Le Coran (Traduction de Savary)/58

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Traduction de Claude-Étienne Savary.
LE CORAN,

traduit de l’arabe, accompagné de notes, précédé d’un abrégé de la vie de Mahomet, tiré des écrivains orientaux les plus estimés.

Seconde partie.
Réédition de 1821 (première édition en 1782).

Publié à Paris et Amsterdam par G. Dufour, Libraire.
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CHAPITRE LVIII.
La Plainte.
donné à Médine, composé de 22 versets.

Au nom de Dieu clément et miséricordieux.


Le ciel a entendu la voix de celle qui t’a porté des plaintes [1] contre son mari, et qui a levé vers le Seigneur des yeux baignés de larmes. Il écoute vos raisons ; il est intelligent et attentif.

2Ceux qui jurent que leurs femmes seront aussi sacrées pour eux que leurs mères, commettent une injustice [2]. Leurs mères sont celles qui les ont mis au jour. Elles ne sauraient devenir leurs épouses.

3Le Seigneur est indulgent et miséricordieux.

4Ceux qui jurent de ne plus vivre avec leurs femmes, et qui ne se repentent de leur serment, ne pourront avoir commerce avec elles avant d’avoir porté la liberté à un captif. C’est un précepte de Dieu. Il connait vos actions.

5Celui qui ne trouvera point de captif à racheter, jeûnera deux mois de suite, avant de s’approcher de sa femme, et s’il ne peut supporter ce jeûne, il nourrira soixante pauvres. Croyez en Dieu et à son envoyé. Il vous explique ses commandemens. Leur infraction attirera sur vous la vengeance céleste.

6Une humiliation profonde suivra la rébellion envers Dieu et le prophète. Ainsi furent humiliés ceux qui vous précédèrent. Nous avons envoyé du ciel notre religion sublime. L’opprobre et les tourmens seront le partage des incrédules.

7Ils ont oublié le jour de la résurrection ; mais Dieu en a marqué le terme. Il exposera devant eux le tableau de leurs œuvres. Il est le témoin universel.

8Ignorez-vous que Dieu connaît tout ce qui est au ciel et sur la terre ? Si trois personnes s’entretiennent ensemble, il est le quatrième ; si cinq personnes sont réunies pour converser, il est le sixième. Quelque nombre qu’on soit, en quelque lieu qu’on se trouve, il est toujours présent. Au jour du jugement, il dévoilera les actions des hommes, parce que sa science est sans bornes.

9As-tu considéré ceux à qui les assemblées clandestines ont été interdites [3], et qui y retournent malgré la défense ? Là, ils s’entretiennent de projets criminels, d’hostilités, de révolte contre le prophète ; et lorsqu’ils s’approchent de lui, ils le saluent en des termes que Dieu ne lui a point accordés, et ils disent en eux-mêmes : Notre hypocrisie ne sera-t-elle pas punie ? Leur récompense sera l’enfer. Ils seront la proie des flammes au milieu de ce gouffre épouvantable.

10O croyans ! lorsque vous conversez ensemble, que l’iniquité, la guerre, la rébellion aux ordres du prophète ne soient point le sujet de vos discours ; que plutôt la justice, la piété, la crainte de Dieu en soient l’âme. Vous serez tous rassemblés devant son tribunal.

11Les assemblées clandestines sont inspirées par Satan, pour affliger les croyans ; mais il ne saurait leur nuire sans la permission de Dieu. Que les fidèles mettent donc en lui leur confiance.

12O croyans ! lorsqu’on vous dit : Pressez-vous sur vos siéges, faites-le. Dieu vous donnera un espace immense dans le ciel. Lorsqu’on vous commande de vous levez, obéissez. Le Seigneur élèvera les croyans, et ceux que la science éclaire, à des places honorables. Il voit vos actions.

13O croyans ! faites une aumône avant de parler au prophète ; cette œuvre sera méritoire, et vous purifiera. Si l’indigence s’oppose à vos désirs, Dieu est indulgent et miséricordieux.

14Craindriez-vous de faire une bonne œuvre avant de parler au prophète ? Dieu vous pardonnera cette omission ; mais accomplissez la prière. Payez le tribut prescrit. Obéissez à Dieu et à son ministre. Le ciel veille sur vos actions.

15Avez-vous remarqué ceux qui ont formé des liaisons avec des homme frappés de la colère céleste ? Ils ne sont ni de leur parti ni du vôtre, ils profèrent de faux sermens, et ils le savent !

16Dieu les a menacés des plus terribles châtimens, parce qu’ils sont livrés à l’iniquité.

17A l’abri de leurs parjures, ils écartent les autres de la loi divine. Une punition terrible les attend.

18Leurs richesses, leurs enfans, ne leur serviront de rien auprès de Dieu ; ils seront les victimes d’un feu éternel.

19Le jour où dieu les ressuscitera, ils jureront qu’ils lui sont fidèles, comme ils vous l’ont toujours juré. Ils croient que ce serment leur sera de quelque utilité : vain espoir. Leur mensonge n’est-il pas dans leur cœur ?

20Ils vivent sous l’empire de Satan. Il leur a fait oublier le souvenir de Dieu. Ils suivent ses inspirations. Ses sectateurs ne sont-ils pas dévoués à la réprobation ?

21Ceux qui lèvent l’étendard de la rébellion contre Dieu et le prophète seront couverts d’opprobre. L’Éternel a écrit : Je donnerai la victoire à mes ministres. L’Éternel possède la force et la puissance.

22Vous ne verrez aucun de ceux qui croient en Dieu et au jour dernier, aimer l’infidèle qui est rebelle à Dieu et au prophète, fût-ce un père, un fils, un frère, un allié ? Le Tout-Puissant a gravé la foi dans leurs cœurs. Il les inspire. Il les introduira dans les jardins de délices, arrosés par des fleuves. Ils y demeureront éternellement. Le Seigneur mit en eux ses complaisances, ils placèrent en lui leur amour ; ils furent les disciples de Dieu ; ses disciples ne doivent-ils pas jouir de la félicité suprême ?


  1. Celle qui porta des plaintes au prophète se nommait Khaula. Aous son époux lui avait dit : Tu sera désormais aussi sacrée pour moi que le dos de ma mère. C’était la formule dont les arabes idolâtres se servaient pour répudier leurs femmes. Mahomet répondit à Khaula qu’elle ne pouvait plus habiter avec son mari, parce que le serment qu’il avait prononcé exigeait leur séparation. Gelaleddin.
  2. Dans ce verset Mahomet condamne la formule dont les arabes idolâtres se servaient pour répudier leurs femmes. il leur reproche un serment qui annonçait une séparation éternelle, et leur prescrit seulement de jurer qu’ils n’auront plus de commerce avec leurs femmes, serment contre lequel on peut revenir en se soumettant aux peines portées par la loi.
  3. Ce sont les Juifs à qui Mahomet avait interdit les assemblées clandestines, où ils formaient des complots contre lui. Gelaleddin.