Le Bouddhisme au Tibet/Chapitre 12

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Traduction par Léon de Milloué.
Texte établi par Musée Guimet, Impr. Pitrat Ainé (p. 111-137).

CHAPITRE XII


clergé tibétain

Matériaux contenus dans les récits des voyageurs européens. — Lois fondamentales. Système hiérarchique. — Organisation du clergé. — Principes de sa constitution. — Revenus. — Grades parmi les Lamas. — Nombre des Lamas. — Leurs occupations. — Leur régime. — Leur habillement.

récits des voyageurs européens

Les Européens désignent sous le nom de lamaïsme cette forme particulière du bouddhisme qui se développa au Tibet avec les institutions de Tsonkhapa et se répandit bientôt dans toute l’Asie centrale, où elle prit de profondes racines. Nous ne connaissons que depuis peu cette forme très moderne du bouddhisme ; car il a toujours été très difficile de pénétrer dans le Tibet, tant à cause des obstacles que présente l’altitude générale du pays, que de la jalousie et de l’hostilité des naturels contre les étrangers. La suprématie, graduellement obtenue, par le gouvernement chinois, n’a fait qu’accroître cette difficulté ; tout récemment encore il a donné des preuves de ses dispositions hostiles, au mépris des traités signés après la dernière guerre de Chine[1].

Les premiers Européens qui pénétrèrent dans le Tibet furent des missionnaires chrétiens. En 1624 un jésuite, le père Antonio de Andrada, arriva jusqu’à Chabrang, capitale du Gouge, district de Gnary Khorsoum, dont le Raja ou Gyalpo, était très favorablement disposé pour lui. Les premiers qui atteignirent Lhassa, centre de l’église lamaïque, furent les jésuites Albert Dorville et Johann Gruber, qui en 1631 revinrent de Chine en Europe parle Tibet et l’Hindostan. Ce furent ensuite les pères capucins Joseph de Asculi et Francisco Maria de Toun, qui, partis du Bengale en 1706, arrivèrent sains et saufs à Lhassa. En 1706 le jésuite Désidéri pénétra de nouveau jusqu’à Lhassa, par la route de l’ouest, par Kashmir et Ladak. L’événement le plus important, au point de vue de la connaissance du bouddhisme tibétain, fut la mission des pères capucins sous la direction d’Horacio de la Penna, qui arriva à Lhassa en 1741, avec cinq missionnaires. Leurs efforts pour propager la religion chrétienne n’eurent guère de succès malgré le bon accueil des autorités tibétaines. Ils recueillirent des documents très importants sur la géographie et l’histoire du pays, la religion, les mœurs et les coutumes des habitants. Horacio de la Penna était enflammé d’un zèle ardent pour le christianisme ; il traduisit en tibétain un catéchisme catholique, la Doctrine chrétienne du cardinal Bellarmin, le Thesaurus doctrinæ christianæ de Turbot, et composa un dictionnaire tibétain-italien. Les matériaux rapportés par cette mission, qui fut forcée de quitter Lhassa peu d’années plus tard, furent étudiés par le père Antonio Georgi ; celui-ci, dans son curieux Alphabetum Tibetanum, Rome, 1762, entreprit de prouver par la philologie comparée, l’opinion émise par les missionnaires que le lamaïsme était une corruption du christianisme.

En 1811 Manning essaya, selon Prinsep, d’aller en Chine en traversant le Tibet ; mais il fut arrêté à Lhassa et, ne pouvant obtenir la permission d’aller plus avant, il dut revenir sur ses pas[2]. En 1845 deux missionnaires lazaristes, Huc et Gabet, arrivèrent de nouveau à Lhassa par la Mongolie ; mais après un court séjour, ils durent aussi quitter la capitale et furent conduits à Macao sous l’escorte d’un officier chinois.

Depuis le commencent de ce siècle plusieurs voyages ont été entrepris à Bhoutan, Sikkim et les districts occidentaux qui avoisinent les possessions anglaises. Les publications de Pallas, avec le détail des renseignements qu’il a obtenus dans la Mongolie russe, et celles de Klaproth (sa traduction de la description du Tibet par un officier chinois, aussi bien que les résultats de ses recherches pendant ses voyages dans la région du Caucase) sont particulièrement précieuses. Toutes ces relations traitent principalement du système hiérarchique, des règlements, de la constitution sociale du clergé et des établissements religieux ; les études sur les cérémonies religieuses sont très rares. En outre des sources que je viens de citer et que j’ai mises à contribution dans les chapitres suivants pour définir la nature et le caractère du clergé tibétain et les institutions qui s’y rattachent, je me suis aussi servi des observations faites par mes frères pendant leurs voyages dans l’Himalaya oriental et dans le Tibet central et occidental de 1855 à 1857.

LOIS FONDAMENTALES

Il est très probable que, dans les premiers temps du bouddhisme, tous ceux qui embrassaient cette religion, abandonnaient le monde et aidaient leur maître à propager sa foi autant qu’il était en leur pouvoir. Ceux qui, après avoir entendu Sakyamouni expliquer ses doctrines, désiraient devenir bouddhistes, devaient d’abord en faire la déclaration explicite ; alors le maître leur coupait la barbe et les cheveux, les revêtait de l’habit religieux et ils étaient, par cette cérémonie, reçus dans la communauté des fidèles. Plus tard, quand le nombre des bouddhistes se fut accru, le néophyte fut remis, pour être instruit, entre les mains d’un disciple plus ancien ; cette pratique se généralisa après la mort de Sakyamouni. La distinction entre les frères laïques et les prêtres et le dogme important que seuls ces derniers peuvent atteindre Nirvâna, parce qu’ils ont renoncé au monde, ne furent certainement admis qu’après la mort de Sâkyamouni ; il avait lui-même cependant reconnu deux classes de disciples, les mendiants, les receveurs d’aumônes, qui ne doivent manger d’autre nourriture que celle qu’ils ont reçue sous certaines conditions (dont une est qu’elle ait été donnée comme aumône) et les maîtres de maison, les donneurs d’aumônes, qui gagnent par là leur mérite ; mais il donnait à ces deux classes les mêmes droits aux avantages promis à ses disciples. Déjà les premières écoles (la secte hinâyâna) excluaient les frères laïques de la perfection des Arhats et du Nirvâna ; le système mahâyâna les admet, mais les sectes actuelles du Tibet ont de nouveau élevé cette puissante barrière entre la laïcité et le clergé, refusant à la première la possibilité d’atteindre au rang de Bouddha ; les laïques peuvent arriver à Nirvâna, mais ils ne peuvent devenir « une bénédiction pour le monde[3]. » Les ascètes sont appelés dans les livres sacrés Bhikshous, Sramanas, Sravakas, Archats, et les disciples laïques, les dévots, Oupasakas (en tibétain Genyen) ; dans les Mahâyâna Soutras, ces derniers sont appelés « Bodhisattvas qui habitent dans leurs maisons », les premiers « Bodhisattvas qui ont renoncé au monde ».

On représente généralement les premiers disciples de Sâkyamouni errants avec leur royal maître, ou retirés dans les bois et les forêts qui environnent les établissements, pour obéir à ses fréquentes exhortations de mener une vie solitaire ; d’autres habitent des maisons isolées et inconnues qu’ils ne quittent qu’à certaines époques pour se réunir autour du maître et entendre sa parole. De grandes assemblées, qui sans doute remontent au temps de Sâkyamouni lui-même, avaient lieu régulièrement après la saison pluvieuse ; pendant les pluies Sâkyamouni, avec ses principaux disciples et les ermites, s’abritaient dans la demeure de personnes de bonne volonté et se livraient à la méditation sur les points de doctrine qu’ils n’avaient pas encore clairement compris ; ils employaient aussi une partie de leur temps à l’instruction de leurs hôtes. Dans les assemblées dont nous venons de parler, les Bhikshous rapportaient leurs succès à gagner des néophytes, discutaient différents dogmes et demandaient la solution des doutes qui pouvaient les avoir troublés.

D’abord ces assemblées se tinrent en plein air ; les Viharas, dans l’acception de monastères où ces cérémonies auraient pu avoir lieu, ne furent construits que beaucoup plus tard. Le mot Vihara, d’après son étymologie, indique un lieu où les bouddhistes s’assemblaient et c’est dans ce sens que cette expression est usitée dans les Soûtras, ou livres considérés comme contenant les paroles de Sâkyamouni, qui commencent toujours ainsi : « Quand il arrivait que Sâkyamouni se trouvait (viharati-sma) en un lieu » ; mais plus tard ce nom fut appliqué aux édifices où les prêtres se réunissaient et où les étrangers et les ascètes (qui allaient quêtant les aumônes) trouvaient un asile. La signification de ce mot fut encore plus restreinte et par la suite il ne fut plus appliqué qu’aux monastères seulement, ou aux édifices religieux dans lesquels ceux qui ont une fois pénétré sont obligés de demeurer toute leur vie. Il est impossible de déterminer exactement les diverses époques pendant lesquelles les Viharas devinrent des maisons de réunion et plus tard des monastères. Dans les livres Hinâyâna sur la discipline ces édifices ne sont cités que comme complément au chapitre des résidences et ils ne furent probablement construits qu’après les temples, dont les premiers, dit-on, furent édifiés au troisième siècle avant Jésus-Christ. Les violentes attaques des Brahmes ont dû bientôt convaincre le clergé bouddhiste des avantages de l’association ; alors furent établies des règles pour la vie en commun et la subordination, et ainsi fut fait le premier pas des institutions monastiques qui furent cependant, dans l’Inde, même dans leur perfection finale, extrêmement différentes de celles du monachisme tibétain actuel. Dans les premiers temps chaque Vihara avait son administration propre, son chef particulier, et était indépendant de tous les autres ; il en était encore ainsi au septième siècle, quand Hiouen-Thsang habita l’Inde ; jamais on ne connut dans l’Inde la hiérarchie si parfaitement organisée que nous trouvons aujourd’hui au Tibet[4].

SYSTÈME HIÉRARCHIQUE

La première organisation du clergé tibétain date du roi Thisrong de Tsan (728-786 av. J.-C.) de qui le Bodhimör dit : « Il donna au clergé une solide constitution et le divisa en classes »[5] ; mais le développement du système hiérarchique actuel, qui était indépendant de ces anciennes institutions, commence au quinzième siècle. En 1417, le fameux Lama Tsonkhapa fonde le monastère de Galdan à Lhássa, et en devient le supérieur ; la grande autorité et la réputation dont il a joui se sont reportées sur ses successeurs au siège abbatial de ce monastère, qui tous, jusqu’à présent, ont eu une réputation de sainteté particulière. Bientôt l’influence de ces abbés fut dépassée par celle du Dalaï Lama de Lhássa[6] (actuellement le plus éminent du clergé tibétain), et du Panchen Rinpoche de Tashilhounpo[7], qui tous deux sont considérés comme d’origine divine, et par conséquent plus près des dieux que des simples mortels. Cette origine prétendue divine leur donne un caractère totalement différent de celui du pape de l’Église catholique romaine ; mais, d’un autre côté, aucun d’eux n’a une suprématie reconnue aussi étendue que celle du pape de Rome.

Le Dalaï Lama est considéré comme une incarnation du Dhyani Bodhisattva Chenresi, qui se réincorpore par un rayon de lumière émanant de son corps et pénétrant l’individu qu’il a choisi pour sa nouvelle existence[8]. Le Panchen Rinpoche est considéré comme une incarnation du père céleste de Chenresi, Amitabha[9]. Une histoire rapporte que Tsonkhapa lui-même avait ordonné à ses deux principaux disciples de prendre la forme humaine, dans une suite ininterrompue de renaissances, pour veiller à la propagation de la religion bouddhique et à la conservation de sa pureté[10] ; d’après cela ce serait Tsonkhapa lui-même qui aurait créé ces deux suprêmes dignités cléricales. Mais nous apprenons, par les tables chronologiques de Csoma, que Gedoun Groub (né en 1389 av. J.-C., mort en 1473) fut le premier qui prit le titre de Gyelva Rinpoche, « Sa Précieuse Majesté », qui ne s’applique qu’au seul Dalaï Lama ; Gedoun Groub serait donc le premier Dalaï Lama et non le Dharma Rinchen, le successeur de Tsonkhapa dans la chaire du monastère de Gáldan. En 1445, il construisit aussi le grand monastère de Tashilhounpo, dont les abbés prirent le nom de Panchen Rinpoche, « le grand Joyau maître » et revendiquèrent avec succès la nature divine et le pouvoir temporel qui, jusqu’alors, n’étaient l’apanage que du seul Dalaï Lama. Le Panchen Rinpoche partage l’autorité et la souveraineté du Dalaï Lama ; mais dans les affaires ecclésiastiques, même sur son propre territoire, sa parole est moins divine, sa force moins grande que celle du Dalaï Lama.

Le cinquième Gyelva Rinpoche, Ngavang Lobzang Gyamtso, homme très ambitieux, envoya une ambassade aux Mongols Koshots, établis dans les environs du lac Koukounor, pour demander leur aide contre le roi du Tibet, qui résidait alors à Digarchi, avec lequel il était en guerre. Les Mongols s’emparèrent du Tibet et en firent présent, dit-on, à Ngavang Lobzang. Cet événement arriva, en 1640, et c’est de ce moment que date l’extension du pouvoir temporel des Dalaï Lamas sur tout le Tibet[11].

Les Dalaï Lamas sont élus par le clergé, et jusqu’en 1792 ces élections se sont faites en dehors de l’influence du gouvernement chinois ; mais depuis lors la cour de Pékin, pour qui le Dalaï Lama est un personnage très important au point de vue politique aussi bien que religieux, a pris soin de ne laisser élire à cette haute dignité que les fils de personnages bien connus pour leur loyauté et leur fidélité[12].

Après ces sublimes Lamas, les premiers en dignité sont les supérieurs de plusieurs grands monastères ; quelques-uns d’entre eux sont regardés comme des incarnations, d’autres comme de simples mortels ; dans les deux cas les Lamas de ce si haut rang sont appelés Khampos[13]. Mes frères ont vu des Khampos dans les monastères de Lama Yourou à Ladak et de Thöling à Gnary khorsoum. Ils étaient natifs de Lhassa et avaient été nommés par le gouvernement du Dalaï Lama pour des périodes de trois à six ans, au bout desquelles ils devaient retourner à Lhassa. Les abbés des petits monastères sont nommés à vie par les moines ; mais leur élection doit être soumise à l’approbation du Dalaï Lama, qui la sanctionne ou la rejette.

Les Boudzads, surintendants des chœurs de chant et de musique pendant le service divin, sont encore des personnages supérieurs aux simples moines, ainsi que les Gebkoi qui sont chargés de maintenir la discipline et l’ordre. Ces dignitaires sont aussi élus par les moines et constituent avec l’abbé le conseil qui règle les affaires du monastère. D’autres dignités, que l’on trouve quelquefois dans de grands monastères, sont de simples postes d’honneur et ne donnent aucune influence directe dans l’administration[14].

Le titre de Lama, qui s’écrit en tibétain ḅlama, ne doit se donner qu’aux prêtres supérieurs seulement ; mais comme le mot arabe Sheikh et d’autres titres d’honneur ou de rang dans les langues d’Europe, le mot de Lama a fini par être regardé comme un titre que l’on doit donner par courtoisie à tous les prêtres bouddhistes[15].

Les astrologues, les Tsikhan (quelquefois appelés Kartsippa ou Chakhan, « diseur de fortune », Ngagpa, « expert dans les charmes »), forment une classe particulière de Lamas ; il leur est permis de se marier et de porter un costume particulièrement fantastique. Ces gens sont des diseurs de bonne aventure de profession, officiellement autorisés à conjurer et exorciser les mauvais esprits au nom et au profit du clergé. Les tours vulgaires comme vomir des flammes ou avaler des couteaux, etc., ne sont pas pratiqués en public et ne seraient pas permis, quoique, dans d’autres cas, ces exorcistes aient le droit de se jouer tant qu’ils veulent de la crédulité de la foule ignorante et d’en tirer tout le profit qu’ils peuvent. Les instruments qu’ils emploient le plus fréquemment pour leurs charmes sont : une flèche et un triangle sur lequel sont inscrites de prétendues sentences talismaniques[16]. Parmi ces astrologues, les Lamas nommés Choichong, qui, dit-on, sont tous instruits dans le monastère de Garmakhya à Lhássa, jouissent de la plus grande réputation ; cela tient à ce que le dieu Choichong ou Choichong Gyalpo, s’incorpore, chaque fois qu’il descend sur la terre, dans un des Lamas qui appartiennent à ce monastère. Son retour se manifeste par la fréquence d’actes miraculeux accomplis par un Lama, qui est alors considéré comme l’instrument favori choisi par le roi Choichong. Il devient bientôt l’objet d’une vénération universelle, qui est des plus lucratives pour le monastère, car de toutes les parties de la Haute Asie des bouddhistes arrivent en pèlerinage à Lhássa pour recevoir sa bénédiction, et s’estiment très heureux si les présents considérables qu’ils apportent en échange sont acceptés par le représentant de Choichong. Les astrologues choichongs sont rares dans les monastères en dehors du Tibet ; et bien qu’on trouve dans beaucoup de monastères du Tibet occidental et de l’Himalaya des images du roi Choichong, mes frères n’ont jamais vu un Lama choichong[17].

Le dieu Choichong n’est qu’un des « cinq grands rois » en tibétain Kounga-Gyalpo. Ces cinq personnages mythologiques protègent l’homme très efficacement contre les mauvais esprits et lui donnent le pouvoir de réaliser tous ses souhaits. Ils se nomment : Bihar-Gyalpo ; Choichong-Gyalpo, Dalha-Gyalpo, Louvang-Gyalpo, Tokchoi-Gyalpo. Je sais positivement que Bihar s’est déclaré le protecteur des monastères et établissements religieux. Dalha est le dieu tutélaire des guerriers. Les images des cinq grands rois se rencontrent généralement dans les temples et les oratoires particuliers des laïques ; les boîtes à amulettes contiennent aussi assez souvent ces représentations. On les voit aussi dans une image des trente-cinq Bouddhas de Confession (voyez page 61), où ils sont représentés montés sur des animaux fantastiques. Bihar a un tigre rouge ; Choichong un lion jaune ; Dalha un cheval jaune (Kyang) ; Louvang, le dieu des Nagas (voyez page 21) un crocodile bleu ; Tokchoi un daim jaune. Dans d’autres peintures, l’un de ces dieux est le sujet principal, et il est dessiné en plus grande dimension que les figures environnantes. Une de ces peintures, achetée par Adolphe à Mangnang, Gnary-khorsoum, représente Choichong excessivement gros, avec trois têtes, monté sur un lion blanc à crinière bleue ; la figure est entourée de flammes. Ses têtes latérales sont bleu et cramoisi, celle du milieu est comme le corps couleur de chair, son large chapeau et ses nombreux bras (symboles de son activité) sont dorés ; son vêtement est une peau de tigre, dont les pattes sont nouées autour de son cou. Dans le haut du tableau sont dessinés quelques animaux domestiques, en allusion au grand mérite que l’on obtient en lui consacrant un animal ; celui-ci ne peut alors plus être tué pour les usages domestiques, mais doit être donné, au bout de quelque temps, aux Lamas qui peuvent le manger. Au-dessous de lui sont représentés trois autres défenseurs de l’homme contre les esprits malfaisants, ce sont : Damchan dordje legpa, monté sur un chameau ; Tsangpa, en sanscrit, Brahma (voyez page 72) sur un bélier ; Chebou damchan sur un bouc.

ORGANISATION DU CLERGÉ

Principes de sa constitution. — De clairs et peu nombreux qu’ils étaient, les préceptes que doivent observer les Lamas sont arrivés aujourd’hui à former un copieux code de lois, qui contient deux cent cinquante règles ; en tibétain Khrims ; elles sont énumérées dans la Doulva ou première division du Kandjour et ont été expliquées dans les œuvres bien connues de Hardy et de Burnouf[18]. Parmi cette masse de préceptes, j’appelle particulièrement l’attention


Annales du Musée Guimet
T. III, Pl. XXI

CHOICHONG GYALPO, DIEU DE L’ASTROLOGIE ET PROTECTEUR DES HOMMES CONTRE LES DÉMONS.


Annales du Musée Guimet
T. III, Pl. XXII

BIHAR GYALPO, PATRON DES MONASTÈRES ET DES TEMPLES (Imp. A. Roux)

du lecteur sur ceux de célibat et de pauvreté (que Tsonkhapa remit en vigueur) à cause de leur grande influence sur le développement du caractère actuel du clergé tibétain.

La violation de la règle de célibat ou même le commerce sexuel est sévèrement puni : néanmoins ce cas se présente assez fréquemment, surtout parmi les Lamas qui ne vivent pas dans les monastères. Nous connaissons en outre deux cas où, par considération d’intérêt public, le Dalaï Lama a accordé des dispenses pour le mariage à des lamas de sang royal. Un de ces cas est rapporté par le docteur Campbell, qui raconte qu’un prince de Sikkim a obtenu cette permission : un autre fait analogue est donné par Moorcroft, au sujet d’un Raja de Ladak[19]. Le vœu de pauvreté est une des institutions qui atteignent sérieusement la prospérité publique au Tibet, parce que les moines, si nombreux dans tous les pays bouddhiques, doivent vivre des contributions prélevées sur la population laïque. Le simple Lama qui a renoncé au monde ne doit rien posséder en dehors de ce que permet le code de discipline, et pourtant les couvents de Lamas peuvent posséder des propriétés foncières, des maisons, des trésors, et leurs membres peuvent jouir de l’abondance de leurs riches magasins.

Les revenus proviennent de la récolte des aumônes, des dons volontaires, des rémunérations données pour la célébration des rites sacrés, des rentes des biens, et même d’entreprises commerciales.

Les aumônes se perçoivent plus particulièrement au temps de la moisson ; beaucoup de Lamas sont alors envoyés dans les villages pour mendier du grain. Pendant qu’Hermann était à Himis (septembre 1856), plus de la moitié des lamas étaient en tournée de quête. Les dons volontaires les plus considérables sont ceux que l’on offre à un Lama incarné ou que l’on donne aux fêtes annuelles[20]. La plupart des petits dons sont recueillis par les monastères situés le long des principales passes des montagnes ; car il est d’usage que chaque voyageur récite quelques prières dans les temples qu’il rencontre et laisse un petit présent. Les rémunérations pour assister aux naissances, mariages, maladies, morts, etc., sont généralement fixées par le prêtre officiant selon la fortune de ceux qui réclament son assistance. Elles consistent ordinairement en produits naturels, qui semblent être donnés d’avance[21]. La propriété territoriale qui est quelquefois considérable est cultivée par les gens qui dépendent du couvent, ou bien louée à grand prix, La fabrication et la vente d’images, charmes, etc., est encore une source de revenus considérables pour chaque monastère ; beaucoup de voyageurs signalent le commerce qu’ils font sur les laines et, dans le Tibet oriental, sur le musc[22].

Grades parmi les Lamas. — Au Tibet le clergé, outre qu’il vit aux dépens du public, est aussi, dans la plupart des districts, affranchi des taxes et contributions pour les travaux publics ; c’est à cause de ces avantages et de bien d’autres encore, que la dignité de Lama est partout si recherchée[23]. Dans le Tibet oriental et occidental on a coutume de faire Lama le fils aîné de chaque famille, et les règlements restrictifs, tels que ceux des anciens livres religieux, paraissent avoir perdu leur force, car tous les voyageurs rapportent que tout le monde peut devenir membre des ordres religieux ; la seule restriction que je connaisse, c’est qu’à Bhoutan le père qui veut que son fils soit reçu comme novice doit en demander la permission au Deba et au Dharma Raja, et payer un droit de 100 roupies Deba[24]. Quand quelqu’un déclare son désir d’entrer dans le clergé ou de faire de son fils un Lama, on examine les talents du novice. La plupart du temps ce sont des enfants, et si on les trouve assez intelligents, on leur permet de prendre les vœux (tibétain dom), c’est-à-dire d’observer les devoirs religieux inhérents à la prêtrise ; ils deviennent alors « candidats pour les ordres », Genyen (équivalent du sanscrit Oupasaka)[25]. Les Lamas chargés de l’instruction des novices ne traitent pas toujours bien leurs élèves, car plusieurs voyageurs ont témoigné de leur dureté et même de leur cruauté dans les punitions[26]. Le grade au-dessus des Genyen est celui de Getsoul, le prêtre ordonné s’appelle « Gelong » ; les grades sont conférés par un conseil, devant lequel le candidat doit prouver, par une dissertation publique, son expérience dans les sciences qu’on lui a enseignées.

Les femmes peuvent aussi embrasser la vie monastique, et on peut lire l’histoire de mendiantes, les Bhikshounis, qui dès les premiers temps du bouddhisme, se vouèrent à la vie religieuse avec la permission du fondateur. Les nonnes sont appelées en tibétain Gelong-ma ; elles ne doivent pas être nombreuses dans le Tibet occidental et dans l’Himalaya, car mes frères n’en ont jamais vu beaucoup[27].

Le clergé est monastique ; presque tous les prêtres résident dans les monastères ; d’autres ont la permission de vivre comme prêtres dans les villages, pour la commodité de la population, qui réclame si fréquemment leur assistance. Les ermites sont très nombreux ; ils habitent les hautes vallées et vivent de la charité des passants. Ils se distinguent en laissant croître leurs cheveux et leur barbe ; et cette coutume est si générale qu’on représente toujours le type d’un ermite sous les traits d’un homme avec de longs cheveux et une longue barbe inculte. Chacun d’eux choisit un rite particulier et s’imagine qu’il tire de sa fréquente pratique une assistance surnaturelle. Un rite souvent choisi, bien que je ne puisse dire pourquoi, est celui de Chod, « couper ou détruire ». Les Lamas gardent le plus profond secret sur sa signification. Selon la croyance générale, les reclus sont exposés aux attaques répétées des mauvais esprits, ennemis de la méditation assidue et appliquée ; le moyen le plus efficace de les tenir à distance est de battre du tambour[28].

À certains jours ces Lamas isolés, les prêtres de villages aussi bien que les anachorètes, doivent revenir au monastère auquel ils appartiennent ; ils sont punis s’ils manquent à se présenter pour subir cette sorte de contrôle.

Dans chaque monastère est une liste de tous les moines qui font partie de la communauté cléricale[29].

NOMBRE DES LAMAS

Voici les quelques données que je peux produire sur le nombre des Lamas :

Tibet oriental. — Le docteur Campbell nous fournit une liste de douze principaux couvents à Lhassa et dans son voisinage, habités par 18,500 Lamas[30]. Tout surprenant que soit ce nombre, il est loin de représenter la totalité des prêtres épars dans le pays.

Tibet occidental. — Cunningham évalue la population laïque de Ladak à 158,000 âmes, les Lamas à 12,000, ce qui donne un prêtre pour treize laïques. À Spiti, en 1845, le major Hay estimait la population civile à 1,414 habitants, et 193 Lamas, soit environ un pour sept laïques[31].

Je ne puis donner aucun chiffre pour les contrées bouddhiques de l’Himalaya oriental, mais seulement quelques renseignements généraux. À Bhoutan, la proportion du nombre des Lamas à la population civile est considérable. À Tassisoudon (ḅkra-shis-chhos-g̣rong, la cité sainte de la doctrine) ils sont 1,500 à 2,000 dans le seul palais du Dharma Raja, et leur multitude est une des principales causes de la pauvreté de habitants. Pemberton dit que les dépenses pour l’entretien de cette caste privilégiée ont été à plusieurs reprises le sujet de chaudes discussions[32]. À Sikkim aussi les monastères et les Lamas sont, d’après Hooker, très nombreux et très influents[33].

J’ajoute, comme comparaison, quelques données sur les contrées qui ne font pas partie de l’Asie centrale. Chez les Kalmouks, il y avait, lorsque Pallas visita leur pays au siècle dernier, un Lama pour environ 150 à 200 tentes[34].

Dans les alentours de Pékin on compte environ 80,000 moines bouddhistes[35].

Ceylan possède environ 2,500 prêtres, soit sur une population totale de deux millions d’âmes, un pour 800.

À Berma on compte un prêtre sur 30 habitants[36].

OCCUPATIONS

Les moines, malgré les devoirs religieux qu’ils ont à remplir, auraient tout le temps nécessaire pour cultiver de vastes étendues de terres ; mais leur seul travail de culture consiste à tenir en excellent état les jardins qui entourent les monastères, et dont ils tirent abondamment ce qui est nécessaire à leur subsistance et à leur bien-être ; dans ces jardins se trouvent aussi des arbres fruitiers, surtout des abricotiers, que très souvent on ne rencontrerait en aucun autre lieu à des milles à la ronde. En général les Lamas sont gens paresseux, peu disposés à un effort soit corporel soit mental ; presque tous passent la plus grande partie du jour à tourner des cylindres à prières, ou à compter les grains de leurs rosaires ; parfois cependant on en voit de très habiles à graver des blocs de bois et à faire des images de dieux soit peintes soit sculptées. Les plus habiles sont généralement, à ce qu’on a dit à mes frères, appelés à Lhássa[37].

Tous les Lamas savent lire et écrire, et pourtant ces talents ne sont pas chez eux une occupation en faveur ; on peut se faire une idée de la lenteur de leur manière d’écrire, par ce fait que le Lama qui a copié le document relatif à Himis (voyez chap. XIII) a employé six heures à ce travail. Les voyageurs ont souvent déploré l’ignorance des Lamas ; on a demandé à beaucoup d’entre eux une explication de la prière à six syllabes, Om mani padme houm, dont l’influence magique sur la prospérité des hommes est traitée dans tant de livres religieux, et ce ne fut qu’après des questions répétées qu’on put enfin obtenir une réponse satisfaisante. Schmidt fut très surpris des réponses des bouddhistes népalais à Hodgson. « Un Lama tibétain ou mongol, disait-il, n’aurait pas si bien répondu à cette question. » Csoma et Huc ont remarqué que les Lamas sont peu versés dans leur littérature sacrée ; Huc dit qu’ils excusent leur ignorance en arguant de la profondeur de leur religion, et plus loin : « Un Lama qui sait le tibétain et le mongol est un sage, un savant ; s’il a aussi une légère teinte de littérature chinoise et mandchoue, on le considère comme un phénomène[38] ». Mes frères furent souvent embarrassés par les réponses confuses faites par les Lamas à des questions sur les phénomènes naturels, ou sur leur religion, ou leur histoire. Les Lamas préféraient toujours causer de théologie mystique, et il était relativement facile d’obtenir d’eux des explications sur les propriétés magiques de certains charmes.

RÉGIME

Les Lamas suivent le régime en usage dans le pays[39]. Ils peuvent manger tout ce qui leur est offert comme aumône, mais il ne leur est pas permis de boire des liqueurs enivrantes ; on en prend cependant, sous le prétexte que ce sont des « médecines »[40].

La nourriture animale n’est pas défendue (d’après les légendes singalaises, Sâkyamouni lui-même est mort pour avoir mangé du porc)[41] ; mais c’est un obstacle à la perfection, car l’homme doit considérer tous les êtres animés comme des frères et des parents et ne pas les tuer : il y a même un proverbe qui dit : « Manger de la chair, c’est manger ses parents »[42]. Les laïques mangent de toute espèce de chair ; suivant mon frère Robert, ils s’abstiennent de poisson, du moins à Spiti, quoiqu’ils ne puissent donner aucune raison à cette abstinence. Un grand nombre de règlements ont été institués pour empêcher les moines de se livrer sans retenue à leur appétit pour la chair ; à certains jours aucune nourriture animale n’est permise ; les prêtres doivent aussi s’en abstenir chaque fois qu’ils se confessent, ainsi qu’à certaines époques où s’accomplissent des cérémonies religieuses très sacrées.

La principale nourriture consiste en riz, froment ou orge, farine, lait et thé. Le riz est bouilli ou rôti ; la farine se mélange avec du lait et du thé, ou se pétrit en gâteaux sans levain et s’assaisonne avec du sel. Ces gâteaux ont le goût des pains azymes des juifs. Le thé se fait de deux manières, d’abord en infusion avec de l’eau chaude comme en Europe, et cette préparation est appelée Chachosh, « eau de thé »[43] ; secondement d’une façon très singulière que je décris en détail d’après une recette que mes frères se sont procurée à Leh :

Le thé (pain de thé cassé[44]) est mélangé avec environ la moitié de son volume de soude, en tibétain Phouli. La mixture est jetée dans une marmite remplie de la quantité nécessaire d’eau froide ; la proportion varie comme dans notre manière de faire le thé. Quand l’eau est près de bouillir on remue le mélange de feuilles de thé et de soude, en continuant pendant cinq ou six minutes après l’ébullition de l’eau. On retire alors la marmite du feu et on filtre le thé à travers un linge dans un cylindre rond en bois, de trois à quatre pouces de diamètre et de deux à trois pieds de haut ; les feuilles de thé n’ont plus de valeur et sont jetées. On agite vigoureusement le thé

avec un tube de bois (appelé en tibétain Gourgour), comme on fait pour le chocolat ; on ajoute alors une bonne quantité de beurre clarifié (ordinairement le double de la quantité du thé on brique) et un peu de sel ; puis on continue à agiter. Finalement on remet le thé sur le feu, après l’avoir mélangé avec du lait, car il s’est beaucoup refroidi dans les opérations que je viens de décrire. Ce thé appelé « Cha » ressemble beaucoup à une sorte de gruau, et se mange avec de la viande ou des pâtisseries, à dîner ou à souper ; mais il est défendu pendant les cérémonies religieuses, et alors l’infusion de thé seule, Chachosh, est passée à la ronde comme rafraîchissement[45].

À certaines occasions les Lamas donnent de grands dîners. À Leh, mon frère Robert fut invité à un de ces dîners donné en l’honneur d’un haut Lama de Lhâssa. Le thé fut servi en guise de soupe et passé à la ronde tout le temps du repas. En marque d’honneur particulier pour les hôtes, leurs coupes ne restaient jamais entièrement vides. Il y avait plusieurs sortes de viandes, les unes rôties, les autres bouillies, et une sorte de pâté. On ne servit point de vins. La cuisine était réellement supérieure à celle que l’on fait ordinairement en ce pays et bien meilleure qu’on ne pouvait s’y attendre. Robert apprit que le dîner avait été préparé par le propre cuisinier du grand prêtre, venu de Lhássa avec lui.

COSTUME

Les règlements primitifs établis par Sâkyamouni pour régler l’habillement des prêtres étaient adaptés au climat chaud de l’Inde ; plus tard, quand sa doctrine s’étendit plus au nord et par conséquent dans des climats plus rudes, il permit lui-même l’usage de vêtements plus chauds, des bas, des souliers, etc. Sâkyamouni enseigne que le principal but du vêtement est de couvrir la pudeur du prêtre ; en outre il sert encore à préserver du froid, des attaques des moustiques, etc., toutes choses qui troublent l’esprit[46].

Les différentes parties de l’habillement d’un Lama tibétain sont : un bonnet ou un chapeau, une robe, une veste de dessous, des pantalons, un manteau et enfin des bottes[47].

Bonnets et chapeaux. — Les bonnets sont faits de deux doubles de feutre ou drap, entre lesquels sont placés des charmes ; dans les districts pluvieux de l’Himalaya, les Lamas portent pendant l’été de grands chapeaux de paille. Les formes de ces bonnets sont très variées, mais il est curieux qu’ils soient tous de façon chinoise ou mongole, tandis que la forme des robes a été empruntée aux Hindous. La manière de saluer est aussi chinoise, car les Tibétains ôtent toujours leurs chapeaux, et les Indous, en signe de respect, approchent de leurs maîtres non pas tête nue, mais pieds nus. La plupart des bonnets sont coniques, avec un large pli qui est généralement relevé en dessus, mais qui se rabat sur les oreilles en temps froids (voyez planche XXXV, où les plis sont rabattus). Les chefs Lamas ont une sorte particulière de bonnets, ordinairement bas et coniques, comme ceux que portent Padma Sambhava[48] et les personnages mythologiques déifiés qui ont une influence particulière sur la prospérité des hommes, comme le roi Bihar ; ce bonnet s’appelle Nathongzha. Quelques grands prêtres du Tibet occidental ont un chapeau hexagonal en carton, formant quatre degrés qui vont en diminuant vers le sommet, ou dans quelques occasions une sorte de mitre de drap rouge, ornementée de fleurs d’or tissées dans l’étoffe. Ce dernier a une ressemblance remarquable avec les mitres des évêques catholiques romains. Parfois, quand le temps le permet, les Lamas du Tibet oriental, du Bhoutan ainsi que de Sikkim, vont tête nue.

La robe descend jusqu’au mollets et s’attache autour de la taille par une étroite ceinture ; elle a un collet droit et se boutonne jusqu’au cou. À Sikkim les Lamas portent quelquefois, enroulée autour des épaules, une sorte d’étole de laine rayée rouge et jaune. En général la robe a des manches, excepté dans le Bhoutan Douars, pays où la température la plus basse ne dépasse pas, même dans le mois le plus froid, en janvier, 22° à 18° Fahrenheit.

La veste de dessous n’a pas de manches. Elle n’est pas coupée sur la forme du corps, mais tombe tout à fait droit. À Ladak presque tous les Lamas la portent sur la robe.

Les pantalons sont fixés à la taille par un lacet glissant dans un ourlet Pantalons tibétains Les deux jambes sont équidistantes du haut en bas, même tout en haut, comme dans la figure a et non comme dans la figure b. En hiver les pantalons se portent par dessus la grande robe pour mieux garantir du froid[49]. Selon Turner, les Lamas de Bhoutan portent, au lieu de pantalons, des jupes qui descendent presque jusqu’aux genoux.

Le manteau, en tibétain Lagoi, « vêtement de dessus », est l’habit ecclésiastique des moines, avec lequel on représente aussi les Bouddhas, les Bodhisattvas et les Lamas sacrés. C’est un châle long, mais étroit, de laine ou quelquefois de soie, il a 1 à 20 pieds de long et 2 à 3 de large. Il est jeté sur l’épaule gauche et passe sous le bras droit de façon à le laisser découvert.

Peut-être la coutume de découvrir le bras droit pourrait-elle s’expliquer par l’abolition des castes par Sākyamouni, car la bordure du châle décrit une ligne sur la poitrine, juste comme le fait la triple corde que, selon les lois de Manou, les trois hautes classes seules ont le droit de porter, pendant que le châle est porté par tous les prêtres, de quelque classe qu’ils soient sortis[50].

Les bottes sont faites de feutre épais rouge ou blanc, et ornées de rayures perpendiculaires. Elles montent jusqu’aux mollets. Les semelles sont formées d’un double feutre et quelquefois en outre d’une semelle de cuir ; ces semelles sont, pour le pied, un soutien très solide et inflexible ; elles le protègent très bien contre les pierres aiguës, beaucoup mieux que ne le font les chaussures des Turkistans, dont la semelle est de cuir mince et ne peut ni protéger le pied contre les inégalités du sol ni le soutenir ; les bottes tibétaines sont cependant encore complétées par d’épais bas de feutre.

Mes frères n’ont vu que très rarement employer les souliers, et encore seulement par les supérieurs des monastères.

Pour compléter la description de l’habillement d’un Lama, j’ai encore à parler de différents petits objets d’un usage général. De la ceinture qui serre la robe pend une gaine à couteau et plusieurs bourses ou pochettes contenant divers objets, tels que brosse à dents, racle-langue, un cure-oreille, un briquet et une mèche, du tabac ou de la noix de bétel, des dés qui s’emploient pour prédire les événements futurs ; un cylindre à prières et une pipe de métal chinois se trouvent aussi presque toujours au nombre des objets attachés à la ceinture.

Les rosaires, en tibétain Thengpa, instruments indispensables pour compter le nombre voulu de prières, sont ordinairement attachés à la ceinture ou quelquefois roulés autour du cou[51]. Ils ont cent huit grains qui correspondent aux volumes du Kandjour ; mais ceux qu’emploie la population laïque n’ont guère que trente ou quarante grains. Les grains sont de bois, de pierre ou d’os de saints Lamas ; ces derniers ont une grande valeur ; les rosaires des chefs Lamas sont assez souvent de pierres précieuses, particulièrement de néphrite (la Yasheni des Turkistans) et de turquoise. À presque tous les rosaires sont attachés des pinces, des aiguilles, un cure-oreille et un petit Dordje[52].

Les boîtes à amulettes, en tibétain Gaû (dans l’idiome lepcha de Sikkim Koro et Kandoum, quand elles sont en bois), se portent aussi autour du cou ; il est assez fréquent d’en voir plusieurs attachées au même cordon. Elles sont presque toujours pointues enferme de feuille de figuier ; mais il y en a aussi de carrées ou de rondes. L’extérieur est ciselé en relief ou peint.

Les boîtes de bois sont fermées par un couvercle glissant, qui est souvent découpé pour laisser voir l’image du dieu tutélaire. Celles de cuivre sont formées de deux parties qui s’adaptent l’une à l’autre comme le couvercle et le dessous des boîtes ; mais les charnières sont remplacées par des anneaux, dont l’un au moins s’attache aux deux parties. Un cordon ou un morceau de cuir peut y être passé et sert à pendre la boîte ainsi qu’à la fermer.

On met dans ces boîtes des reliques, des images de divinités, des objets redoutés des mauvais esprits et des charmes[53]. J’ai eu l’occasion d’en examiner de différentes sortes ; en voici la description :

1. Une boîte carrée en bois, venant de Gyoungoul, Gnary-khorsoum. La boîte était recouverte en cuivre. Dans l’intérieur, sur un des côtés, était gravée une des déesses Dolma (voyez page 42), qui protège contre l’amaigrissement, avec Chenresi à sa gauche (voyez page 56) et Amitabha à sa droite (voyez page 36).

Le côté opposé montre Sâkyamouni avec les mêmes divinités.

2. Une boîte de bois en forme de feuilles, peinte en jaune avec des nuages rouges. Elle renfermait une figure de Shindje (voyez page 58) en argile teintée ; au fond de la boîte se trouvait une petite médaille en pâte d’orge durcie, représentant Tsonkhapa (voyez page 44) ; elle avait un demi-pouce de diamètre et était enveloppée d’un papier couvert de charmes.

3. Une boîte ronde en cuivre avec des charmes et une médaille de Tsonkhapa toute pareille à la précédente, couverte de peintures d’or.

4. Trois boîtes coniques en cuivre attachées à un cordon : celle du milieu renfermait une figure de Tsepagmed-Amitabha (voyez page 81) qui accorde la longévité ; il s’y trouvait aussi une pièce de cuivre représentant une foudre, enveloppée dans un morceau d’étoffe rouge, comme protection contre les effets du tonnerre. Dans la plus petite boite étaient plusieurs brins de papier couverts de sceaux du Dalaï Lama, imprimés en rouge, ce qui est une protection contre la mort par immersion ; il s’y trouvait aussi des grains d’orge et de la terre. La troisième boîte contenait plusieurs figures de Lha-Dolma et de Tsonkhapa (toutes soigneusement pliées dans des morceaux de soie rouge) alternant avec des papiers-charmes. Les charmes étaient tous écrits en petits caractères, ou écriture courante, mais par le frottement avec les images et les grains, le papier était presque réduit en fibres. Tous ces objets étaient fortement parfumés de musc et avaient en outre, comme tous les articles fabriqués dans les monastères, une désagréable odeur de graisse[54].

  1. Ceci a rapport au cas du capitaine Smith, qui n’a pas obtenu de passeport, et du capitaine Blackistone, qui fut obligé de revenir sur ses pas peu de semaines après avoir quitté le littoral pour se rendre au Tibet en traversant la Chine.
  2. Ritter, Die Erdkunde von Asien, vol. II, pages 439-64. II. Prinsep, Tibet, Tartary and Mongolia, Londres, 1852, page 17. On trouvera un recueil intéressant des idées de divers missionnaires sur ce sujet dans les notes de Marsden, Marco Polo’s travels, p. 249. Les papes avaient espéré que la mission des capucins aurait une grande importance pour la propagation du christianisme dans l’Asie centrale, et l’avaient aidée de toutes les manières. Le pape Clément IX rendit un bref particulier pour le Tibet, Ritter, l. c., p. 459, et même encore maintenant il y a toujours un vicaire apostolique nommé pour Lhassa. L’Annuario Pontificio, Rome, 1862, p. 243, désigne comme titulaire de cet office Monseigneur Giacomo Leone Thomine Demazures, nommé le 27 mars 1846 ; il est en même temps évêque in partibus infidelium de Sinopolis en Cilicie.
  3. Voyez p. 19, 26 et 66. Comp. aussi Hodgson Illustrations, p. 98. Hardy, Eastern Monachism, page 12.
  4. Voyez Burnouf, Introduction, pages 132 et suiv., 279 et suiv., 286. Hardy, Eastern monachism, chap. III, IV, XIII ; Wassiljew, Der Buddhismus, pages 45, 96. Comparez aussi Barthélemy Saint-Hilaire, le Bouddha et sa religion, p. 299. Wilson, Buddha and Buddhism, p. 251.

    Les principaux temples souterrains furent probablement construits dans la période comprise entre le commencement de l’ère chrétienne et le cinquième siècle. Il est à peine besoin de dire que les livres qui affirment que Sâkyamouni lui-même avait compris la nécessité d’établir des prêtres supérieurs sont falsifiés.

  5. Voyez Schmidt, Ssanang Ssetseu, p. 356 ; Comparez p. 43.
  6. Dalaï Lama est le titre que lui donnent les Mongols. Dalaï est un mot mongol qui signifie océan. Lama, ou plus correctement ḅlama, est le terme tibétain pour supérieur. Schott, Ueber den Buddhaismus in hoch Asien, p. 32. Les Européens ont connu ce terme par les ouvrages de Georgi, Pallas et Klaproth.
  7. Tashilhounpo, ou en reproduction exacte Ḅkhra-shis-lhoun-po, est la cité voisine des principaux établissements ecclésiastiques, environ à un mille au sud-est de Digarchi ; le (endroit) à quatre maisons en tibétain bzhi-ka-ṛtse, en Névarikha-chhen, capitale ce la province de Tsang, du Tibet chinois ; voyez la carte de Turner, Embassy ; Hooker, Himalayan Journals, vol. II, pp. 125, 171 ; Hodgson, Aborigenes of the Nilgiris. Journal As. Soc. Beng., vol. XXV, p. 504.
  8. Description du Tibet, Nouveau Journ. Asiatique, 1830, p. 239 ; comparez page 56.
  9. Voyez le dogme des Dhyani bouddhas et boddhisattvas, page 34.
  10. Arbeiten der Russischa Mission in Peking, vol. I, p. 316.
  11. Csoma, Grammaire, pages 192, 198 ; Ritter, Asien, vol. III, pp. 274-286 ; Koppen, Die Religion des Buddhas, vol. II, p. 129-152. Cunningham, Ladak, p. 389, a compris le récit de Csoma comme si le premier Dalaï Lama eût été établi en 1640 ; mais Csoma ne parle positivement que de l’union du gouvernement temporel et de la souveraineté ecclésiastique.
  12. Voyez, pour les détails, Huc, Souvenirs, vol. I, p. 292 ; Köppen, loc. cit., p. 247.
  13. À Bhoutan, les Khampos incarnés ont profité de circonstances politiques pour s’affranchir des Dalaï Lamas. Les rapports entre le souverain du Bhoutan, le Dharma Rinpoche (que les Indiens appellent Dharma-Raja) et Lhássa, semblent être relâchés, et les abbés des monastères des vallées du Sud ont ainsi établi des principautés presque indépendantes du Dharma Rinpoche. Ces Lamas, appelés Lamas Rajas par les compagnons d’Hermann, sont très jaloux de leur pouvoir, et firent tous leurs efforts pour empêcher Hermann d’entrer sur le territoire de Bhoutan en détournant ses domestiques.
  14. Comparez Pallas, Mongol-Völker ; vol. II, p. 117-137 ; Huc, Souvenirs, p. 297.
  15. Voyez Hardy, Eastern Monachism, p. 11. Gérard Koonawur, p. 119, dit qu’il a entendu appeler Gelong ou Gourou les supérieurs des monastères.
  16. Voyez chap. xv des détails sur certaines cérémonies où ces objets sont employés.
  17. Voyez Description du Tibet, Nouv. Journal As., vol. IV, pages 240, 293. Les sacrifices les plus agréables à ces rois et les conditions dans lesquelles ils doivent être offerts, sont détaillés dans le livre tibétain intitulé : Ku nga gyalpoi kang sho, confesser aux cinq grands rois. Le livre Prulku choichong chanpoi Kang shag, confesser à l’incarnation du grand Choichong, traite avec détails de Choichong.
  18. Hardy, Eastern Monachism, Londres, 1850. — Burnouf, pages 324-335, Introduction. Comparez Csoma, Analysis dans As. R., vol. XX, page 78.
  19. Journal As., Soc. Beng., vol. XVIII, p. 494. Voyages, vol. I, p. 334. Il y a dans le Tibet chinois une secte que le P. Hilarion appelle Sa zsya ; elle permet aux prêtres de se marier et de procréer un fils, après quoi ils abandonnent leurs femmes et se retirent dans un monastère, Arb. der Russ. Mission, vol. I, p. 314.
  20. Voyez Turner, Embassy, p. 245.
  21. Comme exemple de cette coutume, je cite, chapitre XV, n° 9, les cérémonies pour éloigner les démons de la sépulture. Voyez aussi Huc, Souvenirs, vol. II, p. 121.
  22. Voyez Turner, l. c., pp. 200-312 Moorcroft, Travels, vol. II, p. 61 ; Mansasaur-Lak, As., Res., vol. XII, p. 432.
  23. À Ladak, cependant, les monastères sont taxés à des sommes considérables par le gouvernement de Kashmir ; Cunningham, Ladak, p. 273.
  24. Pemberton, Report, p. 118. Burnouf, Introduction, p. 277 ; Turner, Embassy, p. 170, Moorcroft, Travels, vol. I, p. 321.
  25. Voyez p. 94.
  26. Voyez Dr Hooker, Himalayan Journals, vol. II, p. 93. Huc, Souvenirs, vol. I, p. 299.
  27. Burnouf, Introduction, p. 278. Hardy, Eastern Monachism, p. 40. Gérard, Kanaiour, p. 120, a entendu dire que ce sont seulement les femmes les plus laides qui, n’ayant guère chance de trouver des maris, se retirent au couvent.
  28. Voyez Moorcroft, Mansasaur, As. Res., vol. XII, pages 458-465. Leur vie de retraite est désignée par le nom de rikkrodpa, qui signifie « qui vit sur ou dans les collines », et aussi « ermite ». Dictionnaire de Csoma et de Schmidt. Dans les peintures qui représentent un ermite, il a souvent un tambour dans une main et dans l’autre généralement une corde, symbole de la sagesse que la divinité lui accorde en récompense de sa force d’esprit et de sa persévérance. Au sujet de l’encouragement donné par le bouddhisme, dans ses débuts, à la vie d’anachorète, je ferai remarquer (voir aussi page 7 et 94) que Sâkyamouni, ainsi que tous les fondateurs et protecteurs des divers systèmes de bouddhisme, ont vivement recommandé l’énergie dans la pratique de la méditation comme le moyen le plus efficace de s’affranchir de l’existence ; et qu’il recommandaient, pour ces exercices religieux, le choix de lieux écartés, ne devant guère être visités par ceux qui cherchent les plaisirs du monde. Sâkyamouni en donna lui-même l’exemple en se retirant dans des lieux écartés avant d’avoir obtenu la dignité de Bouddha ; et non seulement il fut imité par ses premiers disciples, mais ce principe est encore pratiqué par les Tibétains modernes.
  29. Comparez Moorcroft, Travels, vol. I, p. 339 ; Pemberton, Report, p. 117 ; Huc, Souvenirs, vol. I, p. 203 ; Schmidt, dans les Mémoire de l’Académie de Saint-Pétersbourg, vol. I, p. 257.
  30. Notes on eastern Tibet. dans le Journal As. Soc. Beng., 1855, p. 219.
  31. Cunningham, Ladak, p. 287. Report on the valley of Spiti, dans le Journal As., Soc. Beng., vol. XIX, p. 437.
  32. Turner, Embassy, p. 83. Pemberton, Report, p. 117.
  33. Himalayan Journal, vol. I, page 313.
  34. Pallas, Reisen, vol. I, p. 557 (édition française).
  35. Waissiljew, Der Buddhismus, p. 18.
  36. Les chiffres pour Ceylan et Berma sont empruntés à Hardy, Eastern Monachism, p. 309. Comp. page 10, pour le recensement de Ceylan.
  37. Comparez Turner, Embassy, p. 316. L’activité des Lamas de Ladak dans la culture de leurs terres, citée par Moorcroft, Travels, vol. I, p. 310, est maintenant restreinte à leurs jardins.
  38. Mémoire de l’Académie de Saint-Pétersbourg, vol. I, p. 93 ; Csoma, Journal As., Soc. Beng., vol. VII, p. 14 ; Huc, Souvenirs, vol. I, p. 55 et 209. Comparez aussi Turner, Embassy, p. 316.
  39. Sur la nourriture des Tibétains en général, voyez Turner, Embassy, pages 24 à 243 ; Pemberton, Report, p. 156. Moorcroft, Travels, vol. I, pp. 182 à 332 ; vol. II, p. 77 ; Mansasaur, As. Res., vol. XII, page 394 à 486 ; Huc, Souvenirs, vol. II, p. 258 ; Cunningham, Ladak, p. 305.
  40. Wassiljew, Der Buddhismus, p. 94 ; Moorcroft, Travels, vol. II, p. 12, raconte qu’il a vu, à Lama-Yourou, les Lamas boire leur liqueur nationale Chong pendant leur service religieux. Les Lamas de Sikkim prennent aussi en grande quantité la boisson fermentée des Lepchas faite avec du millet.
  41. Hardy, Eastern Monachism, p. 92. D’après les biographies tibétaines, il est mort d’une maladie de l’épine dorsale. Schiefner, Tibet. Lebens, Mémoires des Savants étrangers, vol. VI, p. 292.
  42. Comparez Wassiljew, loc. cit., p. 134.
  43. Cette expression, comme les suivantes, Phouli et Gourgour ne se trouve pas dans les dictionnaires.
  44. La brique ou pain de thé est le nom commercial d’une espèce de thé particulière ; ce nom vient de sa ressemblance avec une brique. Sa forme et sa consistance s’obtiennent par la compression dans un moule.
  45. Jusqu’à présent la brique de thé s’emploie presque exclusivement, quoiqu’il soit à espérer que les efforts du gouvernement de l’Inde pour introduire au Tibet le thé de l’Himalaya et de l’Assam, réussiront avant qu’il soit longtemps.
  46. Hardy, Eastern Monachism, chap. XII.
  47. Dans les districts de l’Himalya et dans le Tibet occidental, la couleur dominante des objets d’habillement est un rouge plus ou moins vif ; on trouve le jaune parmi les sectes désignées page 46. On trouvera des remarques générales sur le costume dans Turner, Embassy, pages 32, 86, 242, 314 ; Moorcroft, Travels, vol. I, p. 238 ; Pemberton, Report, pages 108, 153. Dr Campbell, Journal As., Soc. Beng., vol. XVIII, p. 499 ; Huc, Souvenirs, vol. II, p. 141 ; Cunningham, Ladak, p. 372.
  48. Voyez les planches des Himalayan Journals de Hooker, vol. I, p. 328.
  49. Turner, Embassy, p. 86. L’usage des pantalons est très ancien ; voyez le très complet et très intéressant ouvrage de Weiss, Kostümkunde, vol. II, p. 545, 674, qui donne beaucoup de dessins dans lesquels les anciennes races du Nord et de l’Est de l’Asie sont représentées avec des pantalons. Il est étonnant de voir que leurs costumes ne diffèrent que très peu de ceux d’aujourd’hui.
  50. Manou, chapitre II, pages 42 et 44. Sur d’anciennes sculptures, les Bouddhas ne portent quelquefois que les trois cordes ; voyez les dessins de l’archipel de Crawford, vol. II. et dans le Rgya chher rol pa, de Foucaux, vol. II, planche I.
  51. Comparez Pallas, Reisen, vol. I, p. 503 ; Turner, Embassy, pages 261, 336 ; J.-J. Schmidt, Forschungen, p. 163. Quand ils voyagent les Lamas sont chargés de beaucoup d’autres objets. Voyez Hooker, Himalayan Journals, vol. II, p. 142.
  52. Les pinces sont en usage même parmi les tribus les plus grossières, qui vont presque nues ; elles leur servent à arracher les épines. J’ajoute, comme exemple de l’antiquité de l’usage des pinces, qu’on en trouve dons les plus anciens tombeaux, dans les collines de Franconie et de Bavière.
  53. Voyez sur les charmes, Csoma, Journ. Asiat. Soc. Beng., vol. IX, page 905.
  54. Les dessins des différentes sortes de rosaires et des boîtes à amulettes que je viens de décrire d’après les originaux possédés par mes frères, seront donnés dans une planche qui accompagnera les Results of a scientific Mission to India and high Asia.