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La Vie nouvelle/Commentaires/Chapitre XVIII

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La Vita Nuova (La Vie nouvelle) (1292)
Traduction par Maxime Durand-Fardel.
Fasquelle (p. 161-163).


CHAPITRE XVIII


Il faut admettre, d’après les dernières paroles qui venaient de lui être adressées, que le Poète s’était plaint hautement de la sévérité de sa Dame, soit en paroles, soit dans des vers qui auraient reçu déjà quelque publicité. Et nous voyons qu’il en est honteux et repentant ; et il exprime la résolution « de prendre toujours désormais ses louanges pour sujet de ses paroles », et il se demande comment il a pu parler différemment.

On sait que la Vita nuova ne nous donne pas la reproduction intégrale des pièces qu’il a composées à l’honneur ou à propos de Béatrice. Il en est un certain nombre qui datent certainement de la même époque et qu’il aura probablement éliminées lui-même, que l’on trouve généralement annexées au texte de la Vita nuova.

Mais il y avait alors des élémens de publicité dont il est difficile de nous faire une idée précise, et un côté de cette Société qui nous échappe complètement.

Nous voyons que le premier sonnet de la Vita nuova, purement symbolique, a été adressé à des rimeurs notables. « Sitôt que ce sonnet fut répandu », dit le poète. Et nous connaissons quelques-unes des réponses qui lui furent faites. Parlant du sonnet Donne ch’avete intelletto d’amore (chap. XX), il dit encore : « Après que ce sonnet eut été répandu dans le monde… » (chap. XX).

Il y avait certainement là un mode de correspondance analogue à cette correspondance par petits vers, madrigaux, sonnets, que nous retrouvons dans le XVIIIe siècle, et dont Voltaire faisait un si large usage.

N’y avait-il pas également alors quelque chose d’analogue à ce qu’on appelait, au dernier siècle, des bureaux d’esprit ? Nous voyons un de ses amis (le frère de Béatrice) venir demander à Dante de dire quelque chose à propos d’une femme qui venait de mourir (chap. XXXIII). Un autre de ses amis (Forese) le prie de lui dire ce que c’est que l’amour (sonnet, page 67). De nobles dames viennent lui demander de ses vers (chap LXII), et il en écrit de nouveaux pour mieux leur faire honneur.

Les Florentins avaient l’habitude de se réunir le soir, al fresco dei marmi, sur les bancs de marbre que l’on voit encore autour de la cathédrale (Santa Maria del fiore), et où l’on montre il sasso di Dante, la pierre où Dante venait s’asseoir.

C’est là que devaient s’échanger les racontars de la ville et les commérages du jour, et se communiquer les productions journalières des rimeurs à la mode. N’est-ce pas la fidèle représentation des cafés et des cercles de nos villes de province ?