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La Vie nouvelle/Chapitre XXX

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La Vita Nuova (La Vie nouvelle) (1292)
Traduction par Maxime Durand-Fardel.
Fasquelle (p. 93-95).


CHAPITRE XXX


Je dis que son âme très noble nous quitta à la première heure du neuvième jour du mois, suivant le style[1] d’Italie, et que suivant le style de Syrie[2] elle partit le neuvième jour de l’année dont le premier mois s’appelle Tismin (ou Tisri), et correspond à notre mois d’octobre. Elle est donc partie, suivant notre style, dans cette année de notre indiction[3], c’est-à-dire des années du Seigneur où le nombre 9 s’est complété neuf fois dans le siècle où elle est venue au monde. Elle appartient donc au treizième siècle des Chrétiens.

Pourquoi ce nombre lui était si familier peut venir de ce que, suivant Ptolémée et suivant les vérités chrétiennes, il y a neuf cieux mobiles (au-dessous de l’Empyrée, seul immobile), et, suivant la commune opinion des astrologues, ces neuf cieux exercent ici-bas leurs influences suivant leurs propres conjonctions. Or, on dit que ce nombre lui était familier parce que, lors de son engendrement tous ces neuf cieux mobiles s’étaient parfaitement combinés. En voilà une raison. Mais en y regardant de plus près, et suivant une vérité incontestable, ce nombre 9 fut elle-même, je veux dire par similitude ; et voici comment je l’entends.

Le nombre 3 est la racine de celui de 9, puisque sans l’aide d’aucun autre nombre, en se multipliant par lui-même, il fait 9, car il est clair que trois fois trois font 9.

Donc 3 est par lui-même le facteur de 9, et si le facteur des miracles est par lui-même 3, c’est-à-dire le Père, le Fils et le Saint-Esprit, lesquels sont trois et un, cette femme fut accompagnée du nombre 9, ce qui fait entendre qu’elle fut elle-même un 9, c’est-à-dire un miracle dont on ne trouve la racine que dans l’admirable Trinité.

On pourra encore en trouver une raison plus subtile ; mais voilà ce que j’y vois et ce qu’il me plaît le plus d’y voir[4].



  1. On appelle style la manière de compter dans le calendrier.
  2. Béatrice mourut le 9 juin 1290, c’est-à-dire le neuvième mois de l’année syriaque. Comme celle-ci commençait à partir du mois tismin ou tisri, lequel est pour nous octobre, le neuvième mois, calculé suivant le style de Syrie, correspondait au mois de notre année, juin 1290 (Giuliani).
  3. Indiction, terme de chronologie. Révolution de quinze années, que l’on recommence toujours par une, lorsque le nombre de quinze est fini.
  4. Commentaire du ch. XXX.