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Le Bhâgavata Purâna/Livre I/Chapitre 2

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Traduction par Eugène Burnouf.
Imprimerie royale (tome 1p. 5-8).
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CHAPITRE II.

DESCRIPTION DE BHAGAVAT.


1. Le fils de Rômaharchaṇa, très-satisfait des questions des Brâhmanes, et recevant avec respect leur invitation, commença à parler :

SÛTA dit :

2. Je m’incline devant ce sage, errant solitaire comme un mendiant, après qu’il eut renoncé à l’action ; ce sage que Dvâipâyana (Vyâsa), effrayé de son isolement, appela, ô mon fils ! Alors que, remplaçant son fils, les arbres seuls répondirent à sa voix ; ce sage qui pénètre dans l’intelligence de tous les êtres.

3. Je me réfugie vers ce fils de Vyâsa, le précepteur des solitaires, qui, par compassion pour les hommes désireux de traverser les épaisses ténèbres de ce monde, a révélé le plus mystérieux des Purâṇas, celui auquel appartient en propre l’excellence, l’essence des Vêdas réunis, qui est sans pareil, le flambeau de l’Esprit suprême.

4. Après avoir vénéré Nârâyana, Nara, le meilleur des hommes, la divine Sarasvatî, Vyâsa, que l’on récite ce livre qui donne la victoire.

5. Sages solitaires, vous avez bien fait de m’interroger ; c’est le bonheur des hommes que vos questions aient eu pour objet Krǐchna, qui donne à l’âme un calme parfait.

6. Oui, le devoir suprême des hommes est celui d’où naît la dévotion pour Adhôkchadja (Vichṇu), une dévotion désintéressée, que rien n’arrête, qui donne à l’âme un calme parfait.

7. La dévotion qui prend pour objet de son culte Bhagavat, fils de Vasudêva, produit bien vite le détachement de tout désir et une science qui ne discute pas.

8. La stricte observation des devoirs imposés aux hommes, quand elle ne peut leur inspirer de l’amour pour les histoires de Vichvaksêna (Vichṇu), n’est réellement que de la peine en pure perte.

9. En effet l’avantage qui résulte du devoir porté jusqu’au renoncement au monde, n’est réellement pas un avantage ; et le plaisir qu’on retire d’un avantage exclusivement obtenu par l’accomplissement du devoir, ne passe pas pour un gain véritable.

10. Ce n’est pas non plus un gain véritable que la satisfaction des sens produite par le plaisir, laquelle n’existe qu’autant que dure la vie ; et ce n’est pas un avantage de la vie que le désir de connaître la vérité, lequel résulte d’actes accomplis en ce monde.

11. Les sages qui connaissent les principes appellent Vérité (ou réalité), la science qui n’admet pas la dualité ; ce principe est nommé par les uns Brahma, par les autres Paramâtman (l’Esprit suprême), par ceux-là Bhagavat.

12. Mais les solitaires qui ont de la foi, et dont la dévotion, fondée sur la révélation, est soutenue par la science et par le détachement de tout désir, voient au sein de leur propre âme ce principe qui est l’Esprit [suprême].

13. C’est donc, ô les meilleurs des Brahmanes, c’est le culte rendu à Hari qui est pour les hommes, quelle que soit leur classe et leur condition, le véritable résultat de la stricte observation du devoir.

14. Voilà pourquoi Bhagavat, le chef des Sâtvats, doit être à tout instant l’objet exclusif de l’attention, de la louange, de la méditation et du respect des hommes.

15. Eh ! Qui n’aimerait les histoires de cet être divin ? La méditation qui le prend pour objet, est comme un glaive avec lequel les sages tranchent le lien de l’action qui enchaîne la conscience.

16. Le plaisir, ô Brahmanes ! que l’on prend aux histoires du fils de Vasudêva, naît dans l’homme doué de foi et désireux d’en entendre le récit, de son respect pour les sages éminents, lequel vient du culte qu’il rend aux étangs sacrés.

17. Dans sa bienveillance pour les hommes vertueux qui écoutent le récit de ses actions, Krǐchna, dont l’histoire purifie également, soit qu’on l’entende, soit qu’on la répète, descend au fond de leur cœur et en chasse tous les mauvais désirs.

18. Et une fois que les mauvaises pensées ont perdu leur empire, le culte constant rendu aux serviteurs de Bhagavat produit une dévotion inébranlable au Dieu dont la gloire est excellente.

19. Alors le cœur, bravant les attaques du désir, de la cupidité, et des autres vices nés de la Passion et des Ténèbres, se repose tranquillement au sein de la Bonté.

20. Et le cœur qui a ainsi trouvé le repos en se vouant au culte de Bhagavat, après avoir rompu les liens qui rattachaient au monde, arrive à l’intuition de la Vérité, qui est Bhagavat même.

21. Le nœud du cœur est tranché ; tous les doutes sont dissipés ; les œuvres de l’homme sont anéanties, car alors il voit au dedans de lui le souverain Seigneur lui-même.

22. Voilà pourquoi les chantres inspirés, le cœur rempli de joie, vouent incessamment à Bhagavat, fils de Vasudêva, un culte qui donne le calme à l’âme.

23. La Bonté, la Passion, les Ténèbres sont les qualités de la Nature ; réuni à ces qualités, l’Esprit unique, suprême, prend ici-bas les noms distincts de Hari, Viriñtchî, Hara, pour conserver, créer et détruire l’univers. Mais la béatitude, c’est à celui d’entre ces Dieux dont la Bonté est le corps, que les hommes la doivent.

24. Du bois, corps formé de la terre, sort la fumée ; de la fumée, le feu, dont le triple Vêda règne l’emploi. Ainsi des Ténèbres sortit la Passion ; de la Passion, la Bonté, qui rend Brahma visible.

25. Aussi, dans l’origine, les solitaires adressèrent leur dévotion à Bhagavat Adhôkchadja, qui est pur, qui est la Bonté même ; et ceux qui, dans ce monde, suivent leur exemple, assurent leur salut.

26. Ceux qui veulent se sauver, abandonnant, sans le calomnier, le culte des chefs des Bhûtas (Démons) aux formes terribles, adorent, dans le calme des passions, les portions de Nârâyana.

27. Les hommes dont la nature tient de la Passion et des Ténèbres, désirant obtenir des richesses, du pouvoir, des enfants, adressent leur hommage à des êtres dont ils partagent les qualités, tels que les Pitrĭs (les Mânes), les Bhûtas, les Pradjêças (les Chefs des créatures).

28. C’est au fils de Vasudêva que s’adressent les Vêdas, à lui que s’adressent les sacrifices, à lui les pratiques du Yoga, à lui les cérémonies.

29. À lui la science, à lui les mortifications, à lui les devoirs ; le fils de Vasudêva est la voie suprême du salut.

30. C’est lui, c’est Bhagavat qui, à l’aide de sa Mâyâ, manifestée sous la forme de ce qui existe, comme de ce qui n’existe pas [pour nos organes], et revêtue des qualités dont l’Être suprême est essentiellement affranchi, créa au commencement cet univers.

31. Pénétrant au sein de ces qualités, manifestées par Mâyâ, comme s’il avait des qualités lui-même, l’Être apparaît au dehors, poussé par l’énergie de sa pensée.

32. Car de même que c’est un seul et même feu qui brille dans tous les bois où il se manifeste, ainsi l’Esprit, unique, âme de l’univers, enfermé dans chacun des êtres où il réside, apparaît comme s’il était multiple.

35. Pénétrant dans les êtres produits spontanément par la réunion des éléments subtils, des sens et du cœur, principes émanés des qualités, il y perçoit les impressions qui s’adressent à chacun d’eux.

34. Créateur des mondes, il les conserve à l’aide de la qualité de la Bonté, aimant à revêtir, dans les jeux de ses incarnations, la forme d’un Dêva, d’un homme ou d’un animal.


FIN DU DEUXIÈME CHAPITRE, AYANT POUR TITRE :
DESCRIPTION DU DIVIN BHAGAVAT,
DE L’ÉPISODE DE LA FORET NAIMICHA, DANS LE PREMIER LIVRE DU GRAND PURÂÇA,
LE BIENHEUREUX BHÂGAVATA,
RECUEIL INSPIRA PAR BRAHMÂ ET COMPOSÉ PAR VYÂSA.