La Nouvelle Emma/40

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Traduction par anonyme.
Arthus Bertrand Libraire (3p. 276-300).
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CHAPITRE XL.


M. Knightley avait encore d’autres raisons pour éviter de faire mettre la table dehors. Il voulait persuader à M. Woodhouse et à Emma d’être de la partie, et il savait très-bien que la seule idée de voir manger dehors rendrait M. Woodhouse malade : il n’était pas décent de lui faire payer si cher une promenade à Donwell.

Il était sous la sauve-garde de la bonne foi, rien ne devait choquer ses habitudes ou heurter ses idées. Il consentit de bonne grâce. Il y avait deux ans qu’il n’était allé à Donwell. Quelque beau matin il s’y rendrait avec Emma et la pauvre petite Henriette. Madame Weston aurait la bonté de lui tenir compagnie à la maison, tandis que les chers enfans se promèneraient dans les jardins. Il ne supposait pas qu’on eût a craindre l’humidité en plein jour. Il était enchanté de revoir la vieille abbaye encore une fois, et d’y voir M. et madame Elton, ou qui que ce soit de ses anciens voisins. Il ne supposait pas qu’Emma, Henriette et lui-même, pussent avoir la moindre objection à faire à une pareille partie de plaisir. Il savait gré à M. Knightley de les avoir invités à un déjeûner ; ce qui était de beaucoup préférable à un dîner, parce qu’il n’aimait pas à dîner hors de chez lui.

M. Knightley fut très-heureux, toutes ses invitations furent acceptées et tous les invités, ainsi que madame Elton, crurent que la partie était liée exprès pour eux.

Emma et Henriette dirent qu’elles s’attendaient à y avoir beaucoup de plaisir. M. Weston, sans en être prié, dit qu’il engagerait Frank à les y venir joindre ; preuve de reconnaissance dont on l’aurait volontiers dispensé. M. Knightley ne put alors s’empêcher de répondre qu’il serait le bien-venu ; et madame Weston promit de lui écrire sur-le-champ, et de faire tous ses efforts pour l’y engager.

Pendant ce temps-là, le cheval de voiture allant mieux, on reprit le plan de l’excursion à Box-Hill, et on décida qu’il serait mis à exécution le lendemain de la partie de Donwell-Abbey.

Par un beau soleil, au milieu de l’été ou à-peu-près, vers midi, M. Woodhouse dans sa voiture, dont une seule glace était baissée, arriva sain et sauf à Donwell, et fut introduit dans une salle où l’on avait fait du feu toute la matinée. Là, placé à son aise, il parlait avec plaisir de son voyage, et engageait tout le monde à venir se reposer avec lui, et à ne pas s’échauffer dehors. Madame Weston, qui avait marché exprès pour se fatiguer, resta avec lui, fut sa fidelle compagne, et tous les autres furent se promener dans les jardins. Il y avait long-temps qu’Emma n’avait été à Donwell ; aussitôt qu’elle eût vu son père en bonnes dispositions, et paraissant satisfait, elle le quitta pour examiner et reconnaître la maison, les jardins et l’aspect d’une habitation qui devait être chère à toute sa famille, ainsi qu’à elle-même.

Elle sentit l’honnête orgueil et la satisfaction qu’une alliance avec le présent et futur possesseur de cette propriété devait produire et garantir : elle observa attentivement le style, la grandeur des bâtimens, et la situation peu élevée du manoir, qui le mettait à l’abri de tous les vents. Ses jardins s’étendaient au loin jusqu’à une prairie arrosée par un petit ruisseau que l’abbaye voyait à peine. On y remarquait une grande quantité de superbes bois, formant des allées et des avenues qui n’avaient pas été détruites par l’inconduite. Le manoir était plus considérable que celui d’Hartfield, et ne lui ressemblait pas du tout. Il couvrait d’une manière irrégulière un très-grand espace, contenait plusieurs appartemens commodes, et deux très-belles salles. Cette habitation était ce qu’elle devait être. Emma sentit une grande vénération pour ce manoir, comme la résidence d’une famille si bien née, qu’elle n’avait jamais été souillée par aucune mésalliance, et que tous ses membres avaient toujours été distingués par leur jugement et leurs bonnes qualités. Jean Knightley n’avait pas un caractère bien égal ; cependant Isabelle avait fait un mariage bien assorti. De son côté, on n’avait à rougir ni de son nom, ni de sa parentée, ni de sa fortune. Toutes ces observations et ces agréables réflexions l’amusèrent jusqu’à ce qu’elle crût qu’il était temps de faire comme les autres, c’est-à-dire d’aller cueillir des fraises.

Toute la compagnie était réunie (excepté Frank Churchill qu’on attendait, mais qui n’était pas arrivé). Madame Elton, avec son grand chapeau, son panier au ruban rose, conduisait la bande joyeuse, causant, cueillant des fraises, en acceptant, donnant une leçon sur ce fruit délicieux. C’est, dit-elle, le meilleur fruit de l’Angleterre. Tout le monde l’aime ; en tout temps très-sain. Voici la plus belle planche et la meilleure espèce… Très-agréable de les cueillir soi-même… Le matin est le temps le plus propice… Les fraises ananas, les meilleures, mais rares ; les fraises de bois, les plus savoureuses… Il y en a beaucoup dans les environs de Bristol… La culture, à Maple-Grove… En quel temps il faut renouveler les planches… Les jardiniers sont d’avis différens… Point de règle générale… On ne peut pas sortir les jardiniers de leur routine… Fruit délicieux… Il n’en faut pas trop manger… Inférieur aux cerises… Les groseilles sont plus rafraîchissantes. Pour cueillir des fraises, il faut se baisser ; voilà la seule objection… Il fait trop chaud au soleil… Allons nous asseoir à l’ombre.

Telle fut la conversation de madame Elton pendant une demi-heure ; elle fut une fois interrompue par madame Weston, qui venait voir si son beau-fils était arrivé ; elle était inquiète à cause de son cheval.

On trouva des siéges à l’ombre et assez commodes. Là, Emma fut obligée d’entendre ce que disaient madame Elton et mademoiselle Fairfax. On parlait d’une place convenable. Madame Elton avait reçu avis ce jour-là même, qu’il y avait une place de gouvernante vacante. Ce n’était pas chez madame Suckling ni chez madame Bragge ; mais, en splendeur et en éligibilité, cette place venait immédiatement après. C’était chez une cousine de madame Bragge, connue à Maple-Grove. Charmante, délicieuse, voyant la haute compagnie, madame Elton était impatiente de conclure sur-le-champ. Elle était radieuse, triomphante, refusant d’écouter son amie, qui répondait négativement, et lui répétait ce qu’elle lui avait dit auparavant, qu’elle ne pouvait pas, pour le présent, accepter de place. Madame Elton, malgré cela, insistait à être autorisée à écrire par la poste du soir, qu’on acceptait. Emma fut surprise de la patience de Jeanne. Elle paraissait chagrine, répondait sèchement, et à la fin, avec un emportement qui ne lui était pas naturel, proposa de changer de place. « Ne pourrait-on pas se promener ? M. Knightley n’aurait-il pas la bonté de leur montrer ses jardins, tous les jardins ? Elle désirait tout voir.» L’opiniâtreté de son amie lui était insupportable. Il faisait chaud ; et, après s’être promenés en petites parties de deux ou trois ensemble, toute la compagnie se rendit dans une grande allée d’ormes pour jouir de l’ombre ; cette allée terminait les jardins et les séparait de la rivière. Elle ne conduisait à rien ; on apercevait seulement un petit mur et deux piliers, qui lui donnaient l’air d’une des avenues du manoir ; mais elle n’avait jamais été ouverte. Quoiqu’on pût trouver à redire à la manière dont cette avenue était terminée, l’on ne pouvait nier néanmoins que la promenade ne fût très-agréable et la vue charmante. La pente considérable au bas de laquelle l’abbaye était située, s’élevait beaucoup de l’autre côté ; et, à un demi-mille, on voyait un coteau fort élevé, couvert d’arbres. Au pied de ce coteau était située la ferme de l’Abbey-Mill, ayant de superbes prairies sur le devant, et la rivière qui l’entourait de trois côtés.

Cette vue était charmante à l’œil et à l’esprit. On jouissait à la fois d’une verdure anglaise, de sa culture, et d’un beau soleil, dont les rayons et la chaleur étaient supportables.

M. Weston et Emma trouvèrent toute la compagnie assemblée dans cette promenade, et en tête, M. Knightley avec Henriette… M. Knightley et Henriette ! voilà un singulier tête-à-tête ; mais elle en fut bien aise. Il fut un temps qu’il l’eût refusée pour compagne, et quittée sans beaucoup de cérémonie. Alors ils semblaient causer amicalement ensemble. Jadis aussi Emma aurait été fâchée de voir Henriette si à portée de la ferme de l’abbaye ; mais alors elle n’en redoutait rien. Elle pouvait en sûreté la voir dans toute sa beauté ; ses riches prairies, ses nombreux troupeaux, ses vergers en fleurs, et des colonnes de fumée s’élever dans les airs. Elle les joignit à la muraille, et les trouva plus occupés à discourir qu’à regarder autour d’eux. Il donnait à Henriette des leçons d’agriculture, et Emma reçut de lui un sourire qui signifiait : « Ce sont mes affaires ; j’ai droit de parler sur ce sujet, sans qu’on me soupçonne de faire mention de Robert Martin. » Elle en était bien loin. C’était une vieille histoire. Probablement Martin avait oublié Henriette. Ils firent encore quelques tours ensemble ; l’ombrage était d’une fraîcheur exquise ; Emma s’y trouvait fort bien.

Il fallut regagner la maison pour se mettre à table. Tout le monde s’y mit, et Frank Churchill n’arrivait pas. Madame Weston se leva en vain plusieurs fois. Son père ne voulait pas avouer qu’il fût inquiet, et se moquait des craintes de son épouse ; mais elle répétait toujours qu’il était nécessaire qu’il se défit de sa jument noire. Il assurait dans sa réponse qu’il viendrait certainement. Sa tante était tellement mieux, qu’il ne faisait aucun doute sur la certitude qu’il avait de les aller joindre. Cependant l’état de la santé de madame Churchill était tel, lui disait-on, qu’il pouvait empirer d’un instant à l’autre ; que son neveu ne pouvait pas trop compter sur les apparences. Enfin madame Weston pensa, ou du moins dit qu’une attaque soudaine arrivée à madame Churchill, l’avait empêché de venir. Emma regardait Henriette avec attention pendant cette discussion ; elle se conduisit très-bien, et ne se trahit par aucune émotion.

Le repas fini, la compagnie devait sortir de nouveau pour aller voir le réservoir de l’abbaye, où l’on n’avait pas encore été. Peut-être irait-on jusqu’à un champ de luzerne qu’on devait couper le lendemain, ou du moins pour avoir le plaisir de s’échauffer afin de goûter celui de se rafraîchir ensuite.

M. Woodhouse, qui avait déjà fait son tour de promenade, dans la partie la plus élevée des jardins, où il n’était pas présumable que l’humidité de la rivière pût se faire sentir, ne voulut plus sortir, et sa fille resta avec lui, afin que madame Weston eût le moyen de suivre son mari, qui lui conseillait de venir prendre l’air et de l’exercice, dont elle avait le plus grand besoin. M. Knightley avait pourvu à l’amusement de M. Woodhouse, le mieux qu’il lui avait été possible ; il avait fait mettre dans la salle, des cartons de gravures, des médailles, des camées, des coraux, des coquilles, et tout ce que contenait son cabinet de plus curieux, pour faire passer le temps à son vieil ami, et il avait parfaitement réussi. Madame Weston lui avait montré toutes ces curiosités, et il voulait les faire voir lui-même à Emma. Heureux de n’avoir d’autre ressemblance à un enfant, que celle de n’avoir aucune espèce de goût ; car il était lent, constant et avait de l’ordre.

Avant de commencer cette seconde revue, Emma sortit pour aller dans le vestibule, afin d’observer l’avenue et l’arrangement des terres devant la maison. Elle y était à peine entrée, lorsqu’elle y vit venir mademoiselle Fairfax, sortant du jardin à la hâte, comme si elle se sauvait. S’attendant peu à rencontrer sitôt mademoiselle Woodhouse, elle parut surprise ; c’était pourtant elle qu’elle cherchait.

« Voudriez-vous avoir la bonté, lui dit-elle, lorsqu’on s’apercevra de mon absence, de dire que je m’en suis retournée à la maison ? Je m’y rends en ce moment. Ma tante ne fait pas attention qu’il est tard, qu’il y a long-temps que nous sommes absentes. Certaine qu’on aura besoin de nous, je m’en vais. Je n’en ai rien dit à personne. Cela aurait troublé la compagnie. Les uns sont allés au réservoir ; les autres se promènent dans l’allée des ormes. Jusqu’à ce qu’ils rentrent tous, on ne s’apercevra pas de ma disparition, et lorsqu’ils rentreront, voudriez-vous bien avoir la bonté de leur dire que je suis partie. »

« Certainement, si vous le désirez ; mais vous ne vous en allez pas seule ? »

« Je vous demande pardon, il n’y a pas de danger, je marche vîte ; dans vingt minutes je serai à la maison. »

« Mais il y a beaucoup trop loin pour vous y rendre toute seule. Permettez que le domestique de mon père vous accompagne, ou que j’envoie chercher la voiture : dans cinq minutes elle sera à vos ordres. »

« Mille grâces, pour rien au monde ; j’aime mieux aller à pied. Et pour moi d’avoir peur de m’en aller seule ! Moi, qui serai bientôt obligée de garder les autres ! »

Elle était dans une grande agitation. Emma lui dit avec sensibilité : « Ce n’est pas une raison pour que vous couriez aucun risque à présent. Je vais faire venir la voiture. La chaleur seule est dangereuse : vous êtes déjà fatiguée. »

« Cela est vrai, répliqua-t-elle, je suis fatiguée, mais pas du corps. Un pas précipité me rafraîchira. Nous savons tous, mademoiselle Woodhouse, ce que c’est que d’avoir de temps à autre les esprits oppressés, je vous avoue que les miens le sont en ce moment. La plus grande grâce que vous puissiez me faire serait de me permettre d’agir à ma volonté, et d’annoncer mon départ quand il en sera temps. »

Emma n’eut rien à répondre ; elle vit ce dont il s’agissait et, sympathisant avec elle, la fit sortir de la maison, la conduisit des yeux, en amie. Jeanne s’écria en parlant : « Oh ! mademoiselle Woodhouse, qu’on est heureux d’être seule quelquefois ! » Ce cri partait d’un cœur oppressé, et semblait indiquer combien elle souffrait souvent de ceux mêmes qui l’aimaient le plus.

« Quelle maison ! Quelle tante ! dit Emma, en rentrant dans la salle, que je la plains, plus elle marquera de sensibilité, plus elle me sera chère. »

Il n’y avait pas un quart-d’heure que Jeanne était partie, et ils n’avaient encore fini d’observer que quelques vues de la place St.-Marc de Venise, que Frank Churchill entra dans la salle. Emma ne pensait pas à lui, elle l’avait parfaitement oublié. Cependant elle fut charmée de le voir. Madame Weston n’aurait plus d’inquiétude. La jument noire n’avait pas commis de fautes. Ceux qui avaient dit que madame Churchill était cause de ce retard avaient raison. Une attaque de nerfs l’avait retenue pendant plusieurs heures. Il avait même abandonné toute idée de se mettre en route, et s’il avait soupçonné la chaleur qu’il devait éprouver, partant si tard, il ne serait pas venu. La chaleur était excessive, jamais il n’avait tant souffert de sa vie. Il ne pouvait souffrir le chaud, quoiqu’en état de supporter le froid. Il souhaitait presque d’être resté à la maison. Il s’assit le plus loin possible de la cheminée, où il restait encore un peu de feu qui avait été allumé pour M. Woodhouse, faisant une triste mine.

« En restant tranquille, dit Emma, vous vous rafraîchirez. »

« Je m’en retournerai aussitôt que cela arrivera. L’on ne pouvait guère se passer de moi ; mais on comptait tellement sur moi ici ! Vous allez sans doute vous en retourner dans un moment, car la compagnie se sépare déjà. J’en

rencontré une sur ma route. Quelle

folie par un temps pareil ! Quelle folie ! »

Emma écoutait, le regardait et s’apperçut que la situation dans laquelle se trouvait Frank Churchill, pouvait se décrire par cette phrase : qu’il était de mauvaise humeur. Il y avait des gens qui l’étaient toujours, quand ils avaient chaud. Peut-être était-il de ces gens-là. Comme elle savait que le boire et le manger guérissaient ordinairement cette maladie accidentelle, elle lui proposa d’aller prendre quelques rafraîchissemens qu’il trouverait en abondance dans la salle à manger : elle eut la bonté de lui montrer le chemin.

Non, il n’avait besoin de rien, cela l’échaufferait davantage. Deux minutes après néanmoins il fit de sérieuses réflexions, sortit en parlant tout bas de bierre de Spruce. Emma tourna ses attentions vers son père, se disant à elle-même : Je suis bien aise de ne plus l’aimer, j’aurais peine à supporter un homme qui perd la tête pour un peu de chaleur. La douceur du caractère d’Henriette n’y fera pas attention.

Il fut assez long-temps pour avoir fait un bon repas, et il rentra de meilleure humeur. Il se mit poliment à côte d’eux, et prit part à leur amusement, et témoigna qu’il était fâché d’être arrivé si tard. Il n’était pas enjoué, mais il s’efforçait de l’être. Ils regardaient des vues de la Suisse.

« Aussitôt que ma tante se portera mieux, dit-il, j’irai voir ce pays-là. Je vous enverrai de mes dessins, ou mes voyages, ou un poème. Je ferai quelque chose pour me compromettre. »

« C’est très possible, répondit-elle, mais non pas par vos dessins sur la Suisse, car vous n’irez jamais. Votre oncle et votre tante ne vous permettront jamais de quitter l’Angleterre. »

« Ils auront peut-être envie de la quitter : on peut ordonner à ma tante un climat plus chaud. Je suis persuadé que nous partirons tous ensemble. Il faut que je voyage. Je suis fatigué de ne rien faire. Il me faut du changement. Je parle sérieusement, mademoiselle Woodhouse, quoi qu’en puissent découvrir vos regards pénétrans. Je suis las de l’Angleterre ; et si je le pouvais, je la quitterais demain. »

« Vous y jouissez de trop de prospérité et d’indulgence. Ne pouvez-vous pas imaginer quelque chose qui vous donne un peu de chagrin, et rester avec nous ? »

« Moi, las de la prospérité. Vous vous trompez. Je ne me regarde pas comme heureux. J’éprouve des difficultés dans les choses les plus importantes. »

« Vous n’êtes pas tout à fait si mal que lorsque vous êtes arrivé. Allez prendre une autre tranche de jambon, buvez un ou deux verres de vin de Madère, avec de l’eau, et vous serez à-peu-près aussi bien que nous autres »

« Non, je veux rester auprès de vous ; vous me guérirez. »

« Nous allons demain à Box-Hill : vous viendrez avec nous. À la vérité, ce n’est pas la Suisse, mais c’est changer de place. Voulez-vous rester ici, et venir avec nous ? »

« Non, je m’en retournerai ce soir à la fraîcheur. »

« Mais vous pouvez revenir demain de grand matin ? »

« Non, cela n’en vaudrait pas la peine : je serais de mauvaise humeur. »

« En ce cas-là, restez à Richemont. »

« Mais si j’y reste, je serai encore pire ; je ne pourrais supporter que vous allassiez tous à Box-Hill sans moi. »

« C’est à vous à choisir le degré de mauvaise humeur qui vous convient le plus : je ne vous presserai pas davantage. »

Le reste de la compagnie rentra. Quelques-uns donnèrent de grands signes de joie à la vue de Frank Churchill ; d’autres parurent assez indifférens : mais tout le monde fut très-affecté du départ de mademoiselle Fairfax. Il était temps que chacun s’en retournât chez soi ; c’est ce qui eut lieu après qu’on eut finalement arrangé la partie du lendemain. Frank Churchill avait tant d’envie d’être de cette partie, qu’avant de se retirer, il adressa ces paroles à Emma.

« Eh bien ! si vous désirez que je reste, et que je sois de l’excursion à Box-Hill, je resterai. »

Un sourire agréable fut sa réponse : alors il n’y avait qu’un ordre pressé de Richemont qui pût l’y faire retourner avant le lendemain au soir.



FIN DU TROISIÈME VOLUME.