100%.png

La Tunique de Nessus/4

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Un journaliste du siècle dernier, alias Le Nismois, alias
G. Lewis & Co (p. 65-79).

Bannière de début de chapitre


IV


Annina appartenait de corps et d’âme à ses maîtres ; cependant on ne l’initia que de loin en loin aux plaisirs de la chair. Irène avait posé le jalon, établi le paratonnerre qui devait faire profiter le foyer conjugal des premiers besoins d’infidélité qui travaillaient son mari. Avec cette réserve des attraits d’Annina à sa disposition, elle se retourna toute à lui, toujours fervent adorateur de ses charmes ; leurs excursions se prolongèrent encore plus de trois mois, leur valant sans cesse de brûlantes phases de passion.

Stanislas aimait à prendre la place de ses anciens amants, comme il avait prise celle de Christoval et il voulait être pour elle tout ce qu’ils furent dans leurs manies.

Dans cette période, la toquade des seins joua le principal rôle. Irène s’en réjouit par cela que connaissant son faible pour les feuilles de roses, elle jugea que tant qu’il caressait d’autres fantaisies, elle conserverait son attention.

Au milieu de ces scènes érotiques, qu’ils provoquaient à toute occasion, le passé se réveillait et la tunique de Nessus rongeait la peau des deux époux. Mille faits revenaient à la mémoire, en parlant des amants et des maîtresses qui défilèrent dans leurs bras et jamais ménage bourgeois de petite ville n’entendit de telles conversations.

Peu à peu, Stanislas apprenait toutes les adorations qui assaillirent sa femme et tous les excès qu’elle autorisa. Tout en croyant parler d’une personne qui n’existait plus, il la regardait avec des yeux qui la fouillaient, évoquant les images vécues et ces images, on cherchait en commun à les revivre, appelant Annina à la rescousse, lorsqu’elles agissaient la présence d’un troisième comparse, soit homme, soit femme, dont on lui indiquait le rôle et qu’elle remplissait avec une intelligence des plus remarquables.

Irène n’avait pas renoncé à s’adjoindre sa sœur Gabrielle ; un retard avait été apporté à ses projets par son père, qui tint à conserver près de lui, au moins pour quelque temps, sa fille cadette.

Les deux sœurs eurent l’occasion de se rencontrer plusieurs fois, de mieux se connaître, et Irène en profita pour envelopper Gabrielle de ses séductions, exciter adroitement ses curiosités de jeune fille. Elle se piqua à l’entreprise, résolut d’être au début sa seule initiatrice et observa en conséquence à son sujet, vis à-vis de Stanislas, une réserve qu’elle n’eût pas pour Annina.

Un jour, M. Lorin conduisit enfin sa fille cadette chez son gendre, pour l’y laisser deux à trois semaines : il avait des intérêts à régler dans le département voisin.

L’arrivée de Gabrielle se produisit mal à propos pour les intentions d’Irène à son égard. Elle coïncidait avec l’installation au château d’Ecofleur, pour la saison d’été, où l’on s’était réfugié en compagnie de M. et Mme Desbrouttiers de M. et Mme Sigismond Breffer.

On allait y mener la grande vie de famille ; Desbrouttiers et Sigismond descendant en ville tous les matins pour rentrer le soir, grâce au coupé, remisé dans les écuries du château avec un char à bancs et quatre bons chevaux confiés à la garde d’un cocher et d’un palefrenier, aménagés, bêtes, gens et matériel dans des pavillons près de la maison d’habitation du gardien.

Ces messieurs, partant et ne revenant que pour le dîner, les dames, en la société de Stanislas, disposaient de leurs journées comme elles l’entendaient ; Irène, maîtresse de maison, délégua sa demoiselle de compagnie Annina, à la direction des services, représentés outre ses servantes, par les deux bonnes du ménage Sigismond et par celle du ménage Desbrouttiers.

Pendant les deux premiers jours on s’organisa, puis on prit ses habitudes et, malgré tout son désir de diriger ses attaques sur Gabrielle, Irène dût battre en retraite devant un inattendu, la poursuite inconsciente de sa belle-sœur Olympe, toujours attachée à ses pas, l’accablant de démonstrations de tendresse, vivant presque dans son ombre tout le temps que durait l’absence de ces messieurs

Après le déjeuner où, à la grande surprise de ses parentes, Irène avait fait mettre à table Annina, se formant de plus en plus, Céline Breffer, femme de Sigismond, se retirait dans un salon et s’y délectait à jouer au piano les partitions : Annina montait s’occuper des robes et du linge de sa maîtresse ; Irène, avec Olympe Stanislas et Gabrielle, allaient s’asseoir sous un magnifique bouquet d’arbres, où l’on devisait et lisait.

Les jours ne paraissaient pas longs, mais le petit cénacle éprouvait le besoin de s’agiter, et les chaleurs n’étant pas excessives, parfois on se disloquait pour aller les uns d’un côté, les autres de l’autre, se réunir à nouveau, se séparer encore, jusqu’à une après-midi, où Gabrielle, ayant manifesté le désir de monter à cheval, Stanislas, qui était un bon cavalier, se jeta sur ce désir pour décider des excursions avec sa belle-sœur, excursions qui commencèrent dès le lendemain.

Irène se trouva alors seule avec Olympe et, à peine installée sous le bouquet d’arbres, pour s’offrir une distraction, lui proposa de se rendre au kiosque qui se trouvait dans l’île ; Olympe accepta avec joie.

Pour parvenir à ce kiosque, il fallait monter dans une barque accrochée à une planche, traverser un petit lac qui entourait un îlot, où l’on débarquait par quatre points, l’îlot étant très boisé et très broussailleux, avec des allées s’entrecroisant en labyrinthe, jusqu’à un cercle de très beaux arbres, entourant une pelouse, au milieu de laquelle s’élevait un kiosque japonais assez grand, vaste salon meublé d’un divan tout autour des murs, de tentures, d’épais tapis, avec une table au milieu, des tiroirs sous les divans, où on avait mis divers objets.

Irène et Olympe n’étaient pas embarrassées pour ramer ; elles eurent vite détaché la barque, riant comme des folles de leur équipée. Olympe prit les rames, s’assit face à face avec Irène, genoux contre genoux, l’esquif étant très étroit.

Elles débarquaient quelques secondes après, attachaient le canot à un anneau en fer et se trouvaient tout à fait seules, comme Robinson dans son île déserte, ce canot servant seul à la traversée, avec un autre accroché au bras de rivière dont on avait détourné les eaux pour faire les diverses rigoles du parc, celui-là réservé à Stanislas qui avait le clef du cadenas, bouclant la chaîne le retenant.

Quatre à cinq pas parcourus dans la première allée, elles purent se croire au bout du monde et, comme il avait plu le matin, que les herbes encombrant les allées étaient mouillées, Irène, qui marchait la première, souleva le bas des jupes. Olympe lui dit tout-à-coup.

— Dis, tu ne montres pas tes jambes, comme lorsque tu vas en bicyclette avec Stanislas ? Ce qu’elles ont fait parler, tes jambes !

— Il faut bien qu’on jase de tout dans un petit pays ! On ne pouvait en dire du mal, je suppose.

— Oh non, mais on en serinait tous les salons, et ce qu’on te jalousait.

— Toi aussi !

— Moi, le ciel m’en garde ! Je les trouvais admirablement jolies et je me cachais derrière ma fenêtre quand tu passais, pour les regarder comme les hommes.

— Vraiment, petite sœur, et bien, tiens, vois-les ici, toi toute seule.

Sur ces mots, Irène troussa ses jupes à hauteur des genoux et exhiba ses mollets, couverts de bas de soie rose.

Olympe s’arrêta et murmura :

— Oui, elles sont jolies, bien jolies, les jambes d’une femme, surtout d’une femme comme toi.

Irène suspendit aussi sa marche, se retourna en riant et dit :

— On supposerait que tu n’as jamais regardé les tiennes ! Je suis sûre que, grassouillette comme tu l’es, elles ne doivent rien avoir à envier aux miennes.

— Ce n’est das la même chose. Tes mollets sont ce qu’on appelle stylés, artistiques ; les miens sont plus gros, mais ils semblent lourds et alourdissent en effet ma personne.

— Tu te calomnies, montre-les ; nous sommes mauvaises juges de notre corps : ou nous nous flattons trop ; ou nous nous dénigrons à tort.

Elles étaient en face, Irène les jupes levées un peu au-dessus du genou, Olympe l’imita et montra des mollets plus gros, mais bien rebondis sous des bas de fil, rayés noir et gris, bien tirés sur la jambe et Irène s’écria :

— Tu es coquette, plus que je ne le soupçonnais ; très bien, très bien ajustés, il font très belle mine.

Au milieu d’un entrecroisement d’allées, face à face, elles se contemplaient le bas des jambes, Olympe très émue ; Irène reprit :

— Marchons, continuons notre route jusqu’au kiosque et puisque mes jambes te plaisent à, voir, je reste ainsi troussée : nous sommes seules, nous pouvons nous accorder ce plaisir. Moi aussi, j’aime admirer les jambes de femme, avant d’entrer au kiosque, tu passeras la première.

— Irène, murmura Olympe, j’ai vu tes nénés lors du bal de Sigismond, je vois tes jambes, pourquoi ne me montrerais-tu pas… tout.

Irène tourna la tête, en continuant de marcher et répondit :

— Alors fais comme moi, nous sommes nos maîtresses, vive la fête.

D’un mouvement brusque, elle attira les jupes sur ses bras et se dévoila jusqu’à la ceinture.

— Oh, dit Olympe, tu as le cul digne de tout le reste.

Irène, prévoyant la scène et ne voulant pas se risquer à des écarts sur des herbes humides, pris sa course, les jupes troussées, et répliqua :

— À qui arrivera la première au kiosque.

Elle courait bien, Olympe lui emboîtait le pas, les jupes troussées comme elle, bégayant :

— Oui, oui, au kiosque, qui arrivera la première.

Elles traversèrent ainsi, étrange vision pour qui les eût aperçues, la petite pelouse, le cul à l’air et pénétrèrent dans le kiosque, qu’on ouvrait tous les matins et dont elles n’avaient qu’à tourner la clef. Elles ne refermèrent pas la porte, laissèrent retomber une tenture et, sans se préoccuper des grandes vitres ouvertes, Irène s’écroula sur un divan, ayant Olympe par derrière elle, la tête déjà fourrée sur ses fesses, qu’elle baisait avec furie.

— C’est de famille, murmura-t-elle dans une accalmie !

— Stanislas te l’embrasse.

— Il en raffole, il y vivrait dessus.

— Je te crois. Oh, que c’est bon, que c’est bon de fourrer la langue partout là-dedans.

— Tu ne l’as encore jamais fait, sœurette ?

— Jamais avant cette heure-ci ! Et toi ?

— Je suis la femme de ton frère Stanislas et je t’ai répondu. Et ton mari ?

— Desbrouttiers ! Ah, celui-là, s’il se tue jamais, ce ne sera pas en fabriquant des enfants, ni en dépensant ses caresses pour sa femme.

— Il paraissait amoureux fou.

— Il le paraissait ! Son feu s’est vite calmé.

Du cul, elle commençait à expédier la main un peu partout, chatouillant le clitoris, lançant des coups de langue vers le con, elle s’animait, soupirait. Irène, très excitée depuis l’arrivée à Ecofleur, par cela qu’elle recommandait la sagesse à Stanislas, sous prétexte de ne pas éveiller les idées de Gabrielle, qui couchait dans une chambre voisine et qu’elle se privait du contact amoureux, Irène eut les sens qui vibrèrent promptement à ce déluge de caresses fureteuses : elle les arrêta à grand peine et, y étant parvenue, lui proposa de se dévêtir en entier et de s’aimer toutes les deux.

— Nous aimer toutes les deux, oh oui, oh oui, tu m’apprendras, Irène, car tu dois être une savante.

Elles n’avaient pas grand chose à quitter, elles furent bientôt nues, Olympe se pâmant presque sous la simple contemplation du corps d’Irène ; celle-ci l’examinant avec attention, et hochant la tête en signe d’approbation.

— Tu es très bien faite, ma chérie, dit-elle enfin.

— Ne te moque pas de moi, Irène.

— Il te manque peu pour arriver à la divinité amoureuse : tu as le marbre, tu n’es pas encore la statue. Tes seins sont ronds, bien séparés, au contraire des miens, mais ils n’ont pas l’expression de leur beauté parce que tu n’étudies pas l’attitude du corps : tu es massive sur tes jambes, avec des hanches volumineuses et un très beau cul, petite coquine, que je te caresserai comme tu as caressé le mien.

— Toi, tu me le ferais ?

— Je veux que tu connaisses tout par moi.

— Irène, je t’adore.

Elle voulut se mettre à genoux, Irène l’en empêcha, et continua :

— Tes poils sont très fournis et soulignent la blancheur de ton ventre ; ton petit bijou révèle un restant de pudeur que nous lui ferons passer ; tu as les cuisses plus fortes que les miennes.

— Elles ne produisent pas un si bel effet !

— Affaire d’habitude ! Une femme doit s’appliquer à harmoniser l’ensemble de son corps, avec la nuance de beauté qui s’affirme dans le visage. Tu es brune, espiègle d’apparence, on dirait presque hardie, et nue, tout te tasses, tu laisses pendre tes bras, on jurerait que tu vas t’écrouler.

— Tu me fais un cours d’amour !

— Peut-être ! Viens dans mes bras.

— Dans tes bras !

— Oui, là, sur le divan, ta bouche sur la mienne, ton petit trésor contre le mien, ta main à mon cul, comme la mienne sur le tien, et tu te transformeras aussitôt.

— Tu veux que je meure de volupté !

Quand elles furent ainsi dans les bras l’une de l’autre, toutes les deux à peu près de la même taille, Irène commença cette science de baisers, de caresses qu’elle connaissait si à fond, sur les lèvres d’Olympe qui, secouée dans tout son corps, donna des coups de ventre à celui de sa belle-sœur, lui frottant le conin avec le sien, lui chatouillant les fesses avec les mains, comme elle faisait sur les siennes, et murmura :

— Mon Dieu, mon Dieu, je n’eusse jamais rêvé pareilles délices ! Qui t’a enseigné cela, mon Irène ? Mon frère, un seul homme n’est pas assez puissant pour diviniser une femme et ses caresses.

— Marions nos langues, qu’elles ne se quittent pas. Attends, laisse-moi faire, ne bouge pas.

Irène, après le mariage des langues, glissa lentement par dessus le corps d’Olympe, traçant sur son cou, sur ses seins, sur son ventre, un sillon humide de voluptueuses caresses, qui vinrent se fixer sur le clitoris et le conin en ardentes minettes et, tout-à-coup, Olympe se tordit, tressaillit, jouit, s’écriant :

— Assez, Irène, assez, je ne vois plus, je vais mourir, la félicité est trop grande !

Cette brune, qu’instruisait la blonde, avait les nerfs trop surexcités ; Irène le comprit : elle arrêta ses caresses à cette pâmoison, dorlota Olympe à demi évanouie, comme on dorlote un enfant, et peu à peu la détente des nerfs se produisit, Olympe ouvrit les yeux et se vit la tête appuyée sur l’épaule d’Irène.

— Quelle ivresse, ma sœur, quelle ivresse !

— Il faut être raisonnable pour une première fois et nous habiller. Ton mari s’apercevrait de quelque chose.

— Le penses-tu ?

— Oui, mais nous reviendrons tous les jours par ici.

— Et nous recommencerons ?

— Tu me le demandes !

Olympe ne résista pas davantage ; elles se revêtirent, sortirent du kiosque pour aller s’asseoir sous un grand arbre, y causer à leur aise, éviter les tentations qui pourraient renaître.

Mille curiosités assiégeaient l’esprit d’Olympe elle questionna avec tact Irène, qui sut choisir un juste milieu entre les confidences les plus intimes et la réserve que commandait l’éducation étroite de province, pouvant encore exercer son action sur le cœur de la jeune femme.

De ce jour, le kiosque fut leur refuge de toutes leurs après-midi, sauf les jours où Desbrouttiers ne descendait pas en ville, ou ceux où l’on recevait des visites.