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La Tunique de Nessus/9

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Un journaliste du siècle dernier, alias Le Nismois, alias
G. Lewis & Co (p. 143-175).

Bannière de début de chapitre


IX


Cette lettre mit en effervescence Stanislas. Qu’en aurait-il été s’il eût connu réellement tous les actes de sa femme durant ces quelques heures d’absence. Elle parlait des plus importants, en les revêtant d’un certain voile, elle ne parlait pas de ses hauts faits d’initiative personnelle.

Carle parti, elle s’habilla promptement, envoya chercher un fiacre et se fit conduire rue Cambon.

Elle sonna à la porte d’un deuxième étage, et une domestique âgée qui lui ouvrit, s’écria en la voyant :

— Tiens, c’est vous ! Ah, vous voilà ! C’est Madame qui n’a pas été contente de ne plus avoir de vos nouvelles. Est-ce qu’on disparaît de la sorte !

— Mme Beaugitard y est-elle ?

— Parbleu, qu’elle y est. Vous la trouverez au salon, venez-y.

Introduite dans un salon d’aspect fort respectable, Irène salua une grosse dame d’une cinquantaine d’années, d’apparence honnête qui, à son apparition, eût un haut le corps et se précipita à sa rencontre.

— Toi, mon petit, clama-t-elle, te revoilà, tu te souviens de la maison ! Que t’y avait-on fait que tu n’aies plus reparue ? Nous causerons plus tard, tu arrives comme le Messie. Aimes-tu toujours la queue ?

— Toujours.

— Une affaire exceptionnelle ! Tu n’auras rien à payer pour le bougre : un Arabe, un superbe Arabe ; il m’a déjà refusé trois de mes plus jolies femmes : s’il te refuse, je le fous à la porte. Il paye, celui-là.

— Vous garderez l’argent.

— C’est juste, juste. Tu es pour la passion, toi ! Cependant, ici ça me chiffonne : l’Arabe dépense beaucoup dans la maison, sans quoi… On a eu la bêtise de lui parler de ta toquade de queue et il veut une femme pour lui procurer cette jouissance. Il veut un type pour le sucer, et je ne sais où le lui dénicher. Ça te convient-il ?

— Oui.

— Viens vite.

Mme Beaugitard entraîna Irène à travers un couloir sombre ; elle fit glisser une porte et pénétra avec elle dans un salon oriental, d’un luxe de bon goût où, sur un divan, les jambes allongées, les bras sur des coussins, se tenait un arabe de trente à trente-cinq ans, la figure ornée d’une barbe brune taillée en pointe.

— Je te présente la déesse du plaisir que tu souhaites, Sidi-ben-Mohammed, dit Mme Beaugitard : l’agrées-tu ?

D’un long regard, l’arabe examina Irène debout devant lui, les yeux baissés, le sourire engluant sur les lèvres qu’elle savait prendre, l’attitude du corps langoureuse dans sa fine sveltesse ; il balança la tête en signe d’assentiment et murmura :

— Voilà la fille que j’espérais, laisse-nous.

Irène se trouvait en cheveux devant l’arabe qui, de la main, lui fit signe d’approcher.

Elle obéit et debout, tout près, elle darda les yeux sur les siens en un rayon fulgurant, qui sembla lui produire l’effet d’une pile électrique ; il tressaillit et brusquement tirant à lui la robe qui cachait ses jambes, il se montra les cuisses nues, le ventre très velu, la queue longue et droite.

Irène eut un mouvement gracieux de tête, s’agenouilla entre les cuisses, porta la bouche sur la queue et, à ce simple baiser, il lui prit la tête par le menton, la souleva pour la regarder de nouveau dans les yeux, regard infini et insondable qu’ils échangèrent ; il lui repoussa la tête sur sa queue, elle suça très, très lentement les mains posées sur les poils du ventre.

Voulut-il qu’elle précipita la sucée, il appuya sur sa nuque et voilà que la langue remplaça les lèvres, se mit à voltiger tout autour du gland, à courir tout le long du membre, les mains patouillaient les parties sexuelles et les fesses ; l’arabe étala davantage le ventre et les cuisses.

La queue continuait à bander, mais n’éjaculait pas. Irène ne s’en plaignait pas, elle prolongeait son plaisir.

L’Arabe, de temps en temps, dirigeait lui-même le jeu de la bouche par des indications de la main et Irène le satisfaisait sur le champ. Dans un moment d’exaltation, il lui pressa le visage sur son ventre et s’en farfouilla tous les poils. Elle le mordilla à la naissance de la queue, elle tourna et retourna la tête dessous les couilles, les cuisses et il se trémoussa, murmurant :

— Allah, Allah, elle est du paradis, elle est une femme du Seigneur, Allah, je jouirai bientôt, je veux te voir auparavant.

Elle s’arracha avec ennui à son suçage, se leva debout, il lui fit signe de quitter sa robe, de se mettre en chemise ; quand elle fut ainsi, il lui souleva ce vêtement par derrière, contempla ses fesses et dit :

— Beau cul, beau, beau, je le pensais, lui aussi, il aura sa part Place-le sur la pointe.

— Non. Ici, je ne donne le plaisir que par la bouche ; j’accorde la vue de mon corps, je ne vais pas plus loin. Je n’ai pas besoin de ton argent, on ne me paye pas.

— Moi, je paye et je veux payer. Tu es une fille du Seigneur et tu ne te refuseras pas à ton serviteur. S’il te plaît de faire jouir par la bouche, je jouirai par ta bouche. Je te demande ensuite de m’accorder ton cul : le veux-tu, femme ?

Il avait bon air en parlant ainsi, elle sourit et répondit :

— Tu es gentil pour la femme, tu mérites son amitié. Baisse ton outil et j’appuierai mon cul dessus. Je te donnerai après le plaisir par la bouche et, s’il te reste de la liqueur, je t’accorderai mon cul pour la verser.

Il abaissa sa queue, Irène vint s’asseoir par dessus, pesant sur elle du poids de ses fesses. Il bandait tellement que la queue la souleva, et qu’elle se jeta prestement dans ses cuisses pour le sucer avec toute sa science de mignardises.

— Allah, Allah, dit l’arabe, qu’elle houri, elle est la fille du prophète.

Il ne se contint plus et la jouissance fut telle que le désirait Irène. Les battements de la queue calmés, elle demeurait prostrée sur les cuisses de l’homme, les bras ballants, accroupie sur ses jambes, presque sans souffle.

Cette masculinité exotique, à saveur plus caractérisée, l’avait secouée dans toutes les fibres de son corps et elle tremblait sur ses cuisses, humectées de sa propre jouissance.

Sidi-ben-Mohammed lui caressa gentiment le visage de la main, comprenant son émotion ; il l’attira peu à peu, molle et flasque sur ses genoux, lui appuya la tête sur son épaule et il commença à prendre connaissance de ses seins de son buste, de ses poils, lui ôta la chemise, aidé par elle.

Dans ce pelotage, dans les caresses qui suivirent, il rebanda promptement et un de ses doigts, descendant le long de l’épine dorsale, courut au cul, s’y enfonça, témoignant ainsi le désir qui renaissait.

— Va, Sidi, dit-elle, je te l’ai promis, goutte ton plaisir et ressuscite le mien.

Il la grimpa sur le dos et bientôt il l’eût enculée ; les mêmes ébats les emportèrent dans l’entente de la sensation voluptueuse, ils jouirent encore abondamment et ils se contemplèrent dans une joie extatique.

— Tu es la femme du harem, dit l’arabe, autour de toi les gazelles viendraient apprendre l’amour, veux-tu m’accompagner au pays du Grand Soleil ?

— Je ne le puis, j’aime le plaisir, je le donne, je n’oublie pas qu’il appartient d’abord à l’homme qui est mon époux.

— Tu as un époux, un seigneur du harem, et il ne te garde pas ?

— Les mœurs des chrétiens ne sont pas celles des musulmans.

Ils parlaient et leurs nudités s’aspiraient encore, car l’arabe s’était dévêtu, il dit :

— Je suis pour peu de temps à Paris, je voudrais te revoir, reviendras-tu ?

— Ici, non. Si tu sais être discret, je te révélerai la maison où je suis la maîtresse et où je te recevrai.

— Tu me recevrais dans ton logis ?

— En garderas-tu le secret ?

— Parle sans crainte.

— Viens demain, sur les deux heures, demander Léna de Mauregard, à son hôtel des Champs-Élysées. Te rappelleras-tu ?

— Je me rappellerai et je serai exact.

Ils échangèrent encore quelques baisers, puis, Irène ayant l’habitude de la maison, elle sonna un groom apparut, garçon de dix-sept à dix-huit ans, à l’air vicieux ; elle lui fit signe d’enlever ses affaires, salua Sidi et, toute nue, sortit par une porte de côté, pour se rendre à un vaste cabinet de toilette.

Dans un salon de débarras le précédant, le groom avait déposé les vêtements et, de la porte de communication ouverte, d’où il la considérait dans ses ablutions, il lui dit :

— Te voilà de retour, Amourette, on a joliment parlé de toi dans la boîte.

— Tu ne l’as pas quittée, Singenet ?

— Oh, j’y resterai bien jusqu’à mon service militaire ; le métier y est commode, de bon rapport, les clients et les clientes en général convenables la patronne pas mauvais caractère. Tu t’es amusée à ta soif avec l’Arabe ?

— Pas besoin de supplément.

— Pas besoin, bien vrai ?

— Tu vois bien que non, puisque ma toilette est terminée et que je me rhabille.

— Pas même un petit bécot, tu ne le refuses jamais.

— Mauvais sujet de Singenet, je n’ai pas le temps, j’ai à causer avec ta maîtresse : tiens, aide-moi à passer les manches de mon corsage.

— Tout de suite, on a tant de plaisir à voir tes nénés.

— Tu en vois des quantités

— Pas tant que tu crois. Toutes ne se servent pas de moi pour remplacer la femme de chambre et toutes ne sont pas d’humeur pareille. Ah, si j’étais riche !

— Que ferais-tu ?

— Je t’entretiendrais.

— Ça ne t’avancerait pas davantage qu’à ce que je t’accorde : baise mes nénés et puis je rejoindrai ta patronne.

Ces seins, qui faisaient les délices des plus fortunés et des plus puissants, le bonheur de son mari, elle les abandonna aux lèvres de ce gigolot qui les embrassa et les gratifia d’une languette ; il reboutonna ensuite le corsage et ne s’opposa pas à sa sortie du cabinet de toilette.

Mme Beaugitard attendait Irène dans son salon, avec une attitude pleine de morgue ; elle lui dit :

— Mon petit, tu m’as rendu service aujourd’hui, je ne te chercherai pas chicane ; néanmoins il m’importe de savoir si je puis compter sur les femmes qui fréquentent ma maison. Es-tu dans l’intention de paraître et de disparaître ?

— Pardon, Beaugitard, vous déplacez la question. En général, vous payez les femmes qui fréquentent votre maison, et c’est moi qui vous paye. Vous encaissez donc des hommes auxquels vous m’offrez et de moi.

— Cette situation n’est pas régulière et je ne tiens pas à tes deux louis ; je préférerais t’en donner cinq, dix de ma poche et que tu sois ici presque tous les jours.

— Il ne faut pas penser à cette combinaison, j’ai mon ménage.

— Laisse moi cette blague tranquille ? Une femme de ton genre n’est pas une femme qui vit dans son intérieur.

— Je n’y vis pas, je cours les salons.

— Tu as trop de crânerie pour être une femme du monde. Et puis, à quoi bon finasser. Tu n’étais plus la même dans les derniers temps, je t’ai fait suivre et je sais qui tu es.

— Dans ce cas, Beaugitard, c’est un adieu définitif entre nous : Je vous l’avais défendu.

— Je n’abuse pas du secret des autres. Tu es Léna de Mauregard, la grande entretenue, tu as des passions à côté de tes amants, je les admets, tu viens ici tu les payes, c’est ton affaire. Où commence la mienne, c’est que j’ai des hommes qui sont restés toqués de ta bouche, d’autres qui sont devenus amoureux fous de ta personne depuis qu’on ne te voit plus ; tu avais un préféré, tu as même dédaigné celui-là et il ne paraît plus chez moi. C’était un prêtre riche. Écoute, viens une fois par semaine et je te donne cinquante louis de ton après-midi, avec autant d’hommes à sucer que tu l’exigeras.

— Puisque vous savez qui je suis, vous ne devez pas ignorer que j’ai quitté Paris, il y a déjà plus d’un an. Je n’y suis qu’en passant et, vous le voyez, ma première visite a été pour vous.

— Quoi, avec tout ce qu’on raconte, tu as renoncé à Paris ! Quel mystère que cette femme !

— Aussi, Beaugitard, nous allons nous dire adieu jusqu’à une nouvelle fantaisie.

— Sois bonne, sois gentille, n’es-tu pas descendue chez toi, à ton hôtel ?

— Si, et j’y serai probablement pour un ou deux jours.

— Reçois-y ton ancien préféré, l’abbé Déculisse, il ne me boudera plus et continuera à me recommander.

— Apprendre à l’abbé ma véritable personnalité, jamais.

— Il te cherche, il le saura tôt ou tard, pourquoi n’y consentirais-tu pas ?

— Je me méfie des prêtres dans la vie courante ; ils ont des relations partout, je ne veux pas frayer d’amour avec l’un d’eux.

— Que tu es bête ! Puisque tu n’habites plus Paris, que tu résides à l’étranger ! D’ailleurs, il sait qui tu es, je le lui ai appris.

— Vous, vous, Beaugitard, vous avez commis cette indélicatesse !

— Dans ton bien. Ne lutte pas avec ton désir ! quand tu te retrouveras avec ce chien-chien de Déculisse, tu n’en seras pas fâchée. Du reste, il saura bien que tu es passée par Paris et il te dénichera, je te le garantis.

— Et bien soit, je serai chez moi demain vers les trois heures et demie, je consens à le recevoir pour une fois, parce que mon amant ne s’y trouve pas ; mais qu’il m’attende ici pour une visite future à Paris.

— Ton amant pourrait-il soupçonner un prêtre ! Je te remercie quand même et n’oublie pas ma maison, ma petite gougoune, tout le monde y est à tes ordres.

Irène était-elle mécontente de cette indiscrétion ? Non. Elle voyait son après-midi du lendemain réservée à sa passion de suçage entre l’arabe et l’abbé et elle se réjouissait de son voyage à Paris.

Dans la soirée chez Esther, dont elle raconta les principaux épisodes à son mari, elle n’omit de parler dans sa lettre, que du rendez-vous qu’elle accorda à Letoutard pour le lendemain soir aux Fantaisies-Musicales, où elle devait se rendre avec Aimette.

Elle arrêtait son épître après sa faiblesse pour Arthur Torquely, sous le prétexte que c’était l’heure où l’attendait la Marseillaise, il s’en fallait de beaucoup. Arthur était venu après le départ de Barfleur et elle terminait à peine d’écrire à Stanislas, que Sidi-ben-Mohammed arrivait et était introduit dans son boudoir.

Il portait un costume resplendissant et ses yeux brillants donnaient à sa tête une allure encore plus virile que la veille.

Cet homme exerçait de l’ascendant. Elle se jeta dans ses bras dès son apparition et s’y pelotonna comme une petite enfant, il lui dit :

— Tu es donc celle qu’on appelle Léna, la maîtresse divine et tu m’as permis de te connaître. Le Seigneur aime son serviteur.

— Tu as donc gardé un bon souvenir de notre après-midi, Sidi ?

— Nomme-moi Mohammed : je suis très riche, très puissant. Quand on t’a aimée, on ne cesse de rêver à toi. J’ai rêvé toute la nuit et des houris, en nombre aussi grand que les étoiles du ciel, n’auraient pu effacer ton impression.

Ils se laissèrent tomber sur un canapé, enlacés, se pigeonnant.

Cette femme infatigable, qui sortait à peine de la secousse d’Arthur Torquely, qui venait d’écrire à son mari une longue lettre de confidences, éprouvait un tendre émoi près de cet enfant du désert, robuste cavalier au teint bronzé, aux yeux de feu, occupé à lui baiser les cheveux, aspirant les effluves de son corps à travers l’échancrure de la matinée, la serrant contre lui et savourant l’attente de la volupté.

Elle se faisait petite, guettait sa fantaisie, certaine qu’il débuterait comme la veille et elle se délectait à cette minute d’amour extatique, précédant les actes.

Il lui défit sa matinée pour lui saisir les seins et elle se plaça sur ses genoux, où elle l’entendit lui dire :

— Tu es une merveille des merveilles, on passerait une éternité à t’adorer et tes yeux cependant savent vous soumettre au plaisir que tu souhaites. Dis, permets-moi de diriger nos ivresses.

Ses lèvres sur les siennes, elle répondit :

— Commande tes désirs à ton esclave, mon doux seigneur.

— Laisse-moi te prendre avant que tu ne me suces, sans quoi l’impatience me tracasserait.

— Veux-tu maintenant ?

— Dans quelques secondes ; te peloter est félicité céleste.

— Mohammed, tu sais donc l’amour à la française ?

— L’amour est partout le même.

Elle le sentait vibrant de désirs, dans le tremblement des mains qui caressaient ses chairs ; très échauffée elle-même par ces baisages successifs qui saluaient sa beauté depuis son arrivée à Paris, après une aussi longue constance à son mari, elle ne demandait pas mieux que de s’abandonner et de sacrifier au besoin le suçage dont elle se délectait.

Nus tous les deux, ils jouirent d’un premier spasme, ventre contre ventre, et elle se vit vraiment possédée moralement et matériellement.

Sidi-ben-Mohammed se devinait le type dominateur de cette Circé, jusqu’alors suzeraine d’amour ; il avait ce qu’il fallait pour s’imposer à une aussi ardente voluptueuse.

L’ayant baisée, il l’admira étendue inerte sur le tapis, son beau corps palpitant de fièvre, les yeux mourants et, assis près d’elle, il plaça la main sur son ventre et murmura :

— Si tu étais la houri de Mohammed, aucun autre homme ne s’appuierait là.

— Je suis la chose de Mohammed en cet instant, mais je suis la femme de Stanislas Breffer qui, lui, permet à ce ventre d’inspirer la passion et de l’inspirer. À ce titre, il vaut mieux que je ne sois pas ta houri. Je te le dis cependant, tu es l’homme qui atteignit le plus loin dans ma jouissance.

— Allah, tu es une femme qui dépasse toutes les femmes de la terre et peut-être, en effet, est-il préférable que tu sois une chrétienne et que je puisse m’enivrer de ton corps avec ton mari et les autres chiens qui te courent après.

Sur ces mots, il approcha le visage de ses seins, se mit à les sucer et soudain, rebondit sur elle pour la posséder de nouveau.

À cette possession, ils roulèrent en sauts précipités de par le boudoir, elle le mordant dans son délire sensuel ; lui, la maintenant sous lui, la queue encore plus raide qu’au premier coup, manœuvrant sans désemparer le conin. Des bras de fer la secouaient, elle se soulevait sur les reins et retombait, frappant le tapis de violents coups de cul. Sur son visage, elle apercevait celui de Mohammed, ne perdant rien, dans son extase, de sa marque d’autoritaire volonté ; elle s’effarait sous cette puissante prise d’elle-même, tout disparaissait, les yeux de l’arabe flambaient, elle dit dans un souffle :

— Tu me prends, je suis à toi, toute à toi, Mohammed ; pourquoi t’ai-je connu, je ne t’oublierai plus et tout apparaîtra fade, loin de ton amour.

Ils jouissaient, ils étaient collés par les cuisses, par le ventre, par la poitrine, par le visage ; elle eut des convulsions qui l’agitèrent, elle ferma les yeux, elle perdit la notion des choses dans une félicité inexprimable et, quand ses paupières se relevèrent, elle se trouva toujours dans les bras de Mohammed, la tête sur son épaule, tous les deux couchés côte-à-côte sur le tapis.

— Tu as joui comme moi, dit Mohammed, tu étais faite pour vivre reine dans le désert et commander aux désirs du serviteur de Dieu.

— Je suis la femme de Stanislas Breffer.

— Tu me l’as dit. Pourquoi t’appelle-t-on Léna de Mauregard ?

— Parce que Léna de Mauregard fut mon nom de courtisane, alors que j’oubliais mes devoirs conjugaux pour prendre des amants. Je te l’avoue à toi, qui est vraiment un maître pour ma chair ; redevenue la femme de Stanislas, j’ai eu soif de l’homme et j’ai voulu me replonger pour deux, trois jours, dans mon ancienne existence de courtisane. Qui a bu la volupté ne saurait plus jamais s’en passer.

— Ton mari, ton seigneur, t’a autorisée !

— Je lui permets d’autres femmes.

— Peut-être avez-vous la sagesse ! Je le répète, tu es une femme à ne pas permettre à l’éclat des autres d’effacer le tien.

— Près de toi, Mohammed, je te reconnais mon seigneur, parce que ta chair et la mienne semblent se reconnaître et aspirer à ne plus se séparer ; loin de toi je serai encore Léna de Mauregard, la courtisane et aussi Irène Breffer, la femme aimante de Stanislas Breffer. Mon maître aimé, ta soif n’est pas désaltérée, voilà que dans mes cuisses court ta virilité ; qui es-tu donc, pour ainsi, coup sur coup, t’emparer sans faiblesse de la même femme, jusqu’à trois fois.

— Je suis celui qui t’a reconnue comme sienne, dès hier, à ta première apparition, chez la vendeuse de chair féminine, je suis celui qui t’attendait depuis des années, en te cherchant de par le monde, je suis celui pour qui tes lèvres sont sources d’inépuisable force.

— Viens, viens vite, prends ton bien, nos paroles s’exprimeront ensuite.

Une troisième fois, l’arabe enconna Irène et, dans l’élan de ce coït, leurs os craquèrent, leurs chairs s’incrustèrent, les seins d’Irène parurent fondre sur la poitrine de Mohammed, les poils de Mohammed parurent se coller aux blanches chairs satinées d’Irène.

Ils se tordaient, se contorsionnaient et, cette fois, Mohammed retirant par moment la queue du conin, queue de plus en plus forte, il en frappait les cuisses, les hanches, le ventre de sa maîtresse qui, jetant les bras autour de son cou, luttait pour le ramener en elle, y parvenait et se voyait enfilée en un clin d’œil.

Elle baisait, elle baisait, Irène, depuis la veille ; elle n’avait pas baisé ainsi depuis longtemps, elle s’enfiévrait, elle aspirait à ce que la journée, la nuit devinssent un baisage ininterrompu.

Sous la domination de l’arabe, elle ne pensait plus à rien ; elle éprouvait encore davantage la sensation de jouissance avec le sperme qui jaillissait dans ses entrailles et elle demeura prostrée après ce nouvel exploit, tandis qu’il murmurait à son oreille :

— Je t’ai trouvée, ma gazelle, ce n’est pas pour te reperdre : tu ne veux pas me suivre dans le désert, je te suivrai là où tu habites.

— Me suivre là où j’habite !

— Le mari, ton seigneur, te laisse aller aux amants, il ne peut te disputer à mon amour.

— Mon mari, Stanislas !

— Où est-il ?

— Il est dans la ville de province que nous habitons.

— Pourquoi n’est-il pas ici ?

— Je suis venue seule.

— Je veux être le frère de ton mari, cela se peut-il, femme de Mohammed.

— Frère de mon mari !

— Il ne sera pas jaloux de son frère l’arabe, je ne serai pas jaloux de lui ; il a d’autres femmes, as-tu dit, il aimera ses autres femmes et il te laissera à ma soif.

— Mohammed, ce que tu demandes est impossible.

— Pourquoi, ma houri ?

— Parce qu’il m’aime plus que ses autres femmes et qu’il ne renoncera pas à ses plaisirs sur ta servante.

— Je ne serai pas jaloux, puisqu’il ne le sera pas. Nous aurons les mêmes femmes, nous les aimerons et les servirons avec les mêmes sentiments, nous serons frères, te dis-je.

Elle se serra encore plus dans ses bras, referma les yeux et, la bouche sur sa bouche, répondit :

— Laisse-moi réfléchir.

Il la tint plaquée sous lui, sa bouche sur la sienne, les yeux sur ses paupières, suivant la méditation à laquelle elle essayait de se livrer.

Quelle combinaison se présentait dans l’arrivée de Mohammed ! Était-ce l’élément voulu pour colorer sa vie de province, pour donner à l’idée de harem qu’elle rêvait de créer, un stimulant par la présence de ces deux hommes de race différente, de religion et de mœurs contraires, qui en seraient les maîtres ? Comment s’entendrait-on, comment vivraient-ils, que penserait-on dans le pays de cette étrange maison ?

Tout cela traversait son esprit, une solution ne pouvait s’improviser aussi rapidement ; elle sentit une pression de cet amant extraordinaire, ses mains lui poussaient les fesses, ses doigts couraient dans son cul, elle comprit qu’une quatrième joute se préparait, celle-là par l’enculage, et elle ouvrit les yeux, dit :

— Mon cœur est dans tes paroles, Mohammed ; mais ta volonté et la mienne ne sont pas les seules à consulter ; il y a celle de mon mari, de mon seigneur, comme tu dis ; puis, vivras-tu dans mon pays sans regretter le tien et, comme mon mari, souffriras-tu si j’ai caprice d’autres hommes, que je me satisfasse ?

— Lorsque Mohammed sera le frère de ton époux, tu n’auras plus soif d’autres hommes.

— Je veux te croire. Cependant, je te préviens, jamais je ne renoncerai à une sensation que me dicteront mon âme et mon corps. Je ne suis pas élevée à l’impossibilité sexuelle, comme on élève, les femmes de ton pays, par rapport à tout ce qui n’est pas leur époux. Écoute, demain soir je t’éprouverai, demain ou après-demain. Mon mari sera ici, j’en suis certaine, viens dîner avec nous, il y aura peut-être d’autres hommes, d’autres femmes, je veux te juger sur ce que tu éprouveras, si je m’amuse avec ces autres hommes, ces autres femmes.

— Les femmes chrétiennes ne sont pas les femmes musulmanes. Je consens à ce que tu juges et, demain soir, je viendrai dîner avec qui tu voudras.

Il la tourna brutalement comme un maître tourne une servante, posa une main sur sa bouche pour l’empêcher d’ajouter un mot, et l’encula prestement.

La sensation de la veille, celle des coups précédents, ne furent rien à côté de celle-ci. Il la couvrit comme un poulain couvre une jument, se tenant tantôt agenouillé, la faisant tantôt se dresser debout, sans que la queue s’échappât du trou. Il était comme un levier qui la portait dans le sens qu’il voulait et elle jouissait sous la moindre impulsion qu’il lui imprimait, dans la possession absolue sous laquelle il la soumettait.

Oh, ce que seraient les caresses avec un tel amant ! L’heure fuyait et elle était prise, reprise ; elle sentait sa raison s’égarer.

Il arrêta lui-même cette séance de fièvre et, les bras croisés, debout, il la contempla, amoureusement agenouillée, lui enlaçant les jambes de ses bras, disant :

— Oui, oui, assez, Mohammed, habille-toi, va-t-en, c’est toi qui me tuerais ; jamais je ne vécus pareille volupté.

— As-tu aimé ?

— Mon mari ? Je ne sais plus si je l’aime.

— Un homme, il y a longtemps, cela dura quelques semaines ; jamais je n’éprouvai ce que j’éprouve par toi.

Ses yeux buvaient les rayons qu’il jetait de ses regards, l’adorant dans sa beauté ; elle baisa la queue, encore respectable, quoique en demi-érection, il l’en souffleta sur les deux joues et dit :

— À demain donc la suite de cet entretien, Léna de Mauregard.

— Irène Breffer, de son nom légitime, du nom de son mari.

— À quelle heure dois-je venir ?

— Un peu avant sept heures. Si, contre mon attente, mon mari n’était pas arrivé, je te garderais quand même.

Mène-moi à la salle des ablutions.

Elle se releva et le conduisit dans sa salle de bains, véritable joyau d’élégance coquette, une piscine de marbre rose tenant tout un côté, avec des supports à chaque extrémité, pour permettre de s’adosser à l’aise ; il passa dans le cabinet suivant où était aménagé le tub, fit sa toilette, s’habilla ensuite et partit.

Lorsqu’il eût disparu, Irène courut se plonger dans l’eau tiède et parfumée du bain, pour recouvrer des forces, de la vigueur, de l’élasticité.

Son esprit se dilatait de joie ; elle trouvait l’amant rêvé, l’amant qui dorerait le séjour de S… et avec lequel elle entreprendrait des parties en tous genres ; il l’aiderait dans son désir de création de harem : Annina, Olympe, Gabrielle et puis, pourquoi pas, des amies de Paris ou de nouvelles conquêtes ; cette vie serait une nouvelle vie de plaisirs et de bonheur, où elle marcherait appuyée sur Stanislas et sur Mohammed.

Que dirait-on à S… ? Stanislas acceptant l’arabe, qui aurait le droit de médire ? On s’installerait au besoin à Ecofleur, ou dans un autre pays et l’on se moquerait des mauvaises langues.

D’ailleurs, elle s’en rendait bien compte, Mohammed ne pourrait tout à fait sacrifier son pays, sa religion, il s’absenterait et, avec ces absences, on s’arrangerait pour voyager, se retrouver ailleurs, ce qui attirerait moins l’attention de la ville qu’un séjour constant.

Elle se complaisait dans mille châteaux en Espagne, Mirette lui apporta la carte de M. Déculisse.

— Je n’y pensais plus, dit-elle en riant, fais-le entrer.

— Madame le reçoit au bain ?

— J’aurais juste le temps de m’habiller pour aller chez Aimette.

La femme de chambre hocha la tête, et dit :

— Je crains bien, Madame, que vous ne vous fatiguiez beaucoup… vous ne décessez pas depuis hier.

— Ne t’inquiète pas ma bonne, j’ai treize mois d’honnêteté conjugale à enterrer dans le passé, et je me rattrape un tout petit peu. Ensuite je suis forte, tu le sais bien.

Mirette se tut et alla chercher Déculisse.

Un homme de taille moyenne, un brun de trente-quatre ans, aux épaules carrées, la démarche pas empruntée, le visage ovale et souriant, entra. Il était vêtu d’un complet noir de très bonne coupe et Irène, le voyant, s’écria :

— Ah, te voilà, mon beau Jasmin, tu as fini par me dénicher : tu es bien gentil de t’être rendu à mon invitation.

Elle lui tendit la main au-dessus de l’eau, il se pencha et la baisa galamment, tandis que Mirette se retirait.

— La Beaugitard m’a fait annoncer ta réapparition dès hier, en me disant le rendez-vous que tu me fixais ; je suis accouru. Tu es bien méchante d’avoir ainsi disparue.

— J’ai mes devoirs, je suis mariée.

— Toi !

— Moi, Léna de Mauregard. Déshabille-toi, mignon et viens dans l’eau, nous causerons de plus près et… je te prouverai que mes goûts ne changent pas.

— Ton mari ?

— Est dans notre petite ville de province, tu n’as rien à en craindre.

Il hésitait, elle murmura :

— N’as-tu plus envie ?

— Plus que jamais : tu as en toi un nouveau charme et, dans ces quelques mois, tu as encore gagné en attraits, en séduction.

— Et bien, déshabille-toi vite, nous agirons et nous parlerons en même temps.

Elle sortait à peine de cette orgie de l’arabe et elle acceptait cette autre aventure. La légère fatigue, qu’elle ressentit une minute, s’était dissipée dans l’eau et elle se reprenait à désirer la volupté.

Jasmin Déculisse, l’abbé Déculisse, tout nu, montra une blancheur de peau remarquable chez un homme, ornée de très peu de poils, mais avec une queue grosse, ramassée, toute autre que celle de l’arabe.

— Il me semble qu’elle a engraissé, dit Irène en souriant, entre dans l’eau et porte-la moi, je vais lui adresser mes premières tendresses.

Déculisse s’empressa de suivre ses indications et, ayant de l’eau jusqu’aux genoux, il approcha de la bouche de la sirène, sa queue, qu’elle happa avec gloutonnerie tout en s’amusant à lui tapoter les fesses.

Les jeux d’amour recommençaient, elle fit jouir l’abbé par le suçage, et puis, tous les deux dans l’eau, ils s’amusèrent à batifoler et il la baisa.

Elle devenait insatiable, riait comme une fille, ne cherchant dans cette passe que le plaisir sans l’apport de la moindre sentimentalité ou d’une arrière-pensée quelconque. Elle l’invita aussi au dîner du lendemain soir, estimant qu’il serait très drôle de réunir un musulman et un prêtre catholique dans une partie sensuelle, que son mari y fut ou n’y fut pas.

Elle ne s’embarrassait pas pour si peu ; elle serait fixée dès que Stanislas aurait reçu sa lettre, parce qu’il lui télégraphierait certainement son départ, s’il venait la chercher. Donc, si elle n’en recevait pas, elle prendrait ses dispositions en conséquence.

Quand elle monta en voiture pour se rendre chez Aimette, elle ne ressentait plus aucune lourdeur de ses exploits et si ses yeux étaient légèrement cernés, son teint conservait le même éclat, son corps la même sveltesse.

Chez Aimette, elle se trouva à table avec des anciennes connaissances de Spa : M. et Mme Benjamin Renaud, Francine peu changée. Il n’y eut aucune froideur de part et d’autre. On se rappela le vieux passé de quatre ans : elle apprit qu’Amédée Bloquefosse avait la gérance du caveau pour le compte de Benjamin, et qu’il y vivait maritalement avec une femme qui figura dans les tableaux vivants des tournées artistiques. On la sonda de nouveau pour savoir si elle consentirait à faire une de ces tournées et Aimette lui conta qu’il s’en préparait une d’ultra-chic, où Benjamin nourrissait l’intention d’emmener les principales demi-mondaines avec des appointements folâtres, pour une série de cent soirées, où elles seraient libres d’accepter ou de refuser les passes, d’être accompagnées de leurs amants et où elles n’auraient qu’à paraître dans deux tableaux ; l’un, sous leurs toilettes luxueuses, l’autre toutes nues. En dehors d’elles, il y aurait la troupe habituelle qui exécuterait les pantomimes et serait à la disposition des galants. Elle était prête à accepter, comme Lucie des Étoiles, Bertine des Sableuses, Émilienne d’Argos, Léona des Charmilles, la dernière venue, etc. et elle accepterait sans hésitation, si Léna de Mauregard acceptait et entrait dans cette combinaison.

— Lucie, je ne l’ai pas rencontrée chez elle, dit Irène.

— Elle passe son temps à Versailles avec un officier, et elle partira pour s’arracher à cette toquade, tu serais donc entourée d’amies.

— Non, je ne puis renoncer à ma vie de petite bourgeoise.

— Une occasion d’amusement comme celle-là ne se refuse pas. La vie est courte et la jeunesse plus encore. Tu auras tout le temps de la réflexion, la tournée est pour le printemps prochain.

— Dans ce cas, nous en recauserons.

— Quand, interrogea Francine Renaud ?

— Au jour de l’an, je viendrai à Paris, et je sais que vous y êtes d’habitude.

L’idée ne lui déplaisait pas ; elle avait tant de choses en tête qu elle attendait de revoir Stanislas pour se décider. Il fallait d’abord savoir ce qu’il penserait à sa lettre.

Elle fut fixée le jour suivant, à la première heure, comme Letoutard, avec qui elle avait couché cette nuit là, venait de la quitter.

Son mari lui télégraphiait qu’il arriverait avec Gabrielle et certainement Olympe, vers les trois heures de l’après-midi et la priait de se trouver à la gare.