Le Koran (Traduction de Kazimirski)/23

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Librairie Charpentier (p. 272-278).

CHAPITRE XXIII.

LES CROYANTS.


Donné à La Mecque. — 118 versets.


Au nom du Dieu clément et miséricordieux


  1. Heureux sont les croyants
  2. Qui font la prière avec humilité,
  3. Qui évitent toute parole déshonnête,
  4. Qui font l’aumône,
  5. Qui savent commander à leurs appétits charnels,
  6. Et qui bornent leurs jouissances à leurs femmes et aux esclaves que leur a procurées leur main droite[1] ; dans ce cas ils ne sont point à blâmer.
  7. Mais celui qui porte ses désirs au delà est transgresseur.
  8. Ceux qui gardent les dépôts confiés à leurs soins et les engagements,
  9. Qui observent les heures de la prière,
  10. Ceux-là seront de véritables héritiers,
  11. Qui hériteront du paradis pour y demeurer éternellement.
  12. Nous avons créé l’homme de l’argile fine ;
  13. Ensuite nous l’avons fait une goutte de sperme fixée dans un réceptacle solide[2] ;
  14. Ensuite nous avons fait de la goutte de sperme un grumeau de sang, puis du grumeau de sang un morceau de chair ; puis nous avons fait ce morceau de chair os, et les os nous les avons revêtus de chair, ensuite nous, l’avons produit au grand jour comme une autre création[3]. Béni soit Dieu, le plus habile des créateurs !
  15. Après avoir été créés, vous mourrez ;
  16. Et ensuite vous serez ressuscités le jour de la résurrection.
  17. Nous créâmes au-dessus de vous les sept voies (les sept cieux), et nous ne négligeons point ce que nous avons créé[4].
  18. Nous faisons descendre du ciel l’eau en certaine quantité ; nous la faisons rester sur la terre, et nous pouvons aussi l’en faire disparaître.
  19. Au moyen de cette eau, nous avons fait surgir pour vous des jardins de palmiers et de vignes. Vous y trouvez des fruits en abondance, et vous vous en nourrissez.
  20. Nous créâmes aussi l’arbre qui s’élève au mont Sinaï, qui produit l’huile et le suc bon à manger.
  21. Vous avez aussi dans les animaux un sujet d’instruction : nous vous donnons à boire du lait contenu dans leurs entrailles ; vous y trouvez de nombreux avantages, et vous vous en nourrissez.
  22. Vous voyagez tantôt montés sur leur dos, et tantôt vous voguez à travers les mers sur des navires.
  23. Nous envoyâmes Noé vers son peuple. Il leur dit : O mon peuple ! adorez Dieu ; à quoi vous servent d’autres divinités ? ne le craignez-vous pas ?
  24. Mais les chefs de ceux qui ne croyaient point dirent : Il n’est qu’un homme comme nous, mais il veut se distinguer de nous ; si Dieu avait voulu envoyer quelqu’un, il aurait envoyé des anges. Nous n’avons entendu rien de cela du temps de nos pères les anciens.
  25. Certes, ce n’est qu’un homme possédé par un démon. Mais laissez-le tranquille jusqu’à un certain temps.
  26. — Seigneur ! s’écria Noé, viens à mon aide contre cette accusation de mensonge.
  27. Alors nous fîmes une révélation à Noé, en disant : Construis un vaisseau sous nos yeux et d’après notre révélation ; et aussitôt que l’arrêt sera prononcé et que la fournaise crèvera[5],
  28. Embarque-toi dans ce vaisseau, et prends une paire de chaque couple, ainsi que ta famille, excepté l’individu au sujet duquel notre ordre a été donné précédemment ; et ne me parle plus en faveur des méchants, car ils seront engloutis par les flots.
  29. Lorsque tu auras pris place dans le vaisseau, ainsi que ceux qui t’accompagneront, dis alors : Louange à Dieu, qui nous a délivrés des méchants !
  30. Dis aussi : Seigneur, fais-moi descendre sur un lieu comblé de tes bénédictions, tu sais mieux que tout autre procurer une descente heureuse.
  31. Il y a certes dans cet événement des signes évidents, et nous fîmes subir aux hommes nos épreuves.
  32. Nous fîmes surgir d’autres générations après celle-là.
  33. Et nous envoyâmes au milieu d’elles des apôtres qui leur disaient : Adorez Dieu ; à quoi vous serviront d’autres divinités ? fia le craindrez-vous pas ?
  34. Mais les chefs des peuples infidèles, qui traitaient de mensonge la comparution devant Dieu, de ces peuples que nous avons laissés jouir des biens du monde, disaient : Cet homme n’est qu’un homme comme vous ; il mange ce que vous mangez,
  35. Et il boit ce que vous buvez.
  36. Si vous obéissez à un homme qui est votre égal, à coup sûr vous êtes perdus.
  37. Vous prédira-t-il encore que, devenus os et poussière, vous serez de nouveau rendus à la vie ?
  38. Arrière, arrière avec ses prédictions l
  39. Il n’y a point d’autre vie que celle dont nous jouissons ici-bas ; nous mourons, et nous vivons, et nous ne serons point ressuscites.
  40. Ce n’est qu’un homme qui a prêté un mensonge à Dieu,, nous ne le croirons pas.
  41. — Seigneur ! s’écria-t-il, viens à mon aide contre cette accusation de mensonge.
  42. — Encore quelques instants, et ils s’en repentiront, répondit le Seigneur.
  43. Un cri terrible de l’ange Gabriel (de l’ange exterminateur) les saisit, et nous les rendîmes semblables à des débris roulés par le torrent. Arrière donc avec les méchants !
  44. Nous avons fait surgir d’autres générations à leur place.
  45. Nous n’avançons ni ne reculons le terme fixé à l’existence de chaque peuple.
  46. Nous envoyâmes successivement des apôtres. Chaque fois qu’un envoyé se présenta devant son peuple, celui-ci le traita d’imposteur ; nous avons fait succéder un peuple à un autre, et nous avons fait celui-là la fable des nations. Arrière avec ceux qui ne croient pas !
  47. Puis nous avons envoyé Moïse et son frère Aaron, accompagnés de nos signes et munis d’un pouvoir évident,
  48. Vers Pharaon et les grands de son royaume ; ceux-ci s’enflèrent d’orgueil : c’était un peuple altier.
  49. Croirons-nous, disaient-ils, à deux hommes comme nous ; et dont le peuple est notre esclave ?
  50. ils les traitèrent donc tous deux d’imposteurs, et ils furent anéantis.
  51. Nous donnâmes le Pentateuque à Moïse, afin que les Israélites fussent dirigés sur le droit chemin.
  52. Nous fîmes du fils de Marie, ainsi que de sa mère, un signe pour les hommes. Nous leur donnâmes à tous deux pour demeure un lieu élevé, tranquille, et abondant en sources d’eau[6].
  53. O envoyés de Dieu, nourrissez-vous d’aliments bons au goût[7] ; pratiquez le bien ; je connais vos actions.
  54. Votre religion est une. Je suis votre Seigneur, craignez-moi,
  55. Les peuples se sont divisés en différentes sectes, et chacune se réjouit de ce qu’elle a[8].
  56. Laisse-les dans leur erreur jusqu’à un certain temps.
  57. S’imaginent-ils que nous leur accorderons de longues années, en leur donnant des biens et des fils ;
  58. Que nous nous empresserons de leur fournir toute sorte de biens ?
  59. Ceux que la crainte de leur Seigneur rend contrits[9],
  60. Qui croient aux signes que leur Seigneur leur envoie,
  61. Qui n’associent point à Dieu d’autres divinités,
  62. Qui font l’aumône et dont les cœurs sont pénétrés de crainte, parce qu’un jour ils retourneront auprès de Dieu,
  63. Ceux-là courent à l’envi les uns des autres fers les bonnes œuvres, et les gagnent.
  64. Nous n’imposons à aucune âme que la charge qu’elle peut supporter. Chez nous est déposé le livre qui dit là vérité ; les hommes n’y seront point traités injustement.
  65. Mais leurs cœurs sont plongés dans l’erreur sur cette religion ; leurs actions sont tout autres que celles des croyants, et ils les pratiqueront,
  66. Jusqu’au moment où nous frapperons les plus aisés d’entre eux de notre châtiment. Alors ils crieront tumultueusement.
  67. On leur dira : Cessez de crier aujourd’hui, vous n’obtiendrez de nous aucun secours.
  68. On vous relisait autrefois nos enseignements, mais vous vous en détourniez.
  69. Enflés d’orgueil, au milieu des conversations nocturnes proférant des discours insensés,
  70. Ne feront-ils donc aucune attention à ce qu’on leur dit ? ou bien leur est-il venu une révélation inconnue à leurs pères, les anciens ?
  71. Ne connaissent-ils pas leur apôtre, au point de le renier ?
  72. Diront-ils que c’est un possédé ? Cependant il leur apporte la vérité ; mais la plupart d’entre eux ont de l’aversion pour la vérité.
  73. Si la vérité avait suivi leurs désirs, les cieux et la terre et tout ce qu’ils renferment seraient tombés dans le désordre. Nous leur avons envoyé un avertissement, mais ils s’en éloignent.
  74. Leur demanderas-tu une récompense ? La récompense de ton Seigneur vaut mieux ; il est le meilleur dispensateur des biens.
  75. Tu les appelles vers le chemin droit ;
  76. Mais ceux qui ne croient pas à la vie future s’en écartent.
  77. Si nous leur avions témoigné de la compassion, et si nous les avions délivrés du mal qui les accablait, ils n’en auraient pas moins persévéré dans leur aveuglement criminel.
  78. Nous les avons frappés d’un de nos châtiments, et cependant ils ne se sont point humiliés ni ne nous ont adressé d’humbles prières.
  79. Il en fut ainsi jusqu’au moment où nous ouvrîmes la porte du supplice terrible[10] ; alors ils se sont abandonnés au désespoir.
  80. C’est Dieu qui vous a donné l’ouïe et la vue, et un cœur. Que le nombre des reconnaissants est petit !
  81. C’est lui qui vous a fait naître sur la terre, et vous retournerez à lui.
  82. C’est lui qui fait vivre et mourir ; de lui dépend la succession alternative des jours et des nuits. Ne le comprendrez-vous pas ?
  83. Mais ils parlent comme parlaient les hommes d’autrefois.
  84. lis disent : Est-ce que, quand nous serons morts et qu’il ne restera de nous que poussière et os, nous serons ranimés de nouveau ?
  85. On nous le disait déjà autrefois, ainsi qu’à nos pères ; ce sont des contes des temps anciens.
  86. Demande-leur : A qui appartiennent les cieux et la terre, et tout ce qui existe ? Dites-le si vous le savez.
  87. Ils répondront : Tout cela appartient à Dieu. Dis-leur alors : Ne réfléchirez-vous pas ?
  88. Demande-leur : Quel est le Seigneur des sept cieux et du trône sublime ?
  89. Ils répondront : C’est Dieu. Dis-leur : Ne le craindrez-voue donc pas ?
  90. Demande-leur : Dans la main de qui est le pouvoir sur toutes choses ? Qui est celui qui protège, et qui n’a besoin de la protection de personne ? dites-le si vous le savez.
  91. Ils répondront : C’est Dieu. Dis-leur : Et pourquoi donc vous laissez-vous fasciner par des mensonges ?
  92. Oui, nous leur avons envoyé la vérité ; mais ils ne sont que des menteurs.
  93. Dieu n’a point de fils, et il n’y a point d’autre dieu à côté de lui ; autrement chaque dieu s’en irait avec ce qu’il a créé, et les uns seraient plus élevés que les autres. Loin de la gloire de Dieu les mensonges qu’ils inventent ;
  94. De Dieu, qui connaît les choses visibles et invisibles ; il est trop élevé au-dessus des êtres qu’on lui associe.
  95. Dis : Seigneur, fais-moi voir les châtiments qui leur sont prédits,
  96. Et ne me place point, ô Seigneur ! au nombre des injustes.
  97. Nous pouvons te faire voir les supplices dont on les a menacés.
  98. Rends-leur le bien pour le mal ; nous savons mieux que personne ce qu’ils disent.
  99. Dis : Seigneur, je cherche un refuge auprès de toi contre les suggestions des démons.
  100. Je me réfugie vers toi, afin qu’ils n’aient aucun accès auprès de moi.
  101. L’impie, au moment de la mort, s’écrie : Seigneur ! fais-moi retourner sur la terre,
  102. Afin que je pratique le bien que j’avais négligé. — Nullement. Telle sera la parole que Dieu prononcera ; et derrière eux s’élèvera une barrière jusqu’au moment où ils seront ressuscités.
  103. Lorsque la trompette sonnera, oh ! alors il n’y aura pas de liens de parenté entre eux, les liens de parenté n’existeront plus. On ne se fera plus de demandes réciproques[11].
  104. Ceux dont la balance penchera jouiront de la félicité.
  105. Ceux pour qui la balance sera légère seront les hommes qui se sont perdus eux-mêmes, condamnés à rester éternellement dans la géhenne.
  106. Le feu consumera leurs visages, et ils feront des contorsions avec leurs lèvres.
  107. Ne vous a-t-on pas récité mes enseignements (les versets du Koran) : vous les avez traités de mensonges.
  108. Ils diront : Seigneur, notre mauvaise fortune a prévalu contre nous, et nous étions dans l’égarement.
  109. Seigneur ! retire-nous d’ici ; si nous retombons dans nos crimes, nous serons les plus impies.
  110. Soyez précipités dedans, leur criera Dieu ; et ne m’adressez pas la parole.
  111. Quand une partie de nos serviteurs s’écriaient : Seigneur ! nous croyons, efface nos péchés, aie pitié de nous, tu es le plus miséricordieux,
  112. Vous les avez pris pour objet de vos railleries, au point qu’elles (ces railleries) vous ont fait oublier mon nom. Ils (mes fidèles serviteurs) étaient l’objet de vos rires moqueurs.
  113. Aujourd’hui je les récompenserai de leur patience, et ils seront bienheureux.
  114. Dieu leur demandera : Combien d’années êtes-vous restés sur la terre ?
  115. Ils répondront : Nous n’y sommes restés qu’un jour, ou une partie seulement du jour. Interrogez plutôt ceux qui comptent.
  116. Vous n’y êtes restés que peu de temps, mais vous l’ignorez.
  117. Pensiez-vous que nous vous avions créés en vain, et que vous ne reparaîtriez plus devant nous ? Qu’il soit élevé, ce Dieu, véritable roi ; il n’y a point d’autre dieu que lui. Il est le maître du trône glorieux. Celui qui invoque d’autres dieux à côté de Dieu sans apporter quelque preuve à l’appui de ce culte, celui-là aura son compte auprès de Dieu, et Dieu ne fera point prospérer les infidèles.
  118. Dis : Seigneur, efface mes péchés et aie pitié de moi ; tu es le plus miséricordieux.
  1. Ces mots s’emploient dans le Koran pour les esclaves des deux sexes pris à la guerre ou achetés.
  2. Nous rendons ici le mot du texte par le terme correspondant, reçu en botanique.
  3. C’est-à-dire en donnant à l’homme le corps entier on en l’animant par l’âme. C’est sur ce passage que s’appuie Abou Hanifa, pour dire que celui qui s’empare d’un œuf, si cet œuf éclot chez lui, est tenu de restituer un œuf et non pas un poulet, attendu que c’est une autre création, une autre forme.
  4. On peut encore traduire ces mots ainsi : et nous n’étions pas inattentifs dans l’œuvre de la création.
  5. Voy. chap. IX, 42.
  6. Par ces mots, les commentateurs entendent soit une des villes : Jérusalem, Damas, Ramla ; soit l’endroit où Marie se retira pour mettre au monde Jésus.
  7. Bons au goût, purs et licites.
  8. C’est-à-dire, de sa croyance, la croyant seule, vraie et bonne.
  9. Attendris, pénétrés de la crainte de Dieu jusqu’à l’attendrissement.
  10. Il s’agit ici de quelque victoire remportée sur les idolâtres, de la famine qui affligeait les Mecquois, ou de quelque autre calamité dont ils furent atteints.
  11. Chacun sera tellement préoccupé de son propre sort et saisi de stupeur, qu’il ne songera pas aux autres.