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Le Bhâgavata Purâna/Livre III/Chapitre 10

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Traduction par Eugène Burnouf.
Imprimerie royale (tome 1p. 201-204).
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CHAPITRE X.

DÉVELOPPEMENT DE L’ORIGINE DES PRINCIPES.


1. Vidura dit : Quand Bhagavat eut disparu, de combien de manières Brahmâ, l’aïeul des mondes, le Souverain de l’univers, produisit-il les créatures corporelles et spirituelles ?

2. Daigne aussi répondre successivement, sage bienheureux et qui sais tant de choses, aux questions que je t’ai adressées, et trancher ainsi tous mes doutes.

3. Çuka dit : Ainsi sollicité par le guerrier, le solitaire Kâuçâravi, plein de satisfaction, répondit, ô descendant de Bharata, à ses questions qui étaient restées gravées dans son cœur.

4. Mâitrêya dit : Viriñtcha se livra, pendant cent années divines, à la pénitence, après avoir déposé son cœur dans l’Esprit [suprême], selon ce que lui avait dit Bhagavat, l’Être incréé.

5. Le Dieu né du lotus, ayant vu la plante sur laquelle il était assis et l’océan, agités par un vent dont l’époque [de la submersion du monde] avait emprunté la violence,

6. Absorba ce vent et les eaux, par la force toujours croissante de ses austérités, par sa science fixée sur l’Esprit [suprême], et par une expérience et une énergie depuis longtemps augmentées.

7. Ayant vu que le lotus sur lequel il était assis remplissait l’espace, il réfléchit ainsi en lui-même : Avec ce lotus je formerai les mondes qui ont été antérieurement détruits.

8. Après avoir pénétré dans le centre de ce lotus, poussé à l’œuvre par Bhagavat, il partagea en trois cette plante unique, qu’il eût pu diviser en quatorze comme en un plus grand nombre de portions.

9. Tel est, en abrégé, l’ensemble des parties dont se compose la demeure des êtres mortels ; mais c’est [le séjour de] Paramêchṭhin, qui est la récompense du devoir rempli avec désintéressement.

10. Vidura dit : Cet attribut nommé le Temps, que tu nous as dit appartenir à Hari dont les formes sont sans nombre et les actions merveilleuses, consens, sage Brahmane, à nous le décrire tel qu’il est.

11. Mâitrêya dit : Se manifestant par les modifications successives des qualités, et néanmoins sans attributs comme sans limites, Purucha a fait en se jouant la création de sa propre substance, en prenant le temps comme moyen.

12. L’univers, en effet, dont l’élément primitif est Brahmâ, et qui est détruit par la Mâyâ de Vichṇu, apparaît à l’existence avec ses divisions, par la volonté de l’Être suprême qui se sert du temps dont la forme est invisible ; comme il est maintenant, ainsi a-t-il été au commencement, et ainsi sera-t-il dans l’avenir.

13. La création est de neuf sortes ; on compte une dixième création, celle qui se nomme à la fois produite par la nature, et résultante du changement. La destruction de l’univers est triple, selon qu’elle a lieu par le temps, ou par les éléments, ou par les qualités.

12. La première création est celle de l’Intelligence, qui est l’inégalité des qualités produite par l’Esprit ; la seconde est celle de la Personnalité, doit naissent la matière, la connaissance et l’action.

15. La troisième est la création des éléments, c’est celle de leurs molécules subtiles qui produisent la matière ; la quatrième est celle des sens, que constituent la connaissance et l’action.

16. La cinquième est celle des modifications [de la qualité de la Bonté], c’est la création des Dêvas et du cœur ; la sixième est celle de l’obscurité, qui est, ô guerrier, l’œuvre de l’ignorance.

17. Les six créations précédentes sont le produit de la nature ; apprends de moi quelles sont celles qui résultent du changement : c’est là l’effet des jeux de Bhagavat, quand il s’unit à la qualité de la Passion, de ce Dieu dont la contemplation enlève [loin du monde].

18. La septième est la création première des corps qui ne se meuvent pas ; elle est de six espèces, comprenant les arbres, rois des forêts, les herbes annuelles, les arbustes grimpants, les bambous, les plantes rampantes, les arbres ; le courant [de la vie] se dirige en haut chez ces êtres ; les Ténèbres dominent en eux ; ils sont intérieurement sensibles au toucher ; ils ont les attributs de l’individualité.

19. La huitième création est celle des animaux ; elle se divise en vingt-huit espèces ; les animaux sont ignorants et plongés dans les ténèbres ; ils connaissent les objets par l’odorat, et sont privés des lumières de l’esprit.

20. Ce sont la vache, la chèvre, le buffle, le [cerf ?] noir, le sanglier, le Gavaya (le Gyall), la gazelle Ruru ; ces animaux ont un double sabot, ainsi que le bélier et le chameau.

21. L’âne, le cheval, le mulet, le Gâura, le Çarabha et le Tchamarî (le Yak) n’ont qu’un seul sabot ; apprends maintenant de moi quels sont les animaux pourvus de cinq ongles.

22. Ce sont le chien, le chacal, le loup, le tigre, le chat, le lièvre, le porc-épic, le lion, le singe, l’éléphant, la tortue, le crocodile, le Makara et d’autres de cette espèce ;

23. Le héron, le vautour, la grue [blanche], le faucon, la poule d’eau, le Bhallûka, le paon, l’oie, la grue Sârasa, le canard, le corbeau, le chat-huant et les autres oiseaux.

24. La neuvième création, ô guerrier, est d’une seule espèce, c’est celle de l’homme, chez qui le courant [de la vie] se dirige en bas : la Passion domine dans l’homme ; l’homme est livré à l’action, et il prend la peine pour du plaisir.

25. Ces trois dernières créations résultent du changement, comme celle des Dêvas, [laquelle est inférieure à celle] qui a été appelée création des modifications de la Bonté ; mais la création des [quatre] fils de Brahmâ réunit à la fois le double caractère des créations produites par la nature, et de celles qui résultent du changement.

26. La création des Dêvas est de huit espèces, savoir : les Dieux, les Pitrǐs, les Asuras, les Gandharvas et les Apsaras, les Siddhas, les Yakchas et les Rakchas, les Tchâraṇas, les Bhûtas, les Prêtas et les Piçâtchas, les Vidyâdharas, les Kinnaras et d’autres.

27. Telles sont, ô Vidura, les dix espèces de créations produites par le créateur de l’univers ; je t’exposerai ensuite les généalogies et les Manvantaras.

28. C’est ainsi qu’uni à la Passion, l’Être existant par lui-même, Hari, le créateur, sait, aux Kalpas et aux autres époques, opérer lui-même par sa volonté féconde la création de sa propre substance.


FIN DU DIXIÈME CHAPITRE, AYANT POUR TITRE :
DÉVELOPPEMENT DE L’ORIGINE DES PRINCIPES,
DANS LE DIALOGUE DE VIDURA ET DE MÂITRÊYA, AU TROISIÈME LIVRE DU GRAND PURÂṆA,
LE BIENHEUREUX BHÂGAVATA,
RECUEIL INSPIRÉ PAR BRAHMÂ ET COMPOSÉ PAR VYÂSA.