Leçons de géologie (Delamétherie)/Tome III/Section dixième

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LEÇONS


DE GÉOLOGIE




SECTION DIXIÈME.


DES DÉBRIS FOSSILES DES REPTILES, OU QUADRUPÈDES OVIPARES.


Les fossiles des quadrupèdes ovipares sont moins nombreux que ceux des quadrupèdes vivipares.

Néanmoins, on possède déjà aujourd’hui plusieurs fossiles, qui ont appartenu à cette famille d’animaux : on a des fossiles :

1°. Des cheloniens, ou tortues.

2°. Des sauriens, ou de la famille des lézards.

3°. Des bactraciens, ou de la famille des grenouilles.

4°. Des ophidiens, ou de la famille des serpens.


DES DÉBRIS FOSSILES DES TORTUES.


Camper est un des premiers qui ait reconnu, parmi les fossiles, des débris de tortues. Il découvrit, dans les fossiles de la montagne de Saint-Pierre, proche Maëstricht, des omoplates, et des écussons de ces animaux, dont il donna une description exacte.

Bocconi avait déjà dit qu’on trouvait, à Malthe, des tortues fossiles.

Gesner avait vu aussi des tortues fossiles, qu’on trouvait dans les glaisières de Glaris.

Burtin, dans son Oryctographie des environs de Bruxelles, rapporte qu’on a trouvé, à Melbroech, des tortues fossiles.

Lamanon a également parlé des tortues fossiles, qui se trouvent dans les plâtres des environs de Paris (Journal de Physique, tom. 16, pag. 468).

Il a aussi fait voir que, parmi les fossiles qu’on trouve dans les carrières de plâtre des environs d’Aix, en Provence, ceux qu’on regardait comme des têtes humaines, avaient appartenu à des tortues.

Cuvier a également fait des recherches sur les tortues fossiles. Il croit que toutes celles qui ont été décrites comme fossiles, sont marines, et du genre des trionix ; mais il ajoute qu’elles n’ont point d’analogues connus.


DES SAURIENS, ET PARTICULIÈREMENT DE CELUI DES CARRIÈRES DE MAESTRICHT.


Le grand animal des carrières de Maëstricht est célèbre dans l’histoire des fossiles. Trois opinions différentes ont été avancées sur sa nature.

1°. Pierre Camper crut qu’ils avaient appartenu à un cétacé.

Van-Marum adopta l’opinion de son maître Camper.

2°. Hoffman et Drouin pensèrent que ces os avaient appartenu à un crocodile.

Faujas, dans son histoire de la montagne de Saint-Pierre, adopte la même opinion.

3°. Adrien Camper, fils de Pierre Camper, abandonna l’opinion de son père, et dit que ces os avaient appartenu à un genre particulier de reptile saurien, qui a des rapports avec les sauvegardes, ou molitors, et d’autres avec les ignames.

Cuvier, d’après un examen approfondi de toutes les parties de cet animal, adopte l’opinion d’Adrien Camper [1].

On voit donc, en dernière analyse, dit-il, que cet animal a dû former un genre intermédiaire entre la tribu des sauriens, à langue extensible et fourchue, qui comprend les molitors et les lézards ordinaires, et celle des sauriens à langue courte, et dont le palais est armé de dents, laquelle embrasse les ignames, les marbrés, et les anolis.

On a des fossiles d’autres animaux de cet ordre.


DES CROCODILES FOSSILES.

Des os fossiles de crocodiles se trouvent en différens endroits. Mais il y a de grandes discussions parmi les naturalistes, pour savoir si tels os fossiles appartiennent, à des crocodiles, ou à d’autres animaux de la même famille.

L’abbé Bachelet avait ramassé des os fossiles, aux environs de Honfleur et du Hâvre, dans des bancs d’une marne grisâtre endurcie. Il croyait qu’ils étaient des os de cétacés. Dicquemare en a aussi parlé, dans le Journal de Physique, tome VII, et tome    , page 406.

Bachelet avait cru que ces os avaient appartenu à des dauphins, ou à des cachalots ; mais Cuvier [2] pense qu’ils ont appartenu à deux espèces particulières de crocodiles. différentes du gavial, et qui n’existent plus.

On trouve, aux environs d’Angers, des ossemens fossiles, que Cuvier croit également avoir appartenu à des crocodiles, soit à une des deux précédentes espèces trouvées au Hâvre, soit peut-être à une troisième espèce également inconnue.

Il y en a également à Alençon, d’analogues à ceux d’Honfleur.

William Takely a fait connaître, dans le trentième volume des Transactions philosophiques, une empreinte de squelette, trouvée à Elston, près de Newark, dans le comté de Nottingham, qu’il déclare être d’un crocodile ou d’un marsouin. Cuvier croit qu’il a appartenu à un crocodile.

Chapman et Wobller ont décrit (Transact. philos., tom. 50), des ossemens fossiles, trouvés à Witby, dans le comté d’Yorck, qui paraissent également avoir appartenu à des crocodiles.

Dans le Vicentin, on a également trouvé des ossemens fossiles de crocodiles. Ils ont été décrits par le comte de Sternberg.

À Altorf, proche de Nuremberg, on a trouvé, dans une pierre calcaire, des fragments et des empreintes de grandes têtes à museau allongé, que Cuvier croit avoir appartenu à des crocodiles.

Tous ces faits ne permettent pas de douter qu’il y a des crocodiles fossiles.

Mais on ne connaît point d’analogues.

On a des fossiles d’autres animaux de cet ordre.

Des monitors ont été trouvés en Thuringe, ainsi que des tubinambis.


Des batraciens fossiles.


On a trouvé des animaux fossiles analogues aux grenouilles dans les schistes d’Œningen [3]. Cuvier en a même fait graver une.

On ne connaît point d’analogues.


Des serpents fossiles.


Cuvier a cru reconnaître [4], dans les brèches osseuses de Cette, un serpent fossile semblable à notre couleuvre ordinaire (coluber natrix, Lin.)

Stifft, secrétaire général des mines de Dillenbourg, à douze lieues de Francfort, rapporte (Journal des Mines de France, tome 23, page 231) qu’on trouve des serpens fossiles dans un banc de Grauwacke.

« Le banc de grauwacke, dit-il, dans lequel se trouvent les fossiles dont il s’agit, s’étend à peu près de l’est à l’ouest, en s’inclinant au sud, sous un angle de vingt-cinq à trente degrés : il n’est qu’à la profondeur d’environ deux pieds au-dessous de la terre végétale, et n’a qu’un pied d’épaisseur. Il repose sur une couche de grauwacke schisteuse… Entre ces deux bancs est une couche de matière argileuse qui paraît être une grauwacke schisteuse décomposée. C’est dans cette espèce de glaise que gisent les serpens fossiles désignés par l’auteur. Ils sont un peu applatis par-dessous, mais le dos est saillant, de sorte que leur coupe transversale représente un ovale obtus par en bas, allongé par en haut. »

Ces serpens sont représentés par des figures. On voit un de ces serpens dont le corps forme plusieurs plis ondoyans : mais il n’a ni tête, ni-queue. La longueur du corps serait d’environ seize à dix-sept pouces, et son diamètre de sept à huit lignes.

Un autre serpent paraît avoir une tête.

On en a découvert un grand nombre d’autres semblables. Mais il est impossible de les obtenir entiers.


RÉSUMÉ SUR LES FOSSILES DES QUADRUPÈDES VIVIPARES ET OVIPARES.


Cet exposé des fossiles des mammaux connus, fait voir que leur nombre ne s’élève qu’à soixante-dix-neuf, tant vivapares, qu’ovipares.

« Considérés, quant aux espèces, dit Cuvier (Discours préliminaire de son ouvrage sur les Animaux fossiles, page 66) quarante-neuf de ces animaux sont bien certainement inconnus jusqu’à ce jour des naturalistes.

« Onze à douze ont une ressemblance si absolue avec des espèces connues, que l’on ne peut conserver de doute sur cette identité. Ces animaux analogues sont :

Le cerf ;
Le chevreuil ;
Notre bœuf vulgaire ;
L’aurochs ;
bœuf musqué ;
Le daim ;
Le cheval ;
La hyenne du cap ;
Le loup ;
Le chien ;
Le mouton ;
Le grand hippopotame.

« Les seize ou dix-huit animaux restans présentent, avec des espèces connues, beaucoup de traits de ressemblance. Mais la comparaison n’a pas encore été faite d’une manière assez scrupuleuse pour lever tout doute. Ces espèces sont :

L’éléphant ;
Le rhinocéros ;
Le petit hippopotame ;
Le tapir ;
Les ours ;
Les jaguars ;
Les fièvres ;
Le renard ;
Le chacal ;
Le lagomys ;
La sarigue ;
Les phoques ;
Les lamantins ;
Les crocodiles ;
Les tortues.
. . . . . . . . . . .

Les quarante-neuf espèces d’animaux inconnues, sont :

Les mégalonix.
Les megatherium.
Cinq espèces de mastodontes.
Cinq espèces de palœotherium.
Dix espèces d’anoplotherium.
Une espèce de pétrodactyles.

On voit qu’on est bien éloigné d’avoir trouvé des fossiles de tous les quadrupèdes vivipares ou ovipares, que nous connaissons maintenant ; car ceux de ces animaux connus forment peut-être plus de deux mille espèces.

D’ailleurs, il n’y a de fossiles qu’un très petit nombre, des os de chacun de ces animaux.

On en doit conclure que des circonstances particulières ont conservé les fossiles de tels animaux, et n’ont pu conserver ceux de tels autres.

Mais on ne saurait en inférer que telle espèce a existé plutôt que telle autre.

Ces conséquences doivent être appliquées plus particulièrement aux nombreuses espèces des singes, et à l’espèce humaine, dont-on ne connaît point de fossiles.

Mais une observation essentielle est que la plus grande partie des fossiles des mammaux, qu’on rencontre dans notre hémisphère boréal, paraît avoir appartenu à des animaux qui ne vivent aujourd’hui que dans les contrées équinoxiales.

Nous verrons que la même observation doit s’étendre aux autres espèces de fossiles, même à ceux des végétaux.


DES DÉBRIS FOSSILES DES OISEAUX.


On ne doute plus aujourd’hui de l’existence des fossiles des oiseaux.

J’avais vu, en 1788 et en 1790, des débris fossiles d’oiseaux trouvés à Montmartre dans le plâtre. J’en parlai dans la seconde édition de ma Théorie de la Terre (tom. 2, page 505).

Fortis eut assez peu de délicatesse pour élever des doutes sur l’existence de ces ornitholites que je lui disais avoir vu, et m’adressa à cet égard une lettre, que, par condescendance et par mon impartialité, j’imprimai dans le Journal de physique, (tom. 50, pag 330), malgré mes réclamations.

Mais mon observation fut bientôt confirmée ; car, peu de tems après, Cuvier [5] et moi [6], nous eûmes de ces mêmes ornitholites, également trouvés dans le plâtre de Montmartre, en sorte que les doutes de Fortis furent entièrement levés ; et sans doute il n’aurait pas dû en avoir lorsque je lui attestais le fait, et je n’aurais pas dû imprimer ses fausses conjectures.

Je fis graver le pied entier d’un de ses oiseaux, et un second morceau contenant l’humérus, le radius et le cubitus d’un autre oiseau.

Cuvier ayant comparé les os de ces ornitholites de Montmartre, avec ceux des oiseaux connus, croit qu’ils ont beaucoup de rapports. avec ceux de l’alouette de mer ou hirondelle de mer [7].

Il a fait graver dans le même cahier, d’autres os d’ornitholites, qui lui paraissent avoir des rapports avec les os d’un pélican, d’un grand courlis, d’un étourneau et d’une bécasse, (Ibidem, page 355).

Jœger, dit Cuvier, ibid page 356, a trouvé des ornitholites parmi les fossiles d’Œningen ; Karg a cru y reconnaître deux pieds qui ont appartenu à des bécasses.

Cuvier a décrit dans les Annales du Muséum, une autre espèce d’ornitolite trouvée à Montmartre, qu’il croit avoir appartenu à une caille.

Il n’y a néanmoins aucun analogue bien déterminé avec les oiseaux fossiles.


Des œufs fossiles d’oiseaux.


J’ai décrit [8] des œufs d’oiseaux pétrifiés, qui ont été trouvés en Espagne, et dont je possède quelques-uns ; on a cru qu’ils avaient des rapports avec des œufs de perdrix, mais ces rapports ne sont point prouvés.


Des débris fossiles de poissons.


Les débris fossiles des poissons, ou ichtiolies, se trouvent dans un grand nombre d’endroits et dans différentes couches. Ils sont particulièrement amoncelés dans certains cantons, comme au mont Bolca, proche Véronne, dans des couches schisteuses d’CEningen, proche le lac de Constance [9], dans les schistes de la Thuringe, qu’on exploite comme mines de cuivre… dans des houillières…

On trouve aussi des poissons fossiles dans les plâtres de Montmartre. J’en ai deux, dont j’ai donne la description ; un qui paroît avoir appartenu au genre des esocés ou brochets, et l’autre au genre des spares, que j’ai décrit Journal de Physique tome 65, page 412.

Beurard m’a donné un poisson, qui est minéralisé par le de cinabre. Il vient des mines de mercure de l’ancien Palatinat.

J’ai aussi des poissons bituminisés. En général on trouve un grand nombre de poissons fossiles dans les bitumes.

Dans ce grand nombre de poissons fossiles, il paraît que plusieurs ont leurs analogues vivans.

Fortis dit (Journal de Physique, 1786, mars, page 162), le cabinet de M. Bozza, à Vérone, contient plus de six cents pièces ichtiolites de la montagne Bolca, dont les individus vivaient tous dans les mêmes eaux, et dans les mêmes terres. Ayant eu occasion de parcourir la première décade des poissons, publiée par M. Broussonet, i’ai eu le plaisir d’y trouver trois poissons, dont la figure, les proportions, les nageoires, répondent exactement à trois squelettes que j’ai sous les yeux. Ils ont été péchés dans les mers qui baignent les heureuses îles d’Otaïti, ce sont :

Le polinemus plebcius-emoï des otacetiens.

De gobius strigatus-jaïpoa de ces insulaires.

Le chetodon trigtegus.

Le stogfisch des mers de Surinam.

Le quapirva du Brésil.

Des poissons volans.

Mais il faut examiner ces faits avec plus d’attention.

L’histoire des poissons fossiles exige de nouvelles recherches.


DES DÉBRIS FOSSILES DES MOLLUSQUES.

On trouve fossiles une grande quantité de mollusques testacées.

Les coquilles fossiles sont en un nombre si considérable, que les travaux de plusieurs générations ne pourront sans doute les faire toutes connaître. Elles varient dans chaque contrée. On en a déjà ramassé facilement aux environs de Paris, plus de 600 espèces.

D’ailleurs l’âge, la nourriture… dans le tems de leur vie, y apportent de grandes différences. C’est ce qu’on voit dans les espèces qu’on observe attentivement, telles que les huitres. Celles de tel banc ne ressemblent point à celles de tel autre banc : les unes sont d’un assez petit volume ; les autres sont très-grosses.

Les coquilles fossiles présentent les, mêmes différences, telle est ma grosse cérite fossile, que j’ai trouvée à Grignon, et dont j’ai donné la description Journal de Physique, tome 65, page 412. On n’en connaît point d’un volume aussi considérable. L’épaisseur de sa lèvre indique qu’elle était très-âgée…

Les coquilles fossiles se trouvent à différens états [10].

a. Ou à l’état de pétrification, faisant partie des pierres.

b. Ou amassées et entassées sans être pétrifiées, comme à Grignon, dans les falhunières de la Tourraine, à Courtagnon proche Rheims.

c. Ou dans les bitumes…

On distingue parmi les coquilles fossiles :

a. Celles dont les animaux vivaient dans les mers, ou les coquilles marines.

b. Celles dont les animaux vivaient dans les eaux douces, ou coquilles fluviatiles.

c. Celles dont les animaux vivaient sur terre, ou coquilles terrestres.

Nous allons les examiner chacunes en particulier.


Des coquilles fossiles marines.


Les coquilles fossiles marines sont extrêmement abondantes, et se présentent en différens états.

1°. On en retrouve dans la plupart des pierres des terrains secondaires. Quelques-unes de ces pierres en paraissent presque uniquement composées : telles sont quelques pierres des environs de Mayence, qui paraissent presque entièrement composées de bulimes.

Des pierres des plaines de Mont-Rouge, auprès de Paris, paraissent presque toutes composées d’une très-petite coquille que Lamarck appelle millibilites.

2°. Mais le plus grand nombre de ces coquilles fossiles ne font point partie des pierres ; elles sont amoncelées comme à Grignon, au Courtagnon… dans les-falhunières… La plupart, sont brisées ; mais plusieurs sont entières et plus ou moins bien conservées.

Quelques unes se trouvent avec les bitumes.

L’histoire des coquilles fossiles marines serait immense.


Des coquilles fossiles fluviatiles.


Parmi les coquilles fossiles, plusieurs sont fluviatiles, ce sont :

Des planorbes.
Des lymnées.
Des bulimes.

L’origine de ces coquilles fossiles fluviatiles, peut être due à deux causes.

Les unes peuvent avoir été déposées dans des lacs d’eaux douces, ou dans les bassins des grands fleuves.

Les autres ont été entraînées dans le sein des mers, avec les fossiles des grands animaux des continens.


Des coquilles fossiles terrestres


Des coquilles terrestres, ou des continens, se trouvent également à l’état de fossiles.

On a trouvé dans les brèches de Cette, de Nice, trois espèces de coquilles terrestres :

Un puppa.

Deux hélices, surtout l’hélice algira.

On trouve aussi parmi les coquilles fossiles des cyclostomes.


D’Audebert Ferusac, compte 83 espèces de coquilles fossiles fluviatiles et terrestres dans ces contrées (Journal de Physique, tome 77 page 64).

Vingt-cinq de ces espèces, dit-il, ont leurs analogues vivans sur le même sol.

Huit de ces espèces ont leurs analogues vivans aux Indes et en Amérique.

Cinquante de ces espèces n’ont point d’analogues connus.

L’histoire des coquilles fossiles a fait naître plusieurs questions intéressantes, qui ne sont pas encore résolues, et que nous allons seulement indiquer.

1°. La première est de pouvoir assigner des caractères fixes pour reconnaître les coquilles marines, les fluviatiles, et les terrestres : et jusques ici on n’en n’a aucuns.

On ne les distingue que par les lieux où on les rencontre. Mais des mollusques marins ne peuvent-ils pas vivre dans des eaux saumâtres, ou même dans des eaux douces ?

Des mollusques, qui ordinairement vivent dans les eaux douces, ne peuvent ils pas vivre dans des eaux saumâtres, ou même dans des eaux salées ?

On connaît quelques poissons qui présentent ces phénomènes, le saumon est de ce nombre.

Ce poisson vit ordinairement dans les eaux de la mer. Il entre dans les rivières en automne. Les femelles y déposent leurs œufs. Le petit saumoneau, à l’âge d’un an, gagne les eaux de la mer, et ne revient que deux ou trois ans après, dans les eaux des fleuves.

L’esturgeon peut vivre également dans les eaux des mers, et dans les eaux des fleuves… il passe des unes dans les autres.

Plusieurs autres poissons vivent également et dans les eaux douces, et dans les eaux salées.

Les naturalistes croyent que plusieurs mollusques testacées peuvent également vivre, et dans les eaux salées et dans les eaux saumâtres, et dans les eaux douces. Beudant a même cherché à le constater par des expériences directes faites avec beaucoup d’exactitude.

2°. La seconde question qui se présente est de savoir si ces coquilles fossiles ont des analogues vivans. On n’en doute plus aujourd’hui, comme. nous le dirons.


DES DÉBRIS FOSSILES DES CRUSTACÉS.


On trouve une grande quantité de fossiles, qui sont des débris de crustacés.

La montagne de Saint-Pierre, proche Maëstricht, présente un grand nombre de pinces d’une espèce de crabes, que Faujas et Latreille soupçonnent avoir appartenu à l’espèce de Bernard l’Ermite, appelée Pagurus Bernhardus [11].

On trouve aussi, dans les schistes d’Œningen, des crabes et des écrevisses fossiles [12].

Les ardoises d’Angers contiennent l’impression d’un fossile particulier, que Guettard comparaît à une chevrette.

On suppose qu’il a appartenu à un animal du genre des crustacés, dont l’analogue n’est pas connu.

Si les crabes de Maëstricht étaient les mêmes que celles de Bernard l’Ermite, on pourrait donc dire que ce sont des analogues. Mais cela n’est point prouvé.


DES DÉBRIS FOSSILES DES INSECTES.


Il n’est pas un naturaliste, qui ne connaisse les petits insectes qu’on trouve dans le succin, et qui y sont parfaitement conservés.

On croit que ces insectes du succin ont de l’analogie avec le genre des Thermes, espèce de grandes fourmis, qui se trouvent en Afrique.

Mais il n’est point constaté que ce soient des espèces analogues.

On connaît quelques autres insectes fossiles.


DES DÉBRIS FOSSILES DES ÉCHINODERMES.


Les échinodermes fossiles, ou oursins, sont très-communs.

On sait que les naturalistes en ont fait différens genres, et on les trouve presque tous parmi les fossiles.

Les craies des environs de Paris en contiennent plusieurs espèces.

On a cru reconnaître, parmi ces échinodermes fossiles, des analogues à ceux qui vivent aujourd’hui.


DES DÉBRIS FOSSILES DES ASTÉRIES.


On trouve, parmi les fossiles, beaucoup d’astéries ou de débris d’étoiles de mer.

On n’est point sûr que ces fossiles aient des analogues vivans.


DES DÉBRIS FOSSILES DES CORAUX, MADREPORES, ET RETEPORES.


Les coraux, les madrepores… sont extrêmement communs parmi les fossiles. Il est peu de contrées où on n’en trouve.

On trouve, à Grignon, une petite espèce de madrepore, du genre des caryophilies.

Donatï a prouvé que la plus grande partie des pierres du golfe Adriatique, sont composées de madrepores pétrifiés.

J’ai aussi observé des madrepores pétrifiés, à Sassangi, en Bourgogne.

On n’a point reconnu d’analogues à ces coraux et madrepores pétrifiés.


DES DÉBRIS FOSSILES DES VERS.


On trouve, dans les bois pétrifiés, beaucoup de vers pétrifiés. Ils sont ordinairement agatisés. J’en ai plusieurs, qui sont dans des bois agatisés eux-mêmes.

On ne leur a point reconnu d’analogues.


DES VÉGÉTAUX FOSSILES.


Les végétaux fossiles sont très-abondans, ainsi que nous l’avons vu, dans les couches argileuses, dans les couches bitumineuses, dans les attérissemens… Nous nous contenterons de rapporter ici quelques-uns des faits qui peuvent le plus intéresser le lecteur.

Huyd, Woodword… ont rapporté plusieurs faits sur les végétaux fossiles, trouvés dans les houillières d’Angleterre. Ils ont fait voir que ces végétaux n’étaient point de nos contrées, et qu’ils avaient de grands rapports avec ceux qui croissent dans les pays chauds.

Leibnitz a fait la même observation sur les végétaux fossiles qu’on trouve en Allemagne.

Mill a vu la même chose sur ceux qu’on trouve en Saxe.

Scheuzer a donné un grand ouvrage intitulé Herbarium anti diluvianum, dans lequel il dit que la plupart des plantes fossiles qui se trouvent en Suisse, sont étrangères à ces contrées. Il soutient qu’elles sont antérieures au déluge rapporté par Moïse…

Mais son travail doit être examiné avec les connaissances qu’on a dans ce moment.

Bernard de Jussieu a fait voir (Mém. de. l’Académ. royale de Paris, 1718) que la plupart des plantes fossiles qu’on trouve dans les schistes bitumineux de Saint-Chaumont, auprès de Lyon, sont étrangères à ces contrées. « on peut assurer, dit-il, que ce sont les plantes capillaires, des cétéracs, des polypodes, des adianthum, des langues de cerf des lonchites, des osmondes, des filicules, des espèces de fougère, qui approchent de celles que le P. Plumier et M. Sloane ont découvert dans les îles de l’Amérique, et de celles qui ont été envoyées, des Indes orientales et occidentales, aux Anglais, et communiquées à Plukenert, pour les faire entrer dans ses recueils des plantes rares.

« La multitude des différences de ces plantes est si grande, qu’il semble que chaque quartier y soit une source de variétés.

« J’en ai encore remarqué qui appartiennent aux palmiers, et à d’autres arbres étrangers.

« J’ai encore trouvé les fruits de l’arbre triste : jasminum indicum fructu compresso arbor trisits vulgo, qui ne croît qu’aux Canaries, au Malabar, et sur la côte de Coromandeli C’est un nyctantes ».

« Il y a trois choses remarquables, ajoute-t-il, dans ces empreintes de feuilles.

« 1°. Elles sont étrangères, et viennent des pays chauds.

« 2°. Parmi de nombre infini de feuilles de diverses plantes imprimées sur les feuilles de ces plantes, aucune ne s’y trouve pliée ; mais elles y sont étendues comme si on les avait collées.

« 3°. Les deux lames écailleuses de ces pierres ne présentent chacune sur leurs superficies internes, par lesquelles elles se touchent, qu’une seule face d’une feuille en relief d’un côté, et en creux de l’autre : au lieu que dans la manière ordinaire, dont on conçoit ces sortes d’impression, on suppose que la feuille d’une plante qui s’est trouvée pressée entre deux terres molles, doit avoir laissé, sur la superficie de l’une, l’empreinte de sa partie supérieure, et sur la surperficie de l’autre l’empreinte de sa partie inférieure. »

Faujas a trouvé, dans la terre d’ombre d’Andernach, des empreintes de fruit de l’aréca.

Le même savant a trouvé, dans des couches marneuses situées sous des coulées basaltiques, qui ont plus de six cents pieds d’épaisseur, plusieurs végétaux parmi lesquels on a reconnu les analogues suivans :

1. Le populus tremula ; 2. Le populus alba ;

3. Le fagus castanea ;

4. L’acer mons pissuanum ;

S. Le tilia arborca ;

6. Le pinus pinea.

On, a trouvé des palmiers fossiles à Montmartre, à Montreuil…

Authenrieth trouva une forêt entière de palmiers fossiles de deux pieds d’épaisseur dans le pays de Franconie, auprès de Claustad.

Les arbres fossiles sont extrêmement abondans dans plusieurs contrées de l’Allemagne, de la France, de l’Italie, de l’Angleterre… Ceux de la Prusse ducale, qui contiennent du succin, sont exotiques, comme le prouvent les insectes qu’on trouve dans ce succin.

On trouve un grand nombre d’arbres pétrifiés dans les sables d’Égypte, de la Lybie…

Schlotheim a fait graver plusieurs de ces plantes fossiles dans sa Flore de l’ancien Monde.

Parmi les végétaux fossiles, on en remarque plusieurs qui paraissent plus ou moins analogues aux fougères des pays chauds, comme l’a observé B. de Jussieu, à Saint-Chaumont.

Autenrieth a trouvé, auprès de Claustadt, dans la Franconie, une forêt entière de palmiers fossiles. Les arbres, qui ont jusqu’à deux pieds de diamètre, sont couchés. (Cuvier, 4e vol. dans l’article des ossemens fossiles de l’hyenne, page 9.)

Correa a décrit une forêt fossile qu’il a observée à Sutton, en Angleterre (Journal de Physique, tome 76 page 57). Il y a reconnu des bouleaux, des saules.

Lafruglaye a décrit une forêt fossile en Bretagne, du côté de Morlaix (ibid.) : elle avait sept lieues, et contenait des ifs, des chênes, des bouleaux, des racines de fougères… et la moitié d’un coco. (Journal des Mines.)

On a trouvé, il y a peu de tems, des plantes fossiles très-bien conservées à Châtillon, auprès de Paris ; mais on n’en connaît pas les analogues.

Plusieurs végétaux fossiles ont des analogues vivans aujourd’hui, ainsi que nous venons de le dire.

Mais le plus grand nombre de ces végétaux fossiles n’a point d’analogues vivans connus. Ils sont seulement analogues à des genres connus.

Je ne saurais entrer dans tous les détails qu’on possède sur les fossiles existans… ; mais à ces notions générales et succintes sur les fossiles, je vais ajouter quelques considérations d’un grand intérêt.


DES FOSSILES QUI ONT DES RAPPORTS CERTAINS AVEC DES ANALOGUES VIVANS.


Parmi les nombreux fossiles qui existent, il y en a un nombre assez considérable qui ont des rapports certains avec des animaux et des végétaux existans. Cette vérité, qu’on avait revoquée en doute, est aujourd’hui reconnue par ceux qui y avaient été le plus opposés.

Nous avons vu que parmi les quadrupèdes fossiles on convient qu’il y en a onze ou douze qui ont des ressemblances si exactes avec des espèces vivantes, que l’on ne peut douter que ce ne soient les mêmes.

Ces animaux sont :

1. Le bœuf commun ;

2. Le bœuf musqué ;

3. L’aurochs, ou urus ;

4. Le cheval ;

5. Le cerf ;

6, Le daim ;

7. Le chevreuil ;

8. Le mouton ;

10. Le loup ;

11. L’hyenne du cap ;

12. Le grand hippopotame.

Les oiseaux fossiles ne paraissent pas avoir d’analogues connus.

Mais les poissons fossiles ont plusieurs analogues connus.

Quant aux fossiles des autres espèces d’animaux, il paraît que quelques-uns ont des analogues connus, tels que Les crabes des carrières de Maëstricht.


DES COQUILLES FOSSILES QUI ONT DES ANALOGUES VIVANS.


On convient, aujourd’hui, que plusieurs coquilles fossiles ont des analogues vivans. Lamarck lui-même le reconnaît. Les autres conchyologistes en conviennent également. Nous allons en citer quelques-uns.

Cyprea pediculus.
Le pou.

L’analogue vit dans l’Océan.

Trochus agglutinaus.
La fripière.

L’analogue vit dans les mers de l’Amérique méridionale.

Nautilus pompilïus.
Le nautile pompilius.

L’analogue vit dans les mers des Indes.

Cerithium hexagonum.
Le cérithe hexagone.

L’analogue vit dans les mers du sud, suivant Bruguière.

Crasatella.
La crasatelle.

L’analogue a été apporté des mers de la Nouvelle-Hollande, par Péron.

Cerithium serratum.
Cérithe à dents de scie.

L’analogue vivant a été trouvé aux îles des Amis, dans la mer du Sud, par Cook.

Trochus crenulans.


Trochus sulcatus.
Trochus silloné.


Purpura lapillus.
Pourpre lapillus.

Pourpre des teinturiers se trouve fossile à Courtagnon.

L’analqgue se trouve dans différens endroits de l’Océan.

Murex cancellinus.
La grimace blanche.


Murex tripterus.
Le rocher.

L’analogue vit dans les mers de Batavia.

Plusieurs autres murex paraissent avoir des analogues vivans.

Strombus pes peliconi.

Le pied de pélican rostellaire.

L’analogue vit dans la Méditerranée,

Milliolites planulatu.
La milliolite.

L’analogue a été trouvé vivant sur la Coralline de Corse.

Il y a un assez grand nombre de coquilles fossiles qui ont des analogues existans. Mais je ne saurais entrer ici dans ces détails.

Bonpland rapporte, dans le Journal de Physique, t. 53, p. 49, qu’il a vu dans des grès, du côté de Vénézuéla, des coquilles marines fossiles, telles que des pines, des venus, des ostréa… dont les analogues vivent sur cette côte… On en trouve à huit cents toises au-dessus du niveau des eaux de cette mer, dit Humboldt.

Fleuriau-Bellevue a aussi observé, sur les côtes auprès de la Rochelle, des coquilles fossiles, qui paraissent analogues aux vivantes sur ces côtes. (Journal de Physique, tome 78, page 401.)

De nouvelles observations faites dans les mers d’Italie, par Brocchi, Maratti, Poli… ont donné de nouvelles idées. Ils ont trouvé vivans, dans les mers des côtes de Naples, dans le mer Adriatique… des coquillages qu’on croyait n’exister que dans les mers équinoxiales.

Attendons donc de nouveaux faits.

Les coquilles fossiles, fluviatiles et terrestres, ont également des analogues vivans.

D’Audeberd de Ferusac dit [13] qu’on a trouvé, jusqu’à présent (l’an 1812), quatre-vingt-trois espèces de coquilles fluviatiles ou terrestres, savoir :

21 Hélices. Il comprend, dans ce genre,

a. Les bulimes.
b. Les maillots.

1 Vertigo. Genre voisin des maillots, établi par Muller. L’animal n’a que deux tentacules, au lieu de quatre.

24 Lymnées.

10 Planorbes.

1 Physe.

5 Cyclostomes.

11 Paludines.

1 Potamide, ou cérithe de l’embouchure des fleuves.

3 Mélanopsides. Genre établi par d’Audeberd de Ferrusac ; il comprend quelques mélanies de Lamarck.

3 Mélanies, proprement dites.

2 Coquilles voisines du bulimus glans.

1. Les débris d’une néritine. A

Sur ces quatre-vingt-trois espèces, il pense que :

Vingt-cinq espèces ont leurs analogues vivans, sur le sol même où on trouve les fossiles.

Huit autres espèces ont leurs analogues dans les pays étrangers, l’Inde, l’Amérique…

Les cinquante autres n’ont point d’analogues connus.

Poiret a observé plusieurs coquilles fluviatiles fossiles, dans des terrains, du côté de Soissons.

On s’occupe beaucoup aujourd’hui de la recherche de ces coquilles fossiles, tant fluviatiles que terrestres ; et ces travaux nous donneront de nouvelles connaissances.


DES VÉGÉTAUX FOSSILES, QUI ONT DES ANALOGUES VIVANS.


Les végétaux fossiles présentent également un certain nombre d’analogues vivans constatés, comme nous l’avons déjà exposé.

Bernard de Jussieu a trouvé, dans les houillières de Saint-Chaumont, proche Lyon, plusieurs plantes analogues, telles que l’arbor tristis. Il a aussi trouvé des fougères…

Correa a reconnu des bouleaux, des saules… fossiles, analogues à ceux qui existent.

La fruglaye a reconnu des chênes, des bouleaux… fossiles, analogues aux vivans.

Ces végétaux fossiles, analogues à ceux qui existent, ne sont pas rares.


DES FOSSILES QUI ONT DES RAPPORTS DOUTEUX AVEC DES ANIMAUX OU VÉGÉTAUX EXISTANS.


Plusieurs fossiles n’ont, avec les animaux et végétaux existans, que des rapports douteux, c’est-à-dire, qu’ils leur ressemblent par quelques caractères, et qu’ils en diffèrent par à quelques autres. Ils sont donc des mêmes genres, mais on ne peut assurer qu’il soient des mêmes espèces.

Cuvier convient qu’il y a seize ou dix-huit espèces de quadrupèdes fossiles, qui présentent, avec des espèces connues, beaucoup de traits de ressemblance. Mais, ajoute-t-il, la comparaison n’a pu encore en être faite d’une manière assez scrupuleuse, pour lever tout doute.

Ces quadrupèdes, qui n’ont que des rapports éloignés avec les existans, sont :

L’éléphant ;
Le rhinocéros ;
Le tapir ;
Le petit hippopotame ;
Les ours ;
Les jaguars ;
Les lions ;
Le cheval ;
Les renards ;
Le lagomys ;
La sarigue ;
Les lamantins ;
Les phoques ;
Les crocodiles ;
Les tortues.

Ces légères différences ne prouvent pas toujours que ces animauxiaient formé des espèces différentes ; car j’ai fait voir dans mon ouvrage de la Perfectibilité et de la Dégénérescence des êtres organisés, toute l’influence qu’avaient sur eux le climat, la température, la nourriture, le croisement des races… J’ai prouvé que les espèces en étaient souvent altérées à un degré inconcevable, au point qu’on pourrait croire que ce sont de nouvelles espèces… tels sont, par exemple, le gros bouldogue et le petit levrier… le bœuf ordinaire et celui sans cornes…

Cependant ce sont toujours les mêmes espèces.

Car je suis bien éloigné de croire à ces changemens d’espèces, que quelques auteurs ont supposé qu’une monade, par exemple, peut devenir un mammifère, un éléphant, un rhinocéros… un singe, un ourang-outang…

Prenons pour exemple l’espèce du chien.

Si nous supposons pour espèce primitive le chien de berger, on retrouve toujours dans les variétés qui paraissent s’en éloigner le plus, tel que le gros bouldogue, et l’effilé levrier, le j bichon…, les caractères essentiels du chien de berger.

Le bœuf a ordinairement des cornes : c’est un de ses caractères, et cependant il y a une variété qui n’a point de cornes.

Le mouton présente un grand nombre de variétés. Celui à grosse queue se fait principalement remarquer, et paraît différer du mouton ordinaire…

Le cochon offre également un grand nombre de variétés. On distingue particulièrement celui à longues oreilles…

Les oiseaux domestiques offrent des différences qui ne sont pas moins extraordinaires ; les genres, poulets, canards, pigeons… présentent des variétés très-particulières…

Les mêmes phénomènes s’observent à l’égard des végétaux. Ceux qui vivent dans les plaines diffèrent de ceux qui vivent dans les montagnes ; ceux qui habitent un climat chaud diffèrent des ceux qui sont dans un climat froid…

Mais ceux qui sont cultivés par la main de l’homme, éprouvent des modifications encore bien ; plus considérables, comme nous le voyons à l’égard de nos plantes céréales, de nos plantes légumineuses, de nos Heurs… de nos arbres fruitiers…

La greffe leur fait également éprouver de nouveaux changemens.

Tous ces faits font voir les grandes modifications dont sont susceptibles les êtres organisés. Mais ces modifications ont des L limites, et ne paraissent pas pouvoir produire des changemens d’espèces.

La reproduction paraît jusques ici fournir une limite assez fixe. On regarde comme espèces, celles qui se reproduisent ensemble. Le chien, le loup… paraissent une même espèce.

Le cheval et l’âne paraissent une même espèce…

Les végétaux qui peuvent se greffer paraissent une même espèce, tels que l’amandier et le pêcher.

Mais on regarde comme espèces différentes, celles qui ne se reproduisent pas ensemble.


DES FOSSILES QUI N’ONT QUE DES RAPPORTS ÉLOIGNÉS AVEC LES ANIMAUX OU VÉGÉTAUX EXISTANS.


Enfin, un grand nombre de fossiles ne paraît avoir que des rapports plus ou moins éloignés avec les animaux et les végétaux existans. Ces faits ont été constatés principalement sur ces grandes espèces de quadrupèdes fossiles.

Le mégatherium, fossile unique qu’on n’a trouvé qu’au Paraguai, n’a point d’analogue vivant connu.

Les mastodontes, dont les fossiles sont assez nombreux, n’ont pas aucun animal analogue vivant. On en connaît cinq espèces fossiles.

Buffon l’avait déjà reconnu. « Tout porte à croire, dit-t-il, (Époques de la Nature, note 9) que cette ancienne espèce (le fossile qu’on trouve sur les bords de l’Ohio) qu’on doit regarder comme la première, la plus grande de tous les animaux terrestres, n’a subsisté que dans les premiers tems, et n’est point parvenue jusqu’à nous. »

L’animal observé par Adams, sur les bords de la mer Glaciale, en Sibérie, a quelques rapports avec l’éléphant. Néanmoins, il en diffère assez d’un autre côté, pour qu’on ne puisse le regarder comme de la même espèce.

Les palœotherium, les anoplothérium fossiles n’ont point d’analogues vivans connus.

On connaît dix espèces de pulœothérium.

Et cinq espèces d’anoplothérium.

Le pétrodactyle est dans le même cas.

Il faut dire la même chose de plusieurs autres fossiles d’animaux et de végétaux.

La sphérulite, coquille fossile agatisée, dont j’ai donné la description (Journal de Physique, tome 61, page 396) paraît n’avoir point d’analogue connu. Elle paraît devoir être classée avec les radiolites de Lamarck, mules orthocéracites de Lapeyrouse : elle a quelques rapports avec ces espèces ; mais elle en diffère réellement, comme l’a reconnu le savant conchylogiste Defrance. Elle n’a point de charnière… Le corps même de l’animal contenu dans la coquille est également agatisé.

Ces faits, que nous venons de rapporter, ainsi qu’un grand nombre d’autres, prouvent que la plupart des fossiles, qu’on regarde comme analogues à des êtres vivans actuellement, ont appartenu à des genres analogues, il est vrai, mais qui, cependant, présentent des différences assez prononcées, pour qu’on n’ose les dire de la même espèce. C’est ce qui est confirmé particulièrement pour les fossiles des mammaux.

Les éléphans fossiles paraissent bien du genre des éléphants vivans, surtout de celui d’Asie : mais on y observe des différences.

Il en faut dire autant de la sarigue fossile de Montmartre.

Les os fossiles qu’on a cru avoir appartenu à des lions, des tigres… paraissent avoir plutôt appartenu à l’espèce jaguar, qui vit aujourd’hui en Amérique. Mais, néanmoins, ils en diffèrent.

Les os fossiles d’ours paraissent également n’avoir pas d’analogues vivans.

Il en faut dire autant des rhinocéros fossiles, des tapirs fossiles, des tortues fossiles, des crocodiles fossiles…

Les observations sur les autres fossiles, ceux des oiseaux, des poissons, des mollusques… et mêmes ceux des végétaux… présentent les mêmes résultats.

Néanmoins, je n’oserai pas dire que ces différences sont toujours suffisantes, pour assurer qu’elles constituent de nouvelles espèces. Elles peuvent seulement être des suites des modifications, que différentes causes peuvent produire, comme nous l’avons vu, sur les êtres organisés. Ainsi, le défaut de cornes, par exemple, dans quelques-uns de nos bœufs, n’indique pas que ce sont de nouvelles espèces, différentes du bœuf.

Linnée, l’homme qui connaissait le mieux les êtres organisés, n’a pas craint de dire que dans les genres des végétaux, qui présentent un grand nombre d’espèces, peut être n’y avait-il eu primitivement qu’une seule espèce, dont les modifications avaient été assez considérables, pour représenter ce grand nombre d’espèces prétendues.

Ne peut on pas en dire autant de plusieurs genres voisins ? Car les botanistes actuels ont prodigieusement divisé ce qu’on regardait autrefois comme espèces, et en ont fait différens genres vivans.

La science n’a encore point de limites connues, pour distinguer les espèces des genres…

À plus forte raison doit-on le dire des fossiles.


DES FOSSILES EXOTIQUES.


Nous avons vu que plusieurs fossiles paraissent avoir leurs analogues vivans, dans des contrées plus ou moins éloignées de celles où on les trouve. C’est ce qu’on appelle fossiles exotiques. Mais, de nouvelles observations ont fait voir que plusieurs de ces fossiles, qu’on avait cru exotiques, ne l’étaient peut-être pas. (Journal de Physique, tom. 80, pag. 41.)

Brocchi, dans sa Conchiologie subappeninne, a fait voir qu’on retrouvait vivantes, dans la mer Adriatique, plusieurs de ces coquilles, analogues aux fossiles de l’Italie, et qu’on avait cru n’exister que dans les mers des Indes, de l’Afrique et de l’Amérique.

Poli a également trouvé, dans les mers des côtes de Naples plusieurs coquilles, que l’on croyait n’exister que dans des mers éloignées.

Maratti a également trouvé vivans, dans les mers de Naples et des environs, différens zoophites, madrepores… que l’on croyait ne vivre que dans des mers éloignées.

Linneus avait déjà observé dans la Baltique, des ouvrages faits par des zoophytes, qu’on croyait n’exister que dans les mers des Indes. Il dit, dans son ouvrage (de necessitate peregrin. intra patrium, et iter Gotlandicum).

« Les zoophytes ne sont pas seulement vivans dans les mers des Indes, mais qu’il en a vu sur les côtes de Gotlande, qui surpassent toutes les richesses de l’Orient, et que les strates qu’ils forment sont des additions continuelles à cette île de Gotland ».

Ces faits prouvent que plusieurs fossiles animaux, dont on avait cru les analogues exotiques, ne le sont pas.

On doit dire la même chose des végétaux fossiles, qu’on regarde comme exotiques ; plusieurs paraissent avoir de l’analogie avec les végétaux qui vivent dans les mêmes contrées.

Néanmoins, il n’en est qu’un petit nombre, qu’on puisse dire être vraiment analogues aux espèces existantes dans les mêmes endroits.

Mais, en ayant égard aux modifications qu’ont pu produire, sur ces êtres organisés, le changement de climat, de température, de nourriture… on ne saurait être trop circonspect, pour A assurer que ce sont des espèces exotiques réellement différentes.


DES CIRCONSTANCES QUI ONT ACCOMPAGNÉ LES DÉPÔTS DE DIVERS FOSSILES.


Après avoir exposé un grand nombre de faits sur les fossiles, dont la plupart sont bien constatés, tandis que d’autres attendent de nouveaux éclaircissemens, le géologue doit rechercher les causes et les circonstances qui ont accompagné les dépôts de ces divers fossiles. Ces recherches ont toujours été des objets de discussion parmi les géologues ; mais ils manquaient d’observations exactes. Aujourd’hui, nous en possédons de plus précises, et nous pouvons donner des vues mieux fondées sur ces grands phénomènes [14]. De nouveaux faits qu’on acquerrera, rectifieront peut-être encore quelques-uns de ceux qu’on croit connaître.

Je rapporte, d’après les faits connus, ces circonstances, principalement aux suivantes :

1°. À des émigrations, et à des voyages des animaux.

2°. À des changemens de température, dans certaines contrées de la surface du globe.

3°. À des chutes de montagnes.

4°. À des transports des fossiles.

a. Par les courans des mers.
b. Par les courans des lacs.
c. Par les courans des fleuves.
d. Par des inondations locales dans quelques contrées.

5°. À des catastrophes locales.


DES ÉMIGRATIONS ET DES VOYAGES DES ANIMAUX.


Plusieurs animaux émigrent à des époques fixes, et régulières.

Les émigrations des harengs, des maquereaux, des thons, des baleines… sont connues, et les pêcheurs savent bien que les époques en sont très-régulières. Ils s’y rendent à des époques fixes pour la pêche de ces animaux, qui ne manquent jamais d’y arriver.

Des oiseaux émigrent également à des époques déterminées, tels que les hirondelles, les cailles, les bécasses…

Quelques quadrupèdes émigrent également.

Nous pouvons conclure que quelques-uns de ces animaux périssant dans leur émigration, leurs dépouilles peuvent être enfouies dans les contrées où ils ont cessé d’exister, et plus ou moins éloignées de celles qu’ils habitent ordinairement.

a. Des os fossiles des baleines, des cacholots, des dauphins… qu’on trouve dans nos contrées, peuvent provenir de quelques uns de ces animaux émigrés, et qui auront échoués sur les côtes, comme on en observe assez souvent ; ils y seront péris, et leurs ossemens auront été, par des circonstances particulières, conservés comme fossiles.

b. On en peut dire autant des oiseaux,

c. Et de tous les animaux qui émigrent.

Les grands quadrupèdes n’ont pas d’émigrations proprement dites ; mais ils s’éloignent souvent de l’endroit où ils séjournent habituellement. Ils voyagent. Les ours blancs, et les autres animaux des pays froids voyagent souvent dans les hivers rigoureux, pour aller chercher des vivres ailleurs, et se préserver du froid.

Les ours de nos climats en font autant. Ils descendent des montagnes dans les plaines… dans les saisons rigoureuses.

Les animaux des pays chauds peuvent également, dans les chaleurs excessives se retirer dans des lieux plus tempérés, pour y chercher leur nourriture, et particulièrement de l’eau, ainsi que pour éviter la chaleur. C’est ainsi qu’on voit des lions sortir des plaines brulantes du Zara, et s’approcher des côtés de la mer.

Quelque-uns de ces animaux ont pu périr dans ces voyages Leurs ossemens auront pu être enfouis, et se conserver comme fossiles.


DES FOSSILES RELATIVEMENT AU CHANGEMENT DE TEMPÉRATURE ARRIVE À LA SURFACE DU GLOBE.


Le changement de température de certaines contrées aura encore pu être la cause qu’on y trouve quelques fossiles, dont les analogues ne subsistent plus aujourd’hui dans les mêmes contrées.

La chaleur du globe diminue chaque jour ; car le globe éprouve un refroidissement continuel, comme tous les faits le prouvent. Ce changement de température se fait principalement dans les régions polaires et tempérées.

Les zones polaires et les montagnes élevées sont aujourd’hui couvertes de glaces qui ne fondent plus.

Cependant ces glaces n’existaient pas, lorsque le globe étain ; couvert d’eau. Elles n’existaient également pas dans les premiers tems que ces eaux se retirèrent. Elles se sont postérieurement étendues peu à peu.

Il pouvait donc, alors, exister dans ces contrées, des végétaux et des animaux qui ne sauraient y vivre aujourd’hui. C’est ce qui est prouvé par les faits.

La Schytie ou Tartarie, était jadis un pays assez tempéré, suivant les rapports de tous les historiens. Justin le suppose expressément en disant qu’elle a été le séjour des premières sociétés civilisées, et non l’Égypte… Il pouvait donc y subsister des éléphans, des rhinocéros… et autres animaux qui y périraient aujourd’hui.

L’Islande était couverte de belles forêts, suivant Anderson, il y a quelques siècles, deux mille ans environ ; et aujourd’hui le froid y est si vif, qu’il n’y croît que quelques arbres rabougris. Yoir les faits que j’ai rapportés tome I.

On ne saurait donc douter qu’à cette époque les végétaux et les animaux, qui ne vivent aujourd’hui que dans les contrées équinoxiales, pouvaient subsister dans les zones tempérées, et même dans une partie des zones polaires. Ils y auront donc laissé leurs dépouilles, qui par des circonstances favorables auront été conservées à l’état de fossiles.

Mais à mesure que la chaleur de l’intérieur du globe, aura diminué, et que le niveau des eaux des mers se sera abaissé, la température de sa surface aura également diminué par ces différentes causes : les animaux et les végétaux, qui ne peuvent subsister dans les climats froids, se seront peu à peu retirés vers les contrées équinoxiales.

Quelques-uns de ces animaux revenaient peut-être en été, dans des contrées qu’ils connaissaient, et où ils trouvaient abondament ce qui leur était nécessaire. Ils fuyaient peut-être encore une chaleur qui était trop grande pour eux pendant l’été, ou un froid qui était trop vif pendant l’hiver. Les mêmes causes font émigrer aujourd’hui plusieurs animaux chaque année.

Quelques-uns de ces animaux, soit ceux qui émigraient, soit ceux qui n’émigraient pas, cherchaient à se mettre à l’abri du froid, pendant l’hiver, et se gitaient, ainsi que le pratiquent les troglodytes, dans ces cavernes immenses qui se présentent dans plusieurs endroits de la surface du globe, et ils y périssaient tranquillement. Nos ours, nos renards, nos blaireaux, nos marmottes… et tous nos animaux troglodytes, en font encore autant.

C’est par des causes semblables qu’on trouve toutes les cavernes de l’Allemagne, de la Hongrie, de l’Amérique… dont nous avons parlé, remplies d’ossemens fossiles, non altérés, de hyennes, de Jaguars, de lions, de tigres, de loups, de renards, de chacals, de putois…, qui s’y gitoient. Ces animaux

ne pouvaient se retirer que momentanément dans ces cavernes ; il fallait bien qu’ils en sortissent journellement pour aller chercher leur nourriture.

Quelques frugivores pouvaient s’y glisser dans ces momens, ou ils pouvaient y être apportés par les carnivores pour s’en nourrir… c’est ce qui avait lieu dans notre hémisphère boréal.

Nous manquons d’observations pour savoir, si les mêmes faits ont eu lieu à l’égard des fossiles que l’on trouve dans l’hémisphère austral.

On peut dire qu’à cette époque l’hémisphère austral était encore couvert, en plus grande partie, par les eaux des mers ; il n’y avait qu’une petite portions des montagnes de la Nouvelle-Hollande, par exemple, découverte. C’est là où vivaient les kanguros, les phascolomes, les ornithoringues… qui n’ont pu passer dans notre hémisphère. Aussi n’y en trouve-t-on aucuns fossiles.

L’hémisphère boréal était au contraire presque entièrement hors des eaux. Tous les êtres organisés, dont on y trouve les fossiles, pouvaient donc y subsister à cette époque… éléphant, le rhinocéros, l’hippopotame, le lion…


DES FOSSILES ENFOUIS SOUS LA CHUTE DES MONTAGNES.


Différentes montagnes se sont écroulées avec une telle rapidité, que tous les animaux qui étaient à leur surface, ont été enfouis sous leurs ruines, sans avoir eu le tems de fuir. Dans les bouleversemens produits par les tremblemens de terre, les hommes et les animaux périssent également. Plus de vingt mille personnes périrent en Calabre, en 1783 ; les animaux ne purent également pas se sauver.

Dans la chute de la montagne des Schwits, qui s’écroula en 1806, une partie des hommes et des animaux y furent ensevelis sous ses mines…

On peut donc trouver fossiles les dépouilles de quelques-uns de ces animaux.


DES TRANSPURTS DES FOSSILES PAR DES COURANS DES EAUX DES MERS.

Les courans des eaux des mers, exercent une action puissante sur les corps qu’ils rencontrent. Ils les transportent à des distances plus ou moins considérables.

Ils auront donc également transporté les débris des êtres organisés qui se seront trouvés sur leurs passages, ainsi que les haches travaillées par la main des hommes.

Ces transports par les courans des mers, sont prouvés par un grand nombre de faits.

L’on trouve réunis et amoncelés, des fossiles qui n’ont pu y être apportés que par les grands courans des mers. Au mont Pulgnasco, par exemple, on trouve réunis :

a. Des os d’éléphans.

b. Des os de rhinocéros.

c. Des os de mastodonte.

d. Des os de dauphins.

e. Des os de baleines.

f. Des coquilles de différentes contrées.

Ces animaux n’ont pu vivre ensemble.

La réunion de leurs divers fossiles n’a pu être opérée que par les grands courans des mers.

À Doué, dans le ci-devant Anjou, sont réunis des os de lamantins, des os de phoques, des coquilles de diverses contrées, des haches fossiles…

Nous avons vu ci-devant (tom. premier page 372), que les eaux qui viennent du golfe du Mexique, le golfe strime, transportent des fossiles de ce golfe, jusque sur les côtes d’Irlande.

Tous les grands amas de coquilles fossiles, tels que ceux de Grignon, de Courtagnon, des Falhunières…, présentent des réunions d’animaux, qui n’ont pu vivre ensemble.

Les mêmes phénomènes ont lieu par rapport aux végétaux fossiles. On trouve réunis des débris de végétaux de différentes régions, de différens climats…, comme dans les houillières de Saint-Chaumont.

Ces fossiles divers sont souvent mutilés, brisés, réduits en poussière, et comme pilés, suivant l’expression de Coupé ; comme à Grignon, dans les Falhunières…

Mais quelques-uns sont conservés entiers, ainsi que nous venons de le dire des dents d’éléphans, des os de rhinocéros, de baleines, de dauphins, de côtes de lamantins…, c’est qu’ils étaient enveloppés de terres ou de détritus, ce qui les a préservés d’être roulés.

Parmi cette quantité immense de coquilles fossiles brisées, plusieurs sont très-bien conservées, les cypréa, les strombes… le murex, les frippières, les pyrules, le fuseau…

Quelques-unes même étaient pesantes, telles que les crassatelles… ma grosse et pesante cerythe, trouvée à Grignon, cerithium giganteum, que j’ai décrite, Journ. de Phys., tom. 65, pag. 412. Elle était enveloppée d’un détritus très-fin d’autres coquilles brisées. Elle en est même remplie, et quelques-unes étaient intactes et bien conservées.

Enfin, quelques-unes de ces coquilles paraissent analogues aux genres ou espèces vivans dans différentes mers ; la crassatelle, à la Nouvelle-Hollande ; la fripière, dans les mers de l’Amérique méridionale ; le cyprea pediculus, ou le pou, dans l’Océan ; la pyrule, bulla, dans l’Océan indien ; le murex tripterus, dans les mers de Batavia ; le nautilus pompilius, dans les mers des Indes…

Un fait, généralement observé, confirme que la plupart des fossiles ont été transportés, et souvent à des distances éloignées. C’est que, parmi les fossiles des grands animaux, les éléphans, les rhinocéros, les hippopotames, les mastodontes, les tapirs, les baleines, les dauphins, les lamantins… les tortues, les oiseaux… on ne trouve jamais les squelettes entiers, mais seulement quelques os séparés… des dents, par exemple. On ne peut donc s’empêcher de reconnaître que ces os isolés ont été séparés et transportés, et ce n’a pu être que par des courans.

D’autres faits prouvent également le transport des fossiles. On trouve réunis des fossiles d’animaux terrestres, d’animaux marins.


DES FOSSILES TRANSPORTÉS PAR DES COURANS DES LACS.


Il y a dans tous les lacs des courans analogues à ceux des mers, ainsi que nous l’avons dit. Quelques lacs, comme celui de Genève, ont même des courans particuliers, dont la cause n’est pas encore connue.

Ces courans des lacs sont plus ou moins violens.

On ne saurait douter que ces courans des lacs n’aient produit des effets analogues à ceux qu’ont produit les courans des mers. Ils auront donc également charrié les fossiles qui se seront trouvés sur leur passage.


DES FOSSILES TRANSPORTÉS PAR DES COURANS DES FLEUVES.


On observe, dans les vallées où coulent les fleuves, des fossiles en un nombre plus ou moins considérable, ainsi que nous l’avons rapporté.

On a trouvé, dans la vallée de la Seine, proche Paris, plusieurs bois fossiles bien conservés.

Ces courans des fleuves charrient tout ce qui se trouve sur leur passage. Ils auront donc également charrié les fossiles qu’ils auront rencontrés.

Les fossiles charriés par les courans des fleuves, seront plus ou moins altérés, plus ou moins roulés, tels que ceux de Grignon, de Courtagnon, des falhunières de la Touraine, de Dax…, les amas des bois fossiles.

Mais quelques-uns sont peu altérés. J’ai dit (Théorie de la Terre, tome 5, page 197) que Patrin avait vu retirer des bord du fleuve de l’Ob, à cent cinquante toises au-dessus du niveau des eaux, un fémur d’éléphant parfaitement conservé.


DES FOSSILES PRODUITS, OU TRANSPORTÉS PAR DES CATASTROPHES PARTICULIÈRES ARRIVÉES À LA SURFACE DU GLOBE.


Il n’est pas douteux qu’il y a eu, à la surface du globe, quelques catastrophes particulières, qui y ont opéré des changemens plus ou moins considérables, comme je l’air prouvé dans ma Théorie de la Terre, tome 5,

1°. Il y a eu un grand nombre d’inondations particulières, qu’on a appelé déluges, et dont nous avons parlé ci-devant.

Ces déluges, ces inondations, ont emporté avec eux des animaux, des végétaux, et en ont enfoui les débris dans les nouvelles couches qui se formaient.

2°. Il y a eu des chutes de montagnes qui ont enseveli les hommes, les animaux et les végétaux.

3°. Des commotions souterraines, des tremblemens de terre… ont boulversé des contrées entières. Nous en avons cité un grand nombre d’exemples, et une partie des êtres organisés y a péri.

4°. Ces secousses ont quelquefois été assez considérables pour faire disparaître des contrées entières, telle que la grande île Atlantique, dont parle Platon, qui était, dit-il, plus étendue, que la Lybie.

Dans ces diverses catastrophes, des végétaux et des animaux auront pu être enfouis, et conservés comme fossiles.


DES FOSSILES PRODUITS PAR UNE CATASTROPHE GÉNÉRALE.


Mais des géologues, tels que Whiston, Burnet… ont avancé qu’il y avait eu à la surface du globe une catastrophe générale, ou même plusieurs, qui avaient tout bouleversé. La plus grande partie des végétaux et des animaux qui vivaient alors, ou même tous, avaient péri.

Ce sont, ajoutent-ils, ceux dont nous trouvons aujourd’hui les débris enfouis dans les terrains secondaires, et qui constituent nos fossiles.

D’où ils ont conclu que la plupart des animaux et des végétaux vivans, aujourd’hui, sont de formation nouvelle.

Tous les auteurs anciens ont parlé de ces catastrophes.

Je renvoie à ce que j’en ai dit précédemment (page 325 du second volume) en parlant des déluges universels.

J’observerai qu’une catastrophe générale est contraire à toutes les notions physiques et astronomiques. Nous ne connaissons aucune cause qui eût pu la produire ; mais elle n’est pas moins contraire aux faits.

1°. Aucun fait ne prouve cette catastrophe générale.

2°. Je demanderai si toutes les espèces de végétaux et d’animaux, existans alors, ont péri ou non.

Si on dit qu’elles ont péri, il faudrait donc avancer que toutes celles qui existent aujourd’hui ont été produites postérieurement par une génération spontanée, hypothèse qu’on ne pourrait. admettre que d’après des faits les plus concluans.

Mais nous avons vu qu’il est reconnu que parmi les fossiles, plusieurs sont vraiment analogues aux espèces vivantes aujourd’hui.

Il faudrait donc encore dire que cette nouvelle génération aurait produit :

a. Quelques espèces nouvelles absolument semblables aux anciennes.

b. D’autres. si rapprochées des anciennes qu’elles sont semblables aux genres.

c. De troisièmes, enfin, absolument différentes des espèces vivantes.

Si on suppose, au contraire, que toutes les espèces alors existantes n’ont pas péri, ces catastrophes n’auraient pas été générales, et il n’y aurait plus de motifs pour les supposer. Il s’agirait seulement d’expliquer les faits par les principes que nous admettons. Or, c’est ce qu’on peut faire facilement.

3°. Il est certain, comme je l’ai dit dans mon ouvrage de la Perfectibilité et de la Dégénérescence des êtres organisés, que les espèces de végétaux et d’animaux éprouvent, par différentes causes, des changemens qui les rendent presque méconnaissables après plusieurs générations. Ces changemens sont surtout remarquables dans les espèces influencées par la main de l’homme, telles que nos animaux et nos végétaux domestiques, le chien, le taureau, le cheval, le mouton, le coq, le ver à soie… le froment, le riz, l’orge, la vigne, le pommier, le poirier… enfin les espèces hybrides, le mulet…

On trouve donc facilement dans ces faits, les causes des différences que présentent quelques fossiles avec les espèces existantes, sans supposer que ce sont de nouvelles espèces. Ainsi les légères différences qu’on observe, par exemple, entre des. éléphans, des rhinocéros. fossiles et ces animaux vivans, ne sauraient autoriser à dire que ce sont de nouvelles espèces différentes. On ne peut dire que les espèces fossiles-ont été détruites, se sont perdues… et que les espèces vivantes aujourd’hui sont des nouvelles espèces…

4°. Il n’est pas douteux que plusieurs espèces d’êtres organisés ont pu être détruites par des causes locales. J’ai prouvé, dans l’ouvrage cité, que plusieurs espèces sont bornées souvent à des cantons peu étendus.

La giraffe, par exemple, ne se trouve que dans un petit canton de l’Afrique. Des troupes nombreuses d’animaux féroces, de lions, de panthères… d’hommes… dans ces cantons, pourraient donc détruire l’espèce de la giraffe.

Les Kanguros, les phascolomes, les échidnés, les ornithoringues… ne vivent qu’à la Nouvelle-Hollande.

La vigogne, le condor… ne subsistent que dans les hautes montagnes du Pérou.

La dionée muscipule ne se trouve que dans un canton, de l’Arnérique septentrionale, peu étendus.

Le cèdre était borné au Liban…

Des accidens particuliers peuvent donc faire disparaître plusieurs de ces espèces. Ainsi, il est très-probable que s’il s’établit de grandes sociétés humaines, dans la Nouvelle-Hollande, toutes ces faibles espèces de kanguros, de phascolomes… disparaîtront, à moins que l’homme ne les rende domestiques, pour les dévorer.

Les grandes espèces peuvent même disparaître par des circonstances locales.

L’hippopotame paraît avoir été assez abondant autrefois en Égypte, ainsi que le crocodile. Aujourd’hui, on n’y en trouve plus, ou presque plus.

L’éléphant paraît avoir été nombreux, en Mauritanie, du tems des Carthaginois. Il a été forcé, depuis cette époque, par les nombreuses sociétés d’hommes, de se réfugier dans les parties méridionales de l’Afrique, et il y serait détruit, si ces parties de l’Afrique se peuplaient de sociétés humaines, comme la Mauritanie.

Il en faut dire autant des éléphans qui subsistent en Asie, des rhinocéros…

De grandes espèces, comme celles du mégalonix, du mégathérium, des mastodontes… ont donc pu être détruites par les sociétés humaines, ou toute autre cause.

5°. Nous ne connaissons point encore tous les animaux et végétaux existans à la surface de notre globe.

D’Azara en a décrit, qui existent au Chili et au Paraguay, que nous ne connaissions pas.

Il n’est as douteux qu’il en existe dans d’autres contrées du globe, qui nous sont également inconnus.

6°. Nous ne connaissons point tous les fossiles existans. Ainsi, on ne peut pas dire que telle espèce n’a point de fossiles, parce qu’on n’en ai point encore trouvé.

a. Car on n’a point encore creusé toute la croûte du globe, pour connaître tous les fossiles qui y sont enfouis.

b. Nous avons prouvé que les fossiles ne sont conservés que par des circonstances favorables, puisqu’on n’a encore de fossiles connus, que de douze espèces de quadrupèdes, tandis qu’il en existe peut-être deux mille espèces.

c. On ne saurait donc en conclure que les nombreuses espèces d’animaux, les loris, les makis, les sapajous, les ourangs, les chimpanzès, les hommes… n’ont pas laissé, quelque part, quelques fossiles… qu’on pourra peut-être trouver dans de nouvelles fouilles.

Une catastrophe générale est donc contraire à tous les faits.

Nulle cause physique connue n’aurait pu la produire.

On ne saurait donc la supposer.


QUELQUES FOSSILES N’ONT PAS TRANSPORTÈS.


Quelques fossiles n’ont pas été transportés, et les êtres organisés, dont ils sont les débris, ont péri dans les lieux où sont ces fossiles.

Une forêt entière de palmiers fossiles a été observée, par Audenrieth, sur les bords du Necker, auprès de Claustadt. Elle est composée de troncs de palmiers couchés et entiers.

Cette forêt n’a pu, dans l’état où elle est, être transportée par des courans ; les arbres en auraient été dispersés ; ils auraient été brisés… Néanmoins, ce sont des palmiers qui actuellement ne sauraient végéter dans ces contrées, trop froides pour ces végétaux. Il faut donc qu’à l’époque où cette forêt subsistait, la température de ces contrées fut plus élevée.

Lafruglaie vient d’observer, sur les côtes de Bretagne, près Morlaix, une forêt entière fossile de sept lieues d’étendue. Elle est composée de chênes, de bouleaux, d’ifs…

Ces arbres ne paraissent pas avoir été transportés.

Corréa a observé des phénomènes analogues sur les côtes d’Angleterre.

Buffon rapporte plusieurs faits semblables.

Ces forêts ont donc dû exister dans les lieux où elles sont aujourd’hui.

Des invasions violentes des eaux des mers seront survenues, semblables à celles que nous avons vu arriver en Hollande. Les courans rapides auront renversé et couché ces forêts. Quelquefois, les arbres auront été cassés, et ensuite recouverts d’attérissemens de diverses natures, qui les auront conservés.

Ces événemens seront arrivés à différentes époques ; car, la forêt de palmiers enfouie à Claustadt, l’a été à une époque différente que celle de chênes, de bouleaux… à Morlaix.

Il en faut dire autant des animaux fossiles.

Fleuriau Bellevue a observé, à Saint-Hielm, entre Luçon et la Rochelle, des bancs étendus de coquilles fossiles, qui étaient situés à soixante-trois pieds au-dessus du niveau actuel de ces mers [15]. Ces coquilles sont des mêmes espèces que celles que l’on voit actuellement dans ces mers. Ce sont des huîtres attachées à leurs rochers.

Risso a observé des phénomènes analogues auprès de Nice [16].

Parmi les coquilles fossiles, fluviatiles et terrestres, qu’a observées d’Audebert de Ferrusac, il en compte vingt-cinq, dont les analogues ont vécu dans les lieux où on trouve les fossiles.

Ces faits, auxquels on en pourrait ajouter beaucoup d’autres, ne permettent pas de douter que plusieurs fossiles n’ont pas été transportés, et qu’ils ont existé aux lieux où on trouve aujourd’hui leurs analogues.


DES CAUSES QUI ONT OPÉRÉ LES DÉPÔTS DES DIVERS FOSSILES.


Nous venons de donner une notice abrégée des principaux fossiles, dont les observateurs ont publié des descriptions plus ou moins exactes, et des circonstances qui ont accompagné ces dépôts. Nous allons maintenant examiner les causes qui ont pu les opérer.

DES CAUSES QUI ONT OPÉRÉ LES DÉPÔTS DES FOSSILES CONTENUS DANS LES PIERRES.


Un grand nombre de pierres des terrains secondaires contient des quantités plus ou moins considérables de divers fossiles, de quadrupèdes, d’oiseaux, de poissons, de crabes, et particulièrement de coquilles ; quelques pierres paraissent même uniquement composées de coquilles. Des pierres de Mont-Rouge, près de Paris, paraissent uniquement composées de milliolites. Quelques pierres, auprès de Mayence, paraissent composées de bulimes.

Ces fossiles sont quelquefois enveloppés par la substance pierreuse, et s’y trouvent en nature, comme les ossemens fossiles des plâtres de Montmartre.

D’autres de ces fossiles sont pétrifiés, c’est-à-dire convertis en pierres.

Quelques autres sont silicifiés, c’est-à-dire changés en pierres siliceuses, comme les holzopales ; une grande quantité de bois pétrifié ; plusieurs coquilles. D’autres sont métallisés, bituminisés…

Il se trouve des fossiles dans toutes les espèces de terrains secondaires.

a. Dans les calcaires, les marbres, les calcaires compactes, les tufs, les craies…

b. Dans les gypses ou plâtres.

c. Dans les schistes argileux.

d. Dans les schistes métalliques.

e. Dans les schistes bitumineux.

f. Dans les brèches.

Pour concevoir comment tous ces fossiles, les végétaux, les ossemens des grands animaux, les coquilles, les madrepores… peuvent avoir été déposés au milieu des pierres, qui se formaient, et s’y trouver enveloppés, on doit supposer une agitation quelconque dans le liquide où ces grands phénomènes s’opéraient. Ces fossiles étaient mélangés avec les autres substances, dont étaient composées ces pierres.

Néanmoins cette agitation n’était pas assez considérable pour briser entièrement ces fossiles. Un grand nombre est fracturé comme les coquilles, les madrepores… des falhunières, de Grignon… mais plusieurs sont entiers, ou au moins peu mutilés ; car on trouve parmi cette multitude de fossiles brisés, des coquilles même très-fragiles, bien conservées ; il en est même de très-pesantes et de très-volumineuses, comme ma grosse céryte, qui sont intactes.


DES CAUSES QUI ONT OPÉRÉ LES DÉPÔTS FOSSILES CONTENUS DANS LES HOUILLIÈRES.


Les houillières contiennent différens fossiles. On y trouve particulièrement plusieurs poissons, des coquilles…

Les végétaux y sont encore plus abondans. On y trouve même des troncs d’arbres, ainsi que nous l’avons rapporté.

Les fossiles ont été déposés dans les houillières par les mêmes causes que d’autres l’ont été dans les pierres ; car les couches bitumineuses ont été formées comme les couches pierreuses.


DES CAUSES DIVERSES QUI ONT OPÉRÉ LES DÉPÔTS DES FOSSILES CONTENUS DANS LES TOURBIÈRES.


Les tourbières, et les couches qui sont immédiatement au-dessous, renferment souvent un assez grand nombre de fossiles, ainsi que nous l’avons rapporté précédemment.

Les mammaux fossiles, qu’on rencontre dans les tourbières, sont le plus souvent du genre des ruminans, particulièrement des genres de cerfs, des bœufs… ainsi que nous l’avons vu.

Les causes qui ont procuré les dépôts de ces fossiles des tourbières, ont été différentes.

Quelques-uns ont pu être déposés avec les tourbes, lors de leur formation, comme nous avons vu que cela a eu lieu dans la formation des pierres.

Mais il est arrivé souvent que des animaux qui passaient sur ces tourbières, s’y sont enfoncés, et s’y sont perdus, comme on le voit avoir lieu souvent aux bœufs, aux chevaux… qui g Vont y paître.

Mais les phénomènes qui surprennent le plus, sont qu’on trouve dans les tourbières des fossiles d’animaux et de végétaux, dont les analogues vivent aujourd’hui dans des contrées éloignées. La même chose a lieu à l’égard de tous les autres fossiles.


DES CAUSES QUI ONT OPÉRÉ LES DÉPÔTS DES FOSSILES CONTENUS DANS LES TERRAINS D’ALLUVION.


Un assez grand nombre de fossiles est déposé dans les terrains d’alluvion. Examinons la manière dont ont pu être opérés ces dépôts.

Les eaux courante entraînent tout ce qui se trouve sur leur passage ; elles charrient même des masses assez considérables. Lorsque leur vitesse est rapide, ces corps sont usés, leurs angles arrondis… comme on le voit dans les galets, les pouddings.

Ces fossiles qui se trouveront, avec ces corps, exposés à l’action de ces courans, en seront donc également entraînés. Ils seront mélangés avec ces terrains d’alluvion : la plupart seront brisés, d’autres seront roulés, enfin quelques-uns sont conservés entiers, parce qu’ils seront enveloppes de terre…


DES CAUSES QUI ONT OPÉRÉ LES DÉPÔTS DES FOSSILES CONTENUS DANS LES CAVERNES.


De nombreux fossiles se trouvent dans des cavernes, ainsi que nous l’avons rapporté. Leibnitz et plusieurs autres savans ont fait connaître plusieurs de ces cavernes.

Leibnitz a donné la description de la caverne de Bauman, proche le Hartz ; elle contient un grand nombre d’ossemens différens. Quelques-uns lui ont paru avoir appartenu à des lions.

Il observe que ces fossiles ne paraissent point avoir été altérés : d’où on peut conclure qu’ils n’ont point été exposés à l’action des eaux.

La caverne de la Licorne, proche le château de Schasfels, en Hanovre, en est également remplie…

Nous avons donné ci-devant l’histoire abrégée des nombreuses cavernes qui renferment des fossiles ; nous allons examiner maintenant les causes qui ont pu ainsi amonceler dans ces cavernes cette quantité de fossiles.

Les os contenus dans ces différentes cavernes ne sont jamais roulés, quoique souvent brisés. Ils contiennent encore une grande quantité de gélatine.

La plupart de ces fossiles sont d’animaux carnivores.

Cependant il en est d’autres espèces.

On n’y trouve aucuns fossiles d’animaux marins.

Une terre durcie, mais facile à briser, ou à réduire en poussière, contenant des parties animales, quelquefois noirâtre, forme l’enveloppe naturelle de ces cavernes.

Un enduit de même matière revêt les ossemens en divers endroits, pénètre leurs cavités naturelles, et les attache même quelquefois au fond du sol de ces cavernes.

Laugier ayant analysé la terre noire de la caverne de Gaylenreuth, en a retiré les principes suivans :

Chaux mêlée d’un peu de magnésie et combinée à l’acide carbonique 32
Acide carbonique et un peu d’humidité 24
Phosphate de chaux 21 5
Matière animale et eau 10
Alumine colorée par un atome de manganèse 4
Silice colorée par le fer 4
Fer oxidé peut-être combiné à l’acide phosphorique 3 5
Perte 1
─────
100

« Enfin, ce qui achève de rendre le phénomène bien frappant, dit Cuvier, ces os sont les mêmes dans toutes ces cavernes, sur une étendue de plus de deux cents lieues.

« 1°. Les trois quarts et davantage appartiennent à des ours qu’on ne trouve plus vivans.

« 2°. La moitié ou les deux tiers du quart restant, vient d’une espèce d’hyenne, qui se retrouve encore ailleurs et que nous décrivons.

« 3°. Un plus petit nombre appartient à une espèce du gentre du tigre ou du lion.

« 4°. Et une autre du genre du loup ou du chien.

« 5°. Enfin les plus menus viennent de divers petits carnassiers comme le renard, le putois, ou du moins de deux espèces très-voisines de ces deux là.

« Les espèces si communes dans les terrains d’alluvion, les éléphans, les rhinocéros, les chevaux, les buffles, les tapirs, ne s’y trouvent jamais.

« On n’y voit pas non plus ces palœoterium des couches, » pierreuses, ni ces ruminans, ces rongeurs des fentes de rochers de Gibraltar, de Dalmatie, de Cette.

« Réciproquement aussi, les ours et les tigres de ces cavernes ne se retrouvent ni dans les terrains d’alluvion, ni dans les fentes des rochers.

« Il n’y a parmi les os des cavernes que ceux de l’hyenne, qu’on ait reconnus jusqu’à présent dans la première de ces deux sortes de gissement, les terrains d’alluvion.

« On ne peut guère imaginer que trois causes générales, qui pourraient avoir placé ces os en telle quantité dans ces vastes souterrains.

« a. Ou ils sont les débris d’animaux qui habitaient ces demeures et y mourraient paissiblement.

« b. Ou des inondations, ou d’autres causes violentes les ont entraîné.

« c. Ou bien enfin, ils étaient enveloppés dans des couches pierreuses, dont la dissolution a produit ces cavernes, et ils n’ont point été dissous par l’agent qui enlevait la matière des couches.

« Cette dernière cause se réfute, parce que les couches dans lesquelles les cavernes sont creusées ne contiennent point d’os.

« La seconde (cause) se réfute par l’intégrité des moindres éminences des os, qui ne permet pas de croire qu’ils aient être roulés.

« On est donc obligé d’en revenir à la première cause, quelque difficulté qu’elle présente de son côté.

« Il faut dire aussi que cette cause est confirmée par la nature animale du terreau dans lequel ces os sont ensevelis, comme le confirme l’analyse que nous venons d’en rapporter.

« Il résulte de là que l’établissement de ces animaux dans ces cavernes est bien postérieur à l’époque où ont été formées les couches pierreuses étendues, et peut-être même à celle de la formation des terrains d’alluvion ; ce dernier point dépendra de la comparaison des niveaux. Ce qui est constant, c’est que l’intérieur n’en a point été inondé, ni rempli de dépôts quelconques, depuis que les animaux qui les composent y ont péri.

« Il n’y aurait donc rien d’étonnant, quand les os qu’on y trouve ressembleraient à ceux des animaux du pays. Ce qui l’est d’avantage, c’est qu’il y en ait, comme on le verra plus bas, de pays si éloignés, et qui ont probablement disparu comme celle des couches pierreuses.

« Au reste, il est essentiel de remarquer que l’on n’y trouve aucuns débris d’animaux marins. Ceux qui ont prétendu y voir des os de phoques, de morses, ou d’autres espèces semblables, ont été induits en erreur par les hypothèses qu’ils avaient adoptées d’avance. »

Je suppose donc que les débris fossiles des cavernes proviennent d’animaux troglodytes, qui s’y retirèrent, et qui y ont péri tranquillement : comme les ours, les marmottes, les blaireaux…


DES CAUSES QUI ONT DÉPOSÉ DES FOSSILES DANS DES TERRAINS D’EAUX DOUCES.


Les terrains formés dans les eaux douces contiennent des fossiles, comme les autres terrains. On y trouve principalement des coquilles fluviatiles, telles que :

Les lymnées.

Les planorbes.

Les moules.

Les bulimes.

On y a également trouvé des coquilles terrestres telles que :

Des Hélices.

Des puppas.

Des cyclostômes.

Les lacs d’eau douce nourrissent des hippopotames, des crocodiles, des castors, des loutres…

On pourrait donc également trouver fossiles des débris de ces animaux. Effectivement on en a trouvé quelques-uns.

Nous avons vu qu’on a trouvé fossiles des os d’hyppopotame à la Masson, proche Montpellier ; dans la vallée de l’Arno, en Italie.

On a trouvé fossiles des os de castors, dans des tourbières, lesquelles paraissent avoir été formées dans les eaux douces.


DES CAUSES QUI ONT DÉPOSÉ DES FOSSILES MARINS AU-DESSUS DE TERRAINS CONTENANT DES FOSSILES D’EAUX DOUCES.


Les observateurs ont vu des fossiles marins déposés au-dessus de terrains contenant des fossiles d’eaux douces. Poiret rapporte (Journal de Physique, tome 51, page 292) que des cantons du Soissonais, très-étendus, présentent le singulier phénomène d’un banc de coquilles fluviatiles, dans des couches inférieures, recouvert par des bancs supérieures d’huîtres et autres coquilles marines.

Le sol, dit-il, est, en général, marécageux et limoneux. J’ai observé que les couches inférieures de la tourbe, que l’on exploite proche Soissons, étaient séparées des couches supérieures, par un lit, d’environ un décimètre, de marne limoneuse…, remplie d’un grand nombre de coquilles fluviatiles, la plupart en fragmens, parmi lesquelles j’ai trouvé quelques espèces bien entières, et dont les analogues sont vivantes dans nos étangs et nos rivières, telles que :

Helix cornea, Linn. Le grand planorbe à spirales rondes, Geoffroi.

Helix palustris, Linn. Bulime des marais, Brug.

Helix vivparus, Linn. La vivipare à bandes, Geof.

Couches marneuses.

Bancs supérieurs d’huîtres et d’autres coquilles marines.

Les couches supérieures qui recouvrent celles de la tourbe, sont remplies d’un grand nombre de coquilles marines, isolées, réunies par groupes, ou même disposées par bancs réguliers, d’huîtres, de visses, de cérytes, de buccïns, de vénus, de nerites… la plupart fracturées et en fragmens. Ces menues coquilles se rencontrent aussi, mais en bien moins grande quantité, dans les couches supérieures de la tourbe, jamais dans les inférieures, ni au-dessous. Elles y sont souvent pyritisées et réunies dans un tuf marneux.

On rencontre encore, dans ces couches de tourbes et marne :

a. Des bois fossiles, des troncs d’arbres entiers, sans écorces.

b. Des bois pétrifiés.

c. Du succin.

d. Des os d’animaux en fragmens.

Uu peu plus loin, du côté de Beaurieux, l’auteur a vu, dans les couches de tourbe, des coquilles pyriteuses fracturées, qui lui ont paru bivalves, et appartenir aux tellines, aux moules et aux myes, qui habitent nos rivières et nos étangs…

De ces différens faits, j’ai tiré les conséquences suivantes. (Journal de Physique, tom. 77, pag. 471).

1°. Les couches inférieures de ces terrains ont été des marais remplis de tourbe, comme ceux de Hollande.

2°. Cette tourbe a été souvent pyritisée.

3°. Il s’y trouve une grande quantité de coquilles fluviatiles, analogues à celles de nos rivières, de nos étangs.

4°. Une invasion de la mer y est venue, comme il arrive en Hollande. Elle y a séjourné, et y a formé de nouvelles couches, dans lesquelles elle a déposé une multitude de coquilles marines.

5°. Ces eaux ont séjourné plus ou moins de tems, et se sont ensuite retirées, comme en Hollande, et par les mêmes causes.


DE LA DÉNOMINATION DES TERRAINS OU SE TROUVENT LES FOSSILES.


Les terrains qui contiennent les fossiles, recevront des dénominations fondées sur la nature de ces fossiles, on aura :

a. Terrains, où l’on trouve fossiles des dépouilles d’êtres organisés, qui vivent dans les mers.

b. Terrains, où l’on trouve fossiles des dépouilles d’êtres organisés, qui vivent dans les eaux douces.

c. Terrains, où l’on trouve fossiles des dépouilles d’êtres organisés, qui vivent sur les continens, et qui ont été charriés dans les eaux.

d. Terrains, où l’on trouve fossiles des dépouilles d’êtres organisés ; qui vivent sur les continens, et qui paraissent n’avoir pas été amenés par les eaux.

e. Terrains, où l’on trouve fossiles des débris d’êtres organisés, qui vivent dans les mers, situés au-dessus des terrains d’eaux douces.

Mais, peut-on déterminer la nature d’un terrain, c’est-à-dire, du lieu où il a été formé, par la nature des fossiles qu’il contient ?

J’ai déjà répondu à cette question ; et j’ai fait voir que la chose est difficile. J’ai dit (Journ. de Phys.) « que des terrains formés dans les eaux des mers, peuvent contenir des fossiles d’eaux douces, qui y auront été charriés par des courans d’eaux douces. Risso en a vu des exemples. (Journ. de Phys., tom. 77, pag. 204, lig. 28) :

« Les vagues, dit-il, agissant continuellement sur le rocher, auprès de Nice, détachent des pétrifications marines, les arrondissent, les mêlent avec les coquilles marines actuelles, et les dépouilles des mollusques terrestres, entrainées par les eaux pluviales ; le tout se dépose avec le sable… et forme de nouveaux dépôts, qui seront peut-être, pour les races futures, des sujets énigmatiques de méditation ».

Des terrains, formés dans les eaux douces, peuvent contenir des fossiles d’êtres organisés, qui vivent dans les mers. C’est ce que j’ai prouvé à l’égard du lac de Genève (Journal de Phys., tom. 76, pag. 57).

C’est donc à la sagacité de l’observateur de déterminer le lieu et l’époque où ont été formés tels ou tels terrains. Les circonstances motiveront son opinion.

Nous devons conclure de ces faits que notre hémisphère boréal a joui autrefois d’une température très-douce, même à une haute latitude, puisqu’on y trouve des fossiles dont les analogues ne subsistent aujourd’hui que dans les contrées équinoxiales. La Sibérie elle-même, ainsi que l’Amérique septentrionale, est remplie de fossiles d’éléphans, de rhinocéros, d’arni…

Recherchons-en les causes.


DES CAUSES DE LA PRÉSENCE, DANS NOTRE HÉMISPHÈRE BORÉAL, DE CETTE GRANDE QUANTITÉ DE FOSSILES, DONT LES ANALOGUES NE SUBSISTENT AUJOURD’HUI QUE DANS LES CONTRÉES ÉQUINOXIALES.


Nous ayons vu que les diverses contrées de notre hémisphère boréal, même les plus froides, telles que la Sibérie, le nord de l’Amérique… sont remplies de fossiles, dont les analogues ne subsistent aujourd’hui que dans les régions équinoxiales où la température est très-chaude. On observe, en Sibérie, de nombreux débris d’éléphans, de ceux de rhinocéros, de ceux de l’arni…

On trouve partout des débris des plantes des pays chauds, le nyctante, les fougères des pays chauds, les palmiers… On a même des forêts entières de palmiers fossiles, telles que celle de Claustadt, sur les bords du Necker…

Les géologues se sont toujours empressés de rechercher les causes de phénomènes aussi extraordinaires. On peut rapporter leurs opinions à trois principales.

1°. À un printems perpétuel. Les uns ont supposé qu’il n’y avait point eu primitivement d’inclinaison de l’écliptique, que les jours étaient constamment égaux, enfin qu’il y avait eu un printems perpétuel… par conséquent, une température assez douce sur toute la surface du globe.

Nous ferons voir ailleurs que l’hypothèse d’un printems perpétuel est contraire aux théories astronomiques adoptées aujourd’hui…

2°. À une inclinaison de l’écliptique, moindre qu’elle n’est actuellement. Ne pouvant pas supposer un printems perpétuel, j’avais supposé (Théorie de la Terre, tom. 5) que l’inclinaison de l’écliptique avait pu être moindre qu’elle ne l’est aujourd’hui. Je m’appuyais de l’autorité de Lagrange, qui avait dit que cette inclinaison avait pu n’être que de dix-huit degrés… et, pour lors, je supposais que la température, dans nos contrées, aurait été suffisante pour que l’éléphant, le rhinocéros… eussent pu y subsister…

Mais Laplace a prouvé postérieurement que cette inclinaison ne pouvait être moindre que d’environ vingt-un à vingt-deux degrés… et ses calculs sont admis par tous les astronomes… Dès lors, cette inclinaison n’eut pu donner une température assez modérée, pour expliquer le phénomène dont il s’agit.

3°. À une température élevée du globe dans les premiers tems.

D’autres géologues, tels que Buffon… ont recherché, dans la haute température primitive du globe, la cause du phénomène en question. Le globe jouissait alors d’une haute température, ainsi que nous l’avons vu (tome 1). Il s’est refroidi considérablement, et ce refroidissement va toujours en augmentant…

Dans ces premiers momens, la température était suffisante dans les parties septentrionales de notre hémisphère, pour y faire subsister les êtres organisés qui ne vivent aujourd’hui que dans les contrées équinoxiales… Le lion vivait en Grèce, en Sicile… il y a peu de siècles…

Dans des tems encore antérieurs, il aurait pu vivre en France, en Allemagne, en Angleterre, en Russie… et même en Sibérie…

Ce que nous disons du lion, on peut le dire de l’éléphant, du rhinocéros, de l’arni… du palmier…

Le voisinage des hautes montagnes de l’Altaï, de l’Immaüs… donne beaucoup de poids à cette opinion, relativement aux fossiles existans en Sibérie… ; car les sommets de ces montagnes étaient sortis les premiers du sein des mers, dans des tems où la chaleur du globe était considérable : l’éléphant, le rhinocéros… pouvaient donc y vivre. Ils ont ensuite descendu dans les plaines du Nord arrosées par l’Ob, la Léna, l’Irtisith, la Jénisai… comme aujourd’hui ils descendent de la partie méridionale de ces montagnes, pour descendre dans les plaines de l’Indus, du Gange, du Ménon, du Kiarg, du Hoan…

On doit dire qu’en général les êtres organisés, qui ont commencé à exister sur les hautes montagnes, ont descendu dans les plaines en suivant les grandes vallées où coulaient les fleuves. Plusieurs causes y ont concouru.

1°. La température, qui devenait trop froide sur les montagnes.

2°. Une nourriture plus abondante dans les plaines.

Cette cause paraît satisfaire à tous les phénomènes qu’offre notre hémisphère boréal.

L’hémisphère austral du globe contient également des fossiles. Mais nous n’en connaisons pas assez la nature. Il faut donc attendre de nouvelles observations, de nouveaux faits…

On trouve dans plusieurs continens, comme dans l’ancien continent et l’Amérique, des fossiles des mêmes animaux, l’éléphant, le mastodonte… C’est que ces animaux ont été produits primitivement dans ces diverses contrées, et n’ont pas passé de l’une dans l’autre.


DES ÉPOQUES OU ONT ÉTÉ DÉPOSÉS LES FOSSILES.


On doit supposer que les êtres organisés des mers ont existé les premiers. Ceux des continens n’ont commencé d’exister qu’après la retraite des eaux.

Les débris des uns et des autres se sont mélangés avec les substances des nouvelles couches qui se sont formées à des époques postérieures.

Ces terrains ont eux-mêmes été formés à différentes époques. Par conséquent ces fossiles auront été également déposés à ces différentes époques.

1°. Ainsi, les premiers terrains secondaires formés, ceux des lieux élevés, ceux des montagnes les plus voisines des terrains primitifs, ne contiennent aucuns fossiles en général, ou au moins très-peu ; parce qu’à cette époque il n’y avait encore existé qu’un petit nombre d’êtres organisés. C’est ce qu’on observe aux Cordilières, aux Alpes…

2°. Aux époques suivantes, on trouve des quantités plus ou moins considérables de fossiles dans les couches qui s’y sont formées, comme on l’observe dans les monticules secondaires peu élevés. Il avait existé alors un grand nombre d’êtres organisés, dont les dépouilles avaient été enfouis dans ces couches, soit qu’elles fussent calcaires, gypseusess…

3°. Les brèches n’ont été formées que des débris des pierres. Les fossiles qu’elles contiennent n’ont donc été déposés qu’après la formation de ces pierres.

4°. Les houilles furent formées à ces époques, parce que les végétaux s’étaient extrêmement multipliés, et couvraient la surface de la terre. Leurs débris charriés dans les grands bassins y avaient formé les houilles, où furent déposés des fossiles animaux.

5°. Les tourbes ont été formées long-tems après les pierres, les houilles… puisqu’elles sont composées en général des plantes des marais. Les dépôts des fossiles animaux que contiennent les tourbières datent donc d’époques plus récentes que ceux des pierres.

6°. Les terrains d’alluvion ont été en général formés à des époques plus récentes que les pierres. Quelques-uns l’ont été dans le sein des mers ; quelques autres après la retraite des eaux des mers, par le cours des fleuves et des autres eaux courantes. Les époques des fossiles qu’ils ont déposés ont donc varié.

7°. Les cavernes n’ont paru que long-tems après l’abaissement du niveau des mers qui couvraient les continens. Les époques des dépôts des fossiles qu’elles contiennent, sont donc postérieures à ces événemens. Mais on ne saurait déterminer les dates où les animaux troglodytes, et d’autres avec eux, s’y sont retirés, et y ont péri.

Ces faits font voir que les époques où ont été déposés les divers fossiles, se tiennent dans une assez grande latitude : et il serait difficile de les déterminer avec une certaine exactitude.

On ne pourrait donc assigner que par approximation les diverses époques où ces grands phénomènes ont été opérés. Nous n’avons peut-être pas encore assez de faits. Je vais néanmoins offrir quelques aperçus, et fixer, quelques époques, d’après l’abaissement ou diminution successive du niveau des eaux des mers qui couvraient primitivement le globe.


Première époque.


Les plus anciennes couches secondaires, les premières qui ont été formées après le premier abaissement du niveau des eaux, et qui sont les plus voisines des terrains primitifs, contiennent de très-petites quantités de fossiles. Ces fossiles sont marins, et sont le plus souvent des coquilles. On y distingue particulièrement :

Des ammonites, ou cornes d’ammon.
Des belemnites.
Des térébratules, ou anomies…


Deuxième époque.


Les couches de cette époque, qui paraissent avoir été formées après celles dont nous venons de parler, et après un abaissement plus considérable du niveau des eaux, contiennent une plus grande quantité de fossiles. Ce sont également des fossiles marins, et particulièrement des coquilles, des poissons.

Mais il pourrait y avoir des fossiles fluviatiles, parce qu’il y avait déjà d’assez grands lacs, et d’assez grands fleuves.

Il pouvait encore y avoir des fossiles terrestres, des continens étendus étant découverts.


Troisième époque.


À cette époque, le niveau des eaux avait éprouvé un grand abaissement. Une partie considérable des continens était sortie du sein des eaux. Les continens étaient couverts de végétaux, de forêts, et peuplés d’animaux terrestres.

Des lacs s’étaient formés.

Des fleuves nombreux coulaient à la surface du globe.

Des débris de tous ces êtres organisés des fleuves et des continens, ont donc dû se déposer avec ceux des mers et des lacs : il se sera donc alors formé

Des fossiles marins, comme dans les époques précédentes.

Des fossiles fluviatiles dans les terrains d’alluvion…

Des fossiles terrestres ; savoir :

a. Bois fossiles.
b. Tourbes.
c. Bitumes, houilles.
d. Fossiles des animaux des continens, déposés dans des

pierres, dans les brèches, dans les houilles.


Quatrième époque.

Cette époque présente les mêmes fossiles que les époques précédentes :

Fossiles marins.
Fossiles fluviatiles.
Fossiles terrestres, bois fossiles ; houilles.


Cinquième époque.

Cette époque présente les mêmes fossiles que les époques précédentes.

L’abaissement plus considérable du niveau des eaux avait laissé libres plusieurs cavernes ; Ou aura donc

Fossiles marins.
Fossiles fluviatiles.
Fossiles terrestres.
Fossiles des cavernes.


sixième époque.


Cette époque présente les mêmes fossiles que les époques précédentes.

Il faudra y ajouter

fossiles des tourbières.

Depuis 2500 à 3000 ans, c’est-à-dire, depuis la fondation de Marseille, d’Alexandrie…, le niveau des mers ne s’est point abaissé d’une maniére sensible.

Les mêmes phénomènes que nous venons d’observer dans les époques précédentes, ont lieu dans les couches qui se forment aujourd’hui au sein des mers ou des lacs.

On pourrait assigner un plus grand nombre d’époques, en sous-divisant les tems où ces grands phénomènes ont été opérés : mais on ne saurait fixer la durée de ces différentes époques, parce qu’on ignore la quantité des eaux qui disparaissent de dessus la surface de la terre à chacune des époques que nous avons assignées, et les tems qui s’écoulaient entre les différentes périodes de cette disparition. Cette quantité pouvait varier en différens momens.


LES FOSSILES ONT-ILS TOUS DES ANALOGUES EXISTANS ? OU Y A-T-IL DES ESPECES D’ÊTRES ORGANISES PERDUES ?


Plusieurs géologues avaient avancé qu’on ne trouvait point d’analogues vivans aux fossiles connus. Ils disaient qu’une catastrophe générale, un déluge universel avait fait périr tous les êtres organisés existans à cette époque, et que les fossiles qu’on trouve enfouis aujourd’hui dans le sein du globe étaient des débris des êtres organisés qui avaient péri alors… Qu’aucun n’avait survécu à cette catastrophe générale

Cette catastrophe se termina : le calme revint à la surface du globe… Il y eut alors une nouvelle production d’êtres organisés, végétaux et animaux : ce sont ceux qui existent aujourd’hui…

Un nouvel ordre de choses succéda au premier, tel est le système de Whiston.

Cette opinion paraît avoir été assez généralement répandue chez les anciens peuples, les Égyptiens, les Hindoux, les Cbaldéens…

Mais les faits que nous avons rapportés sur les fossiles sont contraires à cette opinion. Ils prouvent que plusieurs fossiles, qu’on croyait n’avoir point des analogues vivans, en ont réellement.

mégalonix, par exemple, observé en Virginie par Jefferson, était regardé comme un fossile sans analogue. Mais Clinton vient d’observer, dans l’Amérique septentrionale, dans les mêmes cantons où on a trouvé le mégalonix une grande espèce d’ours vivant, dont les os paraissent avoir les plus grands rapports avec ceux du mégalonix…

On ne saurait donc assurer que tel fossile n’a point d’analogue. On peut seulement dire qu’on ne lui en connaît point encore.

Mais nous sommes bien éloignés de connaître tous les êtres organisés existans. Nous ne connaissons qu’une très-petite partie de la surface de la terre : et celle où on pénètre pour la première fois, comme la Nouvelle-Hollande…, nous en présente chaque jour de nouveaux…

Nous sommes également bien éloignés de connaître tous les fossiles existans…

Par conséquent nous ne saurions assurer que tel fossile n’a pas d’analogue.

D’autres géologues ne craignent pas d’avancer, au contraire, que tous les fossiles ont des analogues existans ; et que par conséquent aucune espèce d’êtres organisés n’est perdue.

Je ne crois pas non plus que cette opinion soit fondée ; car il serait bien extraordinaire qu’aucune espèce ne fût perdue.

J’adopte donc une troisième opinion intermédiaire, qui me paraît plus vraisemblable.

a. Il me paraît très-probable que plusieurs fossiles ont des analogues vivans.

b. Mais il me paraît également probable que tous les fossiles n’ont pas des analogues vivans. Des espèces d’êtres organisés ont suivant les probabilités, été détruites, et sont perdues.

Car j’ai rapporté, dans mon ouvrage de la Nature des Êtres existans, que plusieurs animaux et végétaux ne subsistent que dans des endroits très-limités.

La dionée muscipule, par exemple, paraît confinée, suivant Bosc, dans un espace de deux ou trois lieues carrées, dans la Caroline septentrionale, autour de la ville de Wilmington.

Il en est de même de plusieurs autres végétaux.

Des animaux, tels que la girafe, l’autruche, le condor, la vigogne… occupent également des terrains très-limités…

il est donc très-probable que quelques-unes de ces espèces, qui ne vivent que dans des lieux aussi limités, ont pu se perdre et se sont perdues…

Au reste, en nous tenant aux faits, ils disent que,

a. Nous sommes bien éloignés de connaître tous les corps organisés qui existent.

b. Nous sommes bien éloignés de connaître tous les fossiles existans.

Attendons donc de nouveaux faits.


RÉSUMÉ SUR LES FOSSILES.


On doit conclure de tous ces faits, que différentes causes ont concouru à la formation et au dépôt des fossiles. Je vais rappeler, dans un exposé succint, ces causes présumées, en excluant toujours l’action supposée d’une catastrophe générale.

1°. Les théories astronomiques prouvent que le globe terrestre à joui primitivement d’une fluidité, qui lui a fait affecter une figure sphéroïdale.

2°. Il avait donc une température suffisante pour tenir à l’état de fluidité toutes les, substances dont il est composé…

Cette température diminue journellement.

3°. Tous les faits prouvent que ce globe a été composé à différentes époques par des cristallisations successives.

4°. Il est également prouvé que la surface de ce globe a été entièrement couverte par les eaux, puisque ses parties les plus élevées, telles que les Cordilières, l’Altaï, les Alpes… sont composées de substances cristallisées dans les eaux. Ces eaux pouvaient contenir des êtres organisés.

5°. Les terrains primitifs… composent la masse du globe… Ces terrains peuvent être supposés de granits, de porphyres. de substances métalliques, surtout du fer…

6°. Ils ont été déposés suivant les lois des affinités, là les granits, ici les porphyres, ailleurs les schistes…

7°. Ces substances n’ont pas formé une surface plane, mais là des montagnes, ailleurs des vallées, des plaines

8°. Les eaux qui couvraient la surface du globe ont diminué successivement… Les continens ont été découverts peu à peu.

9°. Les êtres organisés des continens ont commencé à paraître. Ils ont été produits par une génération spontanée…

Les mêmes espèces d’animaux et des végétaux ont pu être produites en différentes contrées.

Les mêmes espèces d’animaux et de végétaux ont pu être produites à différentes époques.

Ces êtres organisés ont péri, et ont laissé leurs débris.

10°. Ces débris des êtres organisés des mers ont été enfouis dans les nouveaux terrains. Ce sont les fossiles marins.

11°. Ces nouveaux terrains sont les secondaires. Ils se sont également déposés en montagnes, en vallées, en plaines…

12°. Des lacs se sont formes postérieurement, ainsi que nous l’avons dit, dans les gorges des montagnes. Plusieurs existent encore ; d’autres se sont écoulés.

Ces lacs se sont remplis d’eaux douces, dans lesquelles vivaient des êtres organisés particuliers.

13°. De nouveaux terrains se sont formés dans ces eaux douces, soit des lacs, soit des fleuves.

Les débris des êtres organisés qui habitaient ces eaux douces, ont été enfouis dans ces nouveaux terrains.

Ce sont les fossiles d’eaux douces, déposés après la retraite des eaux des mers.

14°. Quelques fossiles se trouvent dans des terrains qui n’ont point été maniés par les eaux : tels sont les fossiles des êtres organisés ensevelis sous les chutes des montagnes, ou par des bouleversemens volcaniques, des tremblemens de terre…

Tels sont encore les fossiles des êtres péris dans des cavernes ce sont les fossiles terrestres.

15°. Tous les faits prouvent que la masse du globe a joui primitivement d’une température assez élevée, non seulement sous la zone torride, mais encore sous la zone tempérée, et les polaires.

Cette chaleur diminue progressivement, et la masse du globe se refroidit.

16°. Par conséquent les végétaux et les animaux, qui ne peuvent subsister aujourd’hui que dans les contrées équinoxiales, ont pu subsister autrefois, comme l’a dit Buffon, dans les contrées plus ou moins rapprochées des pôles.

17°. Parmi les fossiles, il y a des débris d’espèces très-analogues aux espèces d’êtres vivans actuellement, mais en petit nombre.

18°. Ces êtres vivans, analogues aux fossiles, habitent actuellement presque toutes les contrées qui jouissent d’une température chaude.

On peut présumer que les exceptions qui paraissent avoir lieu, ne sont pas fondées, et que les êtres qui semblent y avoir donné lieu, existaient réellement dans les pays chauds.

19°. Le refroidissement progressif du globe a forcé la plupart de ces espèces à abandonner les contrées boréales trop froides aujourd’hui pour elles, et à se rapprocher des contrées équinoxiales.

20°. Plusieurs de ces animaux émigrent, et passent successivement des pays chauds dans les pays froids, ou des froids dans les chauds.

D’autres se contentent de voyager.

Dans ces émigrations et dans ces voyages, quelques-uns auront pu périr et y laisser leurs débris, qui, par des circonstances locales, auront été enfouis et se seront conservés comme fossiles, ainsi que nous le voyons à l’égard des baleines, qui échouent sur les côtes…

21°. Un nombre plus considérable de fossiles ne paraît pas analogue aux espèces d’êtres organisés vivans, mais seulement aux genres.

22°. Il faut observer que ces différences peuvent provenir des causes que nous avons assignées, en parlant de la Perfectibilité et de la Dégénérescence des Êtres organisés. D’ailleurs, nous ne connaissons pas tous les êtres organisés existans.

Nous ne connaissons pas tous les fossiles.

23°. Mais le plus grand nombre des fossiles paraît n’avoir pas d’analogues, ou au moins des analogues très-éloignés avec les espèces et les genres vivans.

24°. Il faut en conclure qu’il a péri une plus ou moins grande partie des espèces existantes primitivement, surtout celles des grands animaux, les mastodontes, les mégalonix, les palœothérium…

25°. Parmi les fossiles quadrupèdes terrestres, tels que les êléphans, les oiseaux… ou aquatiques, tels que les baleines, les dauphins, les tortues… on ne trouve presque jamais que quelques os épars…

26°. On ne trouve pas de fossiles des genres si nombreux, des sapajous, des singes, des ourangs, des loris, des makis, de l’espèce humaine… ni d’un très-grand nombre d’autres espèces.

27°. On ne saurait en conclure, avec Deluc, que l’existence de l’espèce humaine, ni celle des espèces dont on ne trouve point de fossiles, soit postérieure à celle des espèces dont on trouve des fossiles.

Ceci à dépendra des circonstances particulières.

28°. Il est vraisemblable que des espèces de végétaux et d’animaux ont été produites à différentes époques, ainsi que je l’ai dit. Leurs fossiles peuvent, par conséquent, avoir été déposés à différentes époques.

29°. Il est aussi vraisemblable que les mêmes espèces d’animaux et de végétaux ont été produites en différens endroits, en différentes contrées.

Leurs fossiles, par conséquent, peuvent se trouver dans les différentes contrées.

30°. Les végétaux et les animaux, dont des fossiles subsistent, existaient quelquefois vivans à peu près dans les lieux, ou proche des lieux, où sont leurs fossiles. C’est ce que prouve la forêt fossile de palmiers, observée par Audenrieth, des coquilles fluviatiles et terrestres.

31°. Mais souvent ils existaient dans des lieux plus ou moins éloignés, et le plus souvent dans des régions équinoxiales.

32°. La plus grande partie des fossiles paraît avoir été transportée… ; car, parmi les ossemens fossiles des grands animaux, on n’en trouve que quelques-uns isolés, des dents, par exemple, et jamais, ou presque jamais, le squelette entier.

Différens fossiles se trouvent réunis dans des lieux où leurs analogues ne pouvaient vivre primitivement. Au mont Pulgnasco, par exemple, on trouve des os fossiles de divers animaux, d’eléphans, de rhinocéros, de dauphins, de baleines, et une multitude de coquilles, dont les analogues vivent dans les mers des Indes, de l’Asie, d’Afrique, d’Amérique et d’Europe… Ces divers animaux ne pouvaient vivre ensemble.

On trouve également à Grigon, à Courtagnon, dans les falhunières de la Touraine… des coquilles dont les analogues paraissent vivre dans les différentes mers.

33°. On trouve encore dans les mêmes lieux, et mélangés, des fossiles dont les analogues vivent sur les continens et dans des lacs, dans des fleuves et dans les mers, comme à Montmartre, où on trouve des ossemens de marmose, de putois… d’oiseaux, de poissons…

34°. Ces divers fossiles ont donc été transportés par des eaux courantes, comme l’ont été les fossiles des éléphans, des rhinocéros, des palœotherium… ceux des palmiers… et tous les fossiles d’alluvion…

35°. Les eaux courantes des rivières et des fleuves, qui se jettent aujourd’hui dans les mers ou les lacs, y charrient encore continuellement des débris d’êtres organisés, qui vivent dans leur sein, ou sur les continens, comme nous l’avons rapporté.

36°. Mais les courans qui ont lieu dans les lacs ou dans les mers sont bien plus considérables. Ils transportent ces fossiles à des distances beaucoup plus éloignées, comme je l’ai démontré, dans mon Mémoire sur les courans (Journal de Physique, tom. 67, pag. 81). Le Golfe-strimm apporte, des côtes d’Amérique, divers objets sur les côtes d’Europe…

37°. On observe encore, dans les mers et les lacs, des mouvemens locaux, qui produisent des effets considérables, tels que :

a. Des invasions locales, produites accidentellement par des vents violens qui soulèvent les eaux ; telles sont les inondations qui ont si souvent lieu, sur les côtes de Hollande, d’Angleterre…

b. Des violens tremblemens de terre produisent quelquefois de pareilles inondations, en soulevant les eaux des mers ou des lacs, comme celle qui eut lieu, en 1783, sur les côtes de Sicile, lors de la dévastation de la Calabre…

c. Des débâcles de lacs, telles que celles qui ont produit les déluges d’Ogygès, de Deucalion, de Prométhée…

d. Des débordemens des fleuves, tels que ceux du Nil, du Menan… produiront les mêmes effets…

38°. Toutes ces invasions locales des eaux des mers, inondent avec des eaux marines, des terrains qui peuvent avoir été formés dans des eaux douces, comme les tourbières de la Hollande. Elles peuvent donc y apporter des fossiles marins, qu’elles mélangeront avec les fossiles d’eau douce.

Elles pourront même y séjourner, et former de nouveaux dépôts marins sur ces terrains d’eau douce.

Poiret en rapporte des exemples (Journal de Physique, tom. 51, pag. 294).

39°. Ces eaux, dans ces invasions violentes, renverseront des forêts entières, dont seraient couverts ces terrains, telles que celle des palmiers, dont parle Audenrieth, celle que Lafruglaye a observée sur les côtes de Bretagne, celles qui ont été observées sur les côtes d’Angleterre…

40°. Mais aucun fait ne prouve que les eaux des mers aient pu causer une inondation générale de la surface du globe.

41°. Ces mouvemens des eaux emportent les corps qui sont sur leurs passages, les fossiles comme les minéraux, les haches…

42°. La plus grande partie de ces fossiles est brisée, comme nous les voyons dans les grands amas de coquilles, qui sont réduites en fragmens, et pilées, suivant l’expression de Coupé.

43°. Mais quelques-uns sont conservés plus ou moins intacts, comme ma grosse céryte de Grignon, cerithium giganteum, que j’ai décrite dans ce journal (tom. 65, pag. 412). Ils sont enveloppés dans de la terre, ou le détritus des coquilles.

44°. Ce transport de ces fossiles est démontré par le fait. C’est qu’on ne trouve jamais le squelette entier d’un animal, mais seulement quelques os isolés et séparés, comme les dents…

45°. Un second fait démontre ces transports des fossiles. On trouve mélangés les fossiles des animaux marins, des animaux fluviatiles, et des animaux terrestres.

46°. La plus grande partie des fossiles a été déposée dans les eaux des mers, comme le prouvent les poissons marins, les baleines, les lamentins, les coquilles qui sont presque toutes marines…

47°. Mais quelques-uns de ces fossiles ont été déposés dans les eaux douces des lacs. Car ces lacs nourrissent divers animaux dont les débris s’enfouissent dans les terrains qui s’y forment, des fossiles de castors, de crocodiles, des tourbes…

Quelques autres fossiles ont été déposés dans le sein des grands fleuves.

48°. Les eaux des fleuves et des rivières, qui se versent dans les mers et lacs, y charrient les dépouilles des êtres organisés qui vivent dans leurs eaux et sur les continens.

C’est ainsi qu’ont été formés les houilles et les grands dépôts de bois fossiles, qui ont encore lieu journellement sur les côtes des mers du nord.

49°. Les terrains de ces bassins, de ces lacs, ont été formés dans le sein des mers ; par conséquent, ils peuvent contenir des fossiles marins, des coquilles, des poissons des mers.

50°. Les mouvemens de ces lacs dégradent leurs bassins, les rongent, et en font tomber des portions dans leurs seins, comme je l’ai prouvé à l’égard des monts de la Meilleraie, des monts Salèves… qui bordent le lac de Genève. (Voyez ce que j’en ai dit, dans ce journal, tom. 76, pag. 57).

51°. Ces portions, tombées dans ces lacs, peuvent contenir des fossiles marins, que les flots et le mouvement des eaux disperseront dans toute l’étendue du lac.

52°. On pourra donc trouver, dans des terrains formés dans les eaux douces, des fossiles marins, comme on peut trouver, dans des terrains formés dans les eaux des mers, des fossiles fluviatiles et terrestres, qui y auront été charriés par les fleuves et les rivières.

53°. On doit donc distinguer les différens terrains, et dire :

a. Terrains où on trouve fossiles des débris d’êtres organisés, qui vivent dans les mers.

b. Terrains où on trouve fossiles des débris d’êtres organisés, qui vivent dans les eaux douces.

c. Terrains où on trouve fossiles des débris d’êtres organisés, qui vivent sur les continens, charriés par les eaux.

d. Terrains où l’on trouve des fossiles terrestres, que les eaux n’ont pas maniés.

S4°. On ne pourra donc pas appeler terrains de formation marine, des terrains, seulement parce qu’on y trouve des fossiles d’êtres organisés, qui ont vécu dans les mers.

Comme on ne pourra pas appeler terrains de formation d’eau douce, des terrains, seulement parce qu’on y trouve fossiles, des débris d’êtres organisés, qui ont vécu dans les eaux douces.

55°. Ce sera donc à la sagacité de l’observateur à savoir distinguer et apprécier les circonstances, pour juger si tel fossile a été déposé dans le sein des mers, ou dans les eaux douces, ou sur les continens, si tel terrain a été formé dans les eaux des mers, ou dans les eaux douces.

S6". Au mont Pulgnasco, par exemple, à Grignon, à Pierre-Leu… il y a des débris d’êtres organisés, qui ont vécu sur les continens, dans les eaux douces, et dans les eaux des mers… Si on demande où ont été formés ces terrains, je dirai qu’il est probable qu’ils l’ont été dans les eaux des mers, parce que la majorité des fossiles qu’on y observe est marine, et qu’il y en a peu d’eau douce…

57°. Les tourbières, au contraire, paraissent, en général, avoir été formées dans les eaux douces. Elles sont formées de plantes d’eaux douces ; on y trouve des coquilles d’eaux douces, des poissons d’eaux douces, des ossemens de castors…

Mais, quelquefois, ces tourbières s’étendent dans la mer ; on pourrait donc aussi y trouver des débris d’êtres organisés marins.

Enfin, plusieurs animaux des continens s’y enfoncent, et y demeurent enfouis, sans avoir été maniés par les eaux, tels que les bœufs, les chevaux…

58°. On peut donc supposer, en général, que les terrains qui contiennent de grandes quantités de fossiles d’eaux douces, ont été formés dans les eaux douces.

Les terrains qui paraissent avoir été des bassins de lacs d’eau douce, desséchés, peuvent également être regardes comme formés dans les eaux douces.

Les terrains, dont les fossiles sont marins, ou au moins dont les fossiles sont en plus grande partie marins, paraissent avoir été formés dans les mers.

59°. Des terrains, comme ceux de Montmartre, paraissent avoir été formés dans les eaux des mers, comme je le disais à Lamanon, et non dans les eaux douces, ainsi qu’il le prétendait. On en convient aujourd’hui, pour les couches inférieures de plâtre, parce qu’elles contiennent des coquilles reconnues pour être marines.

Mais j’ai trouvé, dans les couches supérieures, des poissons, marins, savoir :

Un spare, dans la couche dite des Hauts-Piliers.

Un ésoce, dans d’autres couches supérieures.

Desmaréts et Prévost ont trouvé des coquilles marines dans les couches.

On doit donc également convenir que ces couches supérieures ont été formées dans les eaux des mers, ainsi que les inférieures, et non dans les eaux douces.

Mais il est possible que, postérieurement, il se soit formé un lac d’eaux douces aux environs de Paris ; et c’est dans ce lac qu’auraient été déposées les coquilles fluviatiles, les planorbes, les lymnées, les bulimes… fossiles, qu’on trouve, à l’ouest de Paris, dans les couches supérieures.

60°. Des invasions locales des eaux des mers, telles que celles que nous avons, vu avoir eu lieu en Hollande, sur les côtes d’Angleterre… ont pu couvrir postérieurement des terrains formés dans les eaux douces, par exemple, les tourbières de Hollande…, et y déposer des fossiles marins.

Elles auront même pu y former des couches marines, si elles y ont séjourné assez de tems.

Il est donc possible de trouver, sur des terrains formés dans les eaux douces, d’autres terrains qui seraient de formation marine.

61°. Mais tous les faits prouvent que ces invasions des mers ont été très-bornées, et qu’il n’y a point eu d’invasions générales qui aient couvert toute la surface de la terre, ou au moins la plus grande partie.

62°. On a supposé des mouvemens alternatifs, des eaux des mers et des eaux douces se remplaçant successivement, On à dit par exemple que dans les environs de Paris :

1°, Une première mer est venue déposer les craies dans lesquelles sont des coquilles marines.

2°. une seconde mer revient, et dépose une couche d’argile.

3°. Une troisième mer survient, et dépose les pierres calcaires, remplies de coquilles marines.

4°. Alors le sol se couvre d’eau douce et dépose les plâtres,

Une autre mer revient, et dépose les tellines, les huitres marines… au-dessus des plâtres.

5°. Une quatrième mer revient, et fait les mêmes dépôts que la seconde mer.

6°. Il faudrait ajouter que les eaux douces sont revenues une seconde fois déposer des coquilles d’eau douce, des planorbes, des lymnées… que l’on trouve à la surface de ces terrains en plusieurs endroits…

Ces suppositions paraissent inadmissibles, ainsi que je l’ai fait voir dans ce journal, tome 71, page 366 ; car il faudrait admettre des mouvemens continuels des eaux des mers, puisque les couches des environs de Paris ne sont pas toujours au même niveau. Les couches, des plâtres d’Antony, par exemple, sont beaucoup plus basses que celles de Montmartre. Les couches qui contiennent des huitres à Montmartre ne sont pas au même niveau que celles qui en contiennent à Longjumeau et ailleurs… Ajoutons que ces mouvemens des eaux des mers, qu’on suppose, auraient dû s’étendre sur toute la surface des mers, dont les eaux doivent garder les mêmes niveaux, depuis Paris jusqu’à la Nouvelle-Hollande…

Je ne donnerai pas ici plus d’étendue à ces considérations, je renvoie à ce que j’en ai dit ailleurs.

On voit que l’histoire des fossiles laisse encore beaucoup à désirer.

Elle a cependant beaucoup acquis depuis quelques années : ces progrès sont l’effet de l’étude assidue qu’on en fait. Néanmoins elle est encore bien peu avancée eu égard au grand nombre de fossiles qui existent.

Qu’on observe surtout que chaque contrée en renferme de particuliers. il faudrait donc des histoires particulières de chacune de ces contrées, pour en décrire les fossiles, soit quadrupèdes, soit oiseaux, poissons, mollusques, soit madrepores, soit végétaux…

Ce ne peut être que par une étude suivie, des fossiles de chaque pays, que l’histoire des fossiles acquerra de la précision, et qulon en pourra tirer des conclusions générales, qui confirmeront, ou modifieront, ou détruiront les opinions que nous avons proposées sur les fossiles.

Il faut reconnaître, à la vérité, que la connaissance des fossiles n’intéresse qu’une partie assez limitée de la géologie, la formation des terrains secondaires ; mais elle est assez nécessaire à la science, pour qu’on continue à s’en occuper avec la même persévérance.

Les progrès rapides que font la botanique et la zoologie, faciliteront ceux de la connaissance des fossiles, car toutes les sciences sont liées les unes aux autres. On ne peut perfectionner les unes qu’en perfectionnant les autres.




  1. Cuvier, Annales du Muséum, cahier 69, pag. 145.
  2. Annales du Muséum, cahier 68, pag. 73.
  3. Cuvier, Annales du Muséum, cahier 78, pag. 421.
  4. Cuvier, Annales du Muséum, cahier 74, pag. 182.
  5. Journal de Physique, tom. 51, pag. 128.
  6. Journal de Physique, tom. 55, pag. 59.
  7. Annales du Muséum, cahier 53, pag. 355.
  8. Journal de Physique, tom. 53, pag. 73.
  9. Saussure.
  10. Leçons de Minéralogie, tom. 2.
  11. Histoire de la Montagne de Saint-Pierre, pag. 180.
  12. Cuvier, Annales du Muséum, cahier 78.
  13. Annales du Muséum, 1812.
  14. Voir mes Considérations sur les fossiles (Journal de Physique, tom. 77, pag. 109.
  15. Journal de Physique, tome 78, pag. 401.
  16. Journal de Physique, tom. 66, pag. 50.