Le Château aventureux/16

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Plon (3p. 132-133).


XVI


Quand il partit au galop derrière la vieille au cercle d’or qui l’avait requis de tenir sa promesse, il souffrait beaucoup du tronçon de lance qui lui était demeuré dans le flanc ; pourtant il ne laissait pas de chevaucher. Il advint toutefois que la douleur se trouva si forte qu’il fut au point de se pâmer. La vieille, qui s’en aperçut, arrêta, le fit descendre de son cheval et lui ôta son heaume et son haubert pour le panser ; alors elle vit qu’il était tout sanglant devant et derrière, et elle se mit en devoir d’ôter le tronçon aussi doucement qu’elle put ; néanmoins il s’évanouit.

Durant qu’elle était occupée à étancher la plaie, un chevalier larron vint à passer, qui avait nom Griffon de Maupas. Les armes de Lancelot étaient appuyées contre un arbre : il s’en empara et s’éloigna sans être remarqué. C’est lui que la reine vit peu après traverser la clairière, à la fontaine aux Fées, et qu’elle prit d’abord pour Lancelot dont il portait les armes, puis pour le meurtrier de Lancelot, comme le conte en a devisé plus haut.

Hélas ! lorsque Lancelot revint à lui et qu’il apprit par la vieille demoiselle que sa lance, son écu, son heaume et son haubert avaient été volés tandis qu’elle le pansait, pour un peu il se fût pâmé de nouveau. Pourtant il remonta sur son cheval et reprit sa route, sans autre défense que son épée qui lui était restée. Le soir, ils arrivèrent chez un forestier que sa compagne connaissait, où il fut soigné durant six semaines par de bons mires. Au bout de ce temps, il se sentit sain et fort, et il se remit en chemin en compagnie de la vieille au cercle d’or, bien muni de belles et bonnes armes et d’un écu tout neuf qu’elle lui avait apprêtés.