la masse du peuple, eurent été guillotinés pour leurs opinions irreligieuses, — cette fête portait trop le caractère d’une constatation du triomphe sanglant du gouvernement jacobin sur les éléments avancés du peuple et de la Commune, pour être sympathique au peuple. Et, par l’attitude ouvertement hostile de plusieurs conventionnels envers Robespierre pendant la fête même, elle fut le prélude du 9 thermidor, — le prélude de la fin.

Mais, n’anticipons pas sur les événements.

  1. Procès-verbal du Comité d’instruction publique de l’Assemblée législative et Procès-verbaux du Comité d’instruction publique de la Convention Nationale, publiés avec annotations et préfaces par James Guillaume, Paris, 7 volumes, 1889-1907.
  2. L’année républicaine était divisée en douze mois, de trente jours chacun, dont les noms furent trouvés par Fabre d’Églantine — Vendémiaire, Brumaire et Frimaire pour l’automne, du 22 septembre au 20 décembre ; Nivôse, Pluviôse et Ventôse pour l’hiver, du 21 décembre au 20 mars ; Germinal, Floréal et Prairial, pour le printemps, du 21 mars au 18 juin ; et Messidor, Thermidor et Fructidor pour l’été, du 19 juin au 16 septembre. Cinq jours complémentaires, appelés les sans-culottides, les 17, 18, 19, 20 et 21 septembre, terminaient l’année. Chaque mois était divisé en trois décades, et les jours étant appelés, primidi, duodi, tridi, etc., le jour férié était le dixième jour, le decadi.
  3. L’idée de rétablir la conception astronomique dans le nouveau calendrier était excellente (celle de placer tous les cinq jours supplémentaires à la fin de l’année l’était beaucoup moins) et les noms des mois étaient admirablement choisis ; mais outre toutes les préventions qui devaient surgir contre ce calendrier, parce qu’il glorifiait la Révolution, il est fort probable que l’idée de remplacer la semaine de sept jours (le quart d’un mois lunaire) par une période de dix jours, trop longue pour nos habitudes, fut et sera un obstacle à son acceptation.
  4. Dans tout cet exposé je suis de près l’excellente monographie du professeur Aulard, Le culte de la Raison et le culte de l’Être suprême, 2e édit., Paris, 1904. Un abrégé de cet ouvrage, se trouve aussi dans son Histoire politique, 2e édit., pp. 469 et suivantes.
  5. Il lança aussi un arrêté en vertu duquel « tout ministre du culte ou prêtre pensionné par la nation serait tenu de se marier, ou d’adopter un enfant, ou de nourrir un vieillard indigent, sous peine d’être déchu de ces fonctions et pensions ». (Aulard, Culte de la raison, p. 27).
  6. On se souviendra que l’Assemblée Constituante avait déjà pris des décisions semblables.
  7. Extraits du registre de la Société populaire de Bourges, séance du quintidi 23 brumaire de l’an deuxième de la République Française, une et indivisible [15 novembre 1793]. Brochures du British Museum, F. 16 (7).
  8. Aulard, Histoire politique, p. 475.
  9. Plusieurs lettres des représentants en mission en parlent. La plupart, comme celles de Dartygoëyte, Lefiot, Pflieger, Garnier, sont cependant postérieures au décret (Actes du Comité de salut public, publiés par Aulard, t. IX, pp, 385, 759, 780).
  10. Comme plusieurs représentants en mission avaient pris des mesures très rigoureuses contre le culte catholique, la Convention ajoutait à ce décret un paragraphe pour dire qu’elle n’entendait pas improuver ce qui avait été fait jusqu’à ce jour par ses représentants.