La province de Québec/Chapitre V

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Département de l’Agriculture de la province de Québec (p. 137-175).

CHAPITRE V




L’AGRICULTURE




I



LA province de Québec a été pendant bien longtemps un pays à peu près exclusivement agricole. Il ne pouvait pas en être autrement, par suite des conditions dans lesquelles elle avait été établie et s’était graduellement développée. Sa population, si peu nombreuse, si lentement augmentée dans le cours des 17e et 18e siècles, s’était rassemblée seulement dans les paroisses qui bordaient les rives du Saint-Laurent, et les communications étaient restées limitées à des échanges de voisinage entre ces paroisses. L’aisance presque générale dans laquelle vivaient les familles canadiennes, leur isolement du dehors et leurs rares relations même avec les États-Unis ; la notion du progrès ininterrompu et illimité, de la conquête par l’homme de toutes les forces de la nature, devenue l’axiome général, le principe actif de tous les peuples civilisés, mais à peine encore soupçonnée, il y a un demi-siècle, par un peuple heureux, tranquille, vivant en paix sur ses terres et ne s’occupant du commerce que pour la vente de ses produits agricoles ; toutes ces causes réunies avaient fait que l’agriculture était restée dans le même cadre uniforme et restreint, celui de la production des céréales et des fourrages, consommés principalement à l’intérieur du pays. Mais les conditions économiques étant devenues toutes différentes sur la surface entière du globe, une évolution prodigieuse s’étant opérée dans toutes les branches de l’activité humaine, la province de Québec, entraînée dans le mouvement irrésistible, allait rapidement revêtir des transformations telles qu’elle apparaîtrait comme un pays tout nouveau, rompant avec décision ses langes et s’épanouissant dans une croissance vigoureuse, hardie, résolue et confiante dans ses propres moyens et dans ses propres forces.

En agriculture, l’évolution fut profonde, pas aussi étendue, pas aussi variée sans doute que dans l’industrie, laquelle revêt toutes les formes, mais assez décisive néanmoins pour contraindre le cultivateur à entrer dans des voies absolument nouvelles et à trouver de nouveaux cours pour des produits nouveaux. Dès lors allait naître et se propager en très peu d’années, sur une très grande échelle, l’industrie laitière, qui est la concentration sous une forme unique de produits divers du sol.


II


En présence de l’énorme production de blé du Nord-Ouest qui, à peine ouvert et labouré, était devenu


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Verger planté en 1831 à Saint-Roch-des-Aulnaies, 70 milles en bas de Québec, sur la rive sud du Saint-Laurent.

l’un des trois grands greniers du monde, la province

de Québec dut sacrifier en grande partie la culture de cet article qui avait fait autrefois sa fortune, et tourner toutes ses activités du côté de l’industrie laitière, où elle allait entrer sur un terrain bien à elle, dont elle serait irrévocablement maîtresse, et qui lui assurerait une industrie au succès de laquelle concourent, dans notre pays, toutes les conditions culturales et climatériques que l’on puisse désirer.

On ne tarda pas à se convaincre que, pour réussir dans l’industrie laitière, il fallait travailler d’abord à la production économique du lait. Or, la production économique du lait dépend de l’amélioration des vaches laitières.

Faute d’expérience, on crut bien faire, en premier lieu, en important de préférence des sujets de races anglaises ou hollandaises, telles que des Durhams, des Herefords, des Ayrshires, des Galloways et des Holsteins, qui furent croisés avec le bétail canadien. Mais on n’était pas allé loin dans cette voie sans reconnaître qu’on s’égarait tout simplement, et l’on tourna en hâte les regards d’un autre côté. Une réaction rapide se fit en faveur de la petite vache canadienne, que les cultivateurs canadiens n’avaient pas jusqu’alors convenablement appréciée, mais dont les commerçants américains, eux, avaient depuis longtemps reconnu les mérites, puisqu’ils venaient en acheter des milliers tous les printemps, à prix réduits, sur les champs mêmes de nos cultivateurs.

La petite vache canadienne tient des races normande et jersey. Elle possède d’excellentes qualités laitières. Il n’y avait plus qu’à chercher sérieusement le moyen de relever et de fortifier les qualités supérieures de la race nationale, et ce moyen était tout trouvé dans la sélection judicieuse et l’acquisition de reproducteurs normands et jerseys.

L’opération se pratique depuis un certain nombre d’années, et le résultat a été tel que notre industrie laitière, jadis insignifiante et bornée aux seuls besoins domestiques, rapporte aujourd’hui des millions à la province, ainsi que le lecteur pourra le constater dans le cours de ce chapitre, aux pages consacrées tout particulièrement à cette industrie.




Organisation générale




Institutions et sociétés. — Leur origine et leur développement. — Écoles d’Agriculture. — Industrie Laitière. — Voirie. — Mérite Agricole. — Concours. — Fermes expérimentales fruitières.




En tête de l’organisation agricole de la province de Québec se trouve le ministère de l’Agriculture, composé d’un ministre, communément appelé « Commissaire », membre du conseil exécutif de la Province, d’un sous-ministre qui porte habituellement le titre d’Assistant-Commissaire, d’un secrétaire général, qui a des attributions très importantes et très variées, d’un comptable et d’un sous-comptable, enfin d’un secrétaire du Conseil et des Sociétés d’Agriculture.

Conseil d’Agriculture. — Le Conseil d’Agriculture a été établi par un acte de la Législature de Québec. sanctionné en avril 1869. Il se compose de vingt et un membres.




Sociétés d’agriculture




En 1899, la province de Québec comptait 68 sociétés d’agriculture de comtés en activité ; le nombre île leurs membres s’élevait à 14,510 ; elles dépensaient pour fins agricoles, durant l’année, la somme de $87,599.83.

Conformément à la loi, chaque société doit, une fois tous les deux ans, tenir une exposition de produits agricoles et organiser alternativement des concours pour les terres les mieux cultivées. L’intention du législateur est que les sociétés dépensent autant d’argent pour les concours agricoles que pour les expositions. Quelques-unes de ces sociétés se conforment à l’esprit de la loi et font beaucoup pour le progrès de l’agriculture ; mais, malheureusement, la plupart d’entre elles ne s’occupent que des expositions et négligent la partie la plus essentielle de leurs devoirs, qui consiste précisément dans la tenue des concours agricoles où chacun peut venir voir le fonctionnement des meilleurs modes de culture et en faire son profit.

* * *

La première société d’agriculture de la province fut établie dès 1789. Son Excellence le très honorable Guy, lord Dorchester, gouverneur général du Canada, en fut le premier patron et président : le brigadier-général Hope, lieutenant-gouverneur, le premier vice-président. En faisaient partie les membres du Conseil Exécutif et l’évêque du Canada, outre autant de citoyens canadiens et anglais qui voulaient devenir souscripteurs. Seize directeurs devaient être choisis annuellement.

Le premier rapport seulement de cette société a été conservé jusqu’à nos jours ; il contient les observations de quelques-uns des membres et le résultat d’expériences qu’ils ont faites.

À titre de document curieux, nous croyons devoir reproduire dans leur texte primitif les clauses constitutives de la Société, ainsi que la circulaire qui fut adressée à tous les curés de paroisse de cette époque :

« Sept des directeurs pourront, dans leurs assemblées, procéder aux affaires.

« Il sera tenu annuellement une assemblée des souscripteurs, le 6 avril, à laquelle chaque membre pourra proposer ce qu’il croira avantageux à l’agriculture.

« Chaque membre de la Société souscrira une « guinée », qui sera payée annuellement à l’assemblée générale.

« Les membres communiqueront à la Société, par la voie de son secrétaire, leurs observations par écrit, touchant les défauts ou la mauvaise conduite qu’ils observent dans l’agriculture de leurs voisinages respectifs, avec leurs opinions sur les moyens les plus propres à remédier à ces défauts.

« Les directeurs feront les règles et règlements pour la conduite des affaires de la Société. »

Québec, 22 février 1789.




(Circulaire)


À MM. les curés de paroisse,


Québec, le 8 mars, 1789.


Monsieur,

Il vient de s’établir ici une Société pour l’encouragement de l’agriculture et pour l’amélioration des grains dans cette province, laquelle Son Excellence lord Dorchester a bien voulu protéger et encourager.

De la part de cette Société, qui est composée des Messieurs de la première condition de la Colonie, nous prenons la liberté de vous envoyer le projet de cette institution, qui n’a d’autre objet en vue que le bien général de la province, ne doutant point que vous ne vous prêtiez avec zèle à l’avance en y ajoutant votre nom, aussi bien qu’en procurant les noms de ceux de votre paroisse que vous croyez en état de payer la souscription modique proposée, et en communiquant à la suite vos lumières sur les moyens les plus efficaces d’effectuer les vues bienfaisantes de la Société pour le bonheur général, et qui ne peuvent manquer de produire en peu d’années des avantages solides à toutes les personnes intéressées dans les récoltes, et dans la qualité des grains du produit de ce pays. Et, en même temps, prévenir une disette aussi affligeante et aussi ruineuse que celle dont le pays est actuellement accablé.

La Société se propose de vous envoyer de bonne heure au printemps un peu de plusieurs espèces de grains qu’elle attend d’Europe par les premiers vaisseaux, et qu’elle croit, par des expériences déjà faites, parfaitement adaptées au sol et à notre climat.


J’ai l’honneur d’être, Monsieur,


Votre très humble et très obéissant serviteur.


Huge Finlay, secrétaire.




Cercles Agricoles




En 1893, la Législature provinciale a reconnu l’existence des cercles agricoles et décidé de leur accorder une subvention annuelle.

Il existait en 1899 516 cercles, comptant 41,000 membres, qui dépensaient pour fins agricoles la somme de $106,480, y compris $6,294, pour l’achat d’animaux de pure race.

Chaque cercle a à sa tête sept directeurs ; leur but est de travailler au progrès de l’agriculture et de l’horticulture :

1° Par des réunions où l’on discute et où l’on entend des conférences sur la théorie et la pratique de l’économie rurale perfectionnée ;

2° Par la diffusion des journaux agricoles ;

3° Par des prix donnés pour travaux sur des sujets agricoles, au point de vue théorique ou pratique ;

4° Par l’importation d’animaux de races supérieures, de variétés nouvelles de plantes, de grains et de graines des meilleures qualités ;

5° Par l’organisation de concours de labour et des fermes les mieux cultivées ;

6° Par l’obtention de livres, revues et journaux agricoles pour l’usage des membres ;

7° Par l’encouragement et le développement donnés à la culture, au soin des engrais et aux instruments aratoires perfectionnés.

Grand nombre de ces cercles tiennent des réunions annuelles pour les fins ci-dessus indiquées. Ils laissent de côté les expositions, mais organisent en revanche de nombreux concours de moisson, principalement dans le but d’augmenter la production du fourrage, ainsi que des racines, et l’emploi des engrais.

* * *

L’ensemble des moyens employés pour répandre les connaissances agricoles et leur donner toute l’efficacité possible a produit les plus féconds résultats. On s’en aperçoit au redoublement d’intérêt et d’attention que les cultivateurs apportent à toutes les questions qui se rattachent à l’agriculture ; on le constaterait encore par l’apparence générale des campagnes et par la physionomie du sol uniquement, s’il n’y avait pas une foule d’autres indications des progrès qui se font et augmentent tous les jours.

Champs de démonstration. — Le ministère de l’Agriculture se propose d’instituer, dans chaque comté de la province, par l’entremise des cercles agricoles, des concours spéciaux pour provoquer l’établissement de champs de démonstration propres à éveiller l’attention des cultivateurs du voisinage et à mettre en évidence les bons effets produits par les divers engrais, le chaulage et autres excellentes pratiques agricoles. Il importe que ces champs de démonstration soient divisés en deux parties (au moins) ou parcelles portant toutes deux la même espèce de récolte, mais dont l’une appelée « parcelle témoin » ne recevra pas tous les engrais ou amendements donnés à l’autre, ou même n’en recevra pas du tout. On pourra ainsi apprécier facilement, par comparaison, les effets de tel engrais ou de tel amendement.

Non seulement les champs de démonstration seront examinés par des juges nommés par le cercle, mais les concurrents primés dans le « concours du département » devront faire un rapport détaillé du système de culture suivi, de la qualité et du mode d’application des engrais employés, ainsi que des résultats et rendements obtenus dans chaque parcelle. Ce rapport devra être approuvé par les juges et transmis au département avant que les prix soient distribués.




Concours de mérite agricole




En 1890, la Législature provinciale a passé une loi établissant des concours de mérite agricole dans la province.

Les fermes des concurrents sont visitées par des juges nommés par le gouvernement.

Les distinctions conférées aux concurrents heureux consistent en :

1° Un diplôme et une médaille d’argent à celui qui a obtenu le degré de « mérite distingué » ;

2° Un diplôme et une médaille en bronze à celui qui a obtenu le degré de « grand mérite » ;

3° Un diplôme à celui qui a obtenu le degré de « mérite ».

Pour obtenir le « mérite distingué » il faut gagner 85 points sur cent accordés à une culture parfaite. Pour le « grand mérite » il faut 75 points, et pour le « simple mérite » 65 points.

Les juges transmettent au Commissaire de l’Agriculture un rapport détaillé sur la forme et la manière de cultiver de chaque lauréat.

Ces rapports sont publiés chaque année et sont très utiles à la classe agricole.

Les matières qui font l’objet des concours sont les suivantes : comptabilité ; drainage ; engrais verts ; engrais commerciaux ; blé ; graines fourragères, lin ; fourrages verts ; vergers.




Produits agricoles




D’après les chiffres du dernier recensement, celui de 1891, la production agricole de la province de Québec comprenait :

Blé 
  
1,553,544 boisseaux 
Orge 
  
1,505,600 bois
Avoine 
  
16,905,800 boisseaux 
Pois 
  
1,806,943 bois
Sarrasin 
  
2,009,448 bois
Fèves 
  
79,078 bois
Maïs 
  
790,685 bois
Pommes de terre 
  
15,024,644 bois
Navets et autres racines 
  
2,532,853 bois
Graine de lin 
  
27,647 bois
Pommes 
  
1,034,139 bois
Prunes 
  
60,513 bois
Foin 
  
2,243,435 tonnes
Sucre d’érable 
  
18,875,231 livres
Miel 
  
738,557 liv
Houblon 
  
180,297 liv
Tabac 
  
3,958,737

liv
Beurre 
  
30,113,226 liv
Fromage 
  
4,260,941 liv


L’industrie porcine se développe rapidement et devra ajouter beaucoup aux revenus des cultivateurs. Déjà, en 1891, la province de Québec possédait 369,608 cochons, contre 329,199 en 1881 ; augmentation : 40,409.

Exportation d’animaux. — En 1899, le total de bestiaux expédiés du port de Montréal a été de 82,889, sur lesquels environ 12,000 venaient des États-Unis.

Chaque tête de bétail coûtait en moyenne 60 dollars ou 300 francs.

L’exportation des moutons a atteint le chiffre de 58,277 têtes, une augmentation de 23,286 têtes sur l’année 1898.

Du port de Montréal ont été également expédiés 4, 739 chevaux, d’une valeur moyenne de 150 dollars ou 750 francs par tête. Ce chiffre accuse une diminution de 1, 083 chevaux comparativement à l’année précédente.

Du port de Québec il a été exporté, durant la saison de 1899, 3, 331 bestiaux, contre 2, 187 en 1898, plus 1, 100 moutons.

Sociétés d’Horticulture. — Il existe deux sociétés provinciales de pomologie et d’horticulture ; elles publient chaque année des renseignements fort utiles sur la culture fruitière. Il existe de plus sept sociétés d’horticulture de comtés.

Stations Expérimentales Fruitières. — L’honorable Commissaire de l’Agriculture a établi en 1898 une station fruitière dans chacun des comtés dont les noms suivent : Beauce, Chicoutimi, Compton, Gaspé, l’Islet et Maskinongé ; ce qui fait un total de six stations pour la province de Québec.

Cette décision a été basée sur ce que nos connaissances en fait de pomologie n’étaient pas le fruit d’études systématiquement organisées, et les inconvénients résultant d’expériences individuelles étant si nombreux, nous ne pouvions nous attendre à recueillir de cette manière des renseignements ayant une valeur appréciable.

Avec des stations établies dans des endroits convenables de cette province, et sous la direction d’hommes compétents, le choix des variétés pourrait être aisément et correctement déterminé, et les meilleurs modes de culture, de taille des arbres, d’aspersion, etc., seraient démontrés d’une manière pratique à ceux qui auraient l’intention de s’occuper de la culture des fruits.

Il y a lieu à un progrès considérable dans l’industrie de la culture des pommes en cette province. Il n’y a aucune raison pour nous de ne pas avoir notre part dans l’énorme exportation qui se fait en Europe de pommes séchées, pourvu que nous cultivions les variétés convenables à ce sujet. Les variétés d’été, ou à chair tendre, ne conviendraient pas en ce cas, non plus que pour la fabrication du cidre. Mais avec les facilités qui nous sont données maintenant d’exporter en chambres froides, nous pouvons placer nos variétés les plus délicates en bonne condition sur les marchés d’Europe.

Les stations fruitières ont été placées, pour cinq ans, sous le contrôle de régisseurs chargés de prendre soin des pépinières qui leur sont confiées, et de faire un rapport annuel sur les résultats obtenus. Un pépiniériste célèbre, monsieur Auguste Dupuis, a la direction générale de ces stations. Sa grande expérience en la matière permet de prévoir les meilleurs résultats de l’établissement de ces stations, au point de vue de la culture raisonnée des arbres fruitiers.

« La culture des fruits, dit l’honorable M. Déchêne, Commissaire de l’Agriculture, dans son rapport pour l’année 1898, qui devrait constituer pour notre province une source de revenus considérables, a été, dans bien des cas, la source de nombreux mécomptes, faute de renseignements précis sur les variétés d’arbres pouvant convenir aux différentes régions. L’expérience qui devra découler de l’établissement de stations d’arboriculture, permettra d’établir des principes sûrs et des méthodes rationnelles sur l’arboriculture fruitière dans notre pays. Les provinces d’Ontario, de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick retirent chaque année des bénéfices considérables de la production de leurs arbres fruitiers. Notre province, dont les produits sont très appréciés sur les marchés étrangers, devra accorder, à l’avenir, plus d’attention à cette industrie, et j’ai lieu d’espérer que cette branche importante de l’agriculture prendra avant longtemps des développements considérables pour le plus grand avantage de la classe agricole. »

Jusqu’ici les plantations qui ont été faites n’ont pas réussi en général, et ceux qui ont planté ne peuvent découvrir les causes de leur insuccès. Dans les comtés de Gaspé, Chicoutimi et Maskinongé, des milliers et des milliers d’arbres ont été plantés depuis 25 ans et plus. Cependant, il est difficile d’y trouver des pommiers, des pruniers et des cerisiers vigoureux.

On rencontre partout dans ces contrées des personnes qui ont du goût pour l’arboriculture, qui l’ont prouvé par les dépenses parfois considérables qu’elles ont faites, et qui, cependant, sont d’avis que les arbres ne réussiront jamais dans leur région, parce que le froid y est trop rigoureux.

Cela provient de ce qu’on n’a pas su jusqu’à présent traiter scientifiquement les arbres fruitiers. Les stations expérimentales vont remédier à ce défaut de connaissance, comme on en a déjà la preuve par les rapports obtenus des stations expérimentales en exercice.




Écoles d’agriculture

I


La province de Québec compte trois écoles d’Agriculture ; celles d’Oka, de Sainte-Anne-la-Pocatière et de Compton.

De quinze à vingt élèves fréquentent annuellement chacune de ces écoles.

À chacune d’elles on a annexé une beurrerie ou une fromagerie, où il se forme tous les ans de bons fabricants de produits laitiers.

École d’Oka. — Cette école peut recevoir facilement 120 à 130 élèves dans les meilleures conditions de salubrité et de confort. Font partie du personnel de l’établisement les religieux qui sont à la tête des divers départements de la ferme : culture générale, beurrerie, fromagerie, étables, porcherie, potager, pépinière, etc. Ces chefs de département sont chargés de l’instruction pratique des jeunes gens, dans les diverses branches qu’ils dirigent. Bâtiments de la ferme. — Des étables ont été créées pour 120 têtes de bétail.

Un silo, de 18,000 pieds cubes, est adossé aux étables. On le remplit de maïs, fèves, pois et trèfle.

Les écuries peuvent loger 40 chevaux.

Au-dessus des étables et des écuries s’étendent d’immenses greniers où les céréales et les fourrages sont emmagasinés.

La porcherie, construite il y a quelques années, est aménagée pour 300 bêtes à l’engraissement.

Enfin un poulailler, pouvant contenir 400 à 500 volailles, vient d’être édifié d’après les plans les plus nouveaux.

La beurrerie, objet des plus grands soins, a produit 56,000 livres de beurre en 1899.

Le beurre d’Oka est toujours vendu près de dix pour cent au-dessus du cours.

La fromagerie possède de vastes caves de maturation.

Il y a en cave environ 30,000 gallons de vins divers et de cidre, avantageusement connus sur le marché.

La ferme comprend environ mille acres ou 400 hectares de terrain.


II


Mode d’enseignement théorique. — Chaque article du programme des études est développé en classe, et les élèves reçoivent, au fur et à mesure, un résumé autographié, détaillé, des matières traitées.

Ils apprennent la substance de ces résumés et sont tenus de répondre aux questions y ayant trait.

Instruction pratique. — À leur arrivée à l’école, tous les jeunes gens, même ceux qui se destinent à une spécialité, beurrerie, pépinière, potager, etc., etc., sont attachés pendant un certain temps aux travaux généraux de la ferme.

Après s’être familiarisés durant quelques mois avec ces travaux, les spécialistes sont attachés au département particulier où ils puisent les connaissances techniques dont ils ont besoin. Toutefois, ils travaillent encore de temps à autre avec leurs camarades, afin qu’à leur sortie de l’école, tous, potagistes, beurriers, pépiniéristes, possèdent, outre l’instruction approfondie de leur branche, des données sérieuses sur l’ensemble d’une exploitation.

Enfin, pendant l’hiver, les élèves qui le désirent sont employés :

(i) À la « boucherie-charcuterie », pour apprendre à dépecer la viande, fumer les jambons, faire les saucisses, les boudins, etc.

(j) À la « forge », où on leur montre à souder, à limer les métaux ; ils se familiarisent aussi avec divers modes de ferrures.

(k) À la « menuiserie » ; ils y apprennent à raboter et à faire des boites, réparer des portes, fenêtres, voitures, etc., etc.


III


École de Compton. — La culture des arbres fruitiers y est très en honneur et donne de belles espérances.

Tous les élèves de la beurrerie sont fabricants de beurre ou assistants dans les beurreries. La beurrerie de Compton est notée pour sa perfection et pour la dextérité avec laquelle s’y fait la manipulation du lait.

École de Sainte-Anne-la-Pocatière. — Les élèves prennent part à tous les travaux qui se font généralement sur une ferme.

Cette école possède une vaste ferme modèle, dont 250 arpents sont en prairies. On y a fait, l’an dernier, de bonnes expériences de culture au moyen d’engrais chimiques, de cendres de bois vives, de purin, de fumier de ferme, de chaux, de nitrate de soude et de superphosphate.

École ménagère de Roberval. — En l’année 1892, le gouvernement provincial fonda une allocation annuelle pour sustenter l’école ménagère établie à Roberval, région du Lac-Saint-Jean, sous le contrôle des révérendes dames Ursulines.

Voici le cours d’Économie domestique et rurale donné dans cette institution :

1° Toutes les élèves, quel que soit leur âge, sont formées à être de bonnes ménagères, particulièrement au point de vue de l’ordre et de la propreté. On leur enseigne aussi les règles principales de l’art culinaire : différentes sortes de soupes, cuisson des viandes, pâtisseries, confitures, gelées, marinades, quelques desserts. À la laiterie : soin des ustensiles, préparation de la crème pour le barattage, barattage de la crème, etc.

À l’ouvroir : division de la laine, cardage, filage, tissage de différentes étoffes, couvertures en laine, etc. Coupe des vêtements, couture, reprises, boutonnières, etc.

Au jardin : division des carrés, ensemencement sur couche chaude, repiquage, mise en pleine terre, sarclage, soins des petits fruits, chasse aux insectes, etc.

Au poulailler : soin des poules et des poussins.

On enseigne aux élèves à tenir la comptabilité domestique, afin de savoir régler leurs dépenses sur leurs recettes.

Chaque élève apprend à raccommoder son linge, à coudre et à tricoter, avant de faire les ouvrages de fantaisie. La salle de travail est ouverte environ une heure par jour aux élèves qui veulent apprendre à carder, à filer et à tisser.

Deux fois par semaine, on donne des leçons théoriques et pratiques sur la fabrication du beurre et du fromage pour la consommation domestique. On donne enfin aux élèves des leçons d’agriculture et d’horticulture.

Le nombre des jeunes filles qui ont suivi l’école ménagère de Roberval s’est élevé à 28 l’année dernière.

La ferme modèle attachée à cette institution comprend 100 arpents (40 hectares) en superficie : le rendement de l’année’98 a été remarquablement bon, tant en grains qu’en légumes et en fourrages.




École de médecine comparée et de science vétérinaire de Montréal




Cette école, placée sous le contrôle du Commissaire de l’Agriculture, existe depuis douze ans et est agrégée à l’université Laval de Québec.

En échange d’une subvention qu’elle reçoit du gouvernement provincial, l’École est tenue de donner des cours gratuits, pendant trois ans, à quinze élèves boursiers.

Le cours complet dure trois ans.

Les matières primaires du cours comprennent : la chimie, la physiologie, l’extérieur du cheval et la pathologie générale.

Les matières finales comprennent : matière médicale et thérapeutique ; pathologie interne ; pathologie externe, chirurgie opérative, obstétrique, histologie, anatomie pathologique, clinique médicale, anatomie pratique et descriptive ; médecine légale vétérinaire.

Une école, de même nature que la précédente, est également attachée à l’université McGill, de Montréal, pour les élèves de langue anglaise.

Les deux écoles possèdent, chacune, un musée qui renferme une large collection d’échantillons naturels et artificiels.




École des arts et manufactures




Les écoles d’Arts et Manufactures, au nombre de sept et sous le contrôle du Commissaire de l’Agriculture, sont établies dans les endroits suivants de la province : Montréal, Québec, Lévis, Sherbrooke, Sorel, Trois-Rivières et Saint-Hyacinthe.

La moyenne totale des élèves qui suivent ces écoles est de près de mille par année.

L’allocation annuelle, votée par la Législature, est de 13,000 dollars, ou plus de 65,000 francs.

Les matières suivantes sont enseignées dans ces écoles : dessin à main levée ; dessin d’architecture ; dessin mécanique ; lithographie ; cordonnerie ; modelage ; construction d’escaliers ; plomberie ; coupe de robes pour dames.




École de laiterie




Une école de laiterie, subventionnée par le gouvernement, existe à Saint-Hyacinthe depuis 1892.

L’école de laiterie de Saint-Hyacinthe ouvre au commencement de novembre de chaque année et ferme le 30 avril de l’année suivante.

Le nombre des élèves, depuis sa fondation, a été, en moyenne, de 200 par année ; ce qui forme un total de 1600, en chiffres ronds.

En 1899, l’Ecole a reçu 252 élèves, sur lesquels 170 élèves fabricants de beurre et 82 élèves fabricants de fromage. Le nombre de ces derniers est très inférieur à celui des années précédentes, tandis que le nombre des élèves fabricants de beurre a atteint un chiffre inconnu jusqu’ici et a dépassé de près de moitié la moyenne des six premières années ; ce qui fait voir jusqu’à quel point la fabrication du beurre prend de l’extension de jour en jour dans la province.

* * *

L’École a été fondée pour servir en même temps de station expérimentale ; elle a démontré la possibilité de fabriquer du beurre en hiver ; depuis sa création, en effet, il s’est ouvert dans le district de Saint-Hyacinthe un assez grand nombre de beurreries pendant l’hiver. Malheureusement, il a fallu remettre à plus tard les recherches expérimentales de laiterie proprement dite, et l’École sera obligée d’attendre la publication des rapports des stations expérimentales d’Ontario, des États-Unis et d’Europe, pour suivre les progrès de l’industrie laitière ; c’est un inconvénient réel, car la province de Québec possède un climat particulier et fournit un lait d’une richesse supérieure à la moyenne générale, fait qui impose à sa fabrication des conditions particulières.

Outre la subvention du gouvernement provincial, qui s’est élevée l’année dernière à $3,000, l’École reçoit du gouvernement fédéral une subvention annuelle de 2,000 dollars.

Les ventes de beurre, de crème et de fromage lui ont donné, en 1899, un revenu dépassant $5,200.



Industrie laitière




I


Cette industrie fait des progrès constants dans la province. On n’y néglige rien pour améliorer et uniformiser la qualité des produits laitiers. En vue d’obtenir une diffusion plus prompte et plus complète des meilleures méthodes à adopter pour la production du lait, la fabrication des produits laitiers et le progrès en général de cette industrie, la province a été divisée, en l’année 1890, en districts régionaux dans lesquels peuvent être établis des syndicats, composés des propriétaires de fromageries et de beurreries. En 1899, il y avait 33 syndicats de fromage ; les fabriques qui en font partie sont visitées plusieurs fois durant l’été par des inspecteurs experts dans la fabrication.

Ces organisations font une très utile besogne.

Le gouvernement emploie aussi quatre inspecteurs généraux pour visiter les fabriques de beurre et de fromage qui n’appartiennent pas aux syndicats. Ces visites ont déjà produit des résultats excellents.

L’inspecteur local a charge d’un groupe de fabriques, réparties dans un district comparativement restreint, qu’il peut visiter aisément en un mois. De la sorte, les fabriques de ce district sont visitées régulièrement, ce qui rend les instructions données plus uniformes et assure plus de régularité dans la qualité des produits.

Chaque syndicat se compose de 15 à 30 fabriques, c’est-à-dire d’un nombre suffisant pour occuper l’inspecteur durant toute la belle saison. Les inspecteurs généraux sont chargés d’inspecter le travail des inspecteurs locaux ; il résulte de cette organisation que tout le fromage ou le beurre fabriqué sur le vaste territoire couvert par ce mode complet et uniforme d’inspection doit être nécessairement amené à un degré uniforme de qualité.

L’année dernière, le gouvernement provincial a en outre pris une mesure qui fera faire un grand pas à l’amélioration de la qualité du fromage. Un des plus urgents besoins, aujourd’hui, de l’industrie fromagère canadienne est l’amélioration des chambres de maturation et du mode de contrôle de la température durant les phases de la maturation. Le gouvernement de la province a décidé d’y pourvoir en accordant une subvention à chaque fabrique qui améliorera sa chambre de maturation, suivant certaines conditions ; une prime spéciale est offerte aux fabricants qui adopteront cette amélioration, devenue indispensable pour maintenir la bonne réputation de nos produits laitiers sur le marché.

On a établi une échelle de récompenses pour les fabricants qui obtiennent de 93 à 100 points, soit de 1 à 15 dollars.

Outre ces récompenses en argent, les fabricants qui ont obtenu 97 points et au-dessus, reçoivent une médaille en argent et un diplôme de première classe. Ceux qui ont obtenu de 93 à 97 points reçoivent un diplôme de deuxième classe et une médaille de bronze.

L’objet de ces concours est :

1° De renseigner les fabricants ainsi que le public sur les défauts de fabrication à éviter et sur les moyens à prendre pour améliorer la qualité des beurres et des fromages de la province ;

2° De permettre aux propriétaires des fabriques de se rendre compte de la valeur de leurs fabricants, et à ces derniers de montrer leur capacité ;

3° C’est un moyen d’exciter l’émulation des fabricants entre eux.

II


Le beurre. — Proportion gardée, la fabrication du beurre a pris, depuis deux ou trois ans, une bien plus grande extension que celle du fromage. Il n’y a pour ainsi dire pas de limite à la production du beurre ; on s’y est donc adonné de préférence, non qu’il n’y ait encore un vaste champ d’exploitation ouvert à l’industrie fromagère, mais parce que celle du beurre prend de plus en plus d’ascendant et tend à devenir une industrie de premier ordre.

Le prix du beurre canadien, sur les marchés anglais, se rapproche sensiblement des prix payés pour les meilleurs beurres danois, irlandais ou français. La demande pour le beurre augmente sans cesse ; en outre, les grandes quantités de beurre fin, de qualité supérieure, que le Danemark, l’Irlande, la France et l’Australie expédient en Angleterre, rendent impossible l’accès au marché anglais des beurres de qualité inférieure.


On peut dire que les deux tiers des crémeries du Canada sont aujourd’hui pourvues d’aménagements frigorifiques pour la conservation du beurre, depuis le moment où l’on commence à le fabriquer jusqu’à celui de la livraison. Les importateurs de beurre, en Angleterre, qui ont visité le Canada, disent que le beurre canadien, fraîchement fabriqué, est, sous tous les rapports, comparable aux beurres les plus fins importés des autres pays dans la Grande-Bretagne. La saveur en est aussi délicate, outre qu’il semble être un tant soit peu plus ferme et plus consistant. Il n’y a donc pas de raison pour que le commerce du beurre canadien ne prenne désormais une extension qui dépasse toutes les prévisions.

* * *

Afin que le lecteur ait sous les yeux une notion précise concernant le développement du commerce de beurre canadien, rappelons les chiffres comparés de l’exportation dans la Grande-Bretagne, pour les années 1897 et 1898 : la première donne le chiffre de 12,253,024 livres, et la deuxième celui de 17,568,880 livres.


L’exportation des œufs et du lard fumé (bacon) a pris aussi un développement extraordinaire.

En 1897, le Canada exportait en Angleterre 5,687,690 douzaines d’œufs, et, en 1898, 7,453,550 douzaines.

En 1897, la quantité de “ bacon ” exporté en Grande-Bretagne était de 32,511,696 livres, et en 1898, de 60,018,448 livres.


Le recensement général de 1891 fixait à 549,454 le nombre des vaches laitières dans la province de Québec, contre le chiffre de 490,997 que donnait le recensement décennal précédent, celui de 1881.

Ce chiffre sera énormément augmenté lors du prochain recensement, en 1901.



L’exportation des chevaux du Canada a subi une forte diminution depuis 1896 ; mais celle des bestiaux a plus que doublé. En effet, elle n’était, à la date susmentionnée, que de 104, 451 têtes, et, en’98, elle atteignait déjà le chiffre de 213, 010 têtes.


Depuis trois ans, à la suite d’une entente avec le gouvernement fédéral, plusieurs compagnies de navigation océanique ont pourvu leurs steamers de compartiments frigorifiques destinés à maintenir en bon état les produits périssables de l’arboriculture et de l’industrie laitière. Aussi, l’exportation de ces produits, particulièrement de la province de Québec, a-t-elle pris, depuis 1897, un développement prodigieux. En outre, la qualité du beurre canadien a acquis une réputation considérable sur les marchés de la Grande-Bretagne. Il y a quelques années, on considérait le beurre canadien comme étant de troisième ou de quatrième qualité ; aujourd’hui, on le considère comme venant immédiatement après le meilleur du Danemark.

Jusqu’ici, le marché anglais a été regardé comme le seul qui fût accessible aux produits de notre industrie laitière. Mais il existe d’autres pays qui sont forcés d’envoyer leur beurre et leur fromage sur les marchés de la Grande-Bretagne. L’offre étant très grande, il en résulte : 1° une tendance à la baisse du prix de ces produits ; 2° une classification plus sévère des produits, d’après leur qualité.

Les producteurs sont donc forcément amenés à ne produire que du beurre et du fromage de choix et à perfectionner leurs méthodes de fabrication. Ces perfectionnements portent sur deux points : i° une diminution générale du coût de production, pour parer à la tendance à la baisse ; 2° une amélioration de la qualité, pour conserver le marché et y obtenir les meilleurs prix possible.


III


Le Canada a comme concurrents, sur le marché anglais, le Danemark, la France, la Hollande, l’Allemagne, l’Australie, les États-Unis, la République Argentine et l’Angleterre elle-même.

Heureusement pour le Canada, les conséquences à prévoir et à redouter ne se sont pas fait sentir en 1899, parce que, d’un côté, l’exportation du fromage des États-Unis a été insignifiante, et d’un autre côté, celle du Danemark, de la Hollande et de la France s’est faite dans des conditions exceptionnellement défavorables. Il en est résulté que les prix, au lieu de diminuer, ont augmenté, et que le fromage, par exemple, s’est vendu en moyenne sept francs de plus la boite que les années précédentes.

Le tableau suivant montre le développement de l’exportation du beurre du port de Montréal, au fur et à mesure de l’amélioration et du développement des moyens de transport.

1894 
  
32,055 boîtes
1895 
  
65,664 boî"
1896 
  
157,321 boî"
1897 
  
220,200 boî"
1898 
  
278,922 boî"
1899 (au 11 novembre) 
  
444,376 boî"

En 1894, il n’y avait pas de chambres froides, même dans les beurreries.

En 1895, on introduit des compartiments frigorifiques dans les steamers et dans les convois de chemins de fer.

En 1897, 21 steamers transatlantiques et les grandes lignes de chemins de fer sont pourvus de réfrigérants mécaniques.

En 1898, le système des réfrigérants est encore amélioré.

En 1899, l’exportation du beurre de Montréal s’élève à quatorze fois plus qu’en 1894.

Les steamers pourvus de chambres frigorifiques ont une capacité totale de 100, 000 boîtes de beurre ; ils le transportent, hiver et été, des ports canadiens de Montréal, Halifax et Saint-Jean aux ports de la Grande-Bretagne qui en font principalement commerce avec le Canada, tels que Londres, Bristol, Liverpool, Manchester et Glasgow.

Le ministre de l’Agriculture du Dominion ayant offert une prime de cinq cents francs au propriétaire de toute beurrerie qui installerait des chambres frigorifiques, suivant les devis préparés par son ministère, et les maintiendrait pendant trois ans, il en est résulté que 300 propriétaires de beurreries, dont 200 dans la province de Québec, ont répondu à cet appel.

* * *

Dans la province de Québec, les fabriques de beurre et de fromage sont actuellement au nombre de 1903. Il y a 404 fabriques de beurre, 1192 fromageries et 307 fabriques de beurre et de fromage combinées.

On trouve 40 beurreries dans les comtés de Joliette et de Terrebonne, et 34 dans les comtés de Témiscouata et de Bellechasse.

C’est le comté de Beauce qui a le plus de fromageries. Il en compte une centaine ; et c’est dans le comté de Bagot que l’on trouve le plus de fromageries et beurreries combinées. Il y en a 24.


En 1898, le Canada, mais presque exclusivement les provinces de Québec et d’Ontario, produisait 196,703,323 livres de fromage, plus des deux tiers de la quantité totale de ce produit que l’Angleterre importait des pays fournisseurs habituels.

Cette quantité totalisée s’élevait à 262,019,900 livres, représentant une valeur de 24,188,535 dollars, ou environ 121 millions de francs. Sur cette somme le Canada était porté pour 17,522,681 dollars, ou 88 millions de francs en chiffres ronds.

En 1899, l’exportation du fromage canadien, sans être plus considérable que celle de l’année précédente, a cependant rapporté au delà de dix millions de francs de plus, par suite du renchérissement des prix occasionné par l’insuffisance de l’exportation française, danoise et hollandaise.

Quant aux États-Unis, ils ne sont pas un pays producteur de fromage. Ils n’en ont exporté que 53 millions de livres en 1898, quoique leur population dépasse soixante-dix millions d’âmes.



En 1899, le seul port de Montréal expédiait en Angleterre 1,896,000 boites de fromage, d’une valeur de $14,698,000, ou 74 millions de francs. Pour le beurre, de même que pour le fromage, la Grande-Bretagne est à vrai dire le seul marché pour les pays producteurs. Elle en a importé 360,000,000 de livres en 1898, sur lesquelles les États-Unis ont fourni 26,000,000 de livres, et le Canada 11,254,000 livres, représentant une valeur approximative de douze millions de francs.

Le beurre canadien, s’étant fort amélioré, a pris place sur les marchés anglais, à côté du beurre danois, et a rapporté, en 1899, un dollar de plus par boite que l’année précédente.

Il en a été expédié de Montréal 451,000 boites, pour la somme totale de $5,998,000, ce qui représente une augmentation énorme dans le commerce de cet article. On pourra s’en rendre aisément compte par un coup d’œil jeté sur le tableau suivant, qui indique la production des quatre dernières années :

1896 
  
157,321 boîtes
1897 
  
220,000 boî"
1898 
  
270,000 boî"
1899 
  
451,000 boî"


IV


Pour nous résumer, en ce qui concerne l’industrie laitière au Canada, mais tout particulièrement dans la province de Québec, où elle est devenue la principale préoccupation des agriculteurs, disons que cette industrie, désormais l’une des plus importantes du monde entier, a atteint, dans notre pays, un degré de perfection qui dépasse celui de tous les autres pays producteurs, dont pas un, en effet, n’a un système complet d’installations frigorifiques, commençant à la beurrerie même et finissant aux ports de débarquement, entre les mains du consignataire.

Aussi, les progrès accomplis par cette industrie ont-ils été absolument extraordinaires, et l’on peut en augurer, pour l’écoulement annuel de ses produits dans l’avenir, des résultats à peu près certains, que les fluctuations des marchés anglais n’affecteront que dans une très étroite mesure.


Concours de produits laitiers

Trois concours de beurre et trois concours de fromage sont organisés chaque année, depuis quatre ans, par le ministère de l’agriculture. Pour chaque concours le ministère réunit vingt-cinq échantillons de beurre et de fromage. Une analyse chimique de tous les échantillons est faite par un chimiste expert, afin de faire connaître aux fabricants, en même temps que les remarques des juges, les améliorations nécessaires à leur fabrication.

Monsieur l’abbé Choquette, qui a charge de l’analyse chimique des produits exposés dans les concours, poursuit actuellement une série d’expériences du plus haut intérêt pour l’amélioration de nos produits.

Les concours donnent des résultats très satisfaisants. Ils constituent un encouragement pour les personnes intéressées au progrès de l’industrie laitière et leur procurent des renseignements précieux.

Il y a quatre classes pour le beurre et autant pour le fromage. Le maximum de points qu’un concurrent peut remporter est de cent.

La première classe comprend les produits qui ont obtenu de 97 à 100 points, la deuxième classe de 93 à 97 et la troisième de 85 à 93 points.

Les produits qui obtiennent moins de 85 points sont classés comme beurres ou fromages inférieurs.

Chaque concurrent reçoit une copie des rapports des juges et experts, avec les conseils suggérés par l’examen des produits pour l’amélioration de leur qualité.

Le ministère publie en outre un rapport général sur les défauts les plus communs et les plus graves remarqués dans les produits examinés à tous ces concours, ainsi que sur les moyens à employer pour les faire disparaître.

Concours de vaches laitières. — Convaincu que l’une des premières conditions de succès pour l’industrie laitière est dans le choix, la sélection des vaches, en vue de la plus grande production de lait, et dans le but d’arriver à faire connaître les meilleurs animaux de la province, l’honorable Commissaire de l’Agriculture a requis les sociétés et les cercles agricoles d’organiser des concours de vaches laitières, dans lesquels on ne prendra en considération que le rendement en lait.

Afin de faciliter et d’encourager ces concours, l’honorable Commissaire fournit les registres à tenir. De plus, il accorde aussi une allocation spéciale à l’association agricole qui, dans chaque comté, offre les prix les plus élevés pour ces concours.

Les concours doivent être organisés par paroisses.

Lors du concours, les vaches doivent être traites en présence des juges, trois fois pendant deux jours consécutifs, les deux dernières traites seulement servant pour le concours. On ne doit primer ou inscrire dans le registre que les vaches qui, au concours, donnent au moins trente livres de lait par jour.


Voirie

Dans la province de Québec, la viabilité est restée longtemps dans des conditions élémentaires. La plupart des chemins, misérablement entretenus, présentaient par endroits des successions d’ornières, et ne pouvaient être suivis que par des véhicules d’une construction toute spéciale ; de là l’usage, encore si répandu de nos jours, des voitures appelées « planches », véhicule bizarre avec lequel on passe partout, au milieu des cahots et des heurts, et qui se ploie à toutes les aspérités du sol. Mais sous la direction du nouveau ministre de l’agriculture, la viabilité a fait en moins de deux années des progrès considérables.

Un officier spécial a été chargé de cette fonction importante, qui relève du département de l’Agriculture.

Dans le cours de l’année 1899, des rapports des différentes municipalités qui ont fait l’acquisition de machines à réparer les chemins, ont été transmis au ministère. Ces rapports établissent que 2500 milles de chemins ont été réparés.


Le gouvernement provincial prenant en main directement l’amélioration des chemins publics, c’était chose nouvelle pour notre pays. Laissé entièrement aux soins des municipalités apathiques et insouciantes, la voirie était tombée dans un état lamentable, et tout le monde se plaignait de ce que les mauvais chemins, dans la plupart des campagnes, paralysaient ou entravaient les industries agricoles, de quelque nature qu’elles fussent.

Presque partout, il y avait absence complète de direction et l’on semblait chercher à faire usage des matériaux les moins durables. L’uniformité dans les travaux était chose inconnue, et l’on trouvait rarement un chemin ayant une forme assez arrondie pour permettre l’écoulement des eaux de surface ; le drainage était donc des plus défectueux. D’autre part, les clôtures, le long des chemins, au lieu d’être faites en broche, comme elles auraient dû l’être, étaient en pierre, en planches ou en perches, ce qui équivalait à ériger tout simplement des embarras qui coûtaient des sommes énormes en hiver et causaient de grands dommages au trafic.

Sentant de quelle importance il était de mettre fin à ce régime désastreux, le ministre de l’Agriculture a offert à chaque municipalité de lui payer la moitié du prix de l’acquisition d’une machine à réparer les chemins, jusqu’à concurrence de six municipalités par comté.

Cette initiative prévoyante a porté des fruits immédiats, et l’on a vu bon nombre de municipalités se prévaloir de l’offre du ministre.

Les conseils de comtés ont été invités à faire l’acquisition de concasseurs pour l’empierrement des chemins. Les comtés de Sherbrooke, Shefford, Chambly, Vaudreuil, Saint-Hyacinthe et Beauharnois ont acheté quelques-uns de ces instruments et ont commencé des travaux d’empierrement qui sont le point de départ d’une ère nouvelle dans la voirie de la province.

Enfin, l’on constate, dans une foule de localités, le désir de mettre un terme à l’esprit de routine qui a toujours prévalu, en même temps que la détermination d’adopter résolument l’usage des instruments modernes qui mènent d’une façon si rapide et si radicale aux résultats que l’on s’efforce d’atteindre.