La Normandie romanesque et merveilleuse/23

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J. Techener & A. Le Brument (p. 454-483).

CHAPITRE VINGT-TROISIÈME.

Légendes romanesques.


La côte des Deux-Amants ; Marie Anson, la dame de Préaux, la Croix
pleureuse ; le Seigneur de Bacqueville et le Seigneur de Breuil ;
le Château de Bardouville ; la Dame du Manoir-Fauvel ; la
Chambre des Demoiselles ; le Bon-Homme de Fatouville ;
Souvenirs de la Féodalité : la Dame des Hogues, les
Seigneurs de Rouvres, de Creully, de Villers ;
la Châtelaine du Molley ; Maître Berneval,
architecte de Saint-Ouen.


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la côte des deux amants.



Vis à-vis de la petite ville de Pont-de-l’Arche, sur les bords de la Seine, et non loin de la haute montagne devenue fameuse par la triste histoire que nous allons raconter, s’élevait jadis un château royal appelé Pistres[1]. Ce château était habité par, le roi des Pistréiens, un des princes les plus puissants de l’ancienne Neustrie. De bonne heure veuf, le roi avait concentré toutes ses affections sur sa fille unique, dont les aimables qualités et la beauté ingénue attiraient autour d’elle mille hommages, qui déjà se traduisaient peut-être d’une manière moins discrète encore que tendre et passionnée. L’empressement de tous ces cœurs épris, loin de flatter et de satisfaire le roi, en lui permettant de ne s’arrêter qu’au plus noble choix pour l’époux qu’il destinerait à sa fille, ne lui occasionnait, au contraire, qu’une vive impatience et un sombre chagrin. C’est que ce père, exclusif et jaloux dans son amour, ne pouvait envisager l’idée de se séparer de celle qui lui était si chère, et d’abdiquer les droits qu’il possédait sur elle, en faveur d’un étranger, qui, jamais, pensait-il, ne saurait reconnaître un si grand sacrifice.

Cependant, sachant que ses sujets blâmaient hautement déjà l’égoïsme de sa tendresse paternelle, et voulant faire taire leurs murmures et se mettre à l’abri de leurs reproches, le prince des Pistréiens résolut d’imaginer quelque épreuve insurmontable, qu’il proposerait aux nombreux concurrents à la main de la jeune princesse. En effet, il était alors d’usage de soumettre, à des épreuves plus ou moins difficultueuses, les chevaliers qui aspiraient à obtenir pour épouse une jeune et noble damoiselle. On trouvait, à ces sortes de concours, un double avantage : c’était de rehausser d’abord le mérite de celle qui devait les couronner, et d’offrir ensuite, aux vaillants rivaux, une occasion toute naturelle de mettre en évidence le téméraire emportement de leur amour.

Donc, ayant mûrement réfléchi sur son projet, le roi fit publier, dans tout son domaine : Qu’il était prêt à marier sa fille ; mais qu’il ne l’accorderait, cependant, qu’au chevalier qui aurait assez de force et de courage pour la porter dans ses bras, sans s’arrêter un seul instant en route, jusqu’au sommet de la haute montagne, voisine du château. Quand cette nouvelle se fut propagée, il s’éleva un concert de furieuses imprécations parmi les prétendants de la jeune châtelaine. Toutefois, ces fiers rivaux maudissaient bien la haine jalouse du vieillard, mais ils n’essayaient point d’en déjouer la ruse, en déclarant qu’ils étaient prêts à tenter l’épreuve prescrite. Je me trompe : un jeune seigneur, qui se sentait plus courageux ou mieux aimé peut-être que tous les autres, confessa à la princesse des Pistréiens que, sûr de son aveu, il ne reculerait devant aucun obstacle pour obtenir qu’elle lui appartînt comme épouse : elle ou la mort, c’était là son unique espoir. — « Hélas ! s’écria la noble damoiselle, vivement attendrie, c’est la mort seule que, dans cette course périlleuse, vous irez chercher pour fiancée ! Ne vaut-il pas mieux céder à la volonté de mon père, souffrir et nous aimer en silence ? — Mais je ne vous aimerais pas, répliqua résolument le chevalier, si j’étais capable de m’en tenir à cette langoureuse résignation. Une chance d’être heureux m’est offerte ; dangereuse ou non, je tenterai de me la rendre favorable. » La jeune princesse, admirant le noble dévouement de son amant, pensa qu’elle devait, au moins, le seconder de tous ses efforts. Aussi confia-t-elle au chevalier, avec l’empressement d’une espérance qui n’a point encore été mise à l’épreuve des déceptions, qu’elle connaissait un moyen infaillible de satisfaire, sans péril, à la cruelle exigence de son père. « J’ai une tante, ajouta-t-elle, qui habite Salerne, la ville privilégiée de la magie et de la science. Cette noble dame possède, à fond, l’art de la médecine ; allez la trouver de ma part : je suis persuadée que, en considération de l’amitié qu’elle a pour moi, elle vous composera un élixir assez puissant pour doubler vos forces, et vous permettre d’effectuer, sans trop de fatigue, le trajet si difficile qu’il vous faut parcourir. » L’amoureux chevalier fit quelque résistance pour obéir à cet ordre de sa dame : le voyage qu’il allait entreprendre retarderait le moment où il lui serait permis de la conquérir. Cependant, il finit par se rendre aux instances pressantes et réitérées de son amie ; car, par une naïve superstition d’amour, il s’imaginait qu’il s’attirerait quelque grave malheur, s’il refusait de se soumettre au désir qu’elle avait formellement exprimé.

Notre chevalier se met donc en route ; son voyage est aussi prompt, aussi heureux qu’il était possible de l’espérer. Pas n’est besoin d’ajouter que la tante écouta favorablement la supplique qui lui était adressée, le jeune solliciteur n’étant pas de ceux qu’on aurait éconduits sans gêne, ni regret. Un breuvage fut préparé, et le plus efficace, le plus merveilleux qui fut jamais. La bonne dame de Salerne y avait mis toute sa science, aidée encore de l’expérience des plus habiles médecins, ses compatriotes et ses émules, qu’elle n’avait pas manqué de consulter. Plus empressé encore au retour qu’il n’avait été au départ, notre voyageur revoit bientôt la délicieuse vallée de Pistres. Il va trouver le roi, et l’avertit que, dans trois jours, il accomplira la difficile entreprise qui doit lui mériter la main de la jeune princesse. Cette courte attente de trois jours se passe en rêves présomptueux de la part de l’amant, en craintives incertitudes du côté de l’amante. Quant au père et à tous les prétendants qui n’ont point osé tenter l’épreuve, ils raillent secrètement la folle témérité du chevalier. Mais le peuple, grand admirateur du courage exalté et des prodigieux dévouements, fait des vœux fervents pour le succès du jeune et vaillant seigneur. Le jour du destin est arrivé. Tous les habitants de la contrée, riches ou pauvres, princes ou sujets, se sont donné rendez-vous au pied de la montagne. La jeune châtelaine paraît bientôt, accompagnée de son père et de son amant ; elle tient cachée dans ses mains la fiole magique qui pourrait rendre le courage et la vigueur à un mourant même. L’amant empressé se saisit de son fardeau précieux, et commence à gravir la montagne. Le silence inquiet de l’attente a remplacé les bruyantes acclamations de la multitude. Ô transport décevant ! entraînante illusion de l’amour ! la terre semble fuir sous ses pas, et, suivant la belle expression du poète, le fardeau chéri, qui devrait l’accabler, soutient ses forces et prête des ailes à son courage[2]. Il monte, il monte toujours ; il monte vers l’espérance, il monte vers le bonheur ! Comment suspendre un instant ses haletantes aspirations pour goûter la liqueur enchantée que son amante présente en vain à ses lèvres ? Il lui faudrait modérer l’élan de son cœur, et le but est là, devant lui ; il y touche presque, et peut-être aura-t-il la gloire de l’avoir atteint sans autre aide miraculeuse que son amour. L’espace se rétrécit de plus en plus rapidement sous ses pas. Il ne marche plus, il court, il s’élance, il n’a plus qu’un pas à faire, un seul, et ce pas est franchi ! Alors il se laisse tomber sur la terre, dans l’accablement de la fatigue et du bonheur. Les applaudissements retentissent de toutes parts ; la foule frémit de joie, de sympathie, d’enthousiasme. On attend, avec impatience, le moment où les deux amants vont répondre, par un signal, à ces transports délirants. Mais, au sommet de la montagne, tout est muet, nul mouvement même ne se fait apercevoir. L’attente se prolonge quelques instants encore ; enfin, les plus empressés gravissent, à leur tour, la montagne. Quel spectacle ! Les deux amants, si beaux, si jeunes, si tendrement épris, si heureux de leur triomphe, sont étendus morts aux côtés l’un de l’autre.

La jeune fille, pour retenir l’âme errante de son bien-aimé, avait tenté d’épancher sur ses lèvres quelques gouttes de la liqueur enchantée ; mais il était trop tard ; le courageux amant avait épuisé jusqu’au dernier souffle de sa vie, et le moment irrémédiable était accompli ! Convaincue de la triste vérité, la pauvre enfant, à son tour, s’était abandonnée à la mort, comme au plus doux refuge de sa douleur et de son amour.

Le flacon, échappé à la main languissante de la jeune fille, se brisa sur le flanc de la montagne, et la liqueur merveilleuse s’étant épanchée, sa vertu féconda le sol, et lui fit produire toutes sortes de plantes médicinales et d’herbes bienfaisantes, qui opèrent encore de nos jours de miraculeuses guérisons[3].

Au désespoir d’avoir causé cette horrible catastrophe, le roi des Pistréiens fit construire, à l’endroit même où les deux Amants avaient expiré, un magnifique tombeau qui renferma leurs dépouilles mortelles. Il reste encore, de nos jours, éparses sur la montagne, quelques pierres que l’on dit avoir appartenu à ce funèbre monument. Crédules comme tous les cœurs tendres, les jeunes filles des environs viennent déposer en ce lieu leurs offrandes : des rameaux verts et des couronnes de fleurs, consacrés aux deux Amants.

Maintenant, quel degré de confiance nos lecteurs doivent-ils accorder au récit de cette touchante histoire ? c’est ce que nous ne saurions strictement établir. À Lyon, de même qu’en Normandie, il existait un monastère qui devait sa célébrité au tombeau de deux amants. En Espagne, une haute montagne est encore placée sous un patronage semblable. Tout bien réfléchi, les miracles d’amour sont trop rares, pour que celui-ci se soit renouvelé en trois lieux différents ; nous croirions plus volontiers, à part toute idée railleuse, qu’il n’a jamais existé que dans l’imagination ardente des poètes, ou dans les rêves ambitieusement passionnés des jeunes filles.


marie anson ; la dame de préaux ; la croix pleureuse.


Le château d’Alençon fut élevé, dans le onzième siècle, par Ives de Criel, seigneur de Bellême ; ses successeurs augmentèrent ensuite cette forteresse, qui fut pourvue d’un donjon par Henry i, roi d’Angleterre et duc de Normandie ; on commença à la démolir sous Henry iv, et, depuis, les travaux de démolition furent repris à différentes époques. Il ne reste plus, maintenant, de cette ancienne construction, que trois tours, dont l’une, portant, à cause de sa forme, le nom de Tour couronnée, est célèbre par la tradition que nous allons raconter :

On prétend que la Tour couronnée fut jadis occupée par une dame châtelaine, nommée Marie Anson, dont cependant les chroniques locales n’ont jamais fait mention en aucune manière. Cette dame était mariée à un de ces jaloux despotes du moyen-âge, pour qui le bourreau était un assez digne entremetteur d’amour, et le plus propre, selon eux, à raffermir une constance chancelante, à garantir une fidélité suspecte. Compromise, dans son honneur, par de fausses apparences, la malheureuse châtelaine ne pouvait espérer de pardon ; elle fut condamnée par son brutal époux à être attachée à la queue d’un cheval indompté. L’animal, abandonné à sa fougue sauvage, traîna l’infortunée dans tous les détours du parc d’Alençon, et l’ordre de suspendre le supplice ne fut donné qu’au moment où la victime, brisée, déchirée, sanglante, était près de rendre le dernier soupir. Alors, non content d’avoir assouvi sa haine, le mari outragé voulut justifier sa vengeance, en arrachant à la coupable l’aveu de sa faute. Il se présenta devant sa femme mourante, et, l’abusant par un déguisement sacrilège, il réclama sa dernière confession, à titre de ministre du Seigneur ; mais cette ruse n’eut pas le résultat qu’il en attendait : jusqu’à son dernier moment, la victime ne cessa point de protester de son innocence. Ne pouvant plus se refuser à reconnaître la vérité, ce barbare époux ressentit toute l’énormité de son injustice, toute l’horreur de sa cruauté ; il s’abandonna à un désespoir sans mesure, et, dans cette âme farouche, le remords se créa des tortures capables, peut-être, d’expier le crime.

Cependant, depuis l’époque de sa mort, Marie Anson, surnommée aussi la Dame du Parc, n’est point demeurée paisible dans sa tombe ; elle fait habituellement de vengeresses apparitions qui perpétuent l’odieux renom attaché à la mémoire de son époux. A l’heure de minuit, on distingue le blanc fantôme de la châtelaine, qui, après avoir fait le tour du sommet de la forteresse, jette un cri de douleur et disparaît[4].

Le souvenir de Marie Anson a été consacré dans une romance populaire, où l’on trouve, ajoutés à l’histoire de cette infortunée, des détails intéressants que le récit traditionnel avait omis. On y apprend que l’époux, aussi crédule que jaloux et cruel, avait été induit en erreur par un traître chevalier qui lui avait présenté trois anneaux, semblables à ceux que portait Marie Anson, et qui prétendait les avoir reçus d’elle comme gages d’amour.

Marianson, dame jolie,
Où est allé votre mari ?
— Monsieur, il est allé en guerre ;
Je ne sais quand il reviendra.

— Marianson, dame jolie,
Prêtez-moi vos anneaux dorés. —
Marianson, mal avisée,
Ses trois anneaux lui a prêtés.

Quand il a tint les trois anneaux,
Chez l’argentier s’en est allé :
— Bel argentier, bel argentier,
Faites-moi trois anneaux dorés.

Qu’ils soient beaux, qu’ils soient gros,
Comme ceux de Marianson. —
Quand il a tint les trois anneaux,
Sur son cheval il a monté.

Le premier qu’il a rencontré,
Fut le mari de Marianson.
— Ô Dieu te gard, franc chevalier !
Quell’ nouvell’ m’as-tu apporté ?

— Marianson, dame jolie,
De moi elle a fait son ami.
— Tu as menti, franc chevalier ;
Ma femme n’est pas débordé.

— Oh bien ! croyez-le ou non croyez,
En voilà les anneaux dorés. —
Quand il a vu les trois anneaux,
Contre la terre il s’est jetté.

Il fut trois jours et trois nuits,
Ni sans boire, ni sans dormir.
Au bout des trois jours et trois nuits,
Sur son cheval il a monté.

Sa mère étant sur les balcons,
Avisit son gendre venir :
— Vraiment, fille, ne savez pas,
Voici votre mari qui vient.

Il n’y vient point en homme aimé,
Mais il y vient en courroucé.
— Montrez-lui votre petit fils ;
Cela le pourra réjouir.

— Bonjour, mon fils, voilà ton fils,
Quel nom lui don’ras-tu, mon fils ? —
A pris l’enfant par ses maillots
Et en a battu les carreaux.

Puis la mère par ses cheveux,
Et l’a attachée à son cheval.
N’y avait arbre ni buisson,
Qui n’eut sang de Marianson.

— Oh ! venez ça, rusé catin,
Où sont les anneaux de vos mains ?
— Prenez les clefs du cabinet,
Mes trois anneaux vous trouverez.

Quand il a vu les trois anneaux,
Contre la terre il s’est jetté :
— N’est-il barbier, ni médecin,
Qui puisse mettre ton corps en sain ?

— Il n’est barbier, ni médecin,
Qui puisse mettre mon corps en sain ;
Ne faut qu’une aiguille et du fil,
Et un drap pour m’ensevelir.[5]

Une légende, semblable à celle de Marie Anson, se trouve au nombre des traditions de la Suisse. La femme d’un comte de Toggenburg, dont la forteresse s’élevait à peu de distance du lac de Zurich, en est l’héroïne ; seulement, le fait se passa avec des circonstances moins révoltantes que dans la tradition normande : Un corbeau enlève l’anneau nuptial de la jeune épouse, et le porte hors du château. Un écuyer trouve cette bague et la passe à son doigt. Le comte reconnaît l’anneau, et, dans un transport de fureur jalouse, il s’élance sur sa femme, la précipite du haut d’un rempart de la forteresse, et fait attacher l’imprudent écuyer à la queue d’un cheval indompté[6].

Le fond de cette histoire romanesque subsiste encore, comme tradition locale, dans plusieurs autres endroits de la Normandie :

Aux environs de Caen, circulent beaucoup de récits fabuleux sur les violences qu’on attribuait à Guillaume-le-Conquérant, envers la reine Mathilde, sa femme. On rattachait à ces traditions l’érection d’une croix, dite Croix pleureuse, qui s’élevait anciennement sur le territoire de Cormeilles, à l’embranchement du chemin de ce village avec la route de Caen à Falaise. Mathilde, disait-on, conseillée par le comte du Mans, avait demandé à Guillaume, lors de son arrivée d’Angleterre, qu’il consentit à lui laisser affecter à son profit l’impôt des bâtards. Le prince, bâtard lui-même, crut voir dans ces paroles l’intention d’une offense. Exaspéré par une furieuse indignation, il se saisit de Mathilde, l’attacha par les cheveux à la queue de son cheval, et la traîna jusqu’au lieu où s’éleva depuis la Croix pleureuse. Guillaume repentant fit ériger cette croix comme monument de réparation honorable envers la reine Mathilde, dont le caractère inoffensif et bienveillant lui était trop connu, pour qu’il pût être excusable de l’avoir suspecté. Ce monument a été détruit par les Calvinistes, en 1562 ; reconstruit dans la suite, il a été abattu de nouveau en 1793.[7]

Les deux communes de Notre-Dame-de-Préaux et de Saint-Michel-de-Préaux formaient primitivement une seule circonscription, sous le nom de Pratellum. C’était là le domaine d’un seigneur franc, que des guerres lointaines appelèrent hors de son pays. À son retour, un bruit injurieux lui fit concevoir des soupçons sur la fidélité de sa femme. Sa colère jalouse ne lui permit pas d’examiner les motifs de l’accusation : il condamna aussi la prétendue coupable à être attachée à la queue d’un cheval vigoureux et emporté. Plus tard, il se repentit de son crime, et, pour tâcher d’en obtenir le pardon, il fonda le monastère de Préaux, et s’y consacra, le reste de ses jours, à la pénitence[8]. Une chapelle fut érigée à la place même ou l’on avait retrouvé le cadavre de la victime.

Les religieuses de Saint-Léger-de-Préaux désiraient, à ce qu’il paraîtrait, participer à cette tradition, où, suivant elles, la fondation de leur abbaye aurait dû se trouver aussi indiquée. Pour arriver à cette fin, elles avaient donné, à la fable précédente, un tour tant soit peu vulgaire, mais non moins concluant, au point de vue de la morale. Elles racontaient que saint Benoist, étant encore mêlé à la vie du siècle, avait la déplorable habitude de battre sa femme. Dans la suite, revenu à des sentiments plus modérés, pour témoigner de son repentir, il avait fondé les deux monastères de Préaux, aux endroits où il avait le plus maltraité sa faible compagne[9].

À part l’intérêt que peuvent exciter toutes ces victimes injustement martyrisées, les traditions que nous venons de raconter, mises en regard de certains traits des mœurs actuelles, pourraient donner lieu à de piquants rapprochements.

Si aucun mari ne confie plus, de nos jours, à son cheval le châtiment de sa femme, au moins nous n’oserions répondre qu’il n’y ait pas encore quelques femmes persécutées et battues ; mais, assurément, il n’est personne, parmi les plus scrupuleux, qui se préoccupât de fonder une église, ou tout autre monument d’espèce semblable, pour expier les plus énormes contraventions aux lois pacifiques du mariage.


le seigneur de bacqueville et le seigneur du breuil.


Guillaume Martel, seigneur de Bacqueville et de Saint-Vigor, conseiller et chambellan du roi Charles vi, était l’un des plus braves chevaliers de son siècle. Comme tant d’autres chrétiens de cette époque, il crut que sa carrière ne serait pas dignement remplie, s’il n’accomplissait une croisade en Terre sainte. Aussi, quoiqu’il eût déjà près de cinquante ans, et malgré les instances de sa femme encore jeune et dont il était parfaitement aimé, il résolut d’accompagner cette nombreuse phalange de la noblesse française qui se rendait alors en Hongrie, pour défendre ce royaume contre les invasions des Turcs. Au moment des adieux, le sire de Bacqueville divisa en deux, parties l’anneau d’or qu’il portait habituellement au doigt, et en remit une moitié à sa femme, comme marque de la communauté d’affection qui demeurait entre elle et lui.

Les chrétiens firent de grands exploits dans cette nouvelle croisade ; mais la protection du ciel ne se déclara point en leur faveur : leur armée fut taillée en pièces ; beaucoup de seigneurs furent faits prisonniers. Au nombre de ceux-ci se trouvait le sire de Bacqueville. Il passa sous la domination de différents maîtres, pendant l’espace de sept ans, nul ne se souciant de garder cet esclave, qui était vieilli et cassé plus encore par le chagrin et par les fatigues que par les années. En vain la malheureux exilé envoyait à sa femme message sur message pour qu’elle lui fit parvenir une rançon ; il ne recevait ni argent ni réponse. Sur la fin de la septième année, le dernier de ses maîtres, plus inhumain et plus intraitable encore que tous les autres, prononça l’arrêt de mort du pauvre prisonnier, trouvant que le mince bénéfice qu’il retirait de son service ne valait pas la joie de savourer une cruelle vengeance contre un chrétien. Malgré sa parfaite résignation, Guillaume Martel ressentit un profond regret de mourir dans un pays païen, délaissé de tous ceux qu’il avait aimés. À défaut de secours humains, notre brave chevalier s’en remit à la miséricorde de Dieu, et fit vœu à saint Julien, en qui toujours il avait eu grande dévotion, de lui bâtir une chapelle, si, par sa protection, il se tirait de cette extrémité. Or, ceci se passait la veille du jour fixé pour son supplice. Sa prière terminée, notre prisonnier s’endormit. Après avoir sommeillé quelques heures, du moins à ce qu’il lui parut, il s’éveilla et ouvrit les yeux en jetant autour de lui un regard de détresse, car il croyait se retrouver encore entre les murs de son cachot. Mais, quelle ravissante surprise ! le brave chevalier vit, au contraire, qu’il était au milieu d’une forêt, étendu sur le gazon ; abrité par le dôme des arbres, baigné par un air rassérénant, et, ce qui lui confirma surtout sa délivrance, il se trouvait revêtu des habits de sa condition ; en outre il ne portait plus sa cadène d’esclave. Lorsqu’il se fut convaincu qu’il n’était pas le jouet d’un heureux songe, il se persuada que, par le merveilleux secours de saint Julien, il avait été transporté dans une forêt de la Turquie. Ayant aperçu, à quelques pas de lui, plusieurs jeunes filles, il alla au devant d’elles et leur demanda en quelle forêt il était[10]. Sa question avait été adressée en langage turc ; les jeunes filles s’entre-regardèrent avec indécision, pensant que cet étranger parlait latin ou anglais ; puis elles lui répondirent, en français, qu’elles n’avaient pas compris ce qu’il avait voulu leur dire. Lorsqu’il entendit le langage de sa patrie, Guillaume Martel douta encore une fois s’il n’était pas abusé par un rêve ; cependant il renouvela sa question en français. « Sire, répondirent aussitôt les jeunes filles, vous êtes dans la forêt de Bacqueville. » Le chevalier, rempli d’une joie inquiète, regarda plus attentivement autour de lui, et reconnut qu’il était, en effet, dans une forêt voisine de son château. Il essaya alors de se mettre en route, mais il avait si grande faim, que la faiblesse l’empêchait de marcher. Il fit part de son dénuement à ses jeunes interlocutrices, qui partagèrent généreusement leur pain avec lui. Son repas terminé, il alla se présenter au château, où, par une rencontre extraordinaire, un grand concours de noblesse arrivait en même temps que lui. Cependant il s’adressa au portier, et lui dit qu’il désirait parler à la châtelaine : « Cela sera très difficile, répandit le serviteur, car elle se marie aujourd’hui. » Guillaume, non moins étonné que chagriné mit plus d’insistance encore dans sa demande ; si bien que le portier se rendit auprès de la châtelaine, et lui dit qu’il y avait à la porte un pauvre ermite qui tourmentait fort pour lui parler. La dame, croyant qu’il s’agissait d’une aumône, commanda qu’on la fît largement, et qu’on priât, en même temps, l’étranger de la dispenser d’une entrevue, s’il n’avait pas autre chose à réclamer. Mais celui-ci affirma qu’il était absolument indispensable qu’il parlât à la dame avant qu’elle se rendit à la messe. La châtelaine consentit alors à le recevoir. Pour éprouver les sentiments de sa femme, Martel commença à l’interroger au sujet des inquiétudes de son veuvage, et lui demanda si elle n’avait point reçu de nouvelles de son mari depuis un an. La noble dame se plaignit amèrement de n’en avoir jamais reçu. Elle témoigna ensuite des regrets si sincères de la perte de l’époux qu’elle avait tant aimé, que le sire de Bacqueville, ne pouvant contenir plus long-temps son émotion, présenta, à cette épouse fidèle, la moitié de l’anneau qu’ils avaient partagé au jour de leurs adieux, et lui dit, avec le ton de familiarité caressante qui lui était habituel autrefois : « Eh bien ! ma mie, ne me reconnaissez-vous pas ? » Pour toute réponse, la dame se jeta dans les bras de son seigneur. Les serviteurs et les varlets, qui étaient présents à cet entretien, reconnurent aussi leur maître, et la bonne nouvelle de son retour mit toute la maison en joyeux émoi[11].

Le sire de Bacqueville, pour tenir son vœu, fit bâtir une chapelle dédiée à saint Julien. Lui et sa femme érigèrent aussi une croix au lieu où ce respectable seigneur avait été assisté par les jeunes bergères. Cette croix est encore appelée de nos jours : Croix-mangea-là[12].

Cependant, les hauts faits d’armes du sire de Bacqueville ne se bornèrent pas à la campagne de Hongrie. Nommé garde-oriflamme de France, le 28 mars 1414, Guillaume Martel ne mourut point paisiblement dans ses foyers, comme l’ont avancé quelques chroniqueurs, mais il périt sur le champ de bataille d’Azincourt, en défendant l’antique et sainte bannière « qui luy avoit esté baillée, dit un historien, comme au plus brave et au plus preudhomme qui feust oncques parmi les chevalliers[13]. »

Un seigneur des environs de Nonancourt et d’Ivry fut aussi transporté miraculeusement en France des prisons de Turquie. Mais ce trajet s’accomplit par un moyen de locomotion si étrange que son invention fait le plus grand honneur à la piquante originalité de la sainte qui s’était instituée la protectrice du pauvre prisonnier. Cette gracieuse patronne renferma son protégé, pendant qu’il sommeillait, dans une cage en bois, bien coquettement travaillée, et pourvue de toutes les confortabilités que réclame le voyage ; puis, elle fit traverser l’Europe à ce wagon modèle, en moins de vingt-quatre heures. Arrivée à Limoges, la céleste conductrice se lassa de son emploi ; elle réveilla l’heureux dormeur et l’abandonna à ses propres forces pour retourner en Normandie ; seulement, elle lui laissa, à titre de souvenir, la merveilleuse voiture, devenue désormais inutile. Mais, par malheur, le chevalier n’était pas de taille à porter sa cage sur son dos ; il fut obligé de la laisser à Limoges. Plus tard, lorsqu’il fut revenu dans son pays, et qu’il eut fait bâtir l’abbaye du Breuil en reconnaissance du miracle dont il avait été l’objet, il eut à cœur de reprendre possession du cher présent de sa {corr|patrone|patronne}}. Or, les habitants de Limoges s’accommodaient fort bien de conserver un gage si rare de la puissance céleste, trouvant que leur ville y gagnait quelque chose en pieuse renommée. La réclamation du chevalier souleva donc un grand débat ; mais notre normand usa si largement de supplications, de ruse et d’argent, que, bon gré mal gré, les limousins furent obligés de se dessaisir de la cage sacrée, qui prit enfin le chemin de la Normandie, et fut déposée dans l’abbaye du Breuil, dont elle devint le plus précieux ornement[14].

On raconte encore, en d’autres localités de la Normandie, une histoire absolument semblable à celle du sire de Bacqueville. Le héros de ce nouveau récit concordanciel est un seigneur Gilbert de Lomblon, aïeul par les femmes de l’évêque Matthieu des Essarts, et qui avait accompagné saint Louis dans son premier voyage en Terre sainte. Le lieu habité par le seigneur Gilbert, où il fut aussi miraculeusement ramené, était la Poultière, proche de Breteuil[15].


le château de bardouville.


Bardouville est situé au pied d’une colline, dont le sommet est couronné par un ancien château. Là, vivait autrefois, triste et soupirante, une noble dame qui avait été contrainte d’accorder sa main au seigneur châtelain, tandis que son cœur appartenait à un autre chevalier. Son amant, frustré dans ses rêves de bonheur, avait résolu d’ensevelir ses regrets entre les murs d’un couvent : il fit choix de l’abbaye de Saint-Georges, située sur la rive opposée de la Seine. Mais, dans ce lieu, où il respirait le même air que sa bien-aimée, chaque souffle vivifiant lui apportait une émanation d’amour. Cependant, quelque temps après son entrée au couvent, et lorsqu’il avait complètement renoncé à toute espérance, le triste reclus fut promu au rang d’abbé. Cette dignité le mit en relation avec les nobles familles du pays d’alentour : il eut ainsi l’occasion de se rencontrer avec la dame de ses pensées. Hélas ! l’entrevue fut bien fatale à tous deux ; car, depuis cette époque, par un prodige d’amour tout-à-fait analogue à celui auquel Héro et Léandre ont dû leur célébrité, l’abbé traversa chaque nuit la Seine à la nage, sans autre phare que la lampe, aux douteuses vacillations, qui éclairait la chambre de sa bien-aimée. Malgré la fatigue et le péril de ces rendez-vous, nos deux amants en firent un abus si imprudent, que le seigneur châtelain conçut bientôt de jaloux soupçons. Une nuit, il pénétra dans l’asile des deux coupables, tua l’abbé et enferma sa femme dans le donjon du château. Jusqu’à la révolution, les moines de Saint Georges ne cessèrent point de prier pour l’ame de leur abbé, mort sans absolution ; se confiant encore, pour son salut, sur la compatissante maxime du Sauveur : Qu’il sera beaucoup pardonné à ceux qui auront beaucoup aimé[16].


la dame du manoir-fauvel.


Dans la commune de Trouville-la-Haule, canton de Quillebeuf, se trouve le bois du Manoir-Fauvel. Au milieu de ce bois, quelques vestiges de construction, affectant la forme d’une tour, semblent indiquer l’emplacement d’une ancienne forteresse. La tradition a placé en ce lieu la demeure d’une femme, célèbre par l’ascendant irrésistible de sa grâce et de sa beauté. Malheureusement, des qualités aussi séduisantes s’accordent peu avec une existence paisible, et la charmante châtelaine du Manoir-Fauvel eut à redouter un voisin bien dangereux ; c’était un roi mérovingien qui habitait le palais d’Arelaunum[17].

D’ordinaire, un roi est un amant bien moins aimé que favorisé : l’absolutisme de l’amour n’a ni charme ni grâce dans celui à qui toute autorité est départie ; il semble alors trop difficile à l’amante de distinguer quelle sorte de tyrannie règne sur elle, et prétend la soumettre. Ainsi le pensait sans doute la belle châtelaine, car elle se montra d’une vertu inflexible. Prières, lamentations, menaces, rien n’y fit, tant qu’à la fin l’amoureux rebuté résolut de jouer à son inhumaine un tour de roi. Il envoya des hommes d’armes pour s’emparer de la petite forteresse. Après quelque résistance on pénètre dans le château ; mais, quel succès dérisoire ! la châtelaine avait disparu. On va à la découverte dans les environs ; nulle trace n’indique une fuite récente ; seulement, on distingue les marques des pas de deux mules qui sont entrées dans le château, et cette empreinte se prolonge vers l’embouchure de la Rille. C’était dans cette direction, en effet, que s’était enfuie la dame du Manoir-Fauvel, accompagnée de son écuyer, et après avoir eu le soin de faire attacher au rebours les fers de leurs montures. Dans ces temps où la divinité du code civil : la rationnelle légalité, n’existait encore que dans les limbes impénétrables de l’avenir, la ruse pouvait être quasi considérée comme une vertu ; c’était la seule défense du faible. L’artifice employé eut, cette fois, un plein succès : la retraite qu’avait choisie la jeune châtelaine demeura introuvable. Mais, faut-il le dire ? cette belle dame s’y montrait dans un état peu digne de son passé. Comme Peau-d’Âne, l’héroïne du Manoir-Fauvel habitait une étable ; elle était devenue éboueuse de vaches, disent crûment les villageois qui racontent aujourd’hui son histoire. Cependant, à l’exemple de Cendrillon, elle se dédommageait des désagréments de son humble condition, en faisait de brillantes apparitions dans les bals aristocratiques du voisinage. Nous serions assez portée à croire que c’est à cette circonstance qu’elle dut de rencontrer, dans son malheur, de tendres consolations ; toujours est-il que la charmante châtelaine contracta un mariage secret.

Sur ces entrefaites, le roi, qui avait cherché en vain, dans les hasards de la guerre, une distraction à son amour, était mort dévoré d’ennuis et de désespoir. La châtelaine crut alors pouvoir revenir, avec son époux, habiter le Manoir-Fauvel ; mais l’ombre obstinée de son amant ne cessa pas de l’y poursuivre ; si bien que la noble dame se vit contrainte, encore une fois, d’abandonner sa demeure seigneuriale. Depuis ce temps, le Manoir-Fauvel est demeuré vide et inhabité ; seulement, naguère encore, on y entendait l’esprit inconsolable du fantôme royal mêler ses soupirs plaintifs et ses lamentations prolongées aux bruissements de l’ouragan, dont les ailes impétueuses se débattent avec tant de violence au milieu des larges ombrages de la forêt[18].


la chambre des demoiselles.


À gauche du village d’Étretat, au sommet de la falaise, on distingue trois pointes de rocher s’élevant vers le ciel. Entre ces trois flèches se trouve une espèce de plate-forme, de laquelle on domine le village et le bord de la mer à une hauteur effrayante. Cette plate-forme doit au souvenir d’un crime odieux le surnom de Chambre des Demoiselles.

Le village d’Étretat était, autrefois, le domaine des chevaliers de Fréfossé. Un des seigneurs de cette maison se fit une honteuse renommée par la licence de ses passions, qui ne respectaient la vertu d’aucune femme. Il se trouvait alors à Étretat trois jeunes sœurs, sages autant que belles, et modestes autant que fières.

Le chevalier de Fréfossé, les ayant aperçues à l’église, rêva une triple conquête, et, au sortir de la messe, il les fit arrêter et conduire dans son château. Mais, ni les menaces, ni même les prières du ravisseur, n’eurent d’autorité sur ses prisonnières ; elles repoussèrent, avec mépris, l’insultant hommage qui s’attaquait à leur vertu. Furieux d’être déçu dans son coupable espoir, Fréfossé résolut, au moins, de savourer une cruelle vengeance : par ses ordres, les trois jeunes filles furent transportées au haut de la falaise, et lancées, dans un tonneau garni de clous, à travers les rochers et les précipices.

À partir de ce jour funeste, les pécheurs d’Étretat crurent revoir souvent les trois sœurs se promener, sur la plate-forme, voilées de la blanche robe des fantômes, et chantant une hymne pieuse, comme au moment de leur martyre. Lorsque, le soir, Fréfossé quittait son château pour se rendre à quelque tournoi, à quelque fête, ou seulement à une partie de chasse, elles, aussi, quittaient leur chambre de pierre, et accompagnaient tous les pas du meurtrier. Ces apparitions réitérées produisirent, dans l’ame de celui-ci, une terreur si douloureuse, un remords si persévérant, qu’ils triomphèrent de toute sa criminelle énergie, abattirent son courage et ses forces, et, par suite, amenèrent bientôt sa mort. Alors, la vengeance céleste se trouvant accomplie, les blancs fantômes des trois sœurs ne se montrèrent plus au sommet de la falaise, et leurs chants plaintifs cessèrent de troubler la veille laborieuse des pécheurs d’Étretat.


le bonhomme de fatouville.


Sur la côte de Fatouville, près du Havre, on aperçoit un énorme pommier qui se distingue de tous les arbres de son espèce par sa forme singulière. Une de ses branches principales semble s’étendre, comme un long bras, pour indiquer un point éloigné ; les autres sont très recourbées vers le tronc, et l’on a remarqué que leur feuillage a l’aspect d’un chapeau de matelot, aux larges bords, et posé sur une vaste tête. Cet arbre est connu sous le nom de Bonhomme de Fatouville, et l’on débite, sur son origine extraordinaire, une tradition très touchante.

Il y a environ un siècle, la Seine, assure-t-on, vint à changer, tout-à-coup, son lit, et, pendant plusieurs années, le courant se porta vers la rive gauche, au lieu de se trouver, comme il est aujourd’hui, vers la rive droite. Grand fut l’embarras des marins et des pilotes, obligés d’étudier de nouveau le lit du fleuve, pour ne pas aller échouer sur un des nombreux bancs de sable qui se cachaient perfidement sous un courant que le vaisseau sillonnait naguère en toute sécurité. Cependant, un vieux pilote de Fatouville, qui s’était familiarisé promptement avec la nouvelle topographie, mais dont les bras, raidis par l’âge et le travail, commençaient à demander du repos, ne voulut point, tout en abandonnant le gouvernail, que la science qu’il avait acquise demeurât inutile. Chaque jour, avant que la voile la plus matinale se tendit à une fraîche brise, il se rendait sur la côte, et, de ce poste élevé, joignant la parole au geste, il indiquait, à chaque marin, la route qu’il fallait suivre, les passages dangereux qu’il fallait éviter. Il demeurait là jusqu’au soir, et jamais il ne lui arriva de regagner son logis avant l’heure où le navire le plus hasardeux devait jeter son ancre à la rive. Jamais, non plus, dans l’accomplissement de la tâche qu’il s’était imposée, notre vieux marin n’admit de distractions, ni ne ressentit de lassitude. Le Bonhomme de Fatouville possédait une de ces âmes simples et fortement trempées auxquelles il suffit d’une noble pensée pour sentir la vie et trouver le bonheur. Toutefois, prévoyant que l’appel de la mort allait bientôt le relever de sa noble consigne, le digne vieillard se prit à regretter le bien qu’il lui restait à faire, et pria Dieu de lui envoyer, au moins, un successeur digne de terminer sa tâche. Sa demande fut exaucée, et cependant nul autre que lui ne devait être admis à partager le mérite de sa belle action ; c’est qu’à peine son vœu avait-il été exprimé, que le bâton desséché, sur lequel le vieillard s’appuyait d’ordinaire, vint à prendre racine, grandit subitement, poussa fruits et feuillages, en affectant la forme du digne marin. Les habitants de Fatouville et des communes environnantes se cotisent, chaque année, pour l’entretien de ce même arbre, dont l’ombrage vénéré sert encore, de nos jours, de phare aux marins, et de monument commémoratif en l’honneur du Bonhomme de Fatouville.


la dame des hogues.


Les crimes de la féodalité ont laissé une sombre empreinte sur quelques-unes de nos traditions locales. De nobles seigneurs et de belles châtelaines, dont l’histoire avait dédaigné de mentionner les sourdes cruautés, les mesquines tyrannies, sont demeurés encore, après nombre de siècles écoulés, en exécration dans le pays qu’ils ont habité, tant la mémoire du peuple est longue et vengeresse.

Ainsi, dans la Haute-Normandie, aux environs de Fécamp, on vous montrera le château et le bois des Hogues appartenant jadis à une femme voluptueuse et sanguinaire, à la manière des héroïnes de la tour de Nesle, et qui, elle aussi, croyait trouver, dans le double pouvoir de son rang et de sa beauté, une justification à ses homicides fantaisies. Empruntant le secours de ses affidés, la dame des Hogues attirait, dans un mystérieux réduit de sa tourelle, les plus beaux et les plus aimables de ses jeunes vassaux ; puis une mort violente payait un rapide instant d’illusion et d’amour. C’était aux falaises d’Yport que la cruelle châtelaine faisait, dit-on, transporter, pour y être jetés dans la mer, les cadavres de ses amants. Un jour, poussée par une impure et satanique ambition de femme, la châtelaine des Hogues appela près d’elle, sous prétexte de conversion, un saint abbé du monastère de Fécamp. Que vous dirai-je ? en dépit des pieuses sauvegardes dont il s’était entouré, et même des préventions repoussantes qu’il avait justement conçues, le moine austère fut surpris, abusé, ébloui, charmé, et l’audacieuse séductrice put se féliciter du plus difficile de ses triomphes. Cependant, soit par compassion, soit par crainte, elle laissa la vie au faible et coupable moine ; mais le remords que celui-ci emporta dans sa retraite, était un glaive aussi sûr que la lance ou le poignard. Peu de temps après sa faute, le malheureux abbé mourut de honte et de douleur, non sans avoir fait une confession publique. Ses religieux, qui jusqu’alors l’avaient vénéré, demandèrent vengeance au duc de Normandie, Henry ii. Informé des crimes infâmes de la dame des Hogues, le duc la condamna à être brûlée vive. Elle subit son supplice, et ses domaines passèrent, par donation royale, aux moines de Fécamp[19].


les seigneurs de rouvres, de creully et de villiers.


La race des seigneurs de Rouvres[20] était inhumaine, tyrannique, forcenée, entre toutes ces familles féodales dont le bon plaisir faisait loi souveraine, dans le rayon, plus ou moins étendu, de leurs domaines particuliers. Un des seigneurs de Rouvres, revenant de la chasse, s’avisa, pour se venger sans doute de n’avoir pas découvert la piste d’un plus noble gibier, de décharger son fusil sur un couvreur qui était monté sur un toit. Un autre membre de la même famille battait de la fausse monnaie, se maintenait en guerre contre les gens du roi qu’il se plaisait à braver insolemment, et, infâme sortilège ! tous les chevaux de son écurie, il les faisait ferrer à l’envers. Un troisième voulut acheter la chaumière d’un pauvre homme, nommé Madoux. Celui-ci, comme le meûnier de Sans-Souci, refusa les offres de son seigneur ; mais le châtelain de Rouvres n’était pas un Frédéric-le-Grand. Pendant que Madoux, pour recourir à la protection de Notre-Dame-de-la-Délivrande, accomplissait un pèlerinage, accompagné de sa famille, par un ordre inhumain sa chaumière fut rasée, ses arbres abattus, ses champs dévastés, ses plantations détruites, et la charrue, promenée de toutes parts, effaça jusqu’aux moindres vestiges de la modeste habitation du pauvre meûnier. Quel triste spectacle au retour ! Pourtant ce n’était là, à vrai dire, qu’un avertissement plein de nouvelles menaces ; Madoux du moins le comprit ainsi ; et, ne trouvant point à qui en appeler de la cruelle vengeance de son seigneur, il fut contraint de déserter le pays.

Les châtelains de Rouvres organisaient, comme on voit, l’exaction et la violence sur une assez grande échelle ; une dame, de la même seigneurie, qui ne trouvait à mettre à profit que des confiscations de médiocre importance, ne laissait pas de les combiner avec un raffinement non moins injuste que cruel. L’avarice était la passion dominante de cette méchante châtelaine, et l’on raconte que, pour se ménager un honteux bénéfice, elle donnait du lin à filer aux pauvres femmes des environs, en ayant soin de toujours peser à faux poids les lots de fil qu’elle leur préparait. Tant qu’elle vécut, nul n’osa protester contre sa fraude, mais, à sa mort, le châtiment céleste se réservait d’accomplir toutes les malédictions secrètes prononcées contre elle. En effet, un habitant de la commune, qui avait passé trois jours en enfer pour avoir lu imprudemment dans le Grimoire, déclara, à son retour de cette périlleuse excursion, avoir vu Madame de Rouvres condamnée à tenir une énorme balance dont un des bassins penchait toujours du même côté, de sorte que, obligée de rétablir l’équilibre par le seul effort de sa main, la malheureuse suppliciée en ressentait une fatigue insupportable. Or, ce qui prouve bien la véracité du brave homme qui rapportait ce fait miraculeux, c’est que l’ombre tourmentée de Madame de Rouvres fait des apparitions tous les ans, la veille de Noël, dans la grande salle du château[21].

Les seigneurs de Creully et ceux de Villiers sont regardés comme coupables des mêmes méfaits que l’on attribue aux seigneurs de Rouvres. De plus, on leur reproche d’avoir employé la ruse et la violence pour triompher des jeunes filles dont la vertu avait résisté à leurs tentatives de séduction. Eux aussi se donnaient le cruel passe-temps de tirer sur les couvreurs qu’ils apercevaient sur les toits[22]. Au reste, ce bizarre incident de la tradition a été reproduit, à propos de plusieurs grands personnages qui, à tort ou à raison, s’étaient attiré l’animadversion publique. Nous avons entendu, maintes fois, des vieillards, qui avaient retenu des préjugés de la révolution cette accusation calomnieuse, nous affirmer que, dans sa jeunesse, le comte d’Artois, depuis Charles x, ne se faisait pas faute de cette licence féodale. Il faut avouer que si ce vieux conte ne tire pas son origine de quelque fait réel de date fort ancienne, le peuple s’est encore montré, cette fois, bien habilement ingénieux dans ses inventions, et qu’il eût été difficile d’imaginer quelque chose de plus expressif pour dépeindre l’impitoyable légèreté et la cruauté dédaigneuse avec laquelle ses maîtres disposaient jadis de son sort.


la chatelaine du molley.


Bien différente des dames et des seigneurs dont nous venons de raconter les honteux méfaits, Jeanne Bacon, châtelaine du Molley, n’a laissé que des souvenirs d’héroïsme et de générosité parmi ses compatriotes. On débite encore, sur son compte, mille fables chevaleresques, mille traditions merveilleuses ; voici l’une des plus marquantes, que M. Pluquet s’est chargé de recueillir dans ses Contes populaires du Bessin.

Un jour que la belle châtelaine, armée comme une Clorinde, faisait le guet sur le donjon de son château, attendant l’approche des ennemis qui devaient venir l’assiéger ; comme elle ne pouvait plus modérer son inquiétude, elle pria avec une grande énergie, afin qu’il lui fût donné d’apercevoir, soit par miracle ou autrement, les mouvements du corps d’armée qui s’avançait vers elle. La prière des forts et des vaillants est toujours efficace, même aux pieds du trône de Dieu ; aussi, la fervente supplication de Jeanne était à peine exprimée, que l’on vit tout-à-coup le bois de la Plège changer de place ; se ranger du côté opposé à celui qu’il occupait auparavant ; de manière à laisser apercevoir la route sur laquelle s’étendait, comme une longue machine tout étincelante sous sa vêture de fer, la troupe des assiégeants pesamment armée, qui s’avançait en rangs pressés et impénétrables. Cet aspect belliqueux fit tressaillir la fière héroïne ; elle se mit aussitôt en mesure de repousser la redoutable attaque qu’elle allait avoir à subir, et le succès, cette fois équitable et généreux, récompensa le zèle et les efforts de la courageuse châtelaine.

Cet évènement, et d’autres de même nature, où Jeanne joua toujours un rôle aussi noble que singulier, inspirèrent aux habitants du Molley et des communes environnantes une si grande vénération pour leur dame, que, en sa faveur, ils se cotisèrent pour racheter, au prix d’une énorme rançon, la liberté de son mari qui avait été fait prisonnier en mer par les Danois. Jeanne, voulant dédommager ses vassaux de leur générosité, leur fit présent d’une grande étendue de terres incultes, et, après leur en avoir facilité le défrichement, elle leur en abandonna les produits en pleine propriété.

Toutes ces traditions, auxquelles les villageois qui les racontent ne sauraient fixer d’époque précise, doivent se rapporter, suivant M. Pluquet, « à Jeanne Bacon, fille de Roger Bacon, l’une des plus riches héritières de son siècle. Elle eut plusieurs amants, deux maris, et sa vie fut fort agitée. Elle mourut sans enfants en 1376, et fut enterrée dans le monastère de Saint-Evroul, auquel elle avait fait de grandes donations[23]. »


maître berneval, architecte de saint-ouen.


Dans une des chapelles latérales qui entourent le chœur de l’église Saint-Ouen se trouve une grande et large pierre gravée, que l’on a depuis peu, pour en assurer la conservation, scellée dans la muraille, mais qui avait servi, suivant sa destination primitive, à recouvrir un tombeau. Nous empruntons, à l’excellent ouvrage des Monuments français inédits, la description, nécessaire à notre récit, de cette belle pierre sépulcrale : « Sous un dais, à riches fenestrages, sont représentés deux architectes, tenant chacun en main des instruments de leur état. Il ne peut y avoir de doute sur la désignation de celui de gauche, vêtu d’une longue robe fourrée, portant houseaux lacés, chevelure coupée au-dessus des oreilles, et chaperon rabattu dont la longue cornette est engagée, selon l’usage, sous la ceinture ; et qui tient, en outre, le plan d’une rose, dans laquelle, à cause d’une certaine ressemblance imparfaite, on a cru reconnaître celle du portail des Marmousets. Ce personnage, dont l’épitaphe encadre la figure, est Alexandre de Berneval, maistre des œuvres de machonnerie de cette église, qui trespassa l’an mccccxl. Mais la figure voisine, vêtue à peu près de la même manière, et dont, par un motif assez difficile à deviner, on a laissé l’épitaphe en blanc, est moins facile à reconnaître, et sa qualification sera probablement toujours un sujet de conjectures[24]. »

La légende, cette fille gracieuse de l’imagination du peuple, qui s’est plu à développer ses attrayantes rêveries dans toutes les pages de nos annales où font défaut les véridiques récits de la science ; la légende, disons-nous, s’est encore chargée d’expliquer quel rapport intime unissait, au célèbre architecte de Saint-Ouen, le mystérieux personnage qui figure à ses côtés sur la pierre de son sépulcre.

En 1439, maître Berneval ayant à dresser le plan des deux roses latérales de l’église, se réserva seulement de construire celle qui se trouvait du côté méridional, et abandonna à son élève la direction de celle qui était située du côté du nord. Lorsque ces deux roses furent achevées, il s’éleva de grands débats sur leur mérite réciproque : on trouvait que l’œuvre du maître était combinée avec plus de science ; mais le travail de l’élève semblait l’effet d’un jet d’imagination plus hardi et plus gracieux. En définitive, comme les jugements de la foule sont plutôt un résultat du sentiment que de l’intelligence, le succès de l’élève fut beaucoup plus populaire que celui du maître. Alexandre de Berneval conçut un si violent chagrin de cette dépréciation de l’œuvre à laquelle il avait employé tout l’effort de son génie, que, dans un accès de fureur insensée, il tua le disciple émancipé qui, après avoir trop bien profité de ses leçons, commençait déjà à lui ravir sa gloire. Une mort infamante punit le crime du malheureux architecte ; mais les moines de Saint-Ouen, pour témoigner de leur équitable reconnaissance envers les deux artistes, comme pour donner à entendre, peut-être, que la mansuétude divine s’étend aussi bien sur le coupable que sur l’innocent, réunirent côte à côte, sous le même monument sépulcral, maître Berneval et son élève.

Cette tradition, très vraisemblable d’ailleurs, et que semble autoriser l’air de jeunesse qui caractérise, sur la pierre tombale, la figure de l’élève supposé, acquiert encore, par son origine, un plus haut degré de probabilité. C’est Dom Pommeraye, dans son Histoire de l’abbaye de Saint-Ouen, qui, le premier, a divulgué cette légende, en affirmant l’avoir extraite des anciens manuscrits de l’abbaye. Une seule circonstance s’oppose donc à ce qu’on accorde à cette tradition une confiance absolue, c’est que, de même qu’un grand nombre d’autres récits qui composent notre recueil, elle n’est point particulière à la Normandie, mais qu’elle a été reproduite à propos de plusieurs autres monuments, et notamment à l’occasion du fameux pilier orné de l’abbaye de Roslyn, en Écosse[25]. Faut-il ne voir encore là qu’un de ces traits fabuleux, à l’aide desquels le peuple a signalé ses observations caractéristiques ? A-t-on cherché, par une invention dramatique, à mettre en évidence cette vérité si frappante d’ailleurs : que l’amour de l’art comporte le fanatisme le plus exalté ; que cette sublime idolâtrie absorbe à son profit toutes les passions et toutes les facultés de l’individu ; et que, pour l’esprit qui s’y est adonné, elle devient le plus vivant comme le plus absolu de tous les cultes ?



  1. Pistœ ou Pistis. Charles-le-Chauve tint dans ce château un parlement, en 862 ; puis il y fit construire une forteresse pour arrêter les courses des Normands qui s’y étaient d’abord établis, et eu avaient voulu faire leur place d’armes. Un concile s’était déjà tenu aussi dans ce château, en 861. ( B. de Roquefort, Notes du Lai des Deux-Amans, de Marie de France.)
  2. Son fardeau le soutient, il en est idolâtre.


    (Dueis, La Cote des Deux-Amants.)
  3. Tous ces détails, et ceux qui précèdent, sont empruntés particulièrement au Lai des Deux-Amants, t. i, p. 252 des Poésies de Marie de France.
  4. L. Dubois, Annuaire de l’Orne, 1809.
  5. Citée par Bouchaud, Essai sur la Poésie rhythmique, Paris, 1753. — De nos jours, la complainte de Marie Anson a encore cours dans la littérature populaire, mais elle a changé de rédaction et de titre ; elle est intitulée : Adélaïde et Ferdinand, ou les Trois Anneaux, Elle s’imprime chez Pellerin, à Épinal, avec une gravure représentant le mari qui traîne son épouse par les cheveux, au galop de son cheval. L’époux a le costume d’un général en chef, le chapeau à la Souvarow, et de grosses épaulettes ; les autres détails sont à l’avenant.
  6. X. Marmier, Légendes et traditions de la Suisse, (Revue de Paris, t. xxxiii, p. 184, année 1841.)
  7. Vaultier, Recherches sur l’ancien doyenné de Vaucelles. (Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, IIe série, t. ii, p. 47.) — Huet, Origines de Caen, p. 115. Matthieu de la Dangie de Rauchy, religieux bénédictin, a réfuté très solidement cette fable des excès de Guillaume contre sa femme, dans un écrit publié sur ce sujet. Une autre version, que nous avons négligée, comme tout-à-fait en désaccord avec les faits de l’histoire, voulait rattacher, à ce trait de la vie de Guillaume, la fondation des monastères de Saint-Étienne et de la Sainte-Trinité de Caen.
  8. Il est évident, dit M. Canel, à qui nous empruntons cette tradition, que cette origine franque du célèbre monastère de Préaux est fabuleuse. Néanmoins, cette abbaye existait dès une haute antiquité, puisqu’elle est mentionnée dans le testament d’Anségise, abbé de Fontenelle, mort en 883.
  9. A. Canel, Essai sur l’arrond, de Pont-Audemer. t. i, p. 308.
  10. On voit encore, dans une des chapelles de l’église de Bacqueville, un assez vaste tableau peint sur bois, représentant le sire Martel et deux autres chevaliers, d’abord en prison, et visités par une jeune fille vêtue de blanc ; puis, délivrés de leurs fers, libres dans la plaine, et se jetant à genoux pour remercier le ciel de sa protection ; puis, enfin, le seigneur de Bacqueville seul, s’adressant à de jeunes pastourelles, qui lui apprennent qu’en ce moment même il ne se trouve plus en Turquie, mais dans son pays natal. (Auguste Guilmeth, Histoire communale des environs de Dieppe, p. 60.)
  11. Louis Richeome, R. P. de la Compagnie de Jésus : Le Pèlerin de Lorette, p. 336 et suiv. (Cité par Auguste Guilmeth, Histoire communale des environs de Dieppe, p. 57 et suiv.)
  12. L’église paroissiale de Bacqueville conserve également un tableau qui, beaucoup plus petit que celui que nous avons indiqué déjà, et peint sur toile, représente le moment où le sire Martel présente à sa femme la moitié d’un anneau, que celle-ci reconnaît pour être le sien. (Auguste Guilmeth, ibid.)
  13. Auguste Guilmeth, ibid., p. 67.
  14. Le chevalier Masson de Saint-Amand, Essais hist. et anecd. sur l’ancien comté d’Évreux ; prem. partie, p. 144, notes.
  15. Idem, ibid., deuxième partie, p. 62.
  16. F. Shoberl, Excursions in Normandy, vol. ii, p. 200.
  17. Nom latin de la forêt de Bretonne. Le château royal, qui portait aussi le nom d’Arelaunum, était situé à Vatteville, paroisse peu éloignée du Manoir-Fauvel.
  18. A. Canel, La Dame du Manoir-Fauvel ; Revue trimestrielle du départ. de l’Eure, année 1835, première partie, p. 133. Nous avons modifié le récit de cette tradition, à l’aide de nouveaux renseignements dont nous sommes encore redevable à l’obligeance de M. Canel.
  19. Ce fait, s’il était vrai, s’appliquerait, vu l’époque précitée, à Roger d’Argences, quatrième abbé de Fécamp. (César Marotte, Esquisses historiques sur Fécamp, p. 12 et suiv.)
  20. Rouvres, commune de l’arrondissement de Falaise.
  21. Galeron, Statist. de l’arrond. de Falaise, t. iii, p. 55.
  22. Pluquet, Contes popul. de l’arrond. de Bayeux, p. 24.
  23. Pluquet, Contes popul. de l’arrond. de Bayeux, p. 4.
  24. André Pottier, Texte des Monuments français inédits, gravés par N.-X. Villemin, t. ii, p. 5.
  25. André Pottier, ibid.