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Le Bouddhisme au Tibet/Chapitre 13

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Traduction par Léon de Milloué.
Texte établi par Musée Guimet, Impr. Pitrat Ainé (p. 137-157).
CHAPITRE XIII
ÉDIFICES ET MONUMENTS RELIGIEUX
Cérémonies qui précèdent la construction. — Monastères. — Document historique relatif à la fondation du monastère de Himis. — Temples. — Monuments religieux. — 1. Chortens. — 2. Manis. 3. Derchoks et Lapchas.
CÉRÉMONIES QUI PRÉCÈDENT LA CONSTRUCTION

La construction de tout édifice religieux est précédée de la bénédiction du sol et de diverses autres cérémonies. Les Lamas du voisinage se rassemblent et le plus élevé par le rang offre le sacrifice à la divinité choisie comme dieu tutélaire ; on a coutume de dédier chaque édifice à un dieu particulier, qui alors le protège contre les esprits malfaisants et contre la méchanceté des hommes, et répand sur ceux qui l’habitent toutes sortes de prospérités. Le roi Bihar (Bihar gyalpo), un des cinq grands rois, est un dieu fréquemment choisi comme patron[1]. Une image que mon frère Adolphe se procura à Gnary-khorsoum, représente Bihar dans l’attitude droite, debout « sur le siège de diamant » (tib. Dordjedan, sanscrit Vadjrasana), formé de feuilles de lotus. Il foule à ses pieds quatre figures humaines de couleur noire, rouge, blanche et jaune ; les crânes qui forment son collier sont aussi de ces mêmes couleurs. Sa robe est de soie bleue (tib. Darzab) avec divers ornements ; son bonnet, de la forme que j’ai décrite sous le nom de Nathongzha, est rouge ainsi que son châle. Sa main droite tient le Dordje, dans la gauche est le Phourbou. Cette peinture a l’intention de représenter une statue placée dans une boîte, dont les quatre côtés forment un cadre qui la sépare des figures environnantes ; ce sont les rois fabuleux, Dalha, Louvang, Tockchoï gyalpo, et trois Lamas très vénérés.

Les prières qui accompagnent les cérémonies d’inauguration ont pour but la prospérité de l’édifice. À la cérémonie de la pose de la première pierre, on récite des prières pour la prospérité du nouveau temple ou lieu destiné au culte ; elles sont alors écrites et déposées avec d’autres prières et certaines formules de bénédiction (tib. Tashi tsig djod, « discours de bénédictions »), avec des reliques et autres objets sacrés, dans un trou de la pierre de fondation. Quand l’édifice est achevé, les Lamas s’assemblent de nouveau pour accomplir les rites de consécration[2].

La restauration d’un édifice ruiné est également précédée de cérémonies religieuses qui portent le nom de Argai choga, « cérémonie de présentation des offrandes ».

MONASTÈRES

Les monastères (en tibétain Gonpa[3], « lieu solitaire ») sont situés pour la plupart à une petite distance des villages et souvent au sommet de collines, dans une position dominante. Chaque monastère reçoit un nom religieux rappelant qu’il est un centre de foi bouddhique ; ainsi le monastère d’Himis, près de Leh à Ladak, est appelé, dans les documents historiques relatifs à sa fondation, Sangye chi kou soung thoug chi ten, « le soutien du sens des préceptes du Bouddha. » On en trouvera d’autres exemples dans ceux de Dardjiling à Sikkim, « l’île (de méditation) répandue au loin »[4] ; Tholing, à Gnary-khorsoum, « le haut flottant (monastère) » ; Mindoling[5], « le lieu de perfection et d’affranchissement ». Quelquefois le monastère est plus ancien que le village, qui s’est élevé plus tard dans son voisinage immédiat ; dans ce cas le nom du monastère est étendu au village, comme à Dardjiling ; tandis que dans le cas contraire c’est le monastère qui prend le nom du village, comme pour Himis.

L’architecture des monastères est celle des maisons de la population riche du pays ; mais ils sont plus majestueux et ornés sur les toits d’un grand nombre de bannières et de cylindres à prières. La proximité d’un monastère est signalée par un grand nombre de monuments religieux tels que Chortens, Manis, etc.[6].

Les matériaux employés à la construction des monastères varient suivant les districts. Ainsi dans l’Himalaya où le bois abonde, ils sont construits presque entièrement en merrains ; à Sikkim et à Bhoutan où les bambous sont en profusion, ils sont souvent construits avec ces matériaux, qui sont quelquefois entrelacés en façon de treillage. Dans ces dernières contrées on a l’habitude générale de construire les monastères sur pilotis, afin que le rez-de-chaussée ne soit pas inondé ou humide pendant la saison pluvieuse ; les toits sont construits dans le style chinois, presque toujours de forme pyramidale ou prismatique, et non pas plats ; ils se projettent considérablement sur les côtés de l’édifice. Au Tibet, où les arbres sont rares, les murs sont faits ou de pierres, qui pour les grandes constructions sont régulièrement taillées, ou de briques crues séchées au soleil et cimentées avec une chaux très imparfaite, ou même avec de simple argile. À Ladak et à Gnary-korsoum, les toits sont plats et construits, comme les plafonds des différents étages, en poutrelles de saule ou de peuplier. Ils sont couverts de petites branches de saule, de paille et de feuilles et enduits d’argile pour faire du tout une masse quelque peu compacte. Les toits des demeures des chefs Lamas sont en outre surmontés d’un cube régulier terminé par un cône, et couverts de tuiles dorées.

De nombreuses bannières à prières sont élevées autour du toit, ainsi que des cylindres d’environ pieds de hauteur sur 2 de diamètre, supportant un croissant surmonté d’un pinacle semblable à la pointe d’une lance. Quelques cylindres sont couverts d’étoffes noires, sur lesquelles sont cousus horizontalement et verticalement des rubans blancs qui forment la figure d’une croix ; d’autres fois ces étoffes sont jaunes et rouges.

L’entrée des monastères est orientée ou à l’est ou au sud ; cette dernière disposition est probablement choisie pour se garantir des vents du nord. La porte d’entrée est à 6 pieds et quelquefois plus au-dessus du sol, avec des degrés pour y conduire.

Les monastères consistent quelquefois en une grande maison, haute de plusieurs étages et parfois entourée d’une galerie couverte extérieure qui sert de promenade. D’autres fois ils se composent de plusieurs édifices, comprenant le temple, la maison de réunion (qui sert de réfectoire), l’habitation des Lamas, les magasins à provisions et autres semblables. Dans les grands monastères tels que Tholing à Gnary-khorsoum, ces divers établissements s’étendent sur une large superficie, et sont entourés d’un mur commun qui, ainsi qu’il fut dit à Guaningham, est destiné à servir de défense ; mais mes frères ont observé que ces murs sont dans beaucoup de cas trop faibles pour prétendre au nom de fortifications, surtout si l’établissement est ancien, comme Tholing, par exemple, qui est cité, dans l’histoire des Mongols orientaux de Ssanang Ssetsen, comme ayant été construit en 1014 avant Jésus-Christ[7].

Le rez-de-chaussée n’a pas de fenêtres et sert de magasin à provisions ; il est ordinairement un peu plus large que les étages supérieurs. Ceux-ci ont de grandes fenêtres et des balcons. Les fenêtres n’ont pas de vitres, elles sont fermées par des rideaux noirs sur lesquels sont cousues des figures en forme de croix latines formées par des bandes d’étoffes blanches[8]. La croix symbolise le calme et la paix, et le sens de ce signe est bien connu des Européens qui visitent le Japon, où en temps de paix les meurtrières des forts sont voilées de rideaux de ce genre ; quand une guerre est déclarée, on enlève les rideaux[9].

Annales du Musée Guimet t. III, pl. I

DOCUMENT HISTORIQUE RELATIF À LA FONDATION
DU
MONASTÈRE DE HIMIS, À LADÁK
COPIÉ SUR UNE GRANDE DALLE SCELLÉE DANS LE MUR

༄༄ །། །། ཨོཾ་སྕསྟི། །ན་མོ་གུ་རུ་བྟྱ། །ནཙན་དཔེས་གསལ་རྗོགས་ཡང་དག་ཇོགས་སང་ས་རྒྱས། །པདེན་པ་མ་ལོས་སྟོན་ལ་དམ་པའི་ཆོས​། །གྲོལ་པ་ངོན་གཉེར་འཔགས་ཆོགས་འདུས་པའི་སྡེ། །གཆོག་གསུམ་བླ་མའི་ཏབས་ལ་གུས་ལས་འདུད​། །དེ་ཡང​། ། གསང་གསུལ་རྒྱལ་བ་ཀུན་གྱས་འབྱུང་བའི་གནས། ། རྒྱལ་བ་ཐབས་ཅད་ཀྱི་མདོན་པར་དཔར་བསྐྱུང་ཞིང། ། སྲིད་བཞི་ཀུན་གྱིས་མཆོད་ཅིང་མངོན་པར་མཆོད་འོས་ཆེན་པོའི་བདག་ཞིད་དཔལ་མཞམ་མེད་འབྱུག་པ་ཞེས་ཡོངས་སུ་གྲགས་པ་སངས་རྒྱས་ཀྱི་བསྟན་པའི་སྮིང་པོ་ཡང་དག་པས་མན་ཁའི་གོས་ཅན་ཡངས་པོར ། བྱཔ་ཅིང་འྷག་པར་འཛམ་བུ་རྒླང་གིས་གནས་པར་ཡོངས་ལ་དར་ཞིང་གྱལ་ལ། ། དེ་སྮེང་གྱི་གདུལ་བྱ་དེམས་ཀྱང་སྨིན་སྨིན་ཅིང་གྲོལ་པའི། ལམ་ལ་བཀེང་པའི་མཛད་པའི་འདྲི་ན་ལས་བསམ། གྱི་མེ་ཁྱབ་པའི་ས་གུསུམ་དུ་བསྟན་པ་འཛིན་པ་ཀུན་ལས་ལྷག་པར་བཀྲིན་ཆེ་པར​། །སྐྱེ་ཆེན་དམ་པ་རྣམས་ཀྱད་ཆེད་དུ་བསྔག་པཇེ་བླ་མ་མེད་པར་མཛད​། །ཞིང་འརྡར་ཡང་བརྗེ་འགྲོ་བའི་མགོན་པོའི་ཟུགས་སྲས་རྡོ་རྗེ་འཆང་རྒྱལ་བ་རྒོད་ཚང་པ་ཡབ་སྲས་ཀྱིས་གྱིན་བྱས་རྷབས་ཤེད་ད།སྒྲུབ་པའི་ཏིང་ངེ་འཇན་ལ་བཞུགས་དུས་མ་དང་མཁའ་འགྲོ་སྨྲིན་ཆེགས་སྟང་འདུ་ཞིང་མཆོད་ཅིང་བསྟོན་པ་ན་དཔལ་ཙྭ་རི་ཏྲ་ཡིས་ཀྱི་ཁོར་ལོ་སོགས་ཧནས་ཞེར་བཞི་དང་མཚངས་ ། །རིམ་པའི་མཚན་ལྡན་གྱི་བླ་མ་ཚན་འགའ་ཡད་་བྱོན​། །ཁྱད་པར་མཆོག་གིས་བསྟིས་པའི་གྲུབ་དབང་སྟག་ཚང་རས་པ་ཆེན་པོའི་ཞབས་འ་ ། ། ཆོས་ཀྱི་རྒྱལ་པོ་སེངྒེ་རྣམ་པར་རྒྱལ་བ་ཡབ་སྲས་རྗེ་བློན་འབངས་དང་བཅས་པས་མོ་པྱེང་པའི་དད་པས་སྦྱེ་བོས་མཆོད་ཅིང་བསྟན་པའི་ལུགས་གཞིས་ཀྱི་དང་ལ་འབྱོང་མུན་སུམ་ཚེགས་པར་བསྟེན། ། གངན་ས་ཆེན་པོ་མ་བུ་རྣམས་དང། །རྒྱལ་པོའི་པོ་བྲང་རྣམ་སུ་ཡང་སངས་རྒྱས་ཀྱི་སྐུ་གསུང་ཟུགས་ཀྱི་རྟེན་གསྱཾ་རིན་པོ་ཆེ་གཅུག་ལག་ཁང་སོགས་ཕྱི་ནང་དུ་རྒྱ་ཆེན་གྲུན་པས་བསྟན་པའི་ཞི་མ་ཤར་བ་སྟན་བྱུང། །སྐྱབས་རྗེ་ཡབ་རིན་པོ་ཆེ་མི་ཕལ་འཇམ་དཔལ་མཐུ་སྟིབས་རྡོ་རྗེའི་སུ་རིང་ལ། །རིག་ཀྱི་བདག་པོ་དཔལ་མཞཾ་མེད་རྡེ་འསྲུག་པ་ཐམས་ཅད་མཁྱེན་པ་ཆེན་པོ་རང་པེབས་ནེམ་སྨིན་གྲོལ་དམ་པའི་ཆོས་ཀྱི་རྗེ་སུ་གཟུང་ཞེང་བྱིན་གྱིས་རླབས། །རྗེ་མཞམ་མེད་བསྟན་འགྲོའི་མགོན་པོ་སྐྱབས་ཀུན་དུས་ཞལ་དཔའ་རིག་པ་འཛིན་དབང་ཆེན་པོས་རིས་སུ་མ་ཆན་བའི་བསྟན་འགྲོ་སྦྱི་དང་བྱེ་བྲག་ལྗོངས་འདི་རས་བྱས་ཀྱི་བསྟན་པ་དང་འགྲོ་བའི་བདེ་སྦྱིད་ལ་དགོངས་པའི་བཀའ་དང་ཟུགས་རྗེས་ཁོ་བོ་ལ་འང་སྐལ་ལྡན་ཀྱི་སྐྱེས་བྱར་རྗེ་སུ་བཟུངས་ནས་མཚན་མི་པཾ་ཆེ་དབང་འཕྲིན་ལས་བསྟན་འཛིན་མི་གྱུར་རྡོ་རྗེ་ཞེས་དབང་བསྐུར་ཀངས་བས་བྱིན་ཀྱེས་རླབས་ནམ་སངས་རྒྱས་ཀྱི་བསྟན་པ་དགི་འདུན་ལ་རག་ལས་པའི་འབགས​། །། །



༄༄ ། ། དགོན་པན་ཚུན་འདུས་སྡེ་རྣམས་ལ་སླབས་གསུཾ་ཀྱི་སྡོཔ་གྲིཔས་ལ་གདས་ནས་དགི་བ་བཅུའི་སྤང་བླང་འཇོལ་པེདདུ་གྤྱད་རྒྱའི་ཕྱག་རྐྱ་དང་བཅུས་བཀའ་བྲི་ན་དུ་རྕལ་ཞིང་ ། དེར་བསྟེན་རང་ངོས་ནས་ཀྱད་རྫེ་བཅུད་དཔལ་ལྡད་་བའི་བླ་པ་ཡབ་སུས་ཀྱི་བ་ཀྲན་ཡིན་ལ་བཅངས་ནས་དགོངས་པ་རྫོགས་ཕྱིར་སྡར་ལོ་ཆུ་ཕོ་སྟག་གི་དབོ་ཟླ་ནས་འིགོ་ཚུགས་ཚུ་པོ་ཏའི་ལོར་གཙུག་ལག་ཁང་ལེགས་པར་གྱུབ་རབ་གནས་བཀྲ་ཤིས་མསའ་གེསོལ་དཀའ་སྟོན་རྒྱ་ཆེ་བ་གྲུབ་པའི་ཐོག། ལྕགས་པོ་ཁྱའི་ལོང་སོགེ་སྒོ་པོའི་པད་རིད་རིཔས་བའི་པད་ཐད་སོ་སོའི་དོས་སུ་མ་ཎེ་འབྱམ་གསུམ་ཡོད་པ་སྤེན་པང་དང་བཅས་པ་ཕྱི་ནང་ཀུ་ན་ཏུ་བྭཀོད་བ་པོ་ཕྱག་མཛོད་བགྱ་ཤེས་ཀྱིས་སླ་མ་མཚོག་གསུམ་ལ་གུས་ཤིང་ལྷག་པའི་བསམ་སྦྱོར་ཟླ་བ་ལྟར་དཀར་བས་ཉབས་རྟོག་ཕྱིལ་དུ་བྱང་བ་ཞུས་ཤིང་ ། ལས་སུ་སྦྲེལ་པོ་ལྟ་བུར་ཤིས་རབ་ཛེ་དབང་སོགས་དང་ ། ལས་མི་ཤེང་མཁན་ཅིག་བཟོ་བ་རྣམས་དང་ ། མཐའ་ན་འུ་ལ་ག་གི་ལས་པི་ཐཔས་ཅད་ཀྱི་གང་དད་པ་ཆེན་པོའི་བསམ་སྦོང་རྣམ་དག་གི་རང་ནས་བསྒྲུབས་ལ་ཡིན་པས ། དི་གེ་བ་རྒྱ་ཆེན་ཟཀ་པེད་ནུས་པའ་པཐུས ། ། སྐྱབས་ཀུན་འདུས་པའི་གླ་མའི་ཞབས་བརྟ་ན་ཅིང་ ། ། སྨན་གྲེལ་ཆོས་ཆར་འཛལ་གླེང་ཁྱབ་པ་དང་ ། ། བསྟན་པའི་སྤྱིན་བདག་ཆོསརྒལ་རྗེ་འབང་བཅས ། ། བདེ་སྐྱིད་ཡར་ངོའི་དཔལ་ལ་སྤྱོད་པ་དང་ །། དབུས་མཐའི་དམག་དཔུང་བསམ་སྦྱར་ངན་པའི་ཆོགས​། ། མ་ལུས་ཀུན་ཞི་ཕན་ཚུན་དགའ་བདེ་དང་ ། ། ཐྲུགས་མཐྲུན་ཆོས་བཞིན་བསྒྲུབ་ལ་བརྕོན་གྱུར་ནས​། ། རྒྱུ་སྦྱོར་ཡོན་གྱི་འབྲེལ་ཐོགས་ཐོཔས་ཅད་ཀང་ ། ། རྣམ་ཀྱན་ཆོས་སྤྱེད་བཅུ་ལ་འབང་པའི་མཐུས། ། གྱོགས་བཅུར་བཀྲིས་ཆར་ཆུ་ངུས་སུ་འབབ​། ། ལོ་ཕྱུགས་རྟག་ལེགས་རྗོགས་ལྡན་བཞིན་སྤྱོད་ནས​། ། སངས་རྒྱས་གོ་འཔངས་མྱུར་ཐོབ་རྒྱུར་ཅིག། ། ། ། སརྦ་མ་དྒ་ལཾ། ། ། ། ཛ་ཡ་་ཛ་ཡསུ་ཛ་ཡ། །། །


On accède aux étages supérieurs par un escalier ou par une large poutre oblique, entaillée pour servir de marches. Chaque étage est divisé en grands compartiments dans lesquels plusieurs Lamas vivent ensemble ; les petites cellules destinées à une seule personne (comme dans les couvents catholiques romains) ne sont pas connues dans les établissements bouddhistes. L’ameublement est des plus simples ; les principaux articles sont des tables basses et des bancs (dans la salle à manger), des bois de lits en planches grossièrement taillées, avec des couvertures et des coussins et différents vaisseaux. Tous ces objets sont ordinairement de fabrication très inférieure. Les poêles et les cheminées sont inconnus au Tibet ; on fait du feu sur le sol, là où la forme de la maison le permet. La fumée s’échappe par une ouverture du toit, comme dans les chalets des Alpes.

Il n’y a pas de monastère sans temple et celui-ci occupe le centre de l’édifice ; dans les grands monastères, qui ont plusieurs temples, le plus important est toujours au milieu.

Chaque monastère est entouré d’un jardin bien cultivé dans lequel prospèrent, grâce aux soins des Lamas, des groupes de peupliers et de saules, ainsi que des abricotiers. Les Lamas ont réussi à faire croître des arbres dans des lieux situés bien au-dessus de la limite ordinaire de ce genre de végétation. Ainsi à Mangnang, Gnary-khorsoum, à une hauteur de 13 457 pieds, on trouve de beaux peupliers.


DOCUMENT HISTORIQUE RELATIF À LA FONDATION DU MONASTÈRE DE HIMIS À LADAK

Ce résumé d’un curieux document de fondation est publié pour la première fois. L’original est gravé sur une large dalle de pierre, de 24 pieds de haut ; mon frère Hermann le vit lors de sa visite au monastère d’Himis, en septembre 1856, et en fit une copie exacte, dont voici la traduction approximative. La présence d’expressions que les dictionnaires n’expliquent pas et une orthographe différente de celle des écritures sacrées rendent impossible ici une traduction littérale comme celle de l’adresse aux Bouddhas de confession (chapitre xi) ; on a pu déchiffrer cependant tous les faits importants qui se rapportaient, à l’époque de l’érection de ce monastère, aux personnes qui en ont ordonné la construction et à ceux qui ont élevé l’édifice[10]. Ce document est divisé en deux paragraphes, qui sont séparés dans l’original (reproduit planche XXIII) par un espace en blanc.

§ 1er. — Il commence par un hymne à la divinité bouddhique, c’est-à-dire le Bouddha (auteur de la doctrine), le Dharma (sa loi) et le Sangha (la congrégation des fidèles)[11].

« Dieu vous soit en aide ! louange et bénédiction ! salut aux maîtres ! au plus parfait, à l’éminent Bouddha, qui a les signes caractéristiques et les proportions ; à l’excellente loi qui révèle l’entière vérité ; à la congrégation des fidèles qui s’efforcent vers la délivrance : honneur à ces trois suprématies après un prosternement aux pieds des supérieurs » (appelés ici Ḅla-ma ; comp. page 98).

Le reste de ce paragraphe relate dans le style ampoulé habituel, le fidèle attachement à la foi bouddhiste de Dharma-Raja Sengé-Nampar Gyalva et de son père[12], et le culte rendu par l’universalité des habitants de Ladak à la sainte trinité. Il est constaté que Songé Nampar ordonna de construire dans un style magnifique et dans ses résidences[13], le « Vihara des trois Gemmes », le Sangye chi soung thoug chi ten, c’est-à-dire le soutien du sens des préceptes du Bouddha, « d’où le soleil de la doctrine se leva dans ce pays, brillant comme l’aurore du jour. » Ce monastère est le « lieu où naquirent les entièrement victorieux (traducteurs) des trois secrets » (en tibétain

g̣sang g̣soum), ce qui doit probablement se rapporter au livre Gyatoki sangsoum, que Jamya Namgyal fit copier en lettres d’or, d’argent et de cuivre (rouge).

On rapporte aussi que sous le règne de ce monarque plusieurs puissants lamas très savants sont venus à Ladak et y ont enseigné la doctrine ; nous trouvons les noms suivants :

« ḍPal-ṃNyam-med-’broug-pa, le maître d’incomparable bonheur, le tonnerre, qui a répandu avec la plus grande énergie la doctrine bouddhique dans tout Dzam-bou-g̣ling[14], mais plus particulièrement dans ce pays.

ṛGod-ts’hang-pa[15], dont les titres sont : le victorieux tenant le Dordje, le fils bien-aimé du maître des créatures[16].

ṣTag-ts’hang-ras-pa-chhen, le grand Bhikshou du repaire du tigre, le grandement vénéré, qui dispose du pouvoir magique, et devant qui beaucoup de lamas se sont prosternés[17].

§ II. — La construction du couvent fut confiée à ḍPal-ḷdan-ṛtsa-vai-ḅla-ma, l’illustre Lama de fondation, qui avait vécu dans beaucoup de monastères et était devenu ferme et fort dans les dix commandements[18]. L’édifice fut commencé dans le mois Voda, en sanscrit Outtaraphalguni (le second mois), dans l’année eau-cheval mâle, et fini dans l’année eau-tigre mâle, époque où le Lama accomplit la cérémonie du consécration, le signe de l’achèvement. Dans l’année fer-chien mâle, le monastère fut entouré d’une « haie de spen et en dehors des murs et de la clôture furent élevés 300,000 manis (ou cylindres à prières). » Le document termine par une allusion aux mérites que le roi, les ouvriers (c’est-à-dire les maçons, charpentiers, porteurs) et en un mot tous ceux qui ont travaillé à la construction du monastère, ont tiré de leur collaboration, et mentionne en particulier l’influence salutaire que le monastère exercera dans l’avenir sur la prospérité et le salut des habitants de Ladak.

Quand on veut rapprocher les années que je viens d’indiquer par leur dénomination tibétaine, des années correspondantes de l’ère chrétienne, il ne faut pas perdre de vue que Senge-Nampar Gyalpa régnait, selon Cunningham, de 1620 à 1670. En calculant d’après un cycle de soixante ans, nous obtenons pour les dates de ce document, les années suivantes :

La construction fut commencée en 1644 ;

Le monastère terminé en 1664 ;

Les 300,000 manis furent enlevés en 1672.

En calculant par le cycle de deux cent cinquante-deux ans, nous trouvons les dates de 1620, 1640, 1648. Ces dernières pourraient être acceptées en admettant que le monastère de Himis était du nombre de ceux que son prédécesseur Jamya-Namgyal laissa inachevés à son décès ; mais dans la circonstance présente nous devons adopter les dates 1644-1672, puisque, quand il s’agit d’histoire, c’est le cycle de soixante ans et non celui de deux cent cinquante-deux qu’emploie la littérature tibétaine. Comme preuve, je citerai Csoma, qui, dans ses tables chronologiques, appliqua le cycle de soixante ans aux désignations de Tisri, et obtint des résultats qui s’accordaient assez bien avec ceux que Schmidt et Klaproth ont tirés des ouvrages mongols et chinois[19].

TEMPLES

L’extérieur des temples bouddhiques du Tibet s’écarte ordinairement beaucoup de ce qu’on voit dans les autres pays où le bouddhisme domine. Quiconque a eu occasion de voir les magnifiques temples de Berma, avec leur curieuse architecture, sera fort désappointé en voyant un temple du Tibet ; car, à l’exception de Lhassa, Tashilounpo et Tassisoudon, il y a peu de temples tibétains qui offrent des proportions remarquables ou un aspect particulièrement imposant.

En tibétain les temples sont appelés Lhakhang et sont ordinairement réunis aux bâtiments des monastères. Il y a cependant des villages qui n’ont qu’un temple sans monastère et dans ce cas le temple s’élève près des maisons ; dans les hameaux qui n’ont pas de temples, mais où réside un Lama solitaire, une chambre de sa maison est appropriée à la célébration des différents rites et cérémonies. L’architecture des temples est simple. Les toits sont tantôt plats, tantôt en pente, avec des ouvertures carrées servant de fenêtres et de ciel ouvert, qui se ferment au moyen de rideaux.

Les murs des temples sont orientés vers les quatre quartiers du ciel, et chaque côté est peint d’une couleur particulière, soit : le côté nord en vert, le sud en jaune, l’est en blanc et l’ouest en ronge ; mais cette règle ne paraît pas être observée strictement, et mes frères ont vu des temples dont les quatre côtés étaient de même couleur, ou simplement blanchis.

L’intérieur des temples que mes frères ont eu occasion de voir[20] consistait en une grande salle carrée, précédée d’un vestibule ; quelquefois aussi des vestibules, mais alors plus petits, se trouvent sur les trois autres côtés du temple.

La surface intérieure des murs est blanchie ou enduite d’une sorte de plâtre. Ils sont alors ordinairement décorés de peintures représentant des épisodes de la vie des Bouddhas, ou des images de dieux à l’air terrible. L’art de peindre à fresque est pratiqué par une certaine classe de Lamas, appelés Pon, qui résident à Lhassa quand leurs services ne sont pas réclamés pour les temples du pays.

La bibliothèque est généralement placée dans les salles latérales du temple ; les livres, enveloppés de soie, y sont régulièrement disposés sur des tablettes. Dans les coins, des tables portent de nombreuses statues de divinités ; les habits religieux, les instruments de musique et autres objets nécessaires au service journalier, sont pendus le long des murs à des chevilles de bois. Dans le temple sont placés des bancs sur lesquels les lamas s’assoient quand ils sont assemblés pour la prière.

Le toit est supporté par deux rangs de piliers de bois peints en rouge, sans ornements, qui divisent le temple en trois parallélogrammes ; de grands écrans de soie, appelés Phan, rayés de blanc et de bleu et bordés de franges[21], des instruments de musique et autres, sont suspendus à ces piliers, tandis que des poutres traversières pendent de nombreux Zhaltangs, ou portraits de divinités, fixés chacun par deux bâtons rouges, et ordinairement couverts d’un voile d’étoffe de soie blanche.

L’autel s’élève dans la galerie centrale, et se compose de bancs de bois de diverses dimensions, admirablement sculptés et richement ornementés ; les plus petits sont échafaudés sur les plus grands devant une cloison de planches à laquelle sont appendus des écrans aux cinq couleurs sacrées (c’est-à-dire, jaune, blanc, rouge, bleu et vert), reliés par un croissant dont la partie convexe est tournée vers le haut. Sur ces bancs sont rangés des vaisseaux pour les oblations, des statuettes de Bouddhas et de dieux, et quelques instruments et ustensiles employés au culte religieux ; parmi ces derniers, on voit toujours le miroir Melong qui sert à la cérémonie Touisol ; puis quelques cloches et quelques Dordjes, un Chorten renfermant des reliques et présentant quelquefois une niche avec une statue de dieux ; un vase avec des plumes de paon et un livre sacré y ont toujours leur place. Les vases à offrandes sont en cuivre et ont la forme des tasses à thé chinoises, ils sont remplis d’orge, de beurre, de parfums et en été de fleurs. Près de l’autel est un petit banc où le Lama officiant dispose les offrandes qui doivent être consumées en holocauste, et les instruments exigés par les rites dans certaines cérémonies. Au fond de la galerie, dans un retrait, la statue du genius loci à qui le temple est consacré ; dans quelques temples sa tête est couverte d’un dais d’étoffe, dont on peut voir la forme planche XXV ; du centre appelé Doug (littéralement ombrelle) partent quelques rubans (Labri), horizontalement tendus, au bout desquels pendent des bannières verticales (Badang, en sanscrit Patāka.)

Dans la salle d’entrée, des deux côtés de la porte, et aussi dans l’intérieur du temple se trouvent plusieurs grands cylindres à prières, que le Lama de service tient toujours on mouvement. Les murs sont souvent décorés de vues de cités saintes ou de monastères[22] peintes sur papier ; elles sont beaucoup plus grossières que les peintures de dieux ; elles n’ont point de perspective ; les maisons sont dessinées de face, mais très incorrectement. Parmi ces images de lieux saints se trouve presque toujours un plan vertical de Lhassa que les Tibétains honorent du nom de paysage ; il ressemble quelque peu aux vieux plans de villes d’Europe dessinés à vol d’oiseau.

MONUMENTS RELIGIEUX

Le bouddhisme a créé diverses sortes monuments religieux, parmi lesquels les plus dignes de remarque sont les Chortens, les Manis, les Derchoks et les Lapchas.

1. Chortens

Le motif de l’érection ce ces monuments est le même que celui qui préside à la fréquente construction des stoupas ou chaïtyas de l’ancien bouddhisme dans l’Inde ; on en a récemment découvert un grand nombre dans l’Inde et l’Afghanistan et on les a étudiés avec soin[23]. Mais ce qui distingue les chortens, c’est l’usage qu’en font les Tibétains. Le nom de chorten indique à la fois leur nature et leur but, car les deux mots qui le composent, ṃchod et ṛten, signifient « offrande » et « garder » ou « réceptacle. » L’orthographe tibétaine de ce mot indiquerait que sa prononciation était chodten ; mais le d se supprime devant le t, et l’r se prononce, bien que, suivant les règles grammaticales, il devrait être muet. Les Tibétains de Gnary-korsoum prononcent chodgan ; Gérard[24] l’écrit chosten ou chokten, ce qui paraît être une modification de dialecte. Il cite, ainsi que Cunningham[25] le nom de Donkten ou Doungten pour les chortens qui contiennent des reliques ; ce nom ne semble pas très usité.

Les anciens stoupas étaient d’abord destinés à recevoir les reliques des Bouddhas, des Bodhisattvas ou des rois qui encourageaient le propagation de la foi bouddhique. Mais dès les premiers temps du bouddhisme, les stoupas furent construits ex-voto comme substitution symbolique d’un tombeau renfermant une relique sacrée, ou pour marquer la place où s’étaient accomplis les incidents remarquables de l’histoire sacrée, ou pour orner les viharas et les temples. Leur érection est un acte de dévotion et de respect rendu aux Bouddhas ; et les plus anciennes légendes recommandent déjà la construction de ces monuments comme une œuvre très méritoire.

Ainsi les chortens tibétains servent de dépôt de reliques, puisqu’ils renferment les restes de Lamas vénérés, les écritures sacrées, les objets consacrés etc. qui y sont déposés dès leur érection. Sur les sépultures s’élèvent des chortens renfermant des ossements ou des cendres dans une boîte ; les chortens destinés aux écritures sont de plus petite dimension, et se placent sur les autels ; ils symbolisent la miséricorde du Bouddha[26]. Mais leur principale destination est de recevoir les offrandes[27] car un Tibétain ne passe jamais devant ces monuments sans en déposer quelqu’une sur les degrés, ou l’introduire dans l’intérieur par une petite ouverture aboutissant à une cavité. Les offrandes sont principalement des satsas ou tsatsas, qui se font ordinairement, tout en cheminant, d’un petit morceau d’argile pétrie entre les doigts ; ils sont coniques et imitent la forme des Chortens. D’autres satsas représentent des Bouddhas, ou portent une sentence sacrée, imprimée au moule ; ces derniers s’achètent aux Lamas[28]. La quantité de ces satsas est réellement surprenante ; les degrés sont souvent presque cachés par leur amoncellement.

La forme des chortens varie beaucoup plus que celle de leurs prototypes les stoupas. La base du stoupa est un cylindre ou un cube, sur lequel s’élève un corps en forme de coupole. Les stoupas que l’on a ouverts sont des édifices massifs, ayant seulement au centre une petite cavité, dans laquelle se trouvaient des ossements humains carbonisés, avec des monnaies, des bijoux et des plaques couvertes d’inscriptions. Les ossements sont quelquefois renfermés dans des boîtes de métal précieux.

Dans les chortens tibétains cette forme a généralement subi des modifications considérables ; l’ancien type sans changement est restreint aux petits chortens placés dans les temples. La principale différence entre les stoupas et les chortens consiste en ce que la coupole de ces derniers est surmontée d’un cône, ou renversée. Voici le type le plus ordinaire : la base est un cube, sur lequel repose la coupole renversée ; cette coupole est la partie principale de l’édifice ; elle renferme les objets enchâssés, et le trou qui conduit à l’espace réservé aux offrandes y est pratiqué. Au-dessus s’élève une tourelle en gradins ; c’est, ou un cône de pierre ou une pyramide de bois ; il est surmonté d’un disque horizontal et d’une pointe en forme de lance, ou d’un croissant supportant un globe et la lance au-dessus. Les chortens de cette forme se rencontrent dans tous les districts du Tibet. Ils sont usités, à l’exclusion de toute autre forme, à Bhoutan et à Sikkim, où on les voit même dans les temples ; mais dans les autres parties du Tibet on en trouve de plusieurs modèles différents. À Ladak, un cône modérément haut, semblable au toit d’un édifice, et se projetant sur les bords de la coupole renversée, forme le sommet du chorten ; il repose immédiatement sur la coupole, ou bien un cube de plus petite dimension les sépare. Ce cône se termine par une pointe de bois en forme de lance, ou par un mât dont la dimension varie suivant l’abondance ou la rareté du bois. Un pavillon couvert de prières imprimées était primitivement attaché à chaque mât ; mais presque toujours il n’en reste plus que des lambeaux, ou bien ils ont été complètement arrachés. À Gnary-khorsoum quelques chortens ressemblent un peu à une tour ; sur un cube, comme base, est placé un corps carré par le bas et de forme légèrement pyramidale diminuant un peu de largeur pour augmenter ensuite ; il est surmonté d’un faîte plus large, en forme de cloche, ou d’une cloche reposant sur une petite tour. Quand ils sont neufs ou en bon état, ils sont surmontés d’un mât orné d’un pavillon. Les chortens des environs de Tholing sont de simples pyramides de cinq ou six degrés ; le sommet est un petit cube couvert d’un toit conique. D’autres consistent en un cube entaillé de plusieurs degrés, soutenant un corps angulaire en forme de cloche ; ces chortens ressemblent beaucoup aux anciens stoupas.

Les matériaux employés pour la construction des chortens en plein vent sont des pierres grossières, des briques[29], ou de l’argile ; ils sont presque toujours en maçonnerie massive. — Les faces extérieures sont enduites d’une grande épaisseur de mortier, coloré en rouge avec des briques pilées. Sur le mortier sont tracées des moulures comme celle des panneaux de portes en Europe ou de simples ornements au trait. Une fois seulement à Gyoungoul, Gnary-khorsoum, mon frère Adolphe vit un chorten creux en forme de tour, construit avec des planches. Il était tout près du monastère et n’était peut-être qu’une enveloppe pour un chorten plus petit semblable à ceux que Gérard avait vus à Kanawour[30], où ils sont ouverts sur le devant ; tel n’est pas le cas pour celui de Gyoungoul, qui a quatre faces sans ouvertures.

La hauteur des chortens varie ordinairement de 8 à 15 pieds ; quelques-uns sont beaucoup plus élevés et atteignent jusqu’à 40 pieds. Ceux qui se trouvent dans les temples sont de métal fondu, ou plus souvent encore d’argile mélangée de paille hachée ; quelquefois ils sont en bois sculpté ; mais alors il est rare qu’ils dépassent 4 pieds de hauteur ; souvent même ils n’ont que quelques pouces.

2. Manis

Mani, mot d’origine sanscrite, signifiant « une pierre précieuse[31], » naturalisé en tibétain, s’emploie pour désigner des murs d’environ 6 pieds de liant et de 4 à 8 d’épaisseur ; mais leur longueur est bien plus variable. Le plus grand que nous connaissions jusqu’à présent est situé sur la route qui des bords d’Indus conduit à Leh ; d’après Cunningham il a 2200 pieds de longueur[32]. Hermann en trouva deux autres, à Leh même, d’une longueur de 459 et de 486 pieds. Il en mesura aussi un autre à Mangnang près de Dardjiling, province de Sikkim, qui avait 90 pieds ; un autre à Narigoum en avait 244.

Dans les hautes vallées les manis sont construits de pierres sèches seulement ; tandis que plus bas, où le mortier n’est pas aussi dispendieux, on emploie de la chaux. Quelques grands manis ont à leurs deux extrémités des sortes de tours, quelquefois en forme de chortens, avec une image sacrée sur la façade ; si, comme il arrive quelquefois, le mani est allongé, la vieille tour reste et on en ajoute une nouvelle au bout de la prolongation. De grands poteaux, auxquels sont fixés des pavillons à prières, sont aussi assez souvent placés aux extrémités des manis.

Des tables rectangulaires de pierre rugueuse et de dimensions irrégulières, portant des inscriptions en tibétain ou en caractères lantsa[33] ou ornées de figures de divinités, sont appliquées contre le haut du mur, ou posées sur le toit du mani.

L’inscription qui se lit le plus fréquemment sur ces plaques de pierre est la prière à six syllabes : « Om mani padme houm[34] » ; ou des adorations de Vadjrasattva, telles que : « Om, ah, houm, vadjragourou, padma, siddhi, houm » ; ou de Vadjrapāni, comme : « Om, Vadjrapani houm » ; ou des interjections mystiques, comme : « Om, ah, houm ». Parmi les noms de divinités gravés sur les tables de pierre, nous trouvons fréquemment Sākyāmouni, Padmapani, Padma Sambhava, Vadjrapani (voyez planche II) et divers religieux. Ces tables sont, suivant Cunningham, des offrandes votives, faites pour obtenir l’accomplissement de souhaits particuliers. Quand les voyageurs rencontrent des manis, ils les laissent à leur gauche, afin de suivre la succession des lettres des inscriptions[35].

3. Derchoks et Lapchas

Presque tous les édifices sont ornés de pavillons attachés à un mât planté devant la porte ; ces pavillons ont le pouvoir d’empêcher les mauvais esprits de faire le mal. De simples pavillons se rencontrent aussi devant les édifices religieux et le long des routes ; ceux que l’on voit devant les grands monastères sont souvent de hauteur considérable ; les deux plus grands que mes frères aient vus, étaient plantés à l’entrée du monastère de Himis[36] ; l’un avait 45 et l’autre 57 pieds de haut ; comme il n’y a pas au Tibet d’arbre qui atteigne une telle hauteur, il a fallu transporter ces poteaux à grand’peine, à travers l’Himalaya. La partie supérieure de ces poteaux était décorée de trois anneaux concentriques de crins de yaks noirs suspendus à quelque distance l’un de l’autre ; en général les mâts n’ont qu’une seule touffe de crins de yaks surmontée d’une pointe de lance dorée.

Les pavillons sont appelés Derchok (le Dourchout de Gérard) ; le tas de pierres sèches qui soutient le poteau se nomme Lapcha. Ces deux termes sont indubitablement des mots d’origine populaire, et ne se trouvent pas dans les dictionnaires. Le Der de Derchok pourrait s’expliquer par dar, soie, étoffe qui s’emploie quelquefois pour ces pavillons. Lapcha est probablement une modification de lab-tse, « un monceau », qui se rencontre aussi dans les noms géographiques soit sous la forme de Lábtse, comme dans Lábtse Nágou et Lábtse Chou, à Gnary-khorsoum, ou comme Lápcha[37]. Quelques-uns de ces drapeaux sont de forme régulière, et couverts d’impressions de prières et d’incantations, telles que, « Om mani padme houm » ; d’invocations au cheval aérien (en tibétain Loungta) ; de la figure magique Phourbou et d’autres encore. Ces pavillons imprimés sont fixés au mât par leur plus long coté, et un bâton rouge horizontal les empêche de s’affaisser ou de se rouler. D’autres drapeaux sont de simples haillons de toutes dimensions et matières attachés par les voyageurs aux lapchas trouvés le long de la route, pour obtenir « un heureux voyage ». Nulle part on n’en trouve autant que sur les points les plus élevés des défilés, et souvent on est surpris de voir un lapcha sur un point très élevé et éloigné des routes ; la raison en est que les frontières des provinces sont également marquées par des amoncellements irréguliers de pierres[38] ; de sorte que même sur le sommet du Gounshankár, à Gnary-khorsoum, qui atteint l’élévation de 19 699 pieds, mes frères ont trouvé un Lapcha. Leurs compagnons bouddhistes étaient toujours très empressés à ajouter de nouveaux drapeaux partout où ils passaient, ou d’élever un Lapcha en faisant un grand monceau de pierres au milieu duquel ils plantaient un de leurs bâtons de montagne, qu’ils décoraient alors de pavillons faits avec les mouchoirs de mes frères, avec leurs sacs à provisions et avec des pièces de leurs vêtements. Quand chacun avait contribué pour sa part au Derchok, ils se promenaient solennellement tout autour, en murmurant des prières.

  1. Voyez page 99.
  2. Csoma cite dans son Analyse du Kandjour, un livre traitant de ces cérémonies dans lesquelles Vadjrasattva (p. 35) est imploré As. Res., vol. XX, p. 503. Au sujet des objets que l’on renferme ordinairement dans les Chortens, voyez Cunningham, Ladak, p. 309.
  3. Ce mot s’écrit dgon-pa. Les noms qualificatifs des monastères, qui se trouvent dans certains livres, tels que « maison de science » (g̣tsoug-lag-ki se hang) et autres semblables, ne s’emploient pas dans le langage ordinaire, et le mot Chhos-ṣne que Cunningham, Ladak, p. 375, cite comme étant donné aux monastères, n’a jamais été entendu par mes frères.
  4. Dar-ṛgyas-gling. Dans sa forme complète le mot est précédé de ḥsam, qui signifie « pensée, méditation ».
  5. Cité dans les dictionnaires de Csoma et de Schmidt voce ṣmiu-pa. Tholing est orthographié ṃtho-ḷding. Pour plus amples détails, voyez le glossaire de mon frère Hermann, dans R. As. Soc., 1859.
  6. Au sujet des maisons tibétaines en général, voyez : pour Bhoutan, Turner, Embassy, pp. 50, 91, 93, 142, 177, 180 ; Pemberton, Report, p. 154 ; pour Sikkim, Gleanings in Science, vol. II, p. 179 ; Hooker, Himalayan Journals, dans beaucoup de passages ; pour Lhassa, Huc, Souvenirs, vol. II, chap. II ; pour Gnary-khorsoum, Moorcroft, Lake Mansasaur, As. Res., vol. XII, pp. 426, 442, 456, 479 ; pour Ladak, Moocroft, Travel, vol. I, p. 315 ; Cunningham, Ladak, p. 312. Voyez aussi divers dessins dans les « Panoramas et vues » accompagnant les Results of a scientific Mission, par mes frères.
  7. Ssanang Ssetsen, éd., par Schmidt, p. 53.
  8. Voyez les planches de Turner et la vue d’Himis par Hermann de Schlagintweit, loc. cit.
  9. D’après un récit du capitaine Fairholme R. N.
  10. Dans les spécimens du tibétain moderne, comme par exemple dans le traité entre Adolphe et les autorités de Daha (chap. XVI), et dans les noms géographiques, nous trouvons des mots qui ne se rencontrent pas dans la langue classique, et plus souvent encore des termes qui présentent l’orthographe la plus inattendue. Peut-être devons-nous l’attribuer à la corruption phonétique et la formation graduelle des dialectes ; mais il ne faut pas perdre de vue que peu de gens au Tibet savent écrire correctement, art qui n’était pas très général en Europe il y a encore peu de temps quand les écoles étaient restreintes aux seuls couvents.
  11. « La protection, qui dérive de ces trois trésors, détruit la peur de la reproduction, ou existence successive, la peur de l’esprit, la douleur à laquelle le corps est soumis, et la peine des quatre enfers ». Hardy, Eastern Monachism, p. 209.
  12. Dharmaraja, en tibétain Choichi gyalpo, ou par contraction Choigila, « roi de la loi », est un titre qui s’applique aux souverains et aux personnages mythologiques qui ont servi la cause du bouddhisme. — Ce roi est appelé par Cunningham, Ladak, chap. XII, Sengge Namgyal ; son père est nommé Jamya Namgyal. Jamya avait été détrôné et emprisonné par Ali Mir, fanatique musulman, souverain de Skardo, qui avait envahi Ladak et détruit les temples, les images sacrées et les livres bouddhiques. Mais plus tard Jamya fut rétabli dans son royaume, envoya une mission à Lhassa avec des présents précieux, et se montra un très fidèle croyant du bouddhisme.
  13. Le mot que nous traduisons ici « résidence », en tibétain pho-brang ṛnamṣ paraît à cause de la particule plurielle ṛnamṣ, signifier « territoires, terres ».
  14. En sanscrit Jambou-dvipa ; c’est le nom donné à la partie du globe où se trouve l’Inde. Au sujet de la secte brougpa, voyez page 47.
  15. La construction de ce nom fait supposer que ce Lama venait du monastère God-tsang dans le Tibet oriental ; on aurait ajouté à ce nom la particule pa.
  16. En tibétain ’gro-va’i-ṃgon-po, de ’gro-va « créature » et ṃgon-po, « maître, patron », titre qui indique que la personne est qualifiée « saint, dieu ». Peut-être devons-nous prendre ṛGod-ts’hang-pa comme une incarnation de Chenresi (voyez page 56), et grovai-gonpo comme un de ses surnoms ; il est aussi qualifié Jigten gonpo, en sanscrit Loka-natha, « le patron du monde ».
  17. Cunningham, loc. cit., a entendu dire que ce Lama a voyagé dans l’Inde, la Chine, le Kafiristan et Kashmir, et a fait et consacré une image de Maitreya à Tamosgang, Ladak.
  18. Pour la signification du terme ṛtsa-va’i-ḅla-ma, voyez page 99. Sur les dix commandements, voyez Burnouf le Lotus p. 446. Csoma, Dictionary, p. 69.
  19. Voyez chapitre xvi, les différents systèmes pour évaluer le temps.
  20. Comme type de ces constructions, voyez l’intérieur du monastère de Mangnang à Gnary-Khorsoum, par Adolphe, dans Atlas of Panoramas and Views. L’intérieur des temples singhalais ressemble beaucoup à celui des temples tibétains. Voyez Hardy, Eastern Monachism, p. 200.
  21. Ces écrans doivent être considérés comme témoignages du respect rendu aux dieux, et correspondant aux écharpes de soie brodées de sentences que la politesse tibétaine oblige à offrir aux visiteurs, ou qui sont enfermées dans les lettres. Ces écharpes se nomment en tibétain Khatak, ou Tashi Khatak, « écharpe de bénédiction ».
  22. Turner. Embassy, dit en avoir vu dans le temple de Vandeechy à Bhoutan.
  23. À propos des idées qui se lient aux stoupas, les récits sur leur construction et les objets qui ont été exhumés, voyez les ouvrages de Ritter, Die Stupas, Berlin, 1834 ; Wilson, Ariana Antiqua, Londres, 1841 ; Cunningham, The Bilsa Topes, 1844. Sykes, On the miniature Chaityas, R. As. Soc., 1856 ; et Account of golden Relies, R. As. Soc., 1857 ; Comparez aussi Burnouf, Introduction, p. 346. Au sujet de leur âge, Wilson, Buddha and Buddhism, croit que la coutume d’ériger des Stoupas est un peu postérieure à celle de creuser les temples et de construire des Viharas ou monastères ; les Stoupas du Nord-Ouest de l’Inde furent probablement érigés dans une période qui commence aux premières années de l’ère chrétienne et finit au sixième siècle.
  24. Kanawur, p. 124.
  25. Ladak, p. 377.
  26. Voyez page 99.
  27. Ainsi les Singhalais ne croient pas obtenir la protection du Bouddha en s’approchant simplement d’un Dagopa (stoupa) ou autre lieu sacré, à moins qu’ils n’accomplissent en même temps quelque acte d’adoration. Hardy, Eastern Monachism, p. 210 ; et 220.
  28. Dans la Mongolie, le mot satsa, que Pallas appelle zaga, ne s’applique qu’aux cônes d’argile seulement. Voyez. Mongol. Völker, vol. II, pp. 108, 211.
  29. La coutume de durcir les briques au soleil vient de la force de l’insolation et du peu d’humidité de l’atmosphère.
  30. Gérard, Kanawour, p. 124.
  31. Les cylindres à prières sont aussi appelés Manis.
  32. Ladka, p. 378.
  33. Voyez page 51.
  34. Cette sentence est tracée en énormes caractères, formés de pierres noirâtres, sur le versant de la montagne en face de Lama-Yourrou ; elle est visible à une grande distance.
  35. Gérard, dans son Kanawur, p. 123, remarque que les passants laissent toujours les Manis à leur droite, et suppose que c’est par superstition. Mes frères n’ont jamais vu le peuple agir ainsi ; on laisse toujours les Manis à gauche ; plusieurs Lamas leur ont dit que la raison en était qu’en passant ainsi, on pouvait suivre les caractères, au lieu de les lire à rebours.
  36. Voyez, « vues du monastère de Himis », dans l’atlas des Results of a scientific Mission.
  37. Pour les détails, je renvoie à Glossary of geographical Names, s. v. Lapcha, qui forme la seconde partie du vol. III des Results de Hermann.
  38. Comparez Georgi, Alphabetum tibetanum, p. 508.