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Le Bouddhisme Japonais/8

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Paris, Maisonneuve et Ch. Leclerc (p. 81-108).

CHAPITRE HUITIÈME
SHIN-GON-SHÛ. SECTE DE LA VRAIE PAROLE (MANTRA)
I. Histoire de la secte

La doctrine de cette secte est la grande loi ésotérique. Elle nous enseigne que même sous la forme de ce corps matériel qui est né de nos père et mère et qui est formé des six éléments[1], nous pouvons atteindre à l’état de la Grande Connaissance absolue qui est l’état de Bouddha, si nous suivons les trois grandes lois ésotériques qui concernent le Corps, la Parole et la Pensée.

Le Tathâgata Mahâvairocana (Daï-nithi-nyo-raï), qui représente l’état du Dharma-kâya (corps spirituel), prêche la doctrine des Mantras ésotériques (Shin-gon) à ses propres sujets, afin de montrer la vérité telle qu’il la comprend lui-même. Cette doctrine est enseignée dans les Sûtras Mahâvairocanâbhisambodhi (Daï-nithi-kyô), Vajraçekhara (Kon-gô-thio-kyû), etc. Quoiqu’il y ait beaucoup d’articles qui traitent de la doctrine des Vraies Paroles ésotériques dans ces sûtras, le point essentiel n’est autre que le Maṇḍala (le cercle) des Deux Parties (Ryô-bou), savoir : le Vajra-dhâtu (Kon-gô-kaï) et le Garbha-dhâtu (Taï-zô-kaï). Ainsi le Maṇḍala est le corps ou la substance de la doctrine de cette secte. Dans l’assemblée appelée Ji-shô-é l’assemblée de la nature elle-même) dans laquelle Bouddha prêcha la loi, Vajrasattva (Kon-gô-satta) reçut l’Abhisheka ésotérique (Kwan-jô) c’est-à-dire l’onction d’eau sur la tête de l’initié et fut ainsi désigné comme l’héritier de la Loi.

Plus tard, le grand Nâgârjuna (Ryû-myô) vit Vajrasattva dans la Tour de Fer de l’Inde septentrionale et reçut de lui les Deux Parties : Vajra-dhâtu et Garbha-dhâtu ; Nâgârjuna transmit la loi à son disciple Nâgabodhi (Ryû-thi) qui la transmit à Vajrabodhi (Kon-gô-thi). Ce dernier, excellent connaisseur de nombreuses sectes bouddhiques et d’autres religions, et versé surtout dans le sens profond de la doctrine de cette secte, l’enseigna pendant longtemps aux Indes.

Telle est l’esquisse rapide de la transmission de cette secte aux Indes.

En 719, Vajrabodhi conduisit son disciple Amoghavajra (Fou-ku-kon-gô), à Chang-An, la capitale de la Chine. L’empereur Gen-sô, de la dynastie des T’ang, l’accueillit avec grand plaisir et lui ordonna de traduire le livre intitulé Yu-ga-nen-ju-hô « Loi, pensée et récits de la doctrine Yoga ». Il est considéré comme le fondateur de la doctrine ésotérique du Bouddhisme en Chine. Après sa mort, Amoghavajra retourna aux Indes afin de faire de nouvelles recherches dans cette doctrine. En 746, il revint en Chine et y traduisit les livres sacrés au nombre de soixante-dix-sept ouvrages. Kéï-kwa du Seï-ryû-ji fut le digne disciple de ce grand maître.

Il était aussi versé que lui dans le Tripiṭaka et les Deux Parties. Il propagea la doctrine du Mantra dans toutes les provinces de l’Empire chinois.

En 804, Kou-kaï, mieux connu sous le titre posthume de Kau-bau-Daï-shi, alla du Japon en Chine et y devint disciple de Kéï-kwa. Ce dernier le reçut en lui disant : « Je t’attendais ici depuis bien longtemps. » Pendant les deux mois qui suivirent, Kou-ka’i reçut de Kéï-kwa l’instruction ésotérique sur les Deux Parties ; au bout de quatre mois, Kéï-kwa lui donna l’Abhisheka, l’Onction d’eau sur la tête, en lui disant : « Bhagavat donna la clef ésotérique de la vérité à Vajrasattva qui la transmit à Nâgârjuna, et ainsi de suite jusqu’à moi. Je vois que tu es un homme digne de cette instruction ; ainsi je te donne la clef de la grande doctrine ésotérique des Deux Parties. Il faut que tu la propages dans ton pays natal. » En 806, Kou-kaï retourna au Japon. L’empereur Heï-zéï le reçut cordialement et lui ordonna d’enseigner la doctrine dans le pays.

Depuis le Tathâgata Mahâvairocana jusqu’à Kou-kaï, on compte huit patriarches comme gardiens sacrés de la Loi. En outre, il y a une autre série de huit personnes qui sont aussi appelées les patriarches qui transmettent la Loi ; leurs noms sont Nâgârjuna (Ryû-myô}}), Nâgabodhi (Ryû-thi), Vajrabodhi (Kon-gô-thi), Çubhakarasiṃha (Zen-mou-i), Amoghavajra (Fou-ku-kon-gô), Kéï-kwa, Ithi-guyô et Kou-kaï.

Kou-kaï eut dix grands disciples ; mais deux d’entre eux seulement furent ses vrais successeurs, à savoir : Jitsou-é et Shin-ga. Gen-nin leur succéda et transmit la Loi à Yokou-shin et à Shô-bô. Celui-ci fut le fondateur de l’École O-nô, et celui-là de l’École Hiro-sawa.

LISTE CHRONOLOGIQUE DES PATRIARCHES
Inde

Mahâvairocana (Daï-nythi)
Vajrasattva (Kon-gô-satta)
Nâgârjuna
Nâgabodhi

Chine

Vajrabodhi
Amoghavajra
Kéï-kwa

Japon

Kou-kaï, Kau-beau-Daï-shi.
Jitsou-é et Shin-ga

Yakou-shin de l’École Hiro-sawa
Shô-bô de l’École O-nô.


II. Doctrine de la secte.
A. DIVISIONS DOCTRINALES

Il y a deux manières d’après cette secte de classer toutes les doctrines du Bouddha.

1° Division des Dix Degrés de Pensées (Ju-ju-shin) au point de vue de la table en longueur.

2° Division de la doctrine exotérique et de la doctrine ésotérique (Ken-mitsou-ni-kyô) au point de vue de la table en travers. Dans cette dernière division toutes les lois prêchées par Çâkyamuni forment ce qu’on appelle la doctrine exotérique (Ken-kyô) ; et celles qui sont enseignées par le Dharma-kâya (le corps spirituel) forment la collection nommée doctrine ésotérique (Mitsoukyô). Le Dharma-kâya est le corps de la connaissance intérieure de Bouddha. Il est considéré par les sectateurs de la doctrine exotérique comme informe et muet ; mais les partisans de la doctrine ésotérique croient que le Dharma-kâya a la forme et la parole. La doctrine exotérique est celle qui est enseignée aux hommes comme ces conversations pleines de formalités, qu’on tient à des hôtes honorables qu’on reçoit cérémonieusement. La doctrine ésotérique est la loi que Dharma-kâya fait mystérieusement comprendre à ses propres sujets comme on cause familièrement avec un parent. Cette division est employée pour exposer les plus ou moins grandes différences entre les doctrines de cette secte et les quatre autres : Hossô, San-ron, Ten-daï et Ké-gon.

Les Dix Degrés de Pensées sont originellement énumérés dans le chapitre sur les « Degrés de Pensées » dans le Mahâvairocanâbhisambodhi-sûtra (Daï-nithi-kyô). Ces noms ont été établis pour désigner des êtres vivants. Kou-kaï les adapta habilement pour distinguer les différentes sectes. Pour exposer ces pensées, il y a aussi deux formes : 1° en travers ;en longueur. La forme en travers expose les différentes sortes d’objets dans le Dharma-dhâtu-mandala (le cercle de l’état de choses) et embrasse la théorie de toutes les doctrines de Bouddha. La forme en longueur explique le progrès des pensées de ceux qui pratiquent la doctrine de cette secte, c’est-à-dire du premier moment jusqu’à la connaissance parfaite.

Les Dix Degrés de Pensées sont rangés dans l’ordre suivant :

I-shô-téï-yô-shin, (littéralement : la pensée du bouc dans une naissance différente) ; c’est la caractéristique des trois mauvais états : celui de Naraka (enfer), celui de Prêta (esprit d’un mort) et celui de Tiryag-yoni-sattvas (animaux abjects). I-shô désigne les hommes ignorants qui sont d’une autre naissance que les sages. Ils deviennent esclaves des passions et ne peuvent distinguer le bien du mal, ni comprendre les lois de cause et d’effet ; mais ils ne pensent qu’à satisfaire leurs appétits et leurs convoitises comme le bouc. Cet animal est très bas et très stupide de sa nature ; aussi compare-t-on, aux Indes, un homme qui ignore les lois de cause et d’effet à cet animal. Ce Degré est le premier échelon pour s’élever à la bonne pensée ; que l’esprit fasse un progrès vers la pure pensée, et la bonne pensée du second Degré se produira.

Gou-dô-ji-saï-shin, (littéralement : pensée du jeune homme inintelligent qui garde l’abstinence) ; c’est la caractéristique de l’espèce humaine. On compare l’obscurité des hommes ignorants à l’état d’esprit d’un jeune homme stupide. L’abstinence est la pratique morale (Çîla) pour sauvegarder contre les souillures le corps et la parole. Si un homme observe rigoureusement la pratique morale, grâce aux conseils de son maître et de ses amis, et s’il cultive sa bonne pensée, son état est pareil à la floraison des arbres et des plantes, au printemps. Si on considère cet état au point de vue des fidèles de la secte Shin-gon, il représente la classe de la Méditation (Samaya), par laquelle ils accomplissent la pratique des Trois Mystères qui consistent dans le Corps, la Parole et la Pensée. Les cinq vertus Page:Fujishima - Le Bouddhisme Japonais, doctrines et histoire des douze grandes sectes bouddhiques du Japon.djvu/146 Page:Fujishima - Le Bouddhisme Japonais, doctrines et histoire des douze grandes sectes bouddhiques du Japon.djvu/147 Page:Fujishima - Le Bouddhisme Japonais, doctrines et histoire des douze grandes sectes bouddhiques du Japon.djvu/148 Page:Fujishima - Le Bouddhisme Japonais, doctrines et histoire des douze grandes sectes bouddhiques du Japon.djvu/149 Page:Fujishima - Le Bouddhisme Japonais, doctrines et histoire des douze grandes sectes bouddhiques du Japon.djvu/150 Page:Fujishima - Le Bouddhisme Japonais, doctrines et histoire des douze grandes sectes bouddhiques du Japon.djvu/151 Page:Fujishima - Le Bouddhisme Japonais, doctrines et histoire des douze grandes sectes bouddhiques du Japon.djvu/152 Page:Fujishima - Le Bouddhisme Japonais, doctrines et histoire des douze grandes sectes bouddhiques du Japon.djvu/153 Page:Fujishima - Le Bouddhisme Japonais, doctrines et histoire des douze grandes sectes bouddhiques du Japon.djvu/154 Page:Fujishima - Le Bouddhisme Japonais, doctrines et histoire des douze grandes sectes bouddhiques du Japon.djvu/155 Page:Fujishima - Le Bouddhisme Japonais, doctrines et histoire des douze grandes sectes bouddhiques du Japon.djvu/156 on veut plus de détails, il faut lire les trois sûtras principaux : Mahâvairocanâbhisaṃbodhi°, Susiddhi° et Vajraçekhara°, ainsi que les nombreux livres intitulés : Règles cérémoniales (Gui-ki). Après eux, il y en a encore plusieurs écrits par Kou-kaï qui établit cette secte Shing-on au Japon.


CHAPITRE NEUVIÈME
ZEN-SHÛ. SECTE CONTEMPLATIVE
I. Doctrine de la secte

Le mot Zen est une abréviation du terme Zen-na qui est la transcription du mot sanscrit Dhyâna (contemplation).

La doctrine de cette secte est brièvement exposée dans ces mois : « C’est une transmission d’une nature spéciale en dehors de tout enseignement et qui ne s’appuie sur aucun mot ; il faut donc bien reconnaître la nature de la pensée humaine en soi-même et on devient alors Bouddha. »

Quoique les autres sectes dont la transmission repose sur l’enseignement parlent de l’état inconcevable, il ne leur est pas possible de le définir, parce que le véritable état inconcevable ne peut bien s’expliquer par aucun mot ; bien qu’elles méditent sur la réalité des choses, elles ne peuvent encore se délivrer de l’idée du bien et du mal, et de ce qu’on appelle la connaissance relative ; car la connaissance absolue proprement dite n’a aucune idée du bien et du mal.

Bodhidharma, le vingt-huitième patriarche de cette secte, ne l’exposa pas par des discours ; il la transmit de la pensée à la pensée ; c’est par ce système qu’on comprend la source de sa propre pensée. Mais aucun mot ne peut traduire cette idée profonde. Ce qu’on acquiert par la pratique de sa propre pensée, c’est la vérité. Ne rien voir, c’est ce qu’on appelle trouver le chemin de la vérité ; la vraie pratique est de ne rien pratiquer. Si on observe bien la nature originelle elle-même, on y trouve que la nature de sa propre pensée est originellement pure, par conséquent, il n’est pas besoin de chasser les passions et de chercher aucune Bodhi (intelligence). Quand on ne réfléchit pas au monde extérieur, c’est-à-dire au bien et au mal, la pensée originelle se produit, c’est ce qu’on appelle la pensée du néant sans aucun attachement ; mais il ne faut pas dire de la pensée qu’elle est inactive comme la pierre et le bois. Arrivée à cet état qu’on désigne sous le nom de « la définition bien comprise », la pensée se dégage de toute diversité. Puis se produit la raison du néant qu’on appelle illumination absolue ; c’est là qu’on trouve la nature de sa pensée et qu’on devient Bouddha.

II. Histoire de la secte.
A. TRANSMISSION DE LA DOCTRINE

Quand le vénérable saint (Bhagavat ; Sé-son) Çâkyamuni fut dans l’assemblée sur le mont Gṛidhrakûṭa (la cîme des vautours), le roi divin Mahâbrahman offrit une fleur couleur d’or à Bouddha et lui demanda de prêcher la « loi ». Bhagavat prit la fleur de sa main et il la roula une seule fois entre ses doigts, mais il ne prononça pas une parole ; personne dans l’assemblée entière ne pouvait comprendre ce que cela voulait dire. Le vénérable Mahâkâçyapa seul sourit. Alors Bhagavat lui dit : « J’ai la merveilleuse pensée du Nirvâṇa, la clef de la loi juste que je désire te transmettre ». On l’appelle la doctrine de la « pensée transmise par la pensée ». Kâçyapa la transmit à Ananda qui la transmit à son tour à Çaṇavâsa et ainsi de suite jusqu’à Bodhidharma, vingt-huitième patriarche. Voici la liste de ces patriarches :

Mahâkâçyapa (Ma-ka-ka-shô) ;
Ânanda (A-nan-da) ;
Çaṇavâsa (Shô-na-wa-shu) ;
Upagupta ja-Latn|Ou-ba-kikou-ta) ;
Dhṛitaka (Daï-ta-ka) ;
Micchaka (Mi-sha-ka) ;
Vasumitra (Ba-shu-mitsou) ;
Buddhanandi (Butsou-da-man-daï) ;
Buddhamilra (Fou-da-mi-ta) ;
10° Pârçva (Ha-ri-shu-ba) ;
11° Puṇyayaças (Fou-na-ya-sha) ;
12° Açvaghosha (A-na-bo-teï) ;
13° Kapimala (Ka-bi-ma-ra) ;
14° Nâgârjuna (Na-gya-a-ra-ju-na) ;
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  1. Ce sont : la Terre, l’Eau, le Feu, le Vent, l’Éther, et la Connaissance.