La Teinture et l’impression par l’indigo

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LA TEINTURE ET L’IMPRESSION
PAR L’INDIGO.

Deux chimistes distingués, MM. P. Schutzenberger et F. de Lalande, ont présenté à la Société chimique un travail fort intéressant sur de nouvelles applications de l’indigo en teinture et en impression. Jusqu’ici la matière colorante de l’indigo, insoluble dans les dissolvants généralement employés, acides, alcalins ou neutres, ne pouvait être fixée directement sur les fibres textiles. Pour arriver à l’employer en teinture, il fallait, par une opération de réduction, la transformer en indigo blanc, soluble dans les alcalis.

On emploie presque toujours aujourd’hui pour la teinture des fibres végétales à l’indigo, la cuve dite vitriolique, qui est composée de 400 litres d’eau, de 20 kilogrammes d’indigo, de 16 kilogrammes de protosulfate de fer et de 20 kilogrammes environ de chaux éteinte. Le sulfate de fer est décomposé par la chaux ; il se transforme en sulfate de chaux et en protoxyde de fer. Ce protoxyde en contact avec l’eau la décompose, s’empare de son oxygène pour passer à l’état de peroxyde ; l’hydrogène isolé réduit l’indigo, qui devient susceptible de s’unir avec la chaux en excès et de donner un sel soluble. Cette cuve au sulfate de fer offre un grand inconvénient, puisqu’elle renferme un précipité abondant d’oxyde de fer et de sulfate de chaux : on est obligé de laisser déposer ce sédiment avant de pouvoir opérer dans un liquide clair. En outre, elle ne peut être usitée que pour la teinture des fibres végétales. Si l’on opère en effet sur des étoffes de laine, il est indispensable d’hydrogéner l’indigo au moyen de substances organiques particulières, telles que pastel, vouède, garance, etc. et de préparer difficilement des cuves, sujettes à de graves accidents dont le résultat est quelquefois la perte complète de l’indigo employé.

MM. P. Schutzenberger et F. de Lalande remplacent ces méthodes par l’emploi de l’hydrosulfite de soude, dans la préparation des cuves d’indigo. Ils obtiennent ce sel en faisant agir le zinc en grenailles sur du bisulfite de soude, et en séparant ensuite le sel de zinc formé par un excès de chaux.

« En mélangeant l’hydrosulfite obtenu, disent les inventeurs du procédé, avec l’indigo broyé et les doses de chaux ou de soude, nécessaires pour dissoudre l’indigo réduit, on obtient immédiatement une dissolution jaune qui ne contient, comme parties insolubles que les matières terreuses que renferme l’indigo. On peut de la sorte réduire 1 kilogramme d’indigo, de manière à obtenir une cuve très-concentrée d’un volume de 10 à 15 litres seulement. — Pour teindre, on verse dans la cuve de teinture remplie d’eau une certaine proportion d’indigo réduit : la teinture se fait à froid pour le coton ou à une douce température pour la laine… Celle cuve employée pour la teinture du coton, se distingue par la facilité et la rapidité du travail ; elle présente en outre, dans la teinture de la laine, l’avantage d’éviter tout risque de coulage ; elle donne des nuances plus solides et plus fraîches que les anciennes cuves, et permet d’obtenir sur laine des pieds de bleu très-clair qu’on réalise ordinairement avec le carmin d’indigo moins solide. »

MM. Schutzenberger et de Lalande ne se sont pas contentés, de créer un nouveau système de teinture par l’indigo, ils ont encore fait concourir utilement l’hydrosulfite de soude, dans les opérations de l’impression. L’impression du bleu d’indigo, ou bleu solide, s’effectuait jusqu’ici par des procédés difficiles et délicats, que l’on avait cherché en vain à améliorer d’une façon notable.

La nouvelle invention consiste essentiellement dans l’impression d’une cuve d’indigo (dissolution alcaline d’indigo réduit), convenablement concentrée et épaissie ; la couleur renferme, en outre, un grand excès d’hydrosulfite de soude. La présence de ce sel a pour effet de maintenir constamment dans un état de réduction complète, l’indigotine qui tend à s’oxyder pendant le travail du rouleau.

L’expérience a prouvé qu’à teintes égales on réalise sur l’ancien procédé du bleu solide une économie de 50 à 60 p. 100 d’indigo. Les teintes obtenues sont plus solides et l’impression plus nette. Le nouveau bleu, n’ayant besoin après l’impression d’aucun traitement pour être fixé, peut s’imprimer simultanément avec la plupart des autres couleurs, telles que noir d’aniline, couleurs garancées, cachous, couleurs chromées, etc.

De très-beaux échantillons obtenus par le nouveau procédé ont été présentés à la société chimique par les inventeurs[1].

G. T.

  1. Voy. Bulletin de la Société chimique de Paris, t. XX, n° 1 (5 juillet 1873).