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La Princesse des airs/II/4

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IV


PÉRIPÉTIES AÉRIENNES


Alban Molifer, installé dans la cage vitrée qui se trouvait à l’avant de l’aéroscaphe, veilla toute la nuit, les regards fixés sur les instruments qui lui indiquaient la vitesse du ballon et l’altitude des couches d’air traversées.

Pendant cette nuit, que la lune illuminait de sa magique clarté, dans le grand silence supra-terrestre où les bruits de l’agitation humaine n’arrivaient plus, il eut tout le temps de se livrer à ses réflexions.

Aucun incident ne se produisit, qui réclamât son intervention. Le baromètre indiquait une hauteur à peu près constante.

Portée par un courant aérien aussi régulier, dans sa vitesse et dans sa direction, qu’eût pu l’être le cours d’un grand fleuve terrestre, la Princesse des Airs était entraînée vers le sud-est, avec une rapidité toujours égale.

Vers le milieu de la nuit, Alban aperçut, au-dessous de lui, une série de massifs rocheux, dont la lune, éclairant les sommets, silhouettant l’ombre des vallons, accusait profondément les reliefs[1].

Alban pensa que l’aéroscaphe devait voguer au-dessus du massif des Balkans.

Dans la contemplation de cette nuit sereine, les heures passaient comme des minutes. Il vit les astres descendre lentement vers l’Occident, puis pâlir et s’effacer. Du côté de l’Orient, le ciel blanchit. De longues bandes d’un orange vif et d’un rose clair d’une douceur idéale, annoncèrent la proche venue du soleil.

Alban était tout entier à ce spectacle lorsque Mme Ismérie, suivie bientôt de Ludovic et d’Armandine sortirent de leurs cabines.

La lumière éblouissante du matin, faisant irruption par les hublots de cristal de leur cellule, dont la veille, au soir, ils avaient négligé de tirer les rideaux, les avait réveillés. Ils s’étaient levés aux premiers rayons, comme auraient pu faire des oiseaux, et ils babillaient joyeusement.

– J’ai passé une nuit excellente, déclara Ludovic, dans le silence parfait des espaces célestes. J’ai dormi comme jamais je n’avais dormi, à poings fermés. Je suis absolument remis de mes blessures, et prêt à vous aider dans vos travaux.

– J’aurai justement besoin de vous, répondit Alban. Avec des barres d’aluminium qui sont au magasin, je vais essayer de reforger moi-même les pièces endommagées. C’est ce que j’aurais dû commencer par faire hier ; mais les idées les plus simples viennent toujours les dernières… En voulant aller trop vite, j’ai augmenté le dégât.

Pendant ce temps, Mme Ismérie et Armandine s’étaient précipitées aux fenêtres.

Au-dessous de l’aéroscaphe, un pays gris et plat, sans montagnes et sans villes, s’étendait à perte de vue.

Elles n’y purent rien distinguer, sauf un large cours d’eau, qui ressemblait, avec ses affluents, à un dessin anatomique du système artériel.

– Où sommes-nous ? demanda Armandine.

– Très probablement, répondit Alban, à peu de distance de l’embouchure du Danube. Nous allons passer au-dessus de la mer Noire. Dans quelques heures, nous planerons au-dessus du territoire de l’empire de Russie.

Après le petit déjeuner, préparé électriquement, Alban confia à Mme Ismérie le soin de surveiller les instruments, et se rendit, accompagné de Ludovic, dans le magasin situé à l’arrière.

Une minuscule forge de voyage y était installée.

Pour faire rougir la pièce de métal que l’on avait à travailler, il suffisait de l’engager entre les branches d’une pince mobile, et de pousser un levier. Le courant électrique passait ; la pièce devenait rouge.

Alban expliqua à Ludovic qu’il suffisait d’augmenter, tant soit peu, l’intensité du courant, pour amener la fusion complète du métal.

Comme on le voit, cette installation offrait un progrès considérable sur l’agencement primitif de la plupart des forges, où il faut des quintaux[2] de houille, et le long et pénible maniement d’un soufflet, pour obtenir une chaleur, par comparaison, insignifiante.

Alban avait saisi, dans un coin, une barre d’aluminium, qu’on eût pu prendre pour une barre d’argent dans ses reflets bleuâtres très accusés. Il s’était emparé d’un marteau, et pendant que Ludovic, ganté de gutta-percha, graduait, suivant les besoins, le passage du courant, il s’était mis à forger.

– Pourquoi, fit remarquer Ludovic, n’employez-vous pas de l’acier, pour ces pièces qui doivent offrir une grande solidité ?

– L’acier est certainement plus résistant, répliqua Alban, mais il est aussi plus difficile à travailler. D’ailleurs je n’en possède pas en quantité suffisante pour refaire des barres entières. Je n’ai emporté, en fait d’acier, que quelques écrous de rechange.

– Vous avez donc oublié d’en prendre ?

– Ce n’est pas un oubli. J’étais loin de prévoir ce qui nous arrive. L’aluminium étant très suffisant pour une réparation provisoire, j’avais cru obvier à tout inconvénient, en en emportant quelques barres.

Alban Molifer était d’une merveilleuse adresse. Il limait, martelait, forgeait, ajustait comme s’il n’eût fait que cela de toute sa vie. Le travail avançait rapidement. Vers le milieu de la matinée, une première barre put être mise en place. La jointure de la bielle qui réunissait deux barres et qui transmettait le mouvement, demanda plus de peine et surtout plus de temps.

Malgré les facilités que donnait le courant électrique, la réparation était à peine terminée, qu’Armandine dont les gambades sonnaient sur le plancher métallique, vint crier, de sa voix joyeuse.

– À table, messieurs les forgerons, le déjeuner est servi.

Le repas fut expédié rapidement, Alban et Ludovic s’étaient enthousiasmés pour leur travail.

Le capitaine de l’aéroscaphe tenait essentiellement à ce que la réparation fût terminée avant l’approche de la nuit.

Dans l’après-midi, on passa au-dessus de la mer Noire. Le vent avait faibli ; Armandine put, tout à loisir, contempler les paquebots et les navires de commerce qui, de cette hauteur, paraissaient à peine plus gros que des coques de noix.

L’enfant, d’ailleurs, ne manqua pas de remarquer que la mer Noire n’était pas noire du tout.

Elle apparaissait comme une immense surface ardoisée, avec des reflets grisâtres.

Alban avait presque entièrement terminé son travail. Il forgeait et rodait la dernière barre lorsqu’on pénétra dans les régions atmosphériques situées au-dessus du territoire russe.

Le soleil commençait à décliner sur la mer quand Armandine accourut, tout effrayée.

– Père, s’écria-t-elle, nous sommes poursuivis…

Alban lâcha brusquement la barre de métal qu’il façonnait, et grimpa sur la plate-forme supérieure de l’aéroscaphe, muni d’une excellente lorgnette marine, afin de voir à quelle sorte d’ennemis on avait affaire.

Quelle ne fut pas sa surprise de distinguer, à quelques milles sous le vent, un immense aérostat, de forme allongée, semblable, sauf quelques détails, aux dirigeables que construisent les ingénieurs militaires français.

C’était, à n’en pas douter, un aérostat appartenant au gouvernement russe.

À l’aide de sa lorgnette, Alban distingua même les uniformes verts et blancs des officiers qui le montaient, et le pavillon impérial qui flottait à l’arrière, au-dessus du gouvernail de toile.

Mais ce qui l’étonna le plus, ce fut de voir, tout autour du dirigeable, une quantité de minuscules aérostats munis de voiles et d’hélices, et montés chacun par un seul homme. Alban avait lu la description de ces appareils, que les Américains appellent aérocycles, et qui participent à la fois de l’aérostat et du cerf-volant ; mais il ignorait qu’un gouvernement européen en eût déjà fait construire, surtout en aussi grand nombre.

Favorisés par le calme, le dirigeable et la flottille aérienne qui lui faisait escorte, avançaient avec rapidité, et menaçaient de rejoindre la Princesse des Airs dans un très bref laps de temps. L’aéroscaphe, en effet, ne marchait qu’à la même vitesse que le courant aérien dans lequel il était plongé.

Les Russes, qui profitaient du même courant, bénéficiaient en outre de l’impulsion de leurs hélices et de la forme plus allongée de leur aérostat.

– Il est forcé qu’ils nous rattrapent, pensa Alban. La Princesse des Airs est dans le même cas qu’un esquif abandonné au fil de l’eau, et que poursuivraient de vigoureux rameurs… Je ne vois pas, après tout, conclut-il, pourquoi j’essaierais de les éviter. Ils pourront peut-être nous porter secours…

La nuit était tout à fait tombée.

Alban, qui n’avait pas quitté sa lunette marine, remarqua, à l’arrière du dirigeable, une sorte de lueur rougeâtre ; et perçut le bruit sourd de continuelles détonations. Il s’expliqua bientôt ce fait, qui l’avait, d’abord, fortement intrigué.

– Ils doivent employer comme moteur, songea-t-il quelque puissant explosif. Il est certainement plus facile d’emporter quelques kilos de dynamite qu’une machine à vapeur qui peut, d’un instant à l’autre, enflammer le gaz hydrogène… Pour mon compte, je préfère, à tout cela, l’électricité.

Les Russes se rapprochaient de plus en plus.

Le bruit des détonations de leur moteur était devenu très perceptible.

Alban, qui n’avait pas quitté son observatoire, eut l’idée de héler ses collègues inconnus… Pour toute réponse une balle siffla à ses oreilles, et alla raser la tôle de la coque, avec un bruit sonore.

Ce fut comme un signal.

Le crépitement d’une fusillade retentit.

Alban se laissa glisser, en toute hâte, par l’échelle métallique et rentra dans l’intérieur de la coque, épouvanté.

– J’avais oublié, s’écria-t-il, que la Russie est en guerre avec la Turquie. Il n’y a rien à faire. Ces gens-là vont nous mitrailler sans merci… Arborer notre drapeau, c’est bien inutile, par cette sombre nuit… D’ailleurs, ils croiraient à une ruse de guerre, et n’en tireraient pas moins sur nous… D’abord, qu’on éteigne toutes les lumières.

Mme Ismérie, quoique un peu pâle, n’avait pas quitté son poste près des appareils.

Armandine se tenait à ses côtés, sans soupçonner l’imminence et la gravité du péril.

– Il faut à toute force raccorder notre dernière barre, s’écria Alban, fut-ce même sous le feu de l’ennemi…

Et il se précipita dans le magasin où Ludovic, armé d’un lourd marteau, essayait vainement de terminer la dernière pièce.

– Laissez cela, commanda Alban, d’un ton bref. Nous sommes poursuivis ; notre salut dépend de notre sang-froid. Il faut absolument que la Princesse des Airs s’élève… Jetez par-dessus bord tous les objets inutiles pour nous délester… Il me faudrait plus d’une heure pour faire fonctionner les appareils producteurs de « lévium ».

Ludovic se précipita vers la salle commune.

Aidé d’Armandine et de Mme Ismérie, il traîna jusqu’à la porte extérieure, puis précipita dans le vide, d’abord un coffre plein de vivres, puis deux caisses de conserves, et un des réservoirs d’eau filtrée.

Mme Ismérie regarda le baromètre.

– Bravo ! s’écria-t-elle ; nous avons fait un bond d’une centaine de mètres… Nos adversaires nous chercheront vainement maintenant.

Alban accourait, sa barre complètement terminée à la main.

Il avait dû finir, tant bien que mal, son travail, à la lueur d’une lampe électrique placée dans un angle et invisible du dehors.

Les Russes étaient, pour le moment, dépistés.

Leur dirigeable, qu’on apercevait très nettement entouré d’une auréole rougeâtre, apparaissait bien en dessous de la Princesse des Airs.

Un grand remue-ménage paraissait s’y produire. Des silhouettes, à casquette blanche et à grosses moustaches, s’agitaient.

Semblable à un essaim de lucioles, la flottille des aérocycles s’était rapprochée du ballon principal.

– Il n’y a pas un instant à perdre, s’écria Alban, arrachant Ludovic à cette contemplation. Nous allons monter, tous les deux, sur la plate-forme et rajuster, en toute hâte, notre barre. Cela fait, nous pourrons nous moquer de tous les ennemis terrestres ou aériens.

Le travail de pose et d’ajustage fut, malgré l’obscurité, très rapidement terminé.

Il ne restait plus qu’un écrou à visser.

– Voulez-vous vous en charger, demanda Alban. Quant à moi, je cours actionner les moteurs et les dynamos. Ensuite, je vous ménage peut-être une surprise…

Très fier de la confiance qu’on lui accordait, Ludovic avait commencé à visser gravement son écrou à l’aide d’une clef anglaise, lorsqu’un rayon, d’une clarté aveuglante, l’enveloppa tout entier.

Au même instant, une grêle de balles rebondit tout autour de lui sur la coque de l’aéroscaphe.

L’enfant sentit le sang refluer vers son cœur.

Ses mains tremblèrent ; mais il eut quand même le courage en deux ou trois tours de main nerveux, de finir d’assujettir l’écrou.

Il se laissa ensuite glisser jusqu’au bas de l’échelle.

Alban, qui volait à son secours, le reçut dans ses bras, et le déposa, tout pâle, sur une des banquettes de la salle commune.

– Le travail est terminé, dit fièrement Ludovic.

– Notre enfant !… s’écria Alban… Dire qu’ils auraient pu vous tuer : je ne me le serais jamais pardonné… Ah ! les misérables nous ont découverts à l’aide de leurs projections électriques !… Ils se croient déjà vainqueurs ; mais ils ont compté sans les rayons Rœntgen. Ils vont reconnaître, un peu tard, l’imprudence qu’il y a d’emporter des matières explosives à bord d’un aérostat !

Ludovic, dont la terreur était tout à fait dissipée, entendit alors ronfler les dynamos.

Dans quelques minutes, les ailes puissantes de l’aéroscaphe allaient l’entraîner loin de ses ennemis.

À cet instant, un craquement aigu déchira l’air.

– Les misérables, s’écria Mme Ismérie ; ils ont troué l’enveloppe de l’aérostat ! Nous tombons !

– Pas encore ! clama triomphalement Alban Molifer qui poussait, de toutes ses forces, le levier de mise en action des appareils planeurs.

Un silence d’angoisse régna pendant quelques secondes.

Puis un choc fît vibrer toute la coque de l’aéroscaphe, et se continua par un balancement très doux qu’accompagnait un sourd bruissement.

– Mon Dieu ! les ailes marchent !… s’écria Mme Ismérie toute joyeuse. Nous sommes sauvés !…

Les immenses ailes de l’aéroscaphe, après s’être agitées avec lenteur, battaient maintenant l’air avec une rapidité sans cesse accélérée.

Ce n’était plus une machine, un aérostat inerte, jouet des courants atmosphériques que la Princesse des Airs. À présent, c’était un être doué de vie et de volonté, plus puissant et plus rapide dans son vol que l’aigle ou l’albatros, bien digne du nom que lui avaient donné ses créateurs : la Princesse des Airs.

Les aéronautes, dans leur ravissement, dans la joie de se voir sauvés, s’éteignaient les mains avec enthousiasme, lorsqu’une explosion formidable retentit.

Le dirigeable, avec tout son équipage, venait d’être réduit en miettes.

On voyait la flottille des aérocycles disparaître vers les basses régions de l’atmosphère, dans une débandade éperdue…

Ludovic, ses grands yeux étonnés fixés sur Alban tout pâle, semblait attendre de lui une explication.

– Je regrette cette catastrophe, dit gravement l’aéronaute… Je n’ai fait qu’user du droit de légitime défense… Mais aussi pourquoi être assez imprudent pour charger une nacelle d’explosifs, comme ils l’ont fait !…

Ludovic ne comprenait pas encore.

– C’est bien simple, expliqua Alban, je ne savais pas, moi, si nos ailes allaient fonctionner… Pendant que vous acheviez de visser votre dernier écrou sous une pluie de balles, – et permettez-moi, de vous féliciter encore de votre héroïsme, – j’ai dirigé contre nos ennemis, un engin de défense que je gardais comme suprême ressource : l’appareil inventé par le savant suédois Axel Orling pour mettre le feu aux torpilles à de grandes distances. Leur moteur était actionné par un explosif. Les rayons Orling ont rencontré leur provision de détonateurs, et ils ont sauté !… Ce n’est vraiment pas de ma faute.

– Tant pis pour eux, s’écria Armandine.

– Je te défends de parler de la sorte, reprit sévèrement l’aéronaute. Il est toujours terrible d’être cause de la mort d’un homme. Je viens peut-être de priver l’humanité de savants dont l’existence était cent fois plus précieuse que la mienne.

– Si tu avais été sûr que les ailes marchaient, dit tristement Mme Ismérie, tu n’aurais pas eu besoin d’employer ce terrible moyen de défense.

– Je me proposais d’arrêter l’appareil Orling aussitôt que je serais sûr du bon fonctionnement de nos planeurs… Ces pauvres Russes n’ont vraiment pas eu de chance. Quelques secondes de plus, et ils étaient sauvés.

Cependant, Alban qui, pour échapper aux Russes, avait donné à ses appareils moteurs, toute l’impulsion qu’ils étaient capables de recevoir, s’aperçut, en jetant un coup d’œil[3] sur les instruments, que l’aéroscaphe marchait à une vitesse folle qu’il était urgent de modérer.

Les ailes de l’hélice se mouvaient avec tant de rapidité, que les plaques de tôle de la coque trépidaient, et que la Princesse des Airs progressait avec un bourdonnement sourd, pareil à celui que produit une pierre partie d’une fronde.

Alban se dirigea du côté des appareils.

Il était bien aise, d’ailleurs, d’essayer, dans toutes les parties de son mécanisme, cette machine qui lui avait coûté tant d’années d’étude et de travail.

Il ralentit, d’abord, le mouvement des ailes ; puis il embraya l’hélice : la Princesse des Airs s’inclina doucement vers la terre.

Remettant alors l’hélice en marche, il immobilisa complètement les ailes. L’aéroscaphe glissa sur les couches aériennes, pareil à quelque grand oiseau planant, les ailes étendues, et ne continuant son vol qu’en vertu de la vitesse acquise.

Ensuite, Alban arrêta une seule des ailes, en imprimant à l’autre une vitesse moyenne : l’aéroscaphe tourna lentement sur lui-même.

En combinant la manœuvre du gouvernail, de l’hélice et des ailes, la Princesse des Airs montait ou descendait, en ligne oblique, tournait en cercle, reculait, avançait contre le vent, en un mot obéissait à tous les mouvements, plus vite et plus fidèlement que le cheval le mieux dressé, que le navire à voile ou à vapeur le mieux construit et le mieux gouverné.

Ludovic, à qui Alban avait confié, quelques instants, le gouvernail, ouvrait des yeux émerveillés.

Alban Molifer, lui, ressentait une telle joie de voir ses espérances enfin réalisées, son chef-d’œuvre parfait de tout point, qu’il tremblait d’émotion. Il éprouvait l’orgueil du créateur qui voit prendre corps et se matérialiser les imaginations longtemps mûries dans son cerveau.

C’était bien sa créature, sa chose, cet infatigable oiseau de métal qui paraissait doué de volonté et qui dépassait, par sa structure merveilleuse, les plus fantastiques imaginations des poètes orientaux. L’oiseau Roc, dont les Mille et une Nuits affirment l’existence fabuleuse, et qui éclipse la lumière du soleil quand il étend les ailes, n’était qu’un monstre lourd et grossier à côté de cette Princesse des Airs qui allait enfin permettre à l’humanité de conquérir le royaume encore vierge des plaines aériennes, de s’y installer et d’y vivre.

– Maintenant, dit gravement Alban, je puis mourir en paix. J’ai réalisé l’œuvre que j’avais donnée pour but à ma vie. Même si nous périssions dans une catastrophe, ma découverte ne serait point perdue pour l’humanité, puisque le docteur Rabican en connaît tous les détails. J’aurais quand même la gloire d’avoir été le premier et le pacifique conquérant des royaumes atmosphériques.

Ludovic considérait Alban avec un respect involontaire.

Pour la première fois, son cerveau d’enfant se rendait compte de l’admiration que mérite un grand inventeur ; et en songeant à ce qu’il avait lu des peuples de l’Antiquité, il trouvait tout naturel qu’ils eussent placé au rang des divinités quelques-uns de leurs plus illustres savants : Prométhée, qui ravit le feu du ciel pour réchauffer, défendre et civiliser la pauvre humanité barbare des époques primitives, Vulcain, Tubalcaïn qui, les premiers, forgèrent les métaux… Esculape, Apollon avaient été d’abord de grands savants, avant de prendre place dans l’Olympe et sur les autels.

Ludovic éprouvait un sentiment bizarre.

Si absurde que cela puisse paraître, il ressentait, à l’égard d’Alban, une sorte de jalousie ; et il était furieux de n’être encore qu’un enfant, de n’avoir encore fait aucune découverte.

Mais il réprima bien vite cette mauvaise pensée.

– Ce n’est pas de l’envie, songea-t-il, c’est de l’émulation que doivent m’inspirer les réalisateurs des miracles scientifiques qu’il m’est donné de contempler. Je travaillerai, j’étudierai, et plus tard, moi aussi, je ferai reculer, devant le flambeau de la vérité, les ténèbres du mystère qui entourent encore la connaissance de la destinée humaine.

Ludovic fut tiré de ces réflexions, un peu trop sérieuses, peut-être, pour un enfant de son âge, par Alban, qui le priait de surveiller, pendant quelques instants, les appareils.

Cette surveillance n’était guère difficile.

À la hauteur où elle se trouvait la Princesse des Airs n’avait aucune poursuite à redouter.

Alban eût très bien pu, à la rigueur, maintenant que la vitesse était parfaitement réglée, abandonner à lui-même l’appareil ; mais il savait faire grand plaisir à Ludovic en le traitant en homme, et en ayant l’air de lui laisser une certaine responsabilité dans la marche de l’aéroscaphe.

– Je vais, dit l’aéronaute, m’occuper de liquéfier ce qui reste de « lévium » dans l’enveloppe de notre aérostat, déchiqueté par les balles russes. Le volume relativement énorme de cette enveloppe offre, à la masse aérienne, une résistance considérable. De plus, à mesure que l’aérostat va se dégonfler davantage, il s’affaissera, à droite et à gauche de notre coque, et il pourrait alors être la cause d’une catastrophe.

– Comment cela ? demanda Ludovic, pendant qu’Alban, aidé de Mme Ismérie et d’Armandine, mettait en mouvement la roue d’un puissant aspirateur qui refoulait le « lévium » dans un gros tube d’acier muni d’un appareil réfrigérant.

Le gaz, soumis à une forte pression, retournait lentement à l’état liquide et allait remplir une série de bonbonnes d’acier qui, sitôt pleines, étaient immédiatement séparées de la machine et isolées les unes des autres.

– Parce que, dit Alban, répondant à la question de Ludovic, si par malheur les cordages et les agrès s’embarrassaient dans nos ailes, je ne serais plus maître de l’aéroscaphe ; et cette fois, ce serait la chute irrémédiable.

Mais déjà Alban était sorti et avait grimpé sur la plate-forme.

Il ne fallait pas attendre, pour commencer à rouler l’enveloppe de l’aérostat à l’aide du treuil et du système de poulies destinés à cet usage, qu’il fut entièrement dégonflé, et que les agrès se fussent enchevêtrés dans les ailes.

Quand l’aérostat était vide de son gaz, son enveloppe de soie de Chine enduite d’un vernis spécial se repliait de manière à occuper, sur la plate-forme, le moins de place possible, à peu près comme ces plaids de voyage que l’on comprime à l’aide d’une courroie.

Au bout d’une demi-heure, Alban redescendit, son travail complètement terminé.

Débarrassée de l’aérostat, la Princesse des Airs avait augmenté sa vitesse d’une façon vertigineuse. Il fallut de nouveau la modérer.

Malgré la perfection du système de graissage, Alban redoutait, surtout avec des pièces aussi peu résistantes que celles qu’il avait fabriquées lui-même en aluminium, d’exposer les organes délicats de l’aéroscaphe à un échauffement, qui eut pu avoir pour conséquence une avarie peut-être irréparable.

Comme la prudence le lui conseillait, il résolut de ne marcher désormais qu’à une allure modérée.

Pour parer à tout événement, l’aéronaute qui avait besoin, cette nuit-là, de prendre du repos, expliqua minutieusement à Mme Ismérie et à Ludovic, qui devaient se relayer dans la surveillance des appareils, le fonctionnement de chacun des leviers qui commandaient les différentes mises en marche.

Pendant le repas du soir, où tout le monde mangea d’un formidable appétit, aiguisé aussi bien par les périls et les travaux de cette journée que par l’air glacial et vif des grandes altitudes, on discuta la question de l’itinéraire à suivre.

– Et d’abord, où sommes-nous ? demanda Mme Ismérie.

– La vitesse folle que j’ai tout d’abord imprimée à nos moteurs, répondit Alban, nous a fait faire un saut formidable. Si mes calculs sont exacts, nous devons planer en ce moment, au-dessus des steppes qui s’étendent à l’est de la mer Caspienne, sur les frontières de la Perse et de la Russie d’Asie.

– Ne croyez-vous pas, fit Ludovic, qu’il serait temps de mettre le cap sur la France et de retourner à Saint-Cloud, où mes pauvres parents doivent être plongés dans le désespoir ?

Alban Molifer demeura quelque temps sans répondre.

Il faisait des efforts de réflexion qui plissaient son front, pinçaient ses lèvres, et fronçaient ses sourcils.

– Je suis très indécis, déclara-t-il enfin ; très perplexe même. Il ne faut pas songer à repasser par la Russie d’Europe ni même par la Turquie d’Asie, où la guerre sévit actuellement dans toute son horreur, et où nous courrions le risque de recevoir quelque obus ou quelque paquet de mitraille. Nous serions certainement découverts et traqués par les aérostats militaires de l’une ou l’autre nation ; ou peut-être bombardés par les canons verticaux récemment inventés pour tirer sur les ballons.

– Faisons un détour, proposa Mme Ismérie.

– Nous n’avons, pour éviter le théâtre de la guerre, que deux routes à choisir : ou remonter, à travers la Sibérie, jusqu’à la région polaire, d’où nous redescendrions en Europe par la Suède, ce qui est périlleux ; ou pousser jusqu’à l’Inde, franchir l’océan Indien, et revenir chez nous par l’Afrique centrale et l’Algérie. Ce chemin est aussi impraticable que l’autre. Avec des ailes installées d’une façon aussi peu solide, je n’oserais jamais me risquer à faire la traversée de l’océan Indien et des régions barbares du centre africain. Ajoutez à cela que nous serions obligés, dans les deux cas, d’aller contre le vent, ce qui fatiguerait beaucoup nos appareils.

– Qu’allons-nous devenir, alors ? s’écria Ludovic, désappointé.

– Voici ce que je compte faire, déclara Alban ; et c’est, je crois, la meilleure solution du problème. Nous allons continuer à profiter du courant atmosphérique qui nous a portés jusqu’ici ; et nous[4] irons atterrir dans la colonie française la plus proche, c’est-à-dire au Tonkin. Nous en sommes, maintenant, beaucoup moins loin que de Paris, et le vent nous y porte. Une fois arrivés là-bas, je ferai réparer solidement les pièces défectueuses, raccommoder et regonfler l’aérostat. Alors, je n’hésiterai plus à tenter les traversées les plus longues. Après avoir télégraphié au docteur Rabican pour le rassurer, nous pourrons revenir par le chemin qu’il nous plaira. Il nous faut à peine deux jours, même en tenant compte des variations du courant atmosphérique, pour atteindre les possessions françaises.

Cette importante question une fois réglée, les fronts se déridèrent.

Autour de la théière fumante, il faisait bon, dans la salle commune de l’aéroscaphe.

Au-dehors, le froid était glacial.

Mme Ismérie avait dû porter au rouge les plaques calorigènes qui permettaient, grâce à l’électricité, de donner à l’atmosphère intérieure de la coque, une température aussi chaude que possible.

Armandine n’avait point oublié, lors du départ de l’aéroscaphe, de prendre avec elle la plus belle de ses poupées, qu’elle avait baptisée « Virginie ». Elle n’eût voulu, pour rien au monde, assura-t-elle, se séparer de sa fille ; et tout en réparant un accroc qui s’était malheureusement produit à la robe de Virginie, elle lui adressait mille discours sur le plaisir qu’il y a de voyager dans les airs, de visiter des pays inconnus, pour pouvoir, au retour, émerveiller ses petites amies.

Pendant ce temps, Ludovic se faisait expliquer, par Alban, ce que c’était que cet extraordinaire appareil Orling qui avait causé, de si terrible façon, le trépas des aéronautes russes.

– L’invention du savant suédois, dit Alban, est basée sur la découverte qu’ont faite, avant lui, deux savants américains : Hayes et Bell qui ont eu l’idée de remplacer, dans les téléphones, le fil électrique par un rayon lumineux. C’est ainsi qu’ils sont arrivés à construire des téléphones sans fil. M. Orling, lui, a substitué aux rayons lumineux ordinaires des rayons invisibles à peu près de la même nature que les Rayons X… ou Rayons Rœntgen. C’est à la manœuvre des torpilles qu’il a fait la première application de sa découverte. Installé sur le rivage, ou à bord d’un navire, l’opérateur peut, à volonté, détruire une flotte ennemie, sans courir aucun risque, et avec une dépense pour ainsi dire insignifiante. – Cet appareil, qui tient tout entier dans cette petite boîte d’acajou – et Alban la désignait à l’enfant – je l’avais emporté pour réaliser certaines expériences. J’étais loin de supposer que la nécessité m’obligerait à le transformer en engin de défense.

– Et quelle est la nature de ces rayons ?

– Elle est encore très mal connue. On sait s’en servir ; mais on ignore ce que c’est exactement.

Ludovic ne donnait pas une minute de répit, par ses questions, à son bienveillant interlocuteur. Après l’avoir interrogé sur les torpilles, il lui demanda ce que c’était que ces canons verticaux, avec lesquels on pouvait tirer sur les aérostats.

– Ce sont tout bonnement, répondit Alban, des canons ordinaires, montés sur un affût qui permet de les diriger vers tous les points de l’horizon, et de rester perpendiculaires au sol, c’est-à-dire braqués vers le ciel. Ils ont été employés pour la première fois, pendant le siège de Paris, en 1870. Bismark, voyant que les assiégés opéraient, presque chaque jour des ascensions couronnées de succès, et parvenaient ainsi à franchir les lignes prussiennes, et à donner de leurs nouvelles au reste de la France, fit construire, pour la première fois quelques-uns de ces engins, par Krupp, le célèbre fondeur allemand. On les appela des « mousquets ». Il ne paraît pas, d’ailleurs, que ces canons aient produit d’excellents résultats. Pendant toute la durée du siège, aucun ballon ne fut atteint par eux. Depuis, ils ont été notablement perfectionnés, munis d’un frein de recul spécial ; et toutes les nations de l’Europe et de l’Amérique en possèdent dans leurs arsenaux.

La soirée s’écoula ainsi, au milieu de paisibles conversations entre les passagers de la Princesse des Airs. Un observateur, transporté brusquement dans la salle commune de l’aéroscaphe, se fût plutôt cru dans le salon de quelque tranquille rentier, et eût eu beaucoup de peine à s’imaginer que l’aéroscaphe, en apparence immobile, filait avec une vitesse de cent vingt kilomètres à l’heure, au-dessus des steppes désolées de la Russie d’Asie.

– Il n’y a qu’une chose qui m’inquiète un peu, dit tout à coup Mme Ismérie, qui, jusque-là était demeurée silencieuse. N’allons-nous pas manquer de vivres ? Nous avons jeté, par-dessus bord, les deux grandes caisses qui contenaient la majeure partie de notre approvisionnement… J’ai inspecté ce qui reste : nous n’en avons pas pour longtemps… Dans deux jours, toutes les réserves seront épuisées.

– Voilà qui n’a pas grande importance, répondit Alban. Dans deux jours notre voyage sera terminé. Si la famine se faisait sentir, nous en serions quittes pour descendre chasser ou pêcher.

– Chasser ou pêcher, s’étonna Ludovic ; mais nous n’avons pas d’armes !

– Que cela ne vous préoccupe pas, fit Alban, de l’air supérieur d’un homme qui a résolu des difficultés autrement sérieuses… Des armes, j’en improviserai ou j’en fabriquerai quand il me plaira.

Cependant Armandine tombait de sommeil.

Sans abandonner sa poupée, sa chère Virginie, elle s’était accotée dans un angle : et Mme Ismérie dut l’appeler à haute voix et la secouer, pour la tirer de sa somnolence.

Après avoir renouvelée ses recommandations à Ludovic Rabican sur la façon dont il devait guider les appareils, Alban alla se coucher à son tour.

Les fatigues accumulées des jours précédents, et les émotions qu’il avait ressenties, lui firent trouver le repos délicieux.

Il n’avait, d’ailleurs, aucune inquiétude, au sujet de l’aéroscaphe.

Étant donnée la vitesse modérée à laquelle on marchait, nul accident n’était à craindre. La surveillance était pour ainsi dire, une pure formalité.

Tel n’était pas l’avis de Ludovic.

Tout fier du poste d’honneur qu’il allait occuper jusqu’à ce que Mme Ismérie le remplaçât, il ne quitta pas du regard, un instant, les appareils enregistreurs, et nota consciencieusement les variations de vitesse ou d’altitude qu’ils indiquaient.

Au bout de trois heures de ce travail d’attention soutenue, assez fatiguant pour une jeune tête, il alla se coucher ; et jusqu’au matin Mme Ismérie prit sa place dans la cage vitrée d’où l’on dominait une immense étendue de ciel, constellée d’astres éblouissants.

La nuit s’écoula sans incident.

Levé dès l’aurore, Alban fit le tour de la galerie extérieure, et monta sur la plate-forme, pour inspecter l’horizon.

Très loin vers l’est, apparaissaient des cimes bleuâtres.

Mais, au-dessous de l’aéroscaphe, presque à perte de vue, le paysage s’étendait, d’une platitude et d’une monotonie désolantes.

Alban imprima à l’aéroscaphe un mouvement de descente oblique.

Bientôt les voyageurs planèrent à deux ou trois cents mètres à peine de la steppe désolée.

Ludovic Rabican, qui venait de sortir de sa cabine, se précipita sur la galerie extérieure, tout heureux de contempler pour la première fois, un paysage d’Asie.

Il fut un peu désappointé, en présence de l’immense océan d’herbes d’un vert profond, qui ondulait mélancoliquement sous le vent.

– Je préfère les hautes régions de l’atmosphère[5], déclara l’enfant. L’air y est plus pur, et le spectacle, sans cesse renouvelée[6], des nuages est cent fois plus beau que ce pays de désolation.

Alban qui n’avait aperçu, à proximité, aucun village de Cosaques nomades, aucun lac, aucun cours d’eau même d’où il eût pu tirer une indication topographique, imprima, de nouveau, à l’aéroscaphe, un mouvement ascensionnel.

Avec un battement d’ailes accéléré la Princesse des Airs s’éleva, suivant une ligne une ligne oblique qui formait, avec la ligne d’horizon, un angle très aigu.

C’est au cours de ce mouvement ascensionnel que se produisit un incident qui devait avoir son importance pour les voyageurs.

Deux oiseaux, qui paraissaient exténués de faim et de fatigue, vinrent s’abattre sur la galerie extérieure, où ils demeurèrent pantelants.

Ludovic s’en empara, et les reconnut sans peine pour des pigeons voyageurs.

Ils portaient à la patte un petit anneau couvert de caractères russes, et devaient venir de quelques pigeonnier militaire.

La petite Armandine prit les oiseaux sous sa protection, leur émietta du pain et leur donna à boire.

Ils avaient dû être poursuivis par quelque oiseau de proie, ou battus par une tempête, car ils paraissaient aussi fatigués qu’affamés.

– Je veux les garder, dit la petite fille ; je les apprivoiserai et j’en aurai bien soin.

– Il faudra, au contraire, décida Alban, les remettre en liberté. Ces pigeons voyageurs peuvent devenir, pour nous, des messagers providentiels.

– Ah ! je comprends, s’écria Ludovic ; vous voulez les charger d’une dépêche pour mon père et nos amis de Saint-Cloud. Mais comment leur parviendra-t-elle ?

– Très aisément… Lorsque ces oiseaux auront regagné le pigeonnier d’où ils sont partis, un pigeonnier militaire russe sans nul doute, on trouvera notre missive, que les autorités du pays feront traduire et expédieront à nos amis.

Ludovic accueillit cette idée avec enthousiasme.

Une fois que les pigeons furent bien restaurés et ragaillardis, une courte dépêche fut écrite, sur un fragment de toile très fine, qui fut enroulé autour de la patte des oiseaux.

Voici quelle était exactement la teneur de ce message :

L’aeroscaphe la Princesse des Airs
quoique avarié n’est pas en perdition,
Rassurez le docteur Rabican,
Saint-Cloud (France) père de Ludovic
qui est avec nous, bien portant.
Planons sur l’Asie centrale
où sont impossibles tous secours
Nouvelles bientôt. Alban Molifer. »

Il était difficile d’écrire beaucoup de mots sur du linge ; mais Alban, n’ayant pas les minces pellicules dont on se sert pour les dépêches par pigeons, avait préféré, au papier, le linge, qui n’a rien à craindre de la pluie ou de l’humidité, et qui est plus difficile à détruire.

Quand tout fut prêt, les oiseaux furent apportés sur la galerie extérieure ; et tout le monde, même la petite Armandine, quoiqu’elle eût le cœur un peu gros de se séparer de ses chers oiseaux, accompagna de ses vœux les plus ardents, les petits messagers ailés.

Après s’être élevés à une certaine hauteur, autour de l’aéroscaphe, comme pour s’orienter, ils prirent délibérément leur vol dans la direction de l’Ouest, et ne furent plus, bientôt, que deux points imperceptibles, qui finirent par se confondre avec le bleu du ciel.




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  6. renouvelé ?