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Le Coran (Traduction de Savary)/23

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Traduction de Claude-Étienne Savary.
LE CORAN,

traduit de l’arabe, accompagné de notes, précédé d’un abrégé de la vie de Mahomet, tiré des écrivains orientaux les plus estimés.

Seconde partie.
Réédition de 1821 (première édition en 1782).

Publié à Paris et Amsterdam par G. Dufour, Libraire.
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CHAPITRE XXIII.
Les Fidèles.
donné à La Mecque, composé de 118 versets.

Au nom de Dieu clément et miséricordieux.


Le bonheur est assuré aux croyans,

2A ceux qui font la prière avec humilité,

3Qui évitent toute parole déshonnête,

4Qui observent le précepte de l’aumône,

5Qui gardent les lois de la chasteté,

6Et qui bornent leurs jouissances à leurs femmes et à leurs esclaves.

7Celui qui porte ses désirs au delà est prévaricateur.

8Ceux qui gardent fidèlement leurs sermens et leurs traités,

9Qui font la prière avec zèle,

10Seront les héritiers du paradis.

11Ils y demeureront éternellement.

12Nous créâmes l’homme du pur limon de la terre.

13Sperme, nous le déposons dans un lieu sûr.

14Nous le transformons en sang coagulé, ce sang en fœtus, dont nous formons des os recouverts de chair. Nous accomplissons notre création en l’animant. Béni soit le Dieu créateur !

15L’homme subira la mort.

16Il ressuscitera au jour de la résurrection.

17Avant de le former, nous avions élevé les sept cieux. Nous ne négligeons point le soin de nos créatures.

18Nous faisons tomber l’eau des nuages avec mesure. Nous la laissons séjourner dans la terre. Nous pourrions à notre gré la faire disparaître.

19La pluie fait croître dans vos jardins le palmier et la vigne ; elle fait éclore tous les fruits qui vous servent de nourriture.

20Elle fait croître l’arbre du mont Sinaï, dont on tire l’huile, qui colore ceux qui s’en nourrissent.

21Les animaux sont pour vous un sujet d’instruction. Leur lait vous offre un breuvage, leur chair un aliment. Vous en retirez beaucoup d’autres avantages.

22Ils vous portent sur la terre, comme le vaisseau sur les mers.

23Noé, notre ministre, dit à son peuple : Servez le Seigneur. Vous n’avez point d’autre Dieu que lui. Ne le craindrez-vous donc pas ?

24Noé n’est qu’un homme comme vous, dirent les grands voués à l’infidélité : il veut dominer parmi vous. Si le ciel eût voulu nous éclairer, il nous aurait envoyé des anges. L’histoire de nos pères ne nous offre rien de semblable.

25C’est un insensé. Enfermons-le pendant quelque temps.

26Seigneur, s’écria Noé, protége-moi contre ceux qui m’accusent de mensonge.

27Nous lui inspirâmes de construire un vaisseau sous nos yeux, et suivant nos ordres, et lorsque l’arrêt eut été prononcé, et que la vengance fut prête,

28Nous lui dîmes : Fais entrer dans l’arche un couple de chaque espèce d’animaux, et ta famille, excepté celui dont le sort est arrêté. Ne nous implore point pour les pervers. Ils vont périr dans les eaux.

29Lorsque tu entreras dans l’arche avec ta famille, publie les louanges de Dieu qui t’a délivré des mains des méchans.

30Lorsque vous en descendrez, adresse-lui cette prière : Seigneur, ô toi qui es le meilleur des guides, daigne bénir notre sortie !

31Le déluge fut un signe de la puissance divine. Il fit périr le peuple de Noé.

32Nous établîmes sur ses ruines une autre nation.

33Nous leur envoyâmes un prophète choisi, parmi eux. Il leur dit : servez le Seigneur, il n’y a point d’autre Dieu que lui. Ne le craindrez-vous donc pas ?

34Les premiers du peuple, que nous avions comblés de richesses, étaient infidèles, et niaient la résurrection. Cet envoyé, dirent-ils, est un homme semblable à vous,

35Il boit et mange comme vous.

36Si vous obéissez à la voix d’un mortel qui vous ressemble, votre perte est certaine.

37Il vous flatte qu’après votre mort, lorsque vos corps ne seront plus qu’un amas d’os et de poussière, vous reviendrez à la vie.

38Rejetez, rejetez cette vaine promesse.

39Il n’y a point d’autre vie que celle dont nous jouissons. Nous naissons, nous mourons, et nous ne ressuscitons point.

40Cet homme n’est qu’un imposteur qui prête à Dieu un mensonge. Nous ne croirons point sa doctrine.

41Seigneur, s’écria le prophète, lave-moi du crime dont on m’accuse.

42Encore quelques instans, répondit le Seigneur, et ils seront livrés au repentir.

43Le cri de l’ange exterminateur se fit entendre, et semblables aux germes desséchés, les incrédules furent anéantis. Loin de Dieu les impies !

44Nous établîmes d’autres peuples sur les débris de leur empire.

45Les nations ne sauraient reculer ni avancer l’instant de leur destruction.

46Nous avons envoyé successivement nos ministres. Chaque nation a nié la mission de son apôtre. Elles ont disparu les unes après les autres. Nous avons apporté un livre nouveau. Loin de nous ceux qui n’y croiront pas !

47Nous chargeâmes Moïse et son frère Aaron de prêcher nos commandemens, et nous leur donnâmes la puissance des miracles.

48Ils se présentèrent devant Pharaon et les seigneurs de sa cour, qui, enivrés de leur puissance, rejetèrent notre doctrine.

49Croirons-nous, disaient-ils, à deux hommes semblables à nous, dont nous tenons le peuple en esclavage ?

50Ils traitèrent nos ministres d’imposteurs, et ils périrent.

51Nous donnâmes à Moïse un livre pour conduire les Israélites.

52Nous offrîmes Jésus et sa mère à l’admiration de l’univers. Nous les avons enlevés dans un séjour qu’habite la paix, et où coule une eau pure.

53Prophètes du Seigneur, nourrissez-vous d’alimens purs ; pratiquez la vertu ; je suis le témoin de vos actions.

54Votre religion est une. Je suis votre Dieu. Craignez-moi.

55Les peuples se sont divisés en différentes sectes, et chacune est contente de sa croyance.

56Laisse-les dans leurs erreurs jusqu’au temps.

57Pensent-ils que les richesses et les enfans que nous leur avons donnés,

58Soient un bienfait garant de leur bonheur ? Ils se trompent, et ils ne le sentent pas.

59Ceux que la crainte de Dieu rend circonspects,

60Ceux qui croient à ses commandemens,

61Ceux qui ne lui donnent point d’égal,

62Ceux qui font l’aumône, et que la pensée du jugement tient dans la crainte,

63Ceux-là, animés par un saint zèle, devancent les autres dans la voie du salut.

64Nous n’exigerons de chacun que suivant ses forces. Nous possédons le livre de la vérité. Personne n’éprouvera d’injustice.

65Ceux qui ignorent cette doctrine, ceux dont les œuvres n’ont point la vertu pour objet, resteront dans leur aveuglement.

66Jusqu’au temps où les plus puissans d’entre eux éprouvant notre vengeance, crieront tumultueusement.

67On leur dira : Calmez vos clameurs ; aujourd’hui vous n’avez plus de secours à attendre.

68On vous a lu mes préceptes, et vous êtes retournés sur vos pas.

69Aveuglés par l’orgueil, vous, profériez vos discours criminels, dans l’ombre de la nuit.

70Ont-ils considéré attentivement la doctrine du Coran ? Renferme-t-il d’autres commandemens que ceux qui ont été prescrits à leurs pères ?

71Ne connaissent-ils pas leur apôtre ? et ils nient la vérité de sa mission !

72Diront-ils qu’il est inspiré par Satan ? Il est venu leur prêcher la vérité, et la plupart d’entre eux l’abhorrent.

73Si la vérité eût suivi leurs désirs, la corruption aurait gagné le ciel, la terre, et tout ce qu’ils renferment. Nous leur avons apporté le livre de l’instruction, et ils le rejettent avec mépris.

74Leur demanderas-tu le prix de ton zèle ? Ta récompense est dans les mains de Dieu. Nul ne sait mieux récompenser que lui.

75Ta voix les appelle au chemin du salut,

76Dont s’écartent ceux qui ne croient point à la vie future.

77Si la pitié nous eût fait leur prédire les maux qu’ils allaient éprouver, ils n’en auraient été que plus opiniâtres dans leur égarement.

78Nous leur avons envoyé des disgrâces passagères. Ils ne se sont point humiliés, et n’ont point adressé au Seigneur d’humbles prières.

79Mais lorsque nous avons ouvert sur eux la porte du malheur, ils se sont abandonnés au désespoir.

80C’est Dieu qui vous a donné l’ouïe, la vue, et un cœur pour sentir. Combien peu reconnaissent ces bienfaits !

81Il vous a mis sur la terre. Il vous rassemblera devant son tribunal.

82C’est lui qui fait vivre et mourir ; c’est lui qui a établi la vicissitude de la nuit et du jour ; ne le comprenez-vous pas ?

83Loin d’ouvrir les yeux, ils répètent ce qu’ont dit leurs pères :

84Quand nous serons morts, et qu’il ne restera de notre être qu’un amas d’os et de poussière, serons-nous ranimés de nouveau ?

85On berça nos pères de cette espérance. On nous en flatte de même ; mais ce n’est qu’un vain songe de l’antiquité.

86Demandez-leur : A qui appartient la terre, et ce qu’elle contient ? Le savez-vous ?

87Ils répondent : Elle appartient à Dieu. N’ouvriront-ils donc point les yeux ?

88Demande-leur : Qui est le souverain des sept cieux, et du trône sublime ?

89C’est Dieu, répondent-ils. Ne le craindront-ils donc point ?

90Demande-leur : Qui tient les rênes de l’univers ? Quel est celui qui protège et qui n’est point protégé ? Le savez-vous ?

91Dieu, répondent-ils. Dis-leur : Vos yeux seront-ils donc toujours fermés à la lumière ?

92Nous leur avons apporté la vérité, et ils persistent dans le mensonge.

93Dieu n’a point de fils. Il ne partage point l’empire avec un autre Dieu. S’il en était ainsi, chacun d’eux voudrait s’approprier sa création, et s’élever au-dessus de son rival. Louange au Très-Haut ! Loin de lui ces blasphèmes !

94Son œil perce dans l’ombre du mystère. Il voit tout. Anathème aux idoles !

95Dis : Seigneur, fais-moi voir les tourmens que tu leur prépares,

96Ne me confonds pas avec les pervers.

97Nous pouvons te montrer les supplices destinés aux méchans.

98Oublie le mal qu’ils t’ont fait. Nous connaissons leurs discours.

99Dis : Seigneur, tu es mon refuge contre les tentations de Satan.

100Défends-moi contre ses desseins.

101Quand l’impie subit la mort, il s’écrie : Seigneur, laisse-moi retourner sur la terre.

102Je ferai le bien, dans l’espace de temps que tu m’accorderas. Ces vains souhaits sont rejetés. Une barrière impénétrable l’arrête jusqu’au jour de la résurrection.

103Lorsque la trompette sonnera, tous les liens du sang seront brisés. On ne s’interrogera plus.

104Ceux dont la balance penchera, jouiront de la félicité.

105Ceux pour qui elle sera légère, auront trahi leur âme, et demeureront éternellement dans l’enfer.

106Le feu dévorera leur visage, et leurs lèvres se retireront.

107Ne vous a-t-on pas lu ma doctrine ? Et vous l’avez accusée de fausseté !

108Seigneur, répondront-ils : Le malheur a prévalu sur nous ; nous étions dans l’aveuglement.

109Délivre-nous des flammes. Si nous retournons à l’erreur, nous mériterons de périr.

110Restez-y couvert d’opprobre, dira Dieu, et ne m’adressez plus vos plaintes.

111Une partie de mes serviteurs s’écriaient : Seigneur, nous croyons. Pardonne-nous. Aie pitié de nous. Ta miséricorde est infinie,

112Vous avez insulté à leur piété jusqu’à ce qu’ils aient cessé de vous rappeler mon souvenir, et vous vous êtes joués de leur crédulité.

113J’ai récompensé aujourd’hui leur constance. Ils possèdent le bonheur suprême.

114On leur demandera : Combien de temps êtes-vous restés sur la terre ?

115Un jour, ou moins encore, répondront-ils ; interrogez ceux qui comptent.

116On ajoutera : Vous ne l’avez habitée que peu de temps, et vous l’ignorez encore.

117Avez-vous pu croire que nous vous avions créés en vain, que vous ne paraîtriez plus devant nous ? Gloire soit au Très-Haut ! il est le roi véritable, le Dieu unique, et le souverain du trône glorieux. Celui qui donne un égal à l’Éternel ne saurait justifier sa croyance. Il lui rendra compte de son impiété. Le bonheur ne sera point le partage des idolâtres.

118Dis : Seigneur, pardonne-nous. Aie compassion de nous. Ta miséricorde est sans bornes.