Laurier et son temps/Laurier et Tarte

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La Compagnie de Publication de "La Patrie" (p. 112-113).


Laurier et Tarte.


Laurier ne devait pas, en arrivant au Canada, se reposer sur un lit de roses.

Pendant qu’il luttait en Angleterre, contre la maladie et l’impérialisme, la discorde éclatait parmi les membres du ministère. M. Tarte, toujours en mouvement, toujours remuant, avait entrepris une campagne en faveur de la protection et soulevé une polémique ardente. Acclamé par les manufacturiers et les conservateurs, il allait partout proclamant qu’il fallait, à tout prix, accorder à notre industrie une protection plus efficace.

Il allait, frappant à droite et à gauche, amis comme adversaires, tous ceux qui condamnaient ses idées où sa manière de procéder. Ceux mêmes parmi les libéraux qui partageaient ses opinions sur le tarif, se demandaient comment il pouvait, en l’absence du premier ministre, formuler un programme politique, surtout sans avoir l’assentiment de tous ses collègues et en particulier du ministre des finances. Cet incident créa une grande excitation.

M. Tarte est un homme de talent qui n’écrit ou ne parle jamais sans produire un effet, sans exciter la curiosité publique. Les principaux journaux libéraux, des ministres même, finirent par protester contre la conduite et les paroles de M. Tarte qui riposta vivement.

On se demandait ce qu’allait faire M. Laurier. Il avait à choisir entre M. Tarte et ses collègues. Il n’hésita pas, il prétendit que M. Tarte avait violé les règles et les usages constitutionnels en formulant, en l’absence du premier ministre et sans entente préalable avec ses collègues, un programme politique, qu’il aurait dû chercher d’abord à mettre ses vues devant le gouvernement, et dans le cas où il n’aurait pu les faire adopter, donner sa démission. M. Tarte essaya de justifier sa conduite en disant que ses opinions étaient bien connues du premier ministre, et qu’il les avait nettement exprimées en sa présence. Mais M. Laurier fut inflexible. M. Tarte fut forcé de sortir du cabinet.