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La Tunique de Nessus/3

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Un journaliste du siècle dernier, alias Le Nismois, alias
G. Lewis & Co (p. 38-64).

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III


Il n’y avait pas à se le dissimuler : ils brisaient l’engourdissement bourgeois qu’ils subissaient depuis leur arrivée à S… Le mari et la femme ne pouvaient, en pleine jeunesse, Irène avait vingt-huit ans, Stanislas trente-et-un, se contenter du roulement monotone des jours, dans le même cadre d’habitudes, avec le même ciel de lit béat, se satisfaisant d’une chevauchée ordinaire, où n’a rien à voir le culte de la beauté et où parle seul le besoin de nature.

À des types grossiers et primitifs, le jeu simple de la procréation suffit ; à des raffinés éduqués et instruits, la beauté impose son admiration et cette admiration se traduit par l’adoration physique de la déesse, de la beauté féminisée, adoration qui commande le baiser, l’aspiration, l’extase sentimentale dans la pratique de tous les charmes servant au plaisir.

La femme qui aime et qui veut être aimée, a le respect de son corps et le soigne en conséquence pour en faire le temple où se consacrera son culte, où s’exercera sa puissance.

Irène avait le respect de son corps et elle comprenait que ce respect ne va pas sans les sacrifices aux fidèles.

Stanislas revenait à la volupté, il lui réveillait les sens.

Elle eut un moment de trouble, au retour de cette seconde escapade et se décida à analyser s’il lui serait possible de jeter le voile sur le passé ; elle s’effara à l’idée qu’après une série plus ou moins longue d’ivresses, son mari, comme tous les hommes, éprouverait le besoin du changement.

Irène avait trop d’intelligence pour ne pas comprendre que toute surexcitation sensuelle suit les phases : 1° d’attente, pendant laquelle les forces s’équilibrent et se réparent ; 2° de fermentation, pendant laquelle on idéalise l’objet dont on a le désir ; 3° de débordement, où l’on croit le monde fixé à la sensation qu’on éprouve ; et enfin 4° de sommeil, où la nature souffle sur les exagérations morales et matérielles pour assoupir l’esprit et le corps, l’obliger à l’inertie, afin de le ramener à la phase première.

Une même femme pourrait certes, avec de l’observation, bénéficier longtemps du même amour, en étudiant ces phases successives de la masculinité, en veillant à ce que, dans les deux périodes de fermentation et de débordement, nulle image autre que la sienne s’interposât devant l’amant aimé ; mais cette étude, avec l’instinct d’individualisme développé dans la société, paraissait chimérique.

Irène, qui eut été capable de la diriger, la repoussa et manœuvra d’une autre manière. Elle pensa à assurer son avenir et celui de son mari sur les mêmes bases d’entente absolue que celle acceptée à Paris.

Elle demeurerait l’idole adorée, idole de chair et d’os, ayant aussi ses seifs passionnelles à satisfaire, seifs que son mari ne lui calmerait qu’en partie et qui ne sauraient l’inciter à prendre un amant dans leur petite ville de province, ce qui lui apparaissait comme une monstruosité, avec d’autant plus de raison que si elle prenait un amant, elle perdrait le droit de reprocher à son mari de courir après d’autres femmes ; elle demeurerait l’idole, mais l’idole complice des caprices mâles et en profitant.

Donc, Stanislas pouvait courir après d’autres femmes et il y aurait moyen de combiner leurs fantaisies sur cette voie.

En somme, si on habitait en Turquie, si Stanislas était un pacha, elle serait bien obligée, même en ayant le titre de sultane favorite, de le laisser commercer avec d’autres femmes. Elle avait été lesbienne avec Elvire, avec Lucie, avec la comtesse de Clamaran, pourquoi ne le serait-elle pas à S… et ne transformerait-elle pas sa passion de suçage en passion de minettes. Elle en avait eu le goût ; ce goût à S… aurait du piquant.

Pendant qu’à plusieurs reprises, dans leurs excursions, le même besoin charnel les jetait l’un et l’autre dans la frénésie des diverses voluptés, elle travailla cette idée et en entrevit les avantages. Faire venir des femmes du dehors, on risquait de soulever l’animosité du pays ; attirer les femmes de la ville, sans doute le danger apparaissait plus grand, une indiscrétion parvenant aux mères occasionnerait un gros scandale ; mais, qui commettrait l’indiscrétion ! Irène, se créant la reine d’un sérail possible, ne ressentait plus aucune inquiétude ; elle avait déjà sous la main les femmes qui convenaient à ses plans et de ces femmes elle savait que jamais elle n’aurait rien à craindre.

Depuis leur installation à S…, Irène s’intéressait à une formation de personnalité féminine qu’elle avait entreprise, par dilettantisme, et qui répondait à merveille à l’éducation qu’elle donnait.

La jeune Annina, engagée comme fille de chambre, n’eût pas été à proprement parler une beauté éblouissante : blonde-châtaine, avec des yeux gris, le visage régulier et bien pris, elle était plutôt grande que petite, ce qui lui imprimait une allure dégingandée et exagérait sa maigreur.

Peu aimée de son oncle Jacopin, à la charge de qui elle était restée, par la fuite de sa mère avec un officier, orpheline de père, elle entra au service d’Irène et lui voua une adoration des plus vives, lui obéissant au moindre signe, cherchant à l’imiter dans ses grâces et ses attitudes, ce qui finit par amuser Irène. Celle-ci s’accoutuma à son service de poupée vivante, de mannequin intelligent, pour essayer des effets de nuances dans les étoffes, lui inspirant ainsi sans s’en douter le goût de la coquetterie.

Voyant un terrain facile pour exercer son empire Irène, enchantée de la transformation qui s’opérait chez sa petite fille de chambre, l’initia à mille finesses féminines et, en ces quelques mois, fit de l’insignifiante Annina une réelle jolie fille, bien nippée par les robes et le linge qu’elle lui fournissait, séduisante par les soins de sa personne qu’elle lui inculquait, sortant peu à peu de sa condition subalterne pour être traitée plutôt en jeune compagne qu’en servante, quoique accomplissant toujours son office avec la plus scrupuleuse exactitude.

Le rayonnement de la beauté d’Irène affinait tellement sur tout ce qui l’entourait, que Stanislas n’apporta aucune attention à cette création humaine, approuvant cependant sa femme dans l’intimité qu’elle accordait à une enfant, qu’on sentait reconnaissante pour le maître et la maîtresse.

L’amour de son mari se ravivant fougueux, Irène, qui riait chaque soir au retour de Stanislas du café, lui racontant le prodigieux effet qu’elle produisait dans le pays, et qui observait sur son passage les regards lubriques des provinciaux mis en concupiscence par la seule vue de ses mollets, en vint à rechercher ce qui pourrait en résulter, examina la recherche amoureuse dont elle ne manquerait pas d’être l’objet, conclut que ce qui se passerait pour elle par le clan masculin, se passerait aussi pour son mari par le clan féminin et, ayant déjà bien étudié toutes les phases de la question, décidée à se calfeutrer encore plus chez elle en dehors de ses charmantes pérégrinations cyclistes, résolue à éviter les moindres compromissions, rendant justice à cette fleur qui s’épanouissait sur son influence, en la personne de sa fille de chambre, estimant que plus tard elle serait l’aimant qui retiendrait Stanislas et en même temps lui offrirait à elle un dérivatif à sa sensualité, marqua Annina comme première étoile du sérail conjugal à former.

Elle marquait cela pour plus tard, un petit événement précipita la chose.

Une grande fête fut donnée chez un des frères de Stanislas, qui avait acheté la charge de notaire de Me Auquedan, après avoir épousé sa fille, en l’honneur du baptême de leur premier né, fête que clôtura un bal à la grande joie des parents très nombreux et des intimes.

Stanislas et sa femme ne purent se dispenser d’y assister et d’un autre côté, Armand Lorin, père d’Irène, resté veuf, y conduisait sa fille cadette Gabrielle, charmante jeune fille de dix-huit ans, retirée depuis peu du couvent et qui habitait avec lui à la campagne.

La ville fut en ébullition à la pensée de ce que serait la toilette d’Irène, réputée comme élégance et comme genre.

Les femmes s’ingénièrent à se surpasser et, sous le prétexte qu’à Paris on se décolletait, se déshabillèrent presque le haut du corps. C’était miracle que les corsages ne laissassent pas échapper leurs gentils prisonniers ; il est vrai qu’une majeure partie des dames de S… s’en trouvaient à peu près dépourvues, probablement en compensation aux quelques-unes qui en avaient trop.

L’espérance des habitants ne fut pas déçue. Pour la circonstance, Stanislas fit venir d’Ecofleur le coupé et, comme la maison de son frère était située à l’autre extrémité, Irène traversa triomphalement les rues de S… le visage souriant, sa beauté délicieusement parée d’une toilette blanche, enguirlandée de roses soulignant la pureté de ses épaules, les seins tout juste recouverts, que ne purent hélas admirer les passants et les curieux, la jeune femme se tenant enveloppée de sa sortie de bal.

Elle fit une entrée sensationnelle chez Sigismond Breffer : un murmure laudatif la salua du côté des hommes ; des narines, des lèvres pincées du côté des hommes. La Mairesse, grosse femme, indignement décolletée, dans un mouvement désordonné pour mieux la voir, exhiba une de ses boules, que précipitamment son mari réintégra.

Irène s’imposait comme beauté, comme élégance ; elle ne chôma pas de danseurs et sourit intérieurement à ces yeux mâles, détaillant le contour de ses seins et essayant de préjuger l’au-delà avec des mines où se trahissaient leurs secrètes pensées.

Un autre frère de Stanislas, Maxime, âgé de vingt-trois ans, maréchal-des-logis de chasseurs venu en permission, dansant avec Irène, ne put s’empêcher de lui dire :

— Tu es trop belle pour ce pays, ma sœur, tous ces croquants te casseront la tête par les promenades qu’ils feront sous tes fenêtres.

— Ils ne me troubleront ni moi, ni Stanislas, mon ami.

À ce bal il y avait aussi, nous l’avons dit, Gabrielle Lorin, la jeune sœur d’Irène et cette sœur, quoique conservant encore les gestes un peu empruntés des pensionnaires du couvent, accusait la même beauté, le même éclat que son aînée ; blonde, tournant sur le roux, blonde vénitienne, déjà gracieuse, coquette d’instinct, d’une très grande ressemblance avec Irène, Stanislas s’en fit le cavalier assidu.

Le beau-frère et la belle-sœur n’avaient eu jusque là que de très lointains rapports : à peine dans les six ans que datait le mariage, s’ils se rencontrèrent une dizaine de fois. Mais Gabrielle savait que par sa grande intelligence, Stanislas, cependant réputé au début comme un garçon très ordinaire, ramassa rapidement une très jolie fortune ; elle savait qu’il rendait sa sœur très heureuse, elle voyait le degré de beauté que celle-ci atteignait et elle se montra très sensible à l’accaparement de Stanislas.

Stanislas conservait cette attraction gagnée au contact des belles demi-mondaines ; il devait plaire à Gabrielle, nourrissant forcément les mêmes penchants que son aînée. Il comprit la portée de la recommandation de sa femme, lorsque dans un court tête-à-tête qu’ils eurent tous les trois, elle dit à sa sœur :

— Et bien, Gabrielle, que penses-tu de Monsieur mon mari ?

— Que je désirerais en trouver un comme lui, c’est le meilleur compliment à lui adresser.

— En attendant de l’avoir, tu ne serais donc pas malheureuse si je demandais à père de te laisser avec nous, lorsqu’il repartira pour la campagne. Tu ne dois pas t’y amuser et il doit être gêné par ta présence.

— Demande, Irène, on s’entendrait si bien tous les trois.

— Entendez-vous tous les deux.

Irène s’élança sur ces mots avec un cavalier qui l’avait invitée pour une valse.

Le mari et la femme, dans les voluptés courues à travers champs, se surexcitant les sens, les avaient introduites dans l’alcôve conjugale. Irène appréhendant cette fougue, qui se manifestait de façon ininterrompue, jugea l’heure venue de fixer son rôle de sultane favorite.

Simultanément, elle vit dans cette soirée les deux femmes sur lesquelles il lui serait facile d’étayer sa puissance et de se reposer des intermittences de passion que subirait son mari : d’abord Annina, puis sa propre sœur Gabrielle.

La morale ne comptait pas pour les choses de la chair dans l’esprit d’Irène. Elle connaissait trop les désirs sensuels, pour ne pas savoir qu’aucun être ne reculait devant l’ardeur imprévue inspirée par le rêve d’un contact charnel, ce contact visa-t-il la personne la plus sacrée et la plus défendue par son caractère de parenté.

Annina l’avait habillée et alors qu’elle arrangeait ses seins pour qu’ils n’échappassent pas de son corsage, dans un élan subit, elle tomba à ses genoux et s’écria :

— Vous êtes trop belle, Madame, on voudrait prier devant vous, comme on prie devant le bon Dieu !

Irène avait tiré un de ses seins et répondit :

— Fais un bécot sur cette perle, et dis-moi l’effet que tu en ressens ?

— Moi embrasser là, et Monsieur !

— Embrasse, nous en parlerons après.

— Vous le voulez ?

— Puisque je te le dis ! Dépêche-toi, il faut que je rejoigne Stanislas.

Avec quelle dévotion et quel tremblement la fillette baisa la pointe rose de ce sein, de ce sein si blanc, si rond, si pur ! Elle ferma les yeux comme Irène la fixait, attendant son impression, et murmura :

— Ce baiser me répond partout, partout !

— Partout, en ce moment c’est ton cul, ma petite, rends-t’en compte et ne te couche pas avant notre retour : tu embrasseras l’autre et tu nous montreras, à Stanislas et à moi, l’effet que ça te produit.

— Oh, Madame !

— Ne m’appartiens-tu pas, ma petite chérie ?

— Jusqu’à la mort.

— Jusqu’au paradis. Nous te prendrons, te garderons et tu auras par nous le bonheur.

Que signifiaient ces paroles qui tourbillonnaient dans son esprit et l’enveloppaient d’un air chaud, lui infusant mille langueurs dans les veines. Annina ne cherchait pas à se l’expliquer. Sa maîtresse lui disait qu’elle la prendrait avec Monsieur, elle n’était pas assez naïve pour ignorer ce que comportait le mot de prendre pour une fille, elle se donnait, on ferait d’elle ce qu’on voudrait, elle ne voyait rien au-dessus de sa maîtresse.

Irène était toute prête : la contemplant figée dans le plaisir cérébral qui engourdissait ses facultés, Annina voyait bien en elle la déesse attendant la prière de l’humble mortelle. Irène lit un simple signe, elle comprit et le cœur presque mort, obéit.

D’un doigt Irène avait montré un petit coin de sa bouche et sur et petit coin, Annina posa les lèvres.

La sensation fut si vive pour la fillette qu’elle tomba de nouveau à genoux, la tête sur le tapis, aux pieds de sa maîtresse, qui recula lentement et lui dit :

— Range tout et, à notre retour, sois belle et parée.

Elle releva la tête, joignit les mains et répondit :

— Soyez tranquille, ma jolie Sainte-Vierge.

Elle avait choisi cette expression qui rendait le mieux sa pensée.

Au bal, Irène, après avoir embrassé sa sœur et l’avoir d’un seul coup d’œil mesurée dans toute sa contexture physique et dans toute sa valeur morale, reconnut en elle une autre nature apte à la suivre partout et à se ranger comme satellite autour de sa royauté d’épouse légitime.

— Celle-là aussi en sera, se dit-elle et il y aura pour moi un régal particulier à me retrouver dans ses ivresses qui me renverront ma propre image. Quelles orgies, si Gabrielle comprend vite, et elle comprendra.

On ne dansait pas trop tard chez Sigismond Breffer. À deux heures du matin, Stanislas et Irène rentraient chez eux. Dans la voiture, Irène s’appuyant contre l’épaule de son mari, lui dit :

— Chéri, tu ne me baiseras pas cette nuit.

— Je ne te baiserai pas, et pourquoi ?

— Parce que tu en baiseras une autre et que cette autre je te l’ai préparée.

— Une autre ! Que me contes-tu là, Irène !

— Je te dis qu’il faut prévoir l’avenir, que je l’ai prévu et que, pour éviter la résurrection du passé enterré, passé que ressusciteraient nos chères folies actuelles, résurrection où la passion individuelle jouerait un autre rôle que la passion d’intérêt qui motiva ma vie de courtisane, j’élève un autre avenir dont tu seras le vrai roi, en te créant un sérail dont je jouirai avec toi. Mon doux époux, ce soir tu baiseras une pucelle, après que je l’aurai secouée de mes caresses et cette pucelle, c’est Annina, une enfant qui deviendra une femme remarquable, et plus tard une autre Irène.

— Irène, Irène, toi seule, toi, tu domines tout.

— Je dominerai bien davantage et mon rayonnement ne diminuera pas dans ton cœur.

Annina les reçut dans l’antichambre et Stanislas eut le même étonnement qu’Irène. La jeune fille s’était arrangée dans ces quelques heures une toilette de très bon goût, avec une jupe de surah abandonnée par sa maîtresse, un corsage échancré, une fleur dans les cheveux. Son attitude coquette et gamine témoignait l’instinct de la science qu’on allait lui révéler, avec une certaine timidité de n’être pas à la hauteur de ce qu’on attendait d’elle.

Irène monta la première l’escalier, puis son mari et docilement Annina suivit sans qu’aucune parole n’eût été prononcée.

La chambre d’Irène était brillamment éclairée de toutes ses lampes, ainsi que les pièces qui la précédaient ; l’ordre le plus parfait régnait partout.

Irène se débarrassa de sa sortie de bal qu’elle remit à Stanislas pour la déposer plus loin et, embrassant Annina, lui dit :

— Tu m’as obéie, tu est prête, c’est bien.

— Regarde-moi ce joli petit visage, Stani, ne serait-il pas idiot de le sacrifier à quelque vilain sire qui le dévasterait par le chagrin et la douleur ! Tiens, embrasse cette fossette, pendant que j’embrasse l’autre.

Placée entre le mari et la femme, Annina se sentit envahir de la plus absolue confiance, frissonna quand sur chacune de ses joues se posèrent leurs lèvres, eut un tremblement de tout le corps quand les lèvres d’Irène tendirent à se réunir à celles de Stanislas sur les siennes.

Puis Irène se recula et dit :

— Elle m’a embrassé ce sein avant le départ, elle va embrasser l’autre.

Les deux seins dehors, elle appela les lèvres d’Annina qui y coururent et, la laissant se repaître des caresses dont elle les dévorait, elle dégrafa son corsage, causant avec Stanislas qui était assis sur un canapé.

— Tu sais, chéri, ils s’enflamment à S… Ils m’ont bien amusée.

— On t’a assassinée de déclarations ! Et nous étions entre parents et amis !

— Pas un de mes danseurs qui ne s’y soit hasardé ! Ton cousin Boullignon y est allé de son billet doux. Où l’ai-je mis ? Ah, dans ma poche. Lis-moi ça tandis qu’Annina achèvera de me déshabiller. Assez de baisers, petite, pour un instant, ne te désole pas. Place ma toilette à la salle des costumes. Tu lis, Stani.

— Écoute cette tarte : « Ô ma cousine, le ciel, en vous donnant cette qualité, a voulu favoriser le ver de terre qu’est votre cousin et qui ose lever sur votre majestueuse beauté ses faibles regards, craignant toujours de perdre la vue sous l’éclat de vos rayons. Vous aimer et vous le dire, on hésite : moi, je m’y risque. Lorsqu’on est belle comme vous l’êtes, on ne peut rester le bien d’un seul homme, c’est indigne, c’est impie : on doit avoir pitié de ceux qui meurent à petits feux à votre aspect ; moi, je meurs. Sauvez-moi, ma cousine et permettez-moi de venir vous brûler un cierge en l’honneur du dieu Cupidon. Je vous assure que vous serez satisfaite de votre cousin. Une jolie femme aime toujours ça. Puis, ma ravissante cousine, quand on montre les jambes, comme vous le faites, en allant courir avec Stanislas, on ne le fait que pour attirer les regards des gens et, si on veut attirer les regards des gens, ce n’est pas pour des prunes, n’est-ce pas ! Demain dans l’après-midi, je passerai vous dire un bonjour, et si vous êtes seule, oh, si vous êtes seule, je n’ose y penser, je vous embrasse à deux genoux, ma jolie cousine, à deux genoux, oh, ce que j’embrasserais bien… vous ne voulez pas, dites… Votre cousin pour la vie ».

Irène se tordait ; maintenant en chemise, debout devant son mari, elle se pencha et s’écria :

— Il y a tout ça, dis ?

— En toutes lettres.

— Quel imbécile ! Dire que ça m’a fait la cour du temps de mon premier mari.

— Ce que je lui tirerai les oreilles !

— Tu t’en garderas bien, il devinerait que je t’ai remis le papier et il ne le faut pas. Donne, je conserverai précieusement sa lettre, pour la lui fiche à la figure, si jamais il faisait le malin. Et c’est marié, et c’est père de famille, et ça vit moralement dans sa petite ville, ah zut !

Emportée, elle ne se préocuppa pas de la présence d’Annina et s’envoya une forte claque aux fesses.

— Vous allez vous faire mal, intervint Annina saisissant la main.

— Tu es de retour, va voir si je me suis fait mal !

Elle souleva la chemise et le cul apparaissant, Annina, toute rouge, répondit :

— Vous avez frappé là, ça n’a pas marqué.

— Stani, attrape le sien et marque-le moi.

Elle ne résista pas à la main de son maître qui l’attirait, la troussait et saisissait son cul non voilé par un pantalon.

— Montre, montre-le, murmura Irène.

Stanislas tourna Annina et Irène, s’accroupissant rapidement sur le tapis, elle prit dans les mains ses fesses, commença les feuilles de roses et dit :

— Voilà ce qu’on fait, dès qu’on aperçoit le cul d’une femme, Annina : tu n’as pas deviné tout à l’heure quand tu as vu le mien.

— Oh, si ! Mais je n’osais pas ! Ah, ah, Monsieur Stanislas, elle me mord, elle me mange.

Stanislas bandait, il tenait dans ses jambes, contre lui, Annina qu’il pressait pour la livrer aux caresses de sa femme, celle-ci glissa en dessous, déboutonna son mari, sortit la queue, l’appliqua dans les cuisses d’Annina, qui eût une velléité de recul, mais se colla davantage le cul sur Irène, laquelle, la queue de son mari dans la main, en caressa le bouton de la fillette.

— Que je voudrais caresser, murmura Annina.

Instantanément Irène s’arrêta, se releva, laissa tomber sa chemise, et attirant Annina dans ses bras, lui dit :

— Que veux-tu caresser ?

— Toute, toute, toute vous, vous êtes si belle !

— Toi aussi, tu me le dis ! Et bien, toi, tu en profiteras ! Tiens, je me mets à cheval sur mon mari, caresse-moi à ton idée et s’il enfonce sa machine, regarde bien où elle va, je veux qu’il te l’enfonce ensuite, sur le lit.

— Tout ce que vous ordonnerez.

Irène, à cheval sur son mari, se trouva immédiatement enfilée et quand Annina, accroupie au-dessous pour lécher le cul et les cuisses, la vit ainsi enconnée, elle considéra avec plus d’attention la queue, partageant ses baisers entre les chaire masculines et les chairs féminines.

Irène, penchée sur la poitrine de son mari, lui souriait et lui offrait ses lèvres qu’il dévorait de suçons ; elle se pressait de plus en plus dans ses bras, à mesure qu’au-dessous les caresses d’Annina devenaient audacieuses, et il se sentait maîtrisé par l’amour de cette femme qui, gravissant l’échelle paradisiaque des voluptés, savait jusque dans une vie bourgeoise de petite ville, faire surgir du sol l’ivresse sensuelle.

Leurs amours se fondaient dans l’union de leur individualité et Annina, presque oubliée, devenait comme un accompagnement harmonique de leurs caresses.

Du corps d’Irène, la volupté irrésistible s’élançait à l’amant : elle pouvait s’abandonner aux doux suçons dont son mari assaillait ses lèvres et ses seins, sans troubler Annina dans la recherche des félicités à laquelle elle s’accoutumait.

On ne parlait plus, et cette femme nue, entre un homme encore vêtu et une fillette encore innocente, recouverte de sa robe, exerçait sur l’âme une molle langueur, portant à savourer le plaisir sans désirer l’action violente.

Elle gardait toujours dans le con la queue de son mari, gonflée mais paisible, et au bout de quelques instants de cette félicité, elle la laissa échapper pour que les yeux d’Annina l’examinassent de près et s’y habituassent.

Qu’allait-elle faire ? Suspendrait-elle les baisers qu’elle commençait à activer, le pelotage nouveau qui lui allumait le sang, l’apprêtait à joindre ses yeux à ceux du mari et de la femme.

Elle n’hésita pas, sa main vint toucher la queue, la caresser, et sa langue se porta avec plus de frénésie sur les fesses et le conin d’Irène.

— Elle est dans notre ardeur, murmura Irène à son mari.

Stanislas, excité par les douces caresses qu’Annina partageait entre lui et sa femme concentrait son plaisir sur cette gorge royale dont il entendit toute la soirée rabâcher les divins attraits.

À S…, comme à Paris, sa femme remportait un véritable triomphe par ses épaules et par cette poitrine harmonieusement dessinées, qui subjuguaient à première vue tous les instincts virils et même féminins. N’avait-il pas entendu sa propre sœur Olympe, brune de vingt ans, mariée aux percepteur Desbrouttiers, ex-beau-frère d’Irène, lui dire :

— Quel homme heureux tu fais, Stanislas, on mangerait pendant vingt-quatre heures les tétés d’Irène, et la bouche ne serait pas rassasiée.

Irène, enfiévrée par les caresses de son mari, s’y prêtait de toute son âme, caresses que suspendirent les soupirs d’Annina. Ils se séparèrent : Irène se levant de dessus les genoux de Stanislas, se pencha sur la jeune fille et lui demanda :

— Qu’as-tu, Annina ?

— Le bonheur m’étouffe, Madame, je suis toute chose.

Irène la fit se redresser et lui dit :

— Déshabille-toi, comme moi je vais déshabiller mon mari et tu éprouveras encore plus de bonheur.

Avec un léger embarras, la fillette se mit en chemise et, toute rouge, aperçut Stanislas déjà tout nu. Elle hésitait à quitter son dernier vêtement, Irène vint à la rescousse, le lui retira, l’assit sur les genoux de son mari, la déchaussa ainsi et s’écria :

— Enfin, nous voici tous les trois pareils !

Annina n’était ni maigre ni grasse ; elle n’avait certes pas les formes adorables de sa maîtresse, mais les seins mignonnets ne manquaient pas de charme et les hanches accusaient l’ampleur des contours ; le poil était brun, le conin, bijou fermé, bien placé ; la ligne des fesses nette, accentuée ; les reins souples, déliés.

L’embarras disparaissant, Irène la fit tenir droite devant elle, pour bien l’étudier, et dit :

— Tu as tout ce qu’il faut pour devenir une jolie femme ! Ton père était bien le frère de Jacopin !

— Oui, et ma mère la fille bâtarde d’un monsieur de Paris.

— Tout s’explique ; tu as de la race, ma fille et on peut t’élever.

De plus en plus confuse de voir sa maîtresse si belle à ses genoux, l’adorer sur tout son corps et la baisoter, Annina se laissa aller sur Stanislas, se coula dans ses bras, d’où Irène l’enleva pour la conduire sur une coucheuse et lui faire de savantes minettes.

Le tableau formé par les deux femmes, précipita les désirs de Stanislas qui vint s’agenouiller derrière Irène, pour la posséder.

— Tu veux, murmura-t-elle

— Oui.

— Dépucelle-la.

Annina n’avait plus sa raison : inconsciemment elle se laissa mener sur le lit, pour y recevoir dans ses bras son maître. Irène, sirène dominatrice, se plaça à quatre pattes sur le côté, tête bêche avec les deux jouteurs, prête à seconder son mari par le jeu de ses caresses et de ses manipulations.

Dans un rêve, Annina sentit la queue s’agiter et heurter le conin ; elle écarta les cuisses et s’abandonna, noyée dans une telle félicité qu’aucune souffrance n’altéra la jouissance. La queue raide et dure attaqua la virginité, Irène, léchant le cul de son mari, assista de près à cette féminité qui se créait.

Ah qu’elle eût voulu avoir la tête juste au-dessous, pour aider de ses manœuvres le travail de la queue.

Le pucelage fut rapidement enlevé et Stanislas éjacula plus vite qu’il ne l’aurait cru. Annina, les yeux pâmés, se demandait qui elle aimait le plus du maître et de la maîtresse. Celle-ci, dans un moment d’accalmie, l’embrassa avec tendresse et murmura à son oreille :

— Te voilà la petite femme de mon mari, je l’ai voulu et je le voudrai encore. Tu garderas pour toi ce secret et tu n’oublieras jamais ce qui s’est passé entre nous. À partir d’à présent tu ne seras plus ma fille de chambre, mais une demoiselle de compagnie, pour que je te traite en petite amie, même devant le monde. Tu respecteras les situations et nous pourvoirons à ton bonheur.

— Je suis votre esclave, je l’ai dit.