La Vie de Pierre de Ronsard (éd. Laumonier)/Introduction02

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II


Dans quelles conditions et dans quelles circonstances précises Claude Binet a-t-il composé le Discours de la vie de Ronsard ? Pour répondre à cette question, il faudrait d’abord être fixé sur la date où il fit la connaissance du poète et sur les relations qu’il eut avec lui. Il nous dit qu’il était encore « jeune d’ans et d’experience, n’ayant pas encore attainct l’âge de quinze ou seize ans », quand il alla voir Ronsard pour la première fois et lui présenta « les premices de sa Muse ». Mais il a oublié de nous apprendre l’essentiel, en quelle année et en quel mois il fit cette visite mémorable qui devait avoir une si grande influence sur sa carrière littéraire.

Pour moi, Claude Binet, de Beauvais, n’avait pas plus de vingt ans quand il publia son premier recueil de vers, les Diverses Poësies, en janvier 1573[1]. Il serait né en 1553. On sait en effet, par la Statistique des cantons de l’Oise (de Graves) et le Dictionnaire des hommes illustres de l’Oise (de Braisne), qu’il perdit son oncle Jean Binet en 1561. Cet oncle, jurisconsulte et poète, avait été son initiateur, sinon dans la science du droit, au moins dans l’art des vers. D’après deux strophes de Claude Binet, qu’on lit dans la Deploration des miseres humaines sur la mort de maistre Jean Binet, celui-ci avait « planté les Lauriers sacrez » dans la « tendre poitrine » de son neveu, et ces lauriers y « verdirent » plus tard « de soucis et regretz », lorsque le neveu fut capable de comprendre et de pleurer dignement la perte qu’il avait faite en la personne de ce bon oncle[2]. Je ne crois pas téméraire d’en conclure qu’en 1561 Cl. Binet pouvait avoir de huit à neuf ans. Il aurait « déploré » la mort de son oncle seulement quelques années après, mettons dans sa seizième année au plus tôt, si c’est à cet âge, comme il le dit, qu’il alla montrer à Ronsard ses premiers vers.

Autres preuves. Outre cette « deploration », le recueil des Diverses Poësies contient un Sonet sur les trespas de Mgr de Guise, de Martigues et de Brissac[3], dont le premier est mort en février 1563, le second et le troisième en 1569, une Complainte sur le trespas de J. Grevin, mort en novembre 1570, une Ode trionfale sur l’arrivée d’Elisabeth d’Autriche Royne de France qui eut lieu au mois de mars 1571, une Complainte sur le trespas de M. Claude Despence, mort en 1571, une cinquantaine d’autres pièces, sonnets, odelettes, vœux, épigrammes, chant forestier, qui sont de dates indéterminables. Or Cl. Binet était très jeune quand il écrivit tous ces vers. Cela ressort de la dédicace même du volume « à messire René de Voier, Vicomte de Paulmy, Chevalier de l’ordre du Roy, et Gentilhomme ordinaire de sa Chambre ». J’ai osé, lui dit-il, accompagner les œuvres de La Peruse « d’un petit échantillon de mes compositions, afin que soubs la faveur de vostre nom, en aiant pour avant garde et fidelle escorte un La Peruse, il marchast plus asseurément en campaigne, auquel par votre noblesse et courtoisie vous excuserez s’il vous plaist la rudesse et peu de jugement, comme ne venant pas de quelque viel routier et rusé en cest art, acceptant cecy pour avantcoureur de quelque chose mieux tracée. » Le volume se termine par plusieurs pièces de ses amis en latin et en français, parmi lesquelles Antoine Le Fèvre, de Clermont en Beauvaisis, lui adresse ces distiques :

Si tua jam tenerae laudantur scripta juventae,
Grataque sunt doctis munera prima viris,
Quid facies, Claudi, fuerit cum grandior actas !
Quos quanta promes sedulitate modos !

En 1573, il publie une Ode sur la naissance et triomphant baptesme de Marie-lsabel de Vallois, fille unique de France[4]. En 1573 encore, l’Adieu de la France au serenissime roy de Pologne augmenté de la responce et adieu du roy de Pologne à la France[5]. En 1575, un nouvel opuscule, contenant, entre autres pièces, une « eglogue de chasse » intitulée Adonis ou le Trespas du roy Charles IX, et une « eglogue marine » intitulée Les Daufins ou le Retour du roy (Henri III)[6]. Et les amis de s’extasier toujours sur la précocité du talent de l’auteur : François de Belleforest accompagne l’Adieu de la France d’un éloge qui commence ainsi :

Binet, puisque Pallas, au printemps de ton age,
T’a departi sa grace ..........


un autre poète, qui signe B. D. S., dit à propos des Daufins :

D’où vient, diront aucuns, qu’ainsi des sa jeunesse
Il receut ce bonheur et tant noble caresse
Du Dieu Cyllenien ? ........

Enfin nous savons d’une part que Cl. Binet « deceda dans un age peu avancé »[7], d’autre part que, s’il vivait encore le 3 septembre 1599, il n’existait plus le 4 août 1600[8].

Je crois donc pouvoir affirmer qu’en janvier 1573, lors de la publication de son premier recueil de vers, Claude Binet n’avait pas plus de vingt ans.

Ceci posé, il devient plus facile de dater la première entrevue de Ronsard et de son biographe. Si l’on rapproche ce que le biographe en a dit des dates précédentes, elle aurait eu lieu aux environs de 1569. Il ne semble pas, remarquons-le, avoir gardé un souvenir très précis de l’âge qu’il avait lors de cette entrevue ; il dit vaguement qu’il n’avait pas encore « attainct l’age de quinze ou seize ans » ; et, dans l’incertitude, il s’est plutôt rajeuni, vraisemblablement. Cela nous permet de croire, avant toute autre considération, que la rencontre pourrait bien ne remonter qu’à 1570.

Or, Ronsard a passé les années 1568 et 1569 en son prieuré de St-Cosme, retenu par une longue maladie ; et ce n’est guère qu’après la paix de St-Germain entre catholiques et protestants (août 1570) qu’il revint à Paris. On le trouve en septembre à Conflans, chez Villeroy, et il est vraisemblable qu’il demeura à Paris toute la fin de l’année et une bonne partie de l’année suivante, non seulement parce qu’il élaborait alors une troisième édition collective de ses œuvres, mais parce qu’il eut à préparer de fin novembre 1570 à mars 1571, avec son maître Dorat et son secrétaire A. Jamin, la partie littéraire des fêtes auxquelles donnèrent lieu le récent mariage de Charles IX et d’Elisabeth d’Autriche, le sacre de la reine à Saint-Denis et les entrées solennelles des souverains dans leur ville capitale[9]. C’est, à mon avis, dans la deuxième moitié de 1570 que Ronsard reçut la visite du jeune Binet, lequel songeait aux fêtes qui devaient avoir lieu, au rôle officiel qu’y joueraient Ronsard et Dorat, poètes du roi, à la possibilité pour lui-même d’y participer sous l’égide de ces personnages et de faire son chemin comme poète de Cour, ce que nous voyons qu’il fut par ses premières publications de 1571 à 1575.

D’ailleurs tout porte à croire qu’il se fit d’abord présenter à Ronsard chez Dorat. Voici comment. Cl. Binet nous apprend qu’il devait à Dorat « une partie de ses estudes ». Ce n’est pas, comme on pourrait le croire, une allusion au collège de Coqueret, car Binet était encore au berceau quand Dorat cessa d’en être principal. Il a pu être son auditeur au Collège Royal vers 1966-67[10], ou bien les années suivantes à son domicile du faubourg St-Victor, où Dorat continua longtemps à enseigner avec éclat. Quoi qu’il en soit, je pense qu’en 1570 il était en relations suivies avec Dorat, comme ancien élève ou comme étudiant nouveau[11]. La maison de Dorat était très hospitalière et les jeunes gens qui se destinaient aux carrières libérales la fréquentaient avidement. Nous ne le savons pas seulement par le Maître[12], mais par l’un de ses hôtes, l’historien J.-A. de Thou. « J’allais souvent visiter Dorat, dit-il en substance dans ses Mémoires, précisément à l’année 1570, et c’est lui qui me fit connaître Ronsard : comme je me sentais des dispositions pour la poésie, je liai avec lui une amitié si étroite que dans l’édition de ses œuvres qu’il fit faire par Galland (celle de 1587) il me dédia son Orphée avec un éloge magnifique. Par le même moyen je connus J.-A. Baïf et R. Belleau, dont depuis je cultivai l’amitié avec un grand soin »[13]. Les choses ont dû se passer de la même façon pour Binet, qui avait à peu près le même âge que J. A. de Thou[14].

Binet alla donc voir Ronsard, qui l’accueillit bien et encouragea ses débuts poétiques. Mais leurs relations furent ce qu’elles devaient être entre un homme de 45 ans, arrivé à l’apogée de la gloire littéraire, et un jeune inconnu de 17 ans ; elles furent empreintes de bienveillance de la part de l’un, d’admiration respectueuse et discrète de la part de l’autre. Binet se lia plus facilement avec A. Jamin, le secrétaire du grand poète. C’est une impression qui se dégage très nettement du premier recueil de vers de Binet.

Les Diverses Poësies contiennent en effet un Sonet pour Jean Dorat, à la Santé ; deux épigrammes sur La Vache de Myron descrite par les Grecs et depuis par P. de Ronsard[15] ; un Chant forestier ou Le Chasseur, au Seigneur Amadis Jamin. Cette dernière pièce, très remarquable par un vif sentiment de la nature, est une sorte d’églogue, où Perrot (Ronsard), assis dans un antre des bords du Loir, gémit sur l’absence de Cassandre. Elle ne renferme d’ailleurs aucune indication précise sur les rapports de Ronsard et de Binet ; tout ce qu’on peut en inférer, si elle n’est pas une pure fantaisie, c’est que Jamin fit inviter Binet à une partie de chasse soit à Vendôme ou à la Possonnière en 1571, soit au prieuré de Croixval en 1572[16]. Elle est immédiatement suivie de la Gayeté du Printemps, que Binet dédie A ses amis, et, bien entendu, ces amis, qu’il invite à aller se distraire à la campagne de Charenton, ce n’est ni Ronsard, ni aucun poëte de la Pléiade, pas même A. Jamin ; ce sont de jeunes étudiants comme lui, De Piennes, Landri, Gaiette, De Lorme[17]. Il n’ose encore dédier aucune pièce directement à Ronsard ; il se contente de rendre hommage à son génie[18].

De son côté Ronsard, naturellement, n’adresse alors aucun vers à Binet : ce n’était pas à lui de commencer. Bien mieux, les recueils et les éditions collectives qu’il publia de 1571 à 1584 ne contiennent pas trace de ses relations avec ce nouveau disciple. Si l’on en croyait Blanchemain et Marty-Laveaux, Ronsard aurait dédié à Binet son poème du Rossignol en 1573[19]. Il n’en est rien : ce poème, publié en 1569 sans dédicace au titre, était adressé à Girard, comme le prouvent les six derniers vers, et il ne changea pas de destinataire avant la première édition posthume[20]. Rien non plus à l’adresse de Binet dans les œuvres de Baïf[21], ni dans celles de Belleau, ni dans celles de Jodelle[22], ni même — ce qui est plus étonnant — dans celles de Jamin (1575).

Cependant Binet a écrit à l’occasion de la mort de Belleau (1577) une pièce en hendécasyllabes d’une importance capitale. Elle est dédiée à Ronsard, et c’est, à ma connaissance, la première qu’il lui ait dédiée. En voici le début et la fin, qui prouvent, même si l’on tient compte d’une certaine exagération juvénile, que Binet avait alors des relations amicales avec Ronsard et Belleau :

Petro Ronsardo.

Ergo mortuus est meus poeta
Bellaeus tuus et meus poeta ?
Ronsarde, optime Galliae disertae,
Ille molliculus poeta totus,
Mellitusque magis, magisque tersus,
Quam mel, quamque suo artifex in alveo :
Seu per gaudia rusticationum
Mille et delicias juval jocari,
Seu lubet posita severitate
Tot bella oscula dissuaviari.
O bella, ut solida esse non potestis !
Bellus mortuus est meus poeta,
Ille candidulus bonusque amicus,
Quo nil candidius amiciusque.
............
At Musae incolumem meum poetam
Ronsardum Aoniae arbitrum Camœnæ,
Mi servate diu, et suis amicis,
Ut qui Pleiadas antecellit unus,
His sit postumus et sibi superstes[23].

D’ailleurs Cl. Binet, de 1575 à 1579, dut se consacrer aux études de droit et au barreau plus encore qu’à la poésie. Il se fit recevoir avocat au Parlement de Paris, et c’est en cette qualité qu’on le retrouve aux Grands jours de Poitiers dans la deuxième moitié de 1579.

C’est de ce séjour à Poitiers que date vraiment pour Binet la notoriété. Introduit, à la suite des magistrats de la Cour parisienne, dans le salon de Mesdames Desroches mère et fille, prototype provincial de l’Hôtel de Rambouillet, il brilla en bon rang parmi les poètes qui chantèrent la puce aperçue un jour par E. Pasquier sur la gorge de Mlle Catherine[24]. C’est d’autre part à Poitiers que Binet publia les epigrammata attribués à Pétrone et à d’autres poètes légers, qui, avec un recueil antérieur de J. Scaliger, formèrent le noyau primitif de l’Anthologie latine[25].

Les années suivantes sont marquées par de nouvelles productions poétiques. En 1581 Binet collabore au « tombeau » d’Odet de Turnèbe, à la prière d’E. Pasquier, qui le compte parmi les « lumières » du siècle[26] ; il écrit une pièce liminaire pour le recueil des vers de J. Courtin de Cissé[27] ; il publie un poème latin sur l’épidémie qui sévit alors à Paris[28]. À la fin de 1582 il collabore au « tombeau » du président Christophe de Thou, père de l’historien[29]. En 1584, il écrit un sonnet liminaire pour le dernier ouvrage d’André Thévet, cosmographe du roi[30]. Surtout en 1583 il publie un petit recueil intitulé Les Plaisirs de la vie rustique et solitaire, qui offre un réel intérêt littéraire et historique[31].

Non seulement cet opuscule a valu à Binet l’honneur d’être mentionné dans l’Art poëtique de Vauquelin parmi nos meilleurs poètes pastoraux[32], mais il montre que ses rapports avec Ronsard étaient alors intimes. On y trouve, en effet, deux pièces dédiées à Ronsard, qui ne laissent aucun doute à ce sujet :

1° Un sonnet, dont voici l’essentiel :

Gentil oiseau divin, petit ange des bois,
Rossignol, que ma main a sevré dans la cage,
.................
S’il est ainsi, mignon, que le premier tu sois
Hautain sur tout oiseau variant son ramage.
Va t’en trouver Ronsard, le premier de nostre aage,
Ronsard, le rossignol du Parnasse François.
................
Ravy de ses douceurs, je desire luy faire
De mon cœur pur et net un aggreable don ;

2° Une idylle, intitulée la Truite, dont voici le début :

Entre les plus grans biens dont je veu rendre grace
Aux Muses et aux Dieux, celuy-là qui surpasse,
Et qui rend dessur tout mes esprits plus contens,
C’est d’avoir esté né en France de ton temps.
Ronsard, pare de France, ô la premiere source
Et de ceux qui à gré d’une honorable course
Ont part à ton honneur, et de ceux qui viendront
Pour en vain esparer tel honneur sur leur front... ;


après quoi Binet se félicite d’aimer mieux les plaisirs de la campagne que les vanités de la Cour, et se demande à qui il doit son goût de la simple nature :

C’est à toy, mon Ronsard, dont la divine grace
Des vers non imitable est en France un Parnasse :
Par toy mon jugement j’ay sceu rendre meilleur
Pour priser toute chose à sa juste valeur.

Vers la même époque Binet fréquente chez les magistrats Jean et Jacques de la Guesle, originaires d’Auvergne ; il y rencontre les avocats-poètes auvergnats Gilles Durant et Jean Bonnefons, les deux inséparables, qu’il avait connus au Palais dès 1579[33] ; il est choisi comme substitut au parquet par Jacques de la Guesle, qui avait succédé à son père dans la charge de Procureur général du roi en janvier 1583[34]. Il correspond avec E. Pasquier, qui le considère comme un homme de goût, capable de juger « les belles choses »[35] ; avec Sc. de Sainte-Marthe, qui le loue comme poète et comme avocat-substitut[36] ; avec M.-A. Muret, qui, de Rome, le charge d’être son intermédiaire auprès des éditeurs parisiens, et dans une lettre à Féd. Morel l’appelle « hominum pereruditus »[37]. De son côté, La Croix du Maine écrit de lui que c’est « un homme fort docte en Grec, Latin et François et bien versé en l’une et l’autre poësie », et, après avoir énuméré ses principales œuvres : « Il florit à Paris cette année 1584[38] ». Bref Binet a de nombreuses et brillantes relations à la fois dans le monde de la Magistrature et du Barreau et dans le monde des Lettres, comme le constate J. Velliard en 1586[39].

Il est donc vraisemblable et très probable que Binet, durant les trois dernières années de la vie de Ronsard, eut l’accès relativement facile auprès du grand poète, du moins quand celui ci venait de Croixval à Paris, et seulement jusqu’en juin 1585, date où il quitta Paris pour ne plus y revenir. Ronsard était alors l’hôte de Jean Galland, principal du collège de Boncourt, son meilleur ami, chez lequel il restait alité des mois entiers, aux prises avec la fièvre et la goutte[40]. C’est là, peut-être à son chevet, que Binet, à la faveur d’un procès dans lequel il semble avoir été son avocat, tout au moins son avocat-conseil, s’entretint avec lui de poésie, essaya de relever son moral en lui parlant de guérison ou d’immortalité, s’insinua dans ses bonnes grâces et gagna sa confiance, au point d’être choisi, avec Galland, comme exécuteur de ses dernières volontés d’écrivain. À preuve cette affirmation de Cl. Binet : « Sur ses derniers jours me faisant cet honneur de me communiquer familièrement tant les desseins de ses ouvrages, que les jugemens qu’il donnoit des escrivains du jourd’huy, il se plaignoit fort de certain stile dur et ferré qu’il voyoit s’authoriser parmy nous »[41] ; puis cette fin de l’Hymne de Mercure, que Ronsard lui dédia en retour des deux pièces signalées plus haut dans les Plaisirs de la vie rustique :

Binet, soin d’Apollon, dont la vive eloquence
Flate mon mal d’espoir, mon proces d’asseurance,
Au lieu de tes beaux vers, du trafic de nostre art,
Des honneurs de Mercure iey je te fay part[42]... ;


enfin ces hexamètres de Dorat qui datent de 1586 et parurent en tête de la première édition posthume des Œuvres de Ronsard :

Virgilio fuerat qui par Ronsardus in omni
Vita, morte parem sese praestaret ut illi.
Fidos elegit Tuccam et Varum inter amicos,
Te, Gallandi, et te, Binete, poëmata, quorum
Commisit curae, ne corrumpenda perirent[43]...

Ronsard mourut en son prieuré de Saint-Cosme-lez-Tours le 25 décembre 1585. Galland, qui l’avait déjà vu très mal dans l’automne au prieuré de Croixval, alla recevoir le dernier soupir de son ami. Dès qu’il fut revenu de l’enterrement, avec les papiers et les recommandations suprêmes du poète, il décida de lui préparer au collège de Boncourt des obsèques solennelles qui seraient comme un hommage public à sa glorieuse mémoire. Binet apprit de la bouche même de Galland les dernières circonstances de la vie de Ronsard et prit connaissance des vers que celui-ci avait composés sur son lit d agonie en novembre et décembre précédents. Apprit-il à ce moment seulement la part qui lui revenait comme exécuteur testamentaire, ou Ronsard la lui avait-il fixée avant de quitter Paris ? On ne saurait le dire avec certitude, bien que trois passages nous portent à croire qu’il savait à quoi s’en tenir sur ce point avant que Ronsard quittât Paris (voir ci-après, pp. 40-41, 48, 50). En tout cas, il résolut aussitôt, d’accord avec Galland, de faire imprimer les Derniers vers de Ronsard, de recueillir les éléments de son Tombeau, et de « dresser les principaux points du cours de sa vie », de façon que le tout fût prêt à paraître le jour même des obsèques, pour lesquelles on arrêta la date du 24 février 1586[44].

C’est ce qu’il est assez facile d’établir en rapprochant les documents suivants : 1° un passage de l’Eclogue de Binet « représentée » à ces obsèques ; c’est lui-même qui parle, s’adressant à Thoinet (A. de Baïf) et à Philin (Philippe Desportes) :

Si tost que sur ce bord arriva Gallantin,
La moitié de Perrot, nous contant quel destin
Avoit tranché ses jours, vous eussiez vu sur l’onde
Mainte vague rouler tristement vagabonde[45]...

2° Une lettre de Binet à Scévole de Sainte-Marthe, le priant de collaborer au Tombeau de Ronsard : « Monsieur, l’amitié que j’ay receue de Monsieur de Ronsard et qu’il vous a departie lors qu’il vivoit... », datée de Paris 23 janvier 1586[46] ; 3° l’épître-préface des Derniers vers, adressée par Binet « à la noble et vertueuse compagnie qui a honoré les obseques de Monsieur de Ronsard, Prince des Poëtes François », le jour même de ces obsèques[47] ; 4° l’épître-dédicace de la P. Ronsardi laudatio funebris, composée par J. Velliard, professeur à Boncourt, sur l’ordre de Galland ; en voici le début et la fin : « Particula muneris ejus adest (Gymnasiarca sagacissime) quod ad calend. Februarii jamjam Turonihus reversus nobis detulisti. Utinam digna summi illius viri memoria, cujus nomine jussu tuo suscepta est, digna sempiterna vestra amicitia, digna hujus pompae celebritate quam supra multorum opinionem, totius Galliae applausu et admiratione paras... In multis autem (d’ailleurs sur beaucoup de points) breviorem me fecit Claudii Bineti tibi, omnibusqne melioris notae viris, intimi solertia et sedulitas : hujus enim industria et studio Gallici poetae vita, et in eumdcm Galliae totius elogia posteris in tuo nomine jamjam apparebunt. Vale, Lutetiae, in tuis aedibus Becodianis. 7 cal. Martii 1586[48]. »

Un tiers seulement de la triple publication projetée par Galland et Binet fut prêt le 24 février. Seuls les Derniers vers parurent ce jour-là et purent être distribués aux plus qualifiés des assistants[49]. Mais le Tombeau et la Vie de Ronsard étaient déjà en grande partie sous presse ou sur le marbre ; nous pouvons du moins le conjecturer d’après ce passage de la dédicace des Derniers vers : « Si la diligence des ouvriers l’eust permis, le papier tant honoré du beau nom de Ronsard eust tesmoigné son dueil, et accompagné voz regretz de la noire teinture des vers des plus choisis personages de notre France, que j’ay prié de ce devoir, et des principaux points du cours de sa vie que nous avons dressé, non pour illustrer sa memoire davantage, ains pour n’obscurcir la nostre, si nous faisions autrement. Mais le temps, maistre de noz actions, ne l’a sceu permettre pour ce jour. Seulement il nous a permis de vous presenter les derniers enfans de sa Muse, conceus au lict de la mort, et comme naissans de son tombeau. » Toutefois il est vraisemblable que le lendemain même des obsèques Binet retoucha la biographie qu’il avait écrite, mettant à profit quelques passages des oraisons funèbres prononcées devant lui par Du Perron et par les élèves de J. Velliard et de G. Critton, professeurs à Boncourt[50] ; et il est certain qu’il y inséra seulement alors le récit des obsèques, qui, cela va de soi, n’avait pu y trouver place plus tôt.

Du reste, Binet fut expéditif, et les « ouvriers » aussi. Ils le furent même trop. Les deux autres publications annoncées par lui le jour des obsèques parurent chez G. Buon avec une deuxième édition des Derniers vers, dès les premiers jours du mois de mars, très probablement avant le 14, car le privilège est encore celui qui avait servi pour l’édition de 1584 des Œuvres de Ronsard et pour l’édition princeps des Derniers vers, et nous savons d’autre part que Galland obtint en faveur de G. Buon un nouveau privilège, daté du 14 mars 1586, pour faire imprimer la première édition posthume des Œuvres de Ronsard[51]. La façon même dont l’opuscule se présente prouve la hâte avec laquelle on le publia. En voici le titre complet :

Discours || de la vie de || Pierre de Ronsard, || Gentil-homme Vandomois, || Prince des Poëtes François, || avec || une Eclogue representée || en ses obseques, par Claude Binet. || Plus || les vers composez par || ledict Ronsard peu avant sa mort : || ensemble || son Tombeau recueilli || de plusieurs excellens personnages. (Marque du libraire éditeur.) A Paris, || Chez Gabriel Buon, au clos Bruneau, à l’image S. Claude. || m. d. lxxxvi. || Avec privilege du Roy.

C’est un in-4° de 128 pages. Au verso du titre se trouve le portrait de Ronsard à l’âge de 27 ans, qui avait paru pour la première fois en tête de l’édition princeps des Amours (1552)[52] ; au-dessous de ce portrait le quatrain qui figurait déjà en tête de l’édition princeps de la Franciade (1572) :

Tel fut Ronsard autheur de cet ouvrage,
Tel fut son œil, sa bouche et son visage.
Portrait au vif de deux crayons divers,
Ici le corps, et l’esprit dans ses vers[53].

Ce quatrain, qui avait sa place tout indiquée en tête des Derniers vers publiés isolément le 24 février, était conservé ici bien mal à propos, son début ne s’appliquant qu’à la deuxième partie de l’opuscule, de beaucoup la plus courte et la moins importante. Le Discours de la vie de Ronsard occupe, en effet, les pp. 3 à 33. Les Derniers vers viennent à la suite, et n’occupent que les pp. 34 à 37 ; encore sont-ils diminués de deux pièces qui ont passé dans la biographie du poète[54]. Le reste de l’opuscule se compose tout entier de poésies écrites par ses amis et admirateurs, d’abord l’« eclogue meslée » de Binet intitulée Perrot, puis le Tombeau proprement dit.

À noter en outre que les pièces du Tombeau sont divisées elles-mêmes en deux parties, dont l’une, qui s’arrête à la page 112, contient sur cette page les Fautes à corriger, et l’autre, qui est intitulée Autres vers sur le tombeau de Ronsard, semble avoir été ajoutée en appendice après que l’opuscule était déjà complètement imprimé. Il y a même au début de cette sorte d’appendice une pagination adventice de deux feuillets qui ont encore été ajoutés au dernier moment, et qu’on a mis là parce que l’Extrait du privilège, qui clôt la page 128, était imprimé quand ils sont arrivés à l’atelier (ce sont les pages 112.1, 112.2, 112.3 et 112.4). — Une dernière remarque n’est pas moins probante. Binet, dans sa hâte de publier sa Vie de Ronsard, y laissa un nombre considérable de fautes d’impression, dont quelques-unes très graves. Il n’en releva que quatre dans la table des errata. Les autres disparurent à la deuxième édition.

La Vie de Ronsard reparut chez G. Buon, dans le 5e volume (tome X et dernier, pp. 107 à 157) de la première édition posthume des Œuvres de P. de Ronsard, dont le format est in-12. Cette fois elle est placée immédiatement après les Derniers vers de Ronsard, et immédiatement suivie de l’Eclogue de Cl. Binet et du Tombeau de Ronsard. Toute trace de table d’errata a disparu. Le privilège, dont l’extrait se trouve à la fin du volume, est daté du 14 mars 1586. L’achevé d’imprimer, qui suit ce privilège, est daté du 24 décembre 1586. Cette deuxième édition de la Vie de Ronsard est donc encore, comme la première, de l’année 1586, quoique les cinq volumes de l’édition des Œuvres dont elle fait partie portent le millésime 1587. Neuf mois seulement séparent l’une de l’autre, et dans ce court intervalle, Claude Binet, pourtant très occupé par ailleurs[55], a profondément transformé sa rédaction primitive, corrigeant les fautes d’impression et quelques erreurs de faits, allongeant et transposant plusieurs passages, surtout dans la dernière partie.

En 1597, lorsque J. Galland publia une nouvelle édition des Œuvres de P. de Ronsard chez la veuve de G. Buon, la Vie de Ronsard y reparut, à la même place, c’est-à-dire dans le 5e volume, au tome X et dernier, après les Derniers vers[56]. Même format, mêmes caractères d’imprimerie qu’en 1587 ; mais cette fois la Vie de Ronsard occupait les pages 109 à 179 ; elle avait vingt pages de plus qu’à la deuxième rédaction. — Binet avait été « pourvu gratuitement de la charge de Lieutenant général de la Sénéchaussée de Riom par la reine Elisabeth douairière de Charles IX »[57] ; son compatriote et ami Antoine Loisel, auquel on doit ce renseignement, ne dit pas à quelle date ; ce fut probablement en 1587, car Binet ne porte ce titre dans aucun des documents qui font mention de lui avant cette année-là, et d’autre part on le trouve, prenant la parole en cette qualité, aux États de Blois dans la deuxième moitié de 1588[58]. Il semble avoir dès lors abandonné le « culte des Muses », que ne favorisaient guère les troubles de la Ligue, et s’être consacré presque entièrement à sa fonction de président de tribunal, difficile en ce temps d’anarchie. Mais il resta fidèle au culte de Ronsard, la preuve en est dans la troisième rédaction de sa biographie, à laquelle il se remit dès avant l’assassinat de Henri III (1er août 1589), comme on peut le conjecturer d’après deux passages[59], et à laquelle il travaillait encore, un autre passage en témoigne, après le sacre de Henri IV (février 1594)[60]. Il apporta tous ses soins à embellir cette chapelle qu’il avait élevée sur la tombe du poète. Il laissa chaque chose à sa place ; mais il répandit de-ci de-là des grains d’encens et des fleurs ; il recueillit de nouvelles anecdotes et arrangea les anciennes à l’honneur de son héros ; il augmenta le nombre des citations, ajouta des détails de nature à justifier l’homme, à grandir l’écrivain, à défendre sa mémoire à la fois contre les haines religieuses et les critiques littéraires ; il écrivit enfin un préambule moral à la Tacite, digne entrée du pieux monument.

En somme, Binet s’est trouvé dans des conditions relativement favorables à la composition d’une bonne biographie de Ronsard. Il est vrai qu’il y avait entre eux une grande différence d’âge (environ 28 ans), et que Binet ne paraît pas avoir songé à cette biographie avant la mort de Ronsard. Mais ayant été reçu dans la familiarité du poète trois ou quatre ans avant sa mort, ayant eu des relations plus ou moins longues et suivies avec des hommes qui l’avaient connu intimement pendant de nombreuses années et qui survivaient, tels que Dorat son maître, A. de Baïf son condisciple et son émule, A. Jamin son page et secrétaire, J. Galland son hôte, dont les deux premiers furent les témoins de toute sa vie depuis sa vingtième année, le troisième celui de sa maturité, le quatrième celui de sa vieillesse — sans parler d’E. Pasquier, qui avait été « embrigadé » dès 1554 — Binet pouvait nous laisser un ouvrage utile et durable, malgré son admiration passionnée pour Ronsard. Malheureusement il n’a pas su s’y prendre : il a employé des moyens qui compromettent gravement l’autorité de son témoignage ; il eut trop le souci de sa propre gloire en glorifiant son grand homme, et il fit une œuvre d’avocat-poète, non d’historien.

  1. À la suite de son édition des Œuvres de J. de la Peruse. La dédicace est datée du 1er janvier 1573 (Bibl. Nat., Rés. pYe 295).

    J. de la Peruse mourut en 1554. Il n’a donc pas pu être son ami comme le dit Mlle Evers, op. cit., p. 3. Le texte qu’elle cite fait allusion à l’amitié de René de Voier, comte de Paulmy, pour La Peruse.

  2. Ce thrène de Cl. Binet est au recueil des Diverses Poësies. Voici le passage : « Car soit qu’ardent le Digeste ou le Code | Te tinssent en leur sein, | Soit qu’Apollon aux gais bords de Terain | T’empeschât sur une Ode | Ou sur un vers d’une aigre douceur plein, | J’estoy l’objet de ta fureur divine | Et de tes vers sucrez, | Quand tu plantois les vers Lauriers sacrez | En ma tendre poitrine. | Qui verdit or de soucis et regretz »
  3. Martigues est mort au siège de St-Jean-d’Angély (fin de 1569) ; pour Brissac, on peut hésiter entre le maréchal Charles de Cossé-Brissac, mort en 1563, et son fils Timoléon, mort prématurément en avril 1569. Dans tous les cas, le sonnet n’a pu être écrit avant la fin de 1569.
  4. Paris, Dallier, in-8° de 11 pages (Bibl. Nat., Ye, 15539). Lyon, Rigaud, in-8° de 7 ff. (Id., 8° Ye, pièce 5965).

    D’après La Croix du Maine, ce généthliaque fut imprimé à Paris chez Dallier dès 1572. La naissance de Marie-Elisabeth de Valois date du 27 octobre 1572.

  5. Paris, Galoudeau, in-8° de 18 ff. (Bibl. Nat., Lb34, 40). Le gala des Tuileries donné en l’honneur des députés polonais qui venaient offrir à Henri d’Anjou la couronne de Pologne eut lieu à la fin d’août 1573. Henri d’Anjou ne franchit la frontière allemande que le 5 décembre. La pièce de Cl. Binet date donc de la deuxième moitié de l’année.
  6. Merveilleuse rencontre sur les noms tournez du Roy et de la Royne (Présenté à leurs Majestez). Plus Adonis ou le Trespas du Roy Charles IX (Eglogue de chasse), A Messire Albert de Gondy, comte de Retz et mareschal de France. Les Daufins ou le retour du Roy (Eglogue Marine) avec le chant des Sereines qui est un Epithalame sur son mariage, A Monsieur Du Faur, seigneur de Pybrac. Par Cl. Binet Beauvaisin. Paris, Féderic Morel. impr. ord. du Roy, 1575, in-4° de 40 pp. (Bibl. Nat., Rés. Z. Fontanieu 103 ou Recueil de Memoires, tome 103, Z 2284).

    P. Lacroix a écrit dans sa Notice sur les Ballets et Mascarades de Cour : « Quand Charles IX revint dans sa capitale (après le voyage de Bayonne), on honora son retour par plusieurs mascarades à l’Hôtel de Ville de Paris. Claude Binet était l’auteur des vers qui se chantaient dans l’une, J.-A. de Baïf avait composé les vers de l’autre, que récitaient des Nymphes. Ronsard fit aussi sa mascarade. » C’est une erreur qu’il importe de relever, car le retour de Charles IX à Paris après le voyage de Bayonne remonte à 1566. P. Lacroix a confondu probablement avec le retour de Henri III, revenant de Pologne, qui fit son entrée à Paris après son sacre et son mariage en février 1575 ; c’est ce retour que Binet a chanté dans le recueil de 1575.

  7. Antoine Loisel, Mémoires des pays… de Beauvais et Beauvaisis, Paris, 1617. Cf. la note de La Monnoye dans la Biblioth. de La Croix du Maine, article Claude Binet.
  8. Il assistait le 3 septembre 1599 au baptême de sa fille Jeanne, dont le parrain était Jean de la Guesle. D’autre part, à la date du 4 août 1600, la ville de Riom expulsa du Palais royal (pour y loger le comte d’Auvergne) les enfants de feu Claude Binet, lequel y occupait les appartements de la reine mère en qualité de lieutenant général de la sénéchaussée.

    Je dois la connaissance de ces faits à M. Gaston Varenne, professeur au Lycée de Beauvais, qui prépare depuis plusieurs années une monographie de Cl. Binet. C’est encore lui qui m’a signalé les citations précédentes, tendant à prouver que Binet n’avait pas plus de vingt ans en 1573. Je suis heureux de le remercier ici de son obligeance.

  9. V. ma thèse sur Ronsard, pp. 231 à 238, et Annales Fléchoises de septembre 1906, pp. 261 et suiv. — Cf. Théod. Godefroy, Ceremonial françois, tome I, pp. 519 à 556 (il est question de Ronsard et Dorat à la p. 539, de Dorat encore à la p. 553) ; Blanchemain, éd de Ronsard, IV, 200 ; Marty-Laveaux, éd. de Ronsard, VI, 386, et Notice, cxxiii. Voir encore pour la récompense que leur valut cette participation aux fêtes, et pour la part de Jamin, Cimber et Danjou, Archives curieuses, 1re série, VIII, 369 ; Œuvres de Jamin, éd. de 1575, in fine.
  10. Dorat y fut professeur de grec, à l’occasion professeur de latin (cf. Lambin. déd. du 6e livre de son Lucrèce), pendant onze ans, de 1556 à 1567. Il céda sa chaire en nov. 1567 à son gendre Nicolas Goulu (Marty-Lav., Notice sur Dorat, xxiii et xxviii ; Abel Lefranc, La Pléiade au Collège de France, en tête de l’Annuaire du Coll. de Fr., 3e année, 1903, et dans l’Amateur d’autographes du 15 juillet 1903).
  11. Je placerais volontiers en 1568-69 le séjour en Italie, dont Binet nous parle, durant lequel il aurait été auditeur de Petro Vettori à Florence et de Petro Angelio à Pise.
  12. Marty-Lav.. Notice sur Dorat, xxviii et xxxvii.
  13. Collection Petitot, 1re série, tome XXXVII, p. 223.
  14. J.-A. de Thou est né en 1553. Binet eut avec lui de bonnes relations, témoin la part qu’il a prise au Tombeau de Chr. de Thou. V. ci-après, p. xvii. Toutefois J.-A. de Thou, énumérant dans ses Mémoires les auteurs du Tombeau de son père, ne nomme pas Binet, et en 1586 c’est à Galland, et non à Binet, qu’il adressa ses vers pour le Tombeau de Ronsard.
  15. Voici la première : « Myron me façonna d’airain, | Un Ronsard me remit en vie : | De l’un je rens grace à la main, | Et de l’autre à la poësie. »
  16. Ronsard, obligé d’abandonner son prieuré de Croixval en 1570 et 1571, n’en obtint la rétrocession que le 23 nov. 1571 (Froger, Rons. eccl., pp. 40-41).
  17. Le volume se termine par quelques pièces de ses amis en vers latins et en vers français, mais aucune d’elles n’est signée d’un poète de la Pléiade. Pourtant la dernière de ces pièces loue Binet pour ses Epigrammes, comme Ronsard pour ses Odes, Tyard et Du Bellay pour leurs Sonnets, Jodelle pour ses Comédies :

    Mais, ô Dieu ! pour ce point combien, combien tu pousses
    A railler doctement tes Muses aigre-douces
    (Mon Binet) et combien ton Epigramme court
    Se feroit mesme entendre à l’homme le plus sourd.

  18. Sa complainte Sur le trespas de J. Grevin contient ce quatrain, qui, d’ailleurs, ne dut faire plaisir à Ronsard qu’à moitié :

    La gracieuse Olimpe et la belle Cassandre,
    L’une de mon Grevin, l’autre d’un grand Ronsard,
    Ne seront quant au nom reduites onc en cendre,
    En despit de l’effort du fauche-tout vieillard.

    Outre les noms que j’ai mentionnés parmi les destinataires de ces poésies, je relève encore ceux de Louis Des Masures Tournisien (sur son Eneide), de François de Belleforest, de François d’Amboise Parisien (sur sa Clion), de Jean L’Huillier Parisien.

  19. Œuvres de Ronsard, VI, 118 ; M.-L., Ibid., V, 455.
  20. Il s’agit, je crois, de Jean Girard, du Mans, sieur de Colombiers, « homme bien docte en grec et en latin », dit La Croix du Maine. Cf. H. Chardon, Robert Garnier, p. 125.
  21. Les seuls vers de Baïf à Binet qui nous soient parvenus datent du Tombeau de Ronsard (1586). Bl. VIII, 240-41 ; M.-L., Œuvres de Baïf, V, 283.
  22. Le sonnet à Cl. Binet, que Marty-Laveaux a édité comme étant de Jodelle (II, 334), ne me paraît pas du tout authentique : il fait allusion au recueil de Binet de 1575, peut-être même à celui de 1583, tous deux postérieurs à la mort de Jodelle (juillet 1573).
  23. Petronii Arbitri Epigrammata... (1579), page 30. Sur ce recueil, voir ci-après, p. xvii. note 1. Il est probable que cette pièce figurait déjà dans le Tombeau de R. Belleau, (Lutetiae, apud M. Patissonium, 1577, in 4°)
  24. Sur cet épisode des Grands jours de Poitiers, voir E. Pasquier, Lettres, livre VI, nos vii et viii. Il nomme parmi les avocats parisiens, alors présents à Poitiers, qui prirent part à ce badinage poétique, l’avocat du roi, Barn. Brisson, puis René Chopin, Antoine Loisel, Jacques Mangot, Odet de Turnèbe, et Binet. Parmi les poètes « chante-puce » citons encore J. Scaliger, Nicolas Rapin, J. Courtin de Cissé, Scévole de Sainte-Marthe, qui était alors maire de Poitiers.

    Le recueil intitulé La Puce de Madame Desroches parut en 1583, à Paris, chez Abel l’Angelier (préf. de septembre 1582) ; on le trouve dans les Œuvres complètes d’E. Pasquier (éd de 1723, tome II, col. 947) ; il a été réimprimé par D. Jouaust en 1868 et en 1872 (Cabinet du Bibliophile, nos iii et iii bis) ; la seconde de ces réimpressions reproduit textuellement l’édition princeps. Claude Binet y figure pour six pièces latines et françaises.

  25. C Petronii Arbitri, itemque aliorum quorumdam veterum Epigrammata hactenus non edita, Cl. Binetus conquisivit et nunc primum publicavit. Pictavii, ex officina Bochetorum fratrum, 1579, in-4° de 38 pp. (Bibl. Nat., Yc 922, et Rés. m Ye 656). Binet s’était servi d’un manuscrit de Beauvais, aujourd’hui perdu, et du Vossianus, qui avait déjà servi à J. Scaliger pour ses Catalecta parus à Lyon en 1573 (cf. la préface des Poetae minores de Baehrens, et surtout la préface de l’Anthol. latine de Riese, pp. xxxiii et xl).

    La dédicace à Barnabé Brisson, avocat du roi, est datée de Poitiers, le x des Calendes de Novembre 1579. Les pp. 23 à 38 sont occupées par des pièces de vers latins de Binet adressées à Brisson, à Ant. Loisel, à E. Pasquier, à J. Dorat, à M.-A. Muret, à Ronsard, à Sainte-Marthe, à Petro Vettori, à Petro Angelio de Barga, à Jean Bonnefons (entre autres).

  26. Othonis Turnebi Tumulus (Paris, 1582, in-8°). La mort prématurée d’Odet de Turnèbe est de février 1581. Pasquier écrivait peu après cet appel : « Heu vos advoco, lacrymosi adeste | Turnebi duo, Christiane, Drace, | Audeberte pater simulque fili, | Aureli, Bonefi, Vari, Binete, | Et quot lumina Gallicana nobis | Isto Pierides dedere seclo... » (Œuvres, tome II, col. 937).
  27. Les Euvres poëtiques de J. de Courtin de Cissé (Paris, Beys, 1581, pt in-12). Une des Odes de Courtin est adressée à Binet sur la mort de Belleau.
  28. Cl. Bineti... Ad Deum Opt. Max. oratio pestilentiae tempore. Paris, M. Patisson, in-4° de 8 pp. (Bibl. Nat., Ye 1229). Cf. Marty-Laveaux. Notice sur Dorat, xxxvii.
  29. Chr. de Thou est mort le 1er nov. 1582. Son Tumulus parut chez M. Patisson en 1583, in-4°. Binet y figure avec un poème latin et un sonnet, pp. 110 à 113.
  30. Les Vrais pourtraits et vies des Hommes illustres (Bibl. Nat., G. 1493). Le sonnet de Binet figure parmi des pièces liminaires de Dorat, Baïf, R. Garnier, Sainte-Marthe.
  31. Plaquette de 31 ff., Paris, Ve Lucas Breyer, pt in-12 (Bibl. Nat., Rés. Ye 1839). Ce recueil est ainsi composé : 1° deux pièces adressées au premier président Ach. de Harlay et au procureur général Jean de la Guesle ; 2° l’idylle (dédiée à Pibrac) des Plaisirs de la vie rustique et solitaire, qui donne son titre à la plaquette ; 3° des vers à Jacques et à Francois de la Guesle et à Hotman (secrétaire de la reine douairière, veuve de Charles IX) ; 4° un sonnet A Pierre de Ronsard : « Gentil oiseau divin... », et un autre A Philippe Desportes : « Quand j’entens les doux sons... » ; 5° l’idylle de la Truite, dédiée A Pierre de Ronsard : « Entre les plus grans biens.., » ; 6° le Vœu d’un pescheur à Neptune ; 7° des poésies latines ; 8° neuf pièces, dont six sonnets : 9° des vers latins et un sonnet d’amis de Binet.
  32. Livre III, vers 253. Edition G. Pellissier, p. 140. Binet y est cité avec Pibrac, dont le poème sur les Plaisirs de la vie rustique remonte à 1576 et reparut en 1583 également chez la Ve Lucas Breyer.
  33. Cf. la Pancharis J. Bonefonii, et les Imitations du latin de Jean Bonnefons, avec autres Gayetez amoureuses de l’invention de l’autheur, par G. Durant, sr de la Bergerie. Paris, Abel l’Angelier, 1587, in-12 (le privil. est du 9 janvier) On trouve dans la Pancharis une pièce en distiques latins Ad Cl. Binetum. En outre, Durant adresse deux odes A Cl. Binet (une imitation et une invention), et Binet une pièce en hendécasyllabes latins Ad Janum Bonefium, qui avait paru pour la première fois en 1579 à la suite des Petronii Epigrammata.
  34. Cf. Blanchard, Les Presidents au mortier du Parlement de Paris (1647), p. 301, et la fin de l’épitre de Sainte-Marthe Ad Cl. Binetum, citée deux notes plus loin.
  35. Lettres de Pasquier, livre VIII, lettre x. Il l’entretient de poésies qui furent écrites sur la Main de Pasquier aux Grands Jours de Troyes (1583). D’ailleurs Binet n’a pas collaboré à ce recueil, quoi qu’en dise l’abbé Goujet (Bibl., tome XII, p. 257) ; l’Apologie de la main en prose est de Pasquier lui même.
  36. Poemata, Paris, M. Patisson, 1587, p. 103. L’épître Ad Claudium Binetum commence ainsi :

    Si quis amor, Claudi, tenuis cognoscere vatis
    Et genus et curas (paucis namque omnia pando)
    Accipe.

    Je détache de la fin les vers suivants, qui prouvent que Binet était au nombre des substituts du procureur général Jacques de la Guesle :

    Tu quoque Cirrhaeis aluit quem Musa sub umbris
    Egregiosque inter jussit florere poetas.
    Non ideo molli torpes, Binete, veterno :
    Sed magni vice Guellaei, qui regia jura
    Cognitor atque rei servat communis honorem,
    Principis interea populique negotia curas.

  37. Cf les Mélanges Graux, pp. 398 à 400. Les lettres en question sont de 1583. D’autre part, Muret termine ainsi une lettre à Jacques Gillot, conseiller clerc au Parlement de Paris en juillet 1584 : « Saluta mihi Nicotium, si istic est, et Binetum et Morellum ceterosque communes amicos. » (Id. p. 402.) Muret a dû se lier d’amitié avec Binet du jour où celui-ci lui adressa un hommage poétique dans son édition des Petronii Epigrammata (1579).
  38. Bibliothèque, art. Cl. Binet. Cet ouvrage fut publié en 1584.
  39. Cf. ci-après, p. xxii, un texte de J. Velliard, d’après lequel Binet était lié avec tous les personnages du temps « omnibus melioris notae viris intimus ».

    Les poésies latines de Binet lui ont valu l’honneur de figurer dans le recueil du savant Jean Gruther intitulé : Delitiae poetarum Gallorum hujus superiorisque aevi illustrium, Francfort, 1609, trois tomes in-16, publiés par Ranutius Gherus (anagr. de Janus Grutherus). Voyez le tome I, pp. 539 et suiv.

  40. Cf Marty-Laveaux, Notice sur Ronsard, lxxxvi et suiv., xc et suiv.
  41. Voir ci-après, p. 38, ligne 23, et p. 39, lignes 1 à 4.
  42. Bl., V, 254. Cf. Marty-Lav., Notice sur Ronsard, xc. Il est possible que le procès auquel Ronsard fait ici allusion soit le même que celui qu’il eut dès 1568 avec le teinturier Fortin, son voisin de Saint-Cosme-lez-Tours, et pour lequel il écrivit alors au maire de Tours, à l’avocat Pierre du Lac et au procureur Julian Chauveau (Bl., VIII, 169 ; VI, 109 et 125). Il s’agit peut-être aussi d’un procès qu’il eut avec les religieux de Saint-Cosme concernant l’administration du prieuré, et dont il reste un acte daté du 21 novembre 1581 (communication de M. Ludovic Langlois, ancien notaire à Tours).
  43. Bl., I, xviii. La collaboration de Galland et de Binet à la première édition posthume de Ronsard est abondamment prouvée. Outre ce texte de Dorat, voir trois passages de la Vie de Ronsard de Binet corroborés par les termes mêmes du privilège de cette édition ; les deux dédicaces de cette édition à Henri III, l’une en vers par Binet, l’autre en vers par Galland ; la fin du chapitre vi du livre VII des Recherches de la Fr. (qui était composé en 1586, car ce livre VII était alors le livre VI et Pasquier a écrit dès 1584 dans une lettre à La Croix du Maine qu’il avait dans ses tiroirs le manuscrit des livres III à VI) ; enfin ces lignes d’André du Chesne : « Ronsard adressa à Antoine Chasteigner une ode qui estoit la 30e de son troisième livre en l’édition de 1567, et la 19e (en réalité la 20e) en celle qui fut faite un peu avant le décès de Ronsard, portant pour inscription : « A Antoine Chasteigner de la Rochepozay. » Mais, depuis, Claude Binet mettant la main à ses œuvres, y changea en divers endroits, de façon que l’ode est demeurée privée et de son titre legitime et du ranc qu’elle tenoit entre les autres » (Hist. généal. de la maison des Chasteigners, Paris, Cramoisy, 1634, p. 291.)

    Il ressort de tous ces documents rapprochés que la part de chacun fut déterminée. Binet remania le texte des œuvres « selon l’intention » de Ronsard, fit les suppressions et les additions, classa enfin le tout « suivant les memoires et advis » de Ronsard. Galland fut l’éditeur proprement dit, obtint le privilège, s’entendit avec le libraire G. Buon, surveilla l’impression et corrigea les épreuves (ceci probablement de concert avec Binet). Il n’est pas question de Binet dans les privilèges accordés à Galland, ni dans celui de mars 1586, ni dans celui de janvier 1597.

  44. Si l’on en croyait une dédicace de l’Or. fun. de Ronsard par Du Perron, ce serait chez Desportes, et seulement le 18 février (il y a mars par inadvertance), que « le dessein de ces funerailles fut pris ». Ce texte adopté par Blanchemain (VIII, 180) et par Marty-Laveaux auquel il a fait commettre deux erreurs (Notice sur R., c et ci), fait partie d’une phrase ajoutée par Du Perron en 1611, après la mort de Desportes, et reproduite dans les éd. de Ronsard de 1617 et 1623. Non, ce n’est pas Desportes qui eut l’idée d’organiser la cérémonie funèbre du collège de Boncourt. C’est Galland qui l’eut, et cela dès le mois de janvier, comme le prouvent des textes de 1586 qui émanent de Binet (préf. de la 1re éd. des Derniers vers), de Velliard (dédic. de sa Laudatio funebris), de J.-A. de Thou (Tombeau de Ronsard, Bl., VIII, 243), de Galland lui-même (dédic. de l’édition posthume des Œuvres de Ronsard, Bl., I, xvi).
  45. Cf le Ronsard de Blanchemain, VIII 228.
  46. Cf. le Ronsard de Marty-Laveaux, Notice, ci : reproduite par Mlle Evers, op. cit., Introd., p. 3.
  47. Ibid., Notice, cii ; ibid., Introd., p. 6.
  48. 23 février, veille des obsèques. Ces dernières lignes, très importantes, nous montrent que Cl. Binet était lié assez intimement avec Jean Galland, et que c’est sous les auspices de Galland, peut-être même à son instigation (in tuo nomine qu’il entreprit et la biographie et le « tombeau » de Ronsard. La préface de l’édition princeps des Derniers vers n’est pas moins probante à cet égard : Binet et Galland y apparaissent comme agissant tout à fait de concert, et si Binet y dit en parlant de la collaboration au Tombeau : « ... les plus choisis personages de notre France, que j’ay prié de ce devoir », il ajoute : « les principaux points du cours de sa vie que nous avons dressé... le temps seulement nous a permis de vous présenter les derniers enfans de sa Muse... ». Une dernière preuve de leur entente : cette édition princeps des Derniers vers, préfacée par Binet, a pour épilogue une pièce de vers latins intitulée Piis amici Ronsardi manibus et signée Jo. Gallandius (cinq distiques qui reparurent dans le Tombeau).
  49. Paris, G. Buon, in-4° de 7 ff. (Bibl. Mazarine, n° 10849).
  50. V. ci-après mon Commentaire, p. 193, aux mots « à sa memoire » et « de tous costez ». Cf. pp. 53-54, 69, 73, 75-76, 83-84, 95, 96, 115, 183, 208, etc.
  51. Il n’y a pas d’achevé d’imprimer. Quant au privilège, c’est encore celui du 7 décembre 1583. Si cet opuscule avait paru après le 14 mars 1586, nous pensons qu’il aurait été imprimé en vertu du privilège nouveau obtenu ce jour-là par Galland en faveur de Buon. Celui-ci, dira-t-on, pouvait se servir de l’ancien privilège (valable pour dix ans), même après en avoir obtenu un nouveau. Aussi présentons-nous notre hypothèse comme très vraisemblable, sans rien affirmer. Quoi qu’il en soit, tout porte à croire que l’opuscule contenant la première rédaction de la Vie de Ronsard parut au plus tard à la fin de mars.
  52. Mais la mention « Anno aetatis 27 » en a disparu. Voir ci-après la gravure hors texte.
  53. D’après une note de La Monnaye (Biblioth. frse de La Croix du Maine, éd Rigoley de Juvigny, II, p. 359). ce quatrain est de René Belet, Angevin, qui a écrit dès 1569 un sonnet sur la Franciade paru au Septiesme livre des Poëmes et réimprimé parmi les liminaires de la Franciade en 1572 : Quelle si docte main et quel papier si blanc. Sur ce personnage, voir un article de C. Ballu dans la Rev. de la Renaissance de mars-juin 1909.
  54. Ces deux pièces sont l’épitaphe écrite par Ronsard pour son propre tombeau : « Ronsard repose ici... », et l’épigramme à son âme : « Amelette Ronsardelette... » Les Derniers vers perdaient encore le prologue de Binet, qui n’avait plus sa raison d’être après le 24 février, et l’épilogue de Galland, qui passait dans le Tombeau.
  55. C’est dans le même temps qu’il élabora 1re édition posthume des Œuvres de Ronsard, pour laquelle il composa une longue dédicace Au Roy de France et de Pologne, en vers alexandrins, placée immédiatement après le portrait de Henri III, en tête des pièces liminaires et bien avant la modeste dédicace en prose de J. Galland, qui précède directement le texte même de Ronsard. Dans sa dédicace, Binet fait apparaître et parler l’ombre de Ronsard, comme celui-ci avait fait apparaître et parler Du Bellay dans son élégie à Loys Des Masures. — Après la mort de Binet (1600), J. Galland supprima la pièce entière de son collaborateur, voulant peut-être se réserver aux yeux de la postérité l’avantage d’avoir été le seul exécuteur testamentaire.

    En outre Binet publia en 1586, en collaboration avec Dorat, un livre curieux intitulé Sibyllarum duodecim oracula... Les Oracles des douze Sibylles extraits d’un livre antique, mis en vers latins par Jean Dorat et en vers françois par Claude Binet : avec les figures desdites Sibylles pourtraites au vif et tirées des vieux exemplaires par Jean Rabel. Paris, J. Rabel, m.d.lxxxvi In-folio de 19 ff. (Bibl. Nat., Rés. Yb, 60).

    Enfin n’oublions pas que Claude Binet était alors l’un des substituts du Procureur général au Parlement de Paris, et que par suite il avait probablement du travail au Parquet (voir ci-dessus, p. xix, note 2).

  56. D’ailleurs la fin du volume se présente d’une façon différente. Après la Vie de Ronsard viennent les cinq distiques latins de J. Galland Piis amici Ronsardi manibus, l’Oraison funebre sur la mort de M. de Ronsard par Du Perron, l’Eclogue de Binet et le Tombeau.

    Nous ne parlons pas de l’édition lyonnaise de Th. Soubron de 1592. parce qu’elle reproduit intégralement le texte de 1587 en ce qui concerne la Vie de Ronsard, et qu’elle se fit à l’insu de Galland et de Binet.

  57. Ant. Loisel, Memoires de Beauvais et du Beauvaisis, p. 221 ; cité par La Monnoye en note de l’article Claude Binet dans la Bibliotheque de La Croix du Maine.
  58. Harangue pour les Estats (par C. Binet, lieutenant général d’Auvergne), 1588, in 8° de 14 pp. (Bibl. Nat., Lb34, 531).
  59. Voir ci-après, mon Commentaire, pp. 174 et 231, aux mots « regnant » et « devins ».
  60. Ibid., p. 48. ligne 17.