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Le Bhâgavata Purâna/Livre II/Chapitre 3

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Traduction par Eugène Burnouf.
Imprimerie royale (tome 1p. 112-115).
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CHAPITRE III.

DESCRIPTION DE MAHÂPURUCHA.


1. Çuka dit : Je viens de t’exposer ce que tu me demandais, cette science destinée aux sages d’entre les hommes qui sont sur le point de mourir.

2. Que celui qui désire la splendeur que donne la connaissance du Vêda, adresse son hommage au maître du Vêda ; que celui qui désire des sens [parfaits], s’adresse à Indra ; que celui qui désire des enfants, invoque les Pradjâpatis.

3. Que celui qui désire le bonheur, le demande à la divine Mâyâ ; que celui qui veut de l’éclat, le demande à Vibhâvasu (le feu) ; que celui qui désire des richesses, les demande aux Vasus ; que l’on s’adresse aux Rudras, pour en obtenir la force qu’on désire.

4. Que celui qui désire des aliments, adore Aditi ; et que celui qui veut le ciel, adore les enfants d’Aditi ; que celui qui désire la royauté, s’adresse aux Viçvadêvas ; et qu’il s’adresse aux Sâdhyas, celui qui veut se soumettre les hommes.

5. Que celui qui désire une vie longue, la demande aux divins Açvins ; que celui qui désire la croissance, la demande à Ilâ (la terre) ; que celui qui désire la solidité, la demande au ciel et à la terre, qui sont les père et mère du monde.

6. Que celui qui veut de la beauté, s’adresse aux Gandharvas ; que celui qui veut des femmes, s’adresse à l’Apsaras Urvaçî ; que celui qui désire la puissance souveraine sur tous les êtres, s’adresse à Paramêchṭhin.

7. Que celui qui désire la gloire, la demande à Yadjna ; que celui qui désire des trésors, en demande à Pratchêtas (Varuṇa) ; que celui qui désire la science, la demande à Giriça (Çiva) ; que celui qui désire le bonheur conjugal, le demande à la vertueuse Umâ.

8. Que celui qui désire la justice, invoque le Dieu que célèbrent des distiques excellents ; que celui qui veut perpétuer sa race, invoque les Pitrǐs ; que celui qui veut être protégé, invoque les saintes créatures (les Yakchas) ; que celui qui désire la vigueur, invoque les troupes des Maruts.

9. Que celui qui veut le titre de roi, s’adresse aux divins Manus ; que celui qui veut la mort de son ennemi, s’adresse à Nirrǐti ; que celui qui désire la jouissance des désirs, s’adresse à Sôma ; que celui qui désire l’affranchissement des désirs, s’adresse au suprême Purucha.

10. Que celui qui n’a aucun désir ou qui désire tout, c’est-à-dire l’affranchissement, et dont l’intelligence est élevée, s’adresse, avec l’application d’une dévotion ardente, à l’Esprit suprême.

11. Mais quand les hommes offrent en ce monde des sacrifices [à ces divers Dieux], leur véritable récompense, leur bonheur réel, c’est uniquement l’affection inaltérable pour Bhagavat que produit en eux la société des sages qui lui sont dévoués.

12. Quel est celui qui ne quitterait pas tout pour jouir des histoires de Hari, qui donnent et la science par laquelle est calmé complètement le tourbillon des vagues des qualités, et la paix du cœur, et le détachement des objets sensibles, et la pratique de la dévotion qui est la voie approuvée de la délivrance absolue ?

ÇÂUNAKA dit :

13. Quand le roi, fils de Bharata, eut entendu ce discours, que demanda-t-il encore au chantre inspiré, au Rǐchi, fils de Vyâsa ?

14. Veuille bien nous dire, savant Sûta, ce que nous désirons entendre ; car il est établi que les réunions des sages doivent s’occuper des récits dont l’histoire de Hari est la conséquence.

15. [Vois, par exemple,] ce roi dévoué à Bhagavat, ce guerrier au grand char, l’illustre descendant de Pâṇḍu, qui, au milieu des jeux de l’enfance, ne connaissait d’autres plaisirs que Krǐchṇa ;

16. Et ce bienheureux fils de Vyâsa, exclusivement dévoué au fils de Vasudêva ; oui, ces histoires, ennoblies par les qualités de celui dont le nom est chanté au loin, doivent être entendues dans les réunions des gens vertueux.

17. Car le soleil, par la succession de son levier et de son coucher, détruit la vie des mortels, excepté celle de l’homme qui a donné ne fût-ce qu’un instant à l’histoire du Dieu dont la gloire est excellente.

18. Ne vivent-ils pas [aussi], les arbres ? ne respirent-ils pas, les soufflets ? ne mangent-ils pas, ne se reproduisent-ils pas aussi, les autres animaux des villages ?

19. C’est une brute comparable au chien, au chameau, à l’âne et au pourceau qui vit dans la fange, que l’homme dont les oreilles n’ont jamais été frappées par l’histoire du frère aîné de Gada.

20. Les oreilles de l’homme qui n’écoute pas les hauts faits de celui dont le pouvoir est immense, sont des trocs inutiles ; elle ressemble à une grenouille, la langue mauvaise, ô Sûta, qui ne répète pas les vers consacrés à celui dont le nom est chanté au loin.

21. C’est un poids inutile que la tête, fût-elle ornée du turban de soie et de l’aigrette, qui ne s’incline pas devant Mukunda ; les mains qui n’adorent pas Hari ne sont que les mains d’un cadavre, quand même elles porteraient de brillants bracelets d’or.

22. Ils ressemblent aux yeux qui parent la queue du paon, les yeux de l’homme qui ne contemplent pas les attributs de Vichṇu ; ce sont les racines d’un arbre que les pieds qui ne vont pas visiter les lieux consacrés à Hari.

23. C’est un cadavre vivant que l’homme qui ne recueille pas la poussière des pieds des sages dévoués à Bhagavat ; c’est un cadavre respirant que celui qui ne connaît pas le parfum de la plante Tulasî qui s’attache aux pieds du divin Vichṇu.

24. Oui, il a un cœur de pierre, celui qui entendant les noms de Hari, n’éprouverait aucune émotion, ne sentirait pas les larmes couler de ses yeux et les poils se dresser sur tout son corps.

25. Dis-nous donc, ô toi le premier des serviteurs de Bhagavat, toi dont les discours sont pleins de bienveillance, ce que le fils de Vyâsa, habile dans la connaissance de l’esprit exposa au roi des hommes, qui l’avait convenablement interrogé.


FIN DU TROISIÈME CHAPITRE, AYANT POUR TITRE :
DESCRIPTION DU CORPS DE MAHÂPURUCHA,
DANS LE DEUXIÈME LIVRE DU GRAND PURÂṆA,
LE BIENHEUREUX BHÂGAVATA,
RECUEIL INSPIRÉ PAR BRAHMÂ ET COMPOSÉ PAR VYÂSA.