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La Petite Fadette (illustré, Hetzel 1852)/Chapitre 37

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La Petite FadetteJ. HetzelŒuvres illustrées de George Sand, volume 1 (p. 45).
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XXXVII.

Leurs conventions furent bientôt faites. Le mariage aurait lieu sitôt la fin du deuil de Fanchon ; il ne s’agissait plus que de faire revenir Landry ; mais quand la mère Barbeau vint voir Fanchon le soir même, pour l’embrasser et lui donner sa bénédiction, elle objecta qu’à la nouvelle du prochain mariage de son frère, Sylvinet était retombé malade, et elle demandait qu’on attendît encore quelques jours pour le guérir ou le consoler.

— Vous avez fait une faute, mère Barbeau, dit la petite Fadette, en confirmant à Sylvinet qu’il n’avait point rêvé en me voyant à son côté au sortir de sa fièvre. À présent, son idée contrariera la mienne, et je n’aurai plus la même vertu pour le guérir pendant son sommeil. Il se peut même qu’il me repousse et que ma présence empire son mal.

— Je ne le pense point, répondit la mère Barbeau ; car tantôt, se sentant mal, il s’est couché en disant : « Où est donc cette Fadette ? M’est avis qu’elle m’avait soulagé. Est-ce qu’elle ne reviendra plus ? » Et je lui ai dit que je venais vous chercher, dont il a paru content et même impatient.

— J’y vais, répondit la Fadette ; seulement, cette fois, il faudra que je m’y prenne autrement ; car, je vous le dis, ce qui me réussissait avec lui lorsqu’il ne me savait point là, n’opérera plus.

— Et ne prenez-vous donc avec vous ni drogues ni remèdes ? dit la mère Barbeau.

— Non, dit la Fadette : son corps n’est pas bien malade, c’est à son esprit que j’ai affaire ; je vas essayer d’y faire entrer le mien ; mais je ne vous promets point de réussir. Ce que je puis vous promettre, c’est d’attendre patiemment le retour de Landry et de ne pas vous demander de l’avertir avant que nous n’ayons tout fait pour ramener son frère à la santé. Landry me l’a si fortement recommandé que je sais qu’il m’approuvera d’avoir retardé son retour et son contentement.

Quand Sylvinet vit la petite Fadette auprès de son lit, il parut mécontent et ne lui voulut point répondre comment il se trouvait. Elle voulait lui toucher le pouls, mais il retira sa main, et tourna sa figure du côté de la ruelle du lit. Alors la Fadette fit signe qu’on la laissât seule avec lui, et, quand tout le monde fut sorti, elle éteignit la lampe et ne laissa entrer dans la chambre que la clarté de la lune, qui était toute pleine dans ce moment-là. Et puis elle revint auprès de Sylvinet, et lui dit, d’un ton de commandement auquel il obéit comme un enfant :

— Sylvinet, donnez-moi vos deux mains dans les miennes, et répondez-moi selon la vérité ; car je ne me suis pas dérangée pour de l’argent, et, si j’ai pris la peine de venir vous soigner, ce n’est pas pour être mal reçue et mal remerciée de vous. Faites donc attention à ce que je vas vous demander et à ce que vous allez me dire, car il ne vous serait pas possible de me tromper.

— Demandez-moi ce que vous jugerez à propos, Fadette, répondit le besson, tout essoti de s’entendre parler si sévèrement par cette moqueuse de petite Fadette, à laquelle, au temps passé, il avait si souvent répondu à coups de pierres.

— Sylvain Barbeau, reprit-elle, il paraît que vous souhaitez mourir.

Sylvinet trébucha un peu dans son esprit avant de répondre, et comme la Fadette lui serrait la main un peu fort et lui faisait sentir sa grande volonté, il dit avec beaucoup de confusion :

— Ne serait-ce pas ce qui pourrait m’arriver de plus heureux, de mourir, lorsque je vois bien que je suis une peine et un embarras à ma famille par ma mauvaise santé et par…

— Dites tout, Sylvain, il ne me faut rien celer.

— Et par mon esprit soucieux que je ne puis changer, reprit le besson tout accablé.

— Et aussi par votre mauvais cœur, dit la Fadette d’un ton si dur qu’il en eut de la colère et de la peur encore plus.