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La Troisième Jeunesse de Madame Prune/33

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Calmann Lévy (p. 175-177).



XXXIII



25 février.

À l’étalage de madame L’Ourse, dans ses tubes de bambous emplis d’eau claire, les derniers camélias disparaissent, comme avaient disparu les chrysanthèmes, et font place à des branches de prunier toutes garnies de fleurs neigeuses, à des branches de pêcher toutes roses. Le long des rues, aux devantures des boutiques, même des plus humbles échoppes d’ouvriers, on voit de ces premières fleurs du vrai printemps, disposées avec un goût délicat dans quelque vase de porcelaine ou de bronze. (Les gens du plus bas peuple, en ce pays, sont plus artistes et plus affinés que la moyenne des bourgeois de chez nous.)

Et les mousmés, entre deux giboulées, quand luit un peu de soleil, se promènent en robes de nuances plus claires, — des gris perle, des bleus de cendre ou des lilas, qui révèlent des aspects nouveaux de leur gentillesse un peu factice, mais toujours si artistement accommodée. Je crois même qu’elles ont un rire approprié à la saison, un rire de fin d’hiver, qui est encore plus gai, et plus contagieux que celui de décembre ou de janvier.

Il va donc arriver pour tout de bon, ce printemps qui nous fera partir, mais qui, heureusement pour nous, est toujours tardif au Japon, après de si beaux automnes de lumière. Dans la montagne aux temples et aux sépultures, il y a déjà quantité d’arbres fruitiers follement fleuris ; ils ressemblent à des touffes de ruban rose, ou de ruban blanc, à côté des pagodes dont les grisailles se font au contraire plus tristes et plus vieilles, par contraste avec toute cette fraîcheur ; on dirait d’une décoration de fête, artificielle, fragile et sans lendemain. Les Japonais du reste aiment peindre ces aspects éphémères de leurs vergers ; ils en font ces images qui, transportées chez nous, paraissent trop jolies, dans une exagération de couleur.