Le Koran (Traduction de Kazimirski)/58

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Librairie Charpentier (p. 450-453).

CHAPITRE LVIII.

LA PLAIDEUSE[1].


Donné à la Mecque. — 22 versets.


Au nom du Dieu clément et miséricordieux


  1. Dieu a entendu les paroles de celle QUI A PLAIDÉ chez toi contre son mari et qui a élevé des plaintes vers Dieu[2]. Il a entendu vos entretiens, car Dieu entend et voit tout.
  2. Ceux d’entre vous qui répudient leurs femmes en disant qu’ils les regarderont comme leurs mères[3] (elles ne sont pas leurs mères ; leurs mères sont celles qui les ont enfantés), profèrent une parole blâmable et une fausseté.
  3. Certes, Dieu est porté au pardon et à l’indulgence,
  4. Ceux qui répudient leurs femmes avec la formule de séparation perpétuelle[4] et reviennent ensuite sur leur parole, affranchiront un esclave avant qu’il y ait une nouvelle cohabitation entre les deux époux divorcés. C’est ainsi qu’on vous le prescrit, et Dieu est Instruit de ce que vous faites.
  5. Celui qui ne trouvera point de captif à racheter, jeûnera deux mois de suite avant qu’il y ait cohabitation entre les deux époux divorcés, et s’il ne peut supporter ce jeûne, il nourrira soixante pauvres. On vous le commande, afin que vous croyiez en Dieu et à son envoyé. Ce sont les commandements de Dieu. Un supplice douloureux est réservé aux infidèles.
  6. Ceux qui luttent contre Dieu et contre son envoyé seront culbutés comme ont été culbutés ceux qui les ont précédé. Or, nous avons déjà fait descendre des signes évidents de notre pouvoir et le supplice ignominieux est seul réservé aux infidèles,
  7. Au jour où Dieu les ressuscitera tous et où il leur redira leurs actions. Dieu a tout compté, pendant qu’ils ont tout oublié. Dieu est témoin de tout.
  8. Ne vois-tu pas que Dieu connaît tout ce qui est dans les cieux et sur la terre ? il n’est point d’entretien secret antre trois individus qu’il ne soit le quatrième, ni entre cinq qu’il ne soit le sixième. Il ne s’en réunit ni moins ni plus[5], qu’il ne soit avec eux, ce quelque lieu qu’ils se trouvent. Et ensuite, au jour de la résurrection, il leur rappellera leurs œuvres, car il est instruit de tout.
  9. N’as-tu pas remarqué ceux à qui les entretiens clandestins ont été défendus, et qui reviennent cependant à ce qui leur a été défendu, et qui parlent entre eux péché, inimitié et désobéissance au prophète ? Puis, quand ils se présentent chez toi, ils te saluent en des termes que Dieu ne t’a point accordés[6] et disent en eux-mêmes : Pourquoi Dieu ne nous punit-il pas de ce que nous disons ? Ne t’en inquiète pas. Ce qui leur revient, c’est la géhenne ; ils seront chauffés à son feu. Quel détestable dénouement !
  10. O croyants ! lorsque vous conversez ensemble, que le péché, l’inimitié, la désobéissance aux ordres du prophète, ne soient point le sujet de vos discours ; parlez entre vous justice et crainte de Dieu ; craignez Dieu devant lequel vous serez tous rassemblés.
  11. Les entretiens clandestins viennent de Satan, qui veut vous affliger ; mais il ne saurait vous causer aucun mal, si ce n’est avec la permission de Dieu. Que les croyants donc mettent leur confiance en Dieu.
  12. O croyants ! lorsqu’on vous dit : Faites place dans vos réunions[7], faites place. Dieu vous fera une place immense dans le paradis. Et quand on vous dit : Levez-vous, levez-vous, Dieu élèvera à des degrés éminents ceux qui auront cru parmi vous, et qui auront reçu la science ; car Dieu voit bien ce que vous faites.
  13. O vous qui croyez ! quand vous allez entretenir le prophète en particulier avant de le faire, donnez quelque aumône, cela vous vaudra mieux et sera plus convenable ; mais, si vous n’en avez pas les moyens, Dieu est indulgent et compatissant.
  14. Hésiterez-vous à faire quelque aumône avant de vous entretenir en particulier avec le prophète ? Si vous ne le faites pas, ce que Dieu vous pardonnera, acquittez-vous au moins de la prière, payez l’aumône légale (le tribut), et obéissez à Dieu et à son apôtre. Dieu est instruit de ce que vous faites.
  15. N’as-tu pas remarqué ceux qui ont pris pour ami ce peuple contre lequel Dieu est courroucé[8] ? Ils ne sont de leur parti ni du vôtre ; quand ils font un serment, c’est à faux, et ils le font sciemment.
  16. Dieu leur a préparé un châtiment terrible, car leurs œuvres sont détestables.
  17. Ils se couvrent du manteau de leur prétendue foi, et éloignent les autres du sentier de Dieu ; mais un châtiment ignominieux les attend.
  18. Ni leurs richesses ni leurs enfants ne leur serviront de rien auprès de Dieu ; ils seront les victimes d’un feu éternel.
  19. Le jour où Dieu les ressuscitera tous, ils jureront, comme ils jurent devant vous, qu’ils croyaient ; ils s’imagineront que cela leur servira d’appui. Oh ! qu’ils sont menteurs !
  20. Satan s’est emparé d’eux et leur a fait perdre le souvenir de Dieu. Ils forment le parti de Satan ; c’est le parti de Satan qui est perdu.
  21. Ceux qui luttent contre Dieu et le prophète seront livrés au mépris. Dieu a écrit d’avance cet arrêt : J’aurai le dessus et mes envoyés aussi. Dieu est fort et puissant.
  22. Vous ne verrez aucun de ceux qui croient en Dieu et au jour dernier aimer l’infidèle qui est rebelle à Dieu et au prophète, fût-ce un père, un fils, un frère, un allié. Dieu a gravé la foi dans leurs cœurs, il(s) les inspire. Il les introduira dans les jardins de délices arrosés par des cours d’eau. Ils y demeureront éternellement. Dieu est satisfait d’eux, et ils sont satisfaits de Dieu ; ils forment le parti de Dieu : c’est le parti de Dieu qui doit prospérer.

  1. Le verset 1 explique l’inscription de ce chapitre. Le mot elmoudjadilè, que nous traduisons par plaideuse, signifie proprement : celle qui soulève une dispute.
  2. Voici à quelle occasion les versets l et 2 ont été révélés. Khaûla fille de Telaba, femme d’un Arabe nommé Aûs Ebn es-Samat, fut répudiée par son mari avec cette formule : « Que ton dos soit désormais pour moi comme le dos de ma mère ; » formule qui entraînait une séparation perpétuelle, et après laquelle on ne pouvait plus reprendre la femme répudiée. Elle vint trouver Mahomet, et lui demanda s’il ne lui était plus permis de rester avec son mari qui, malgré la répudiation, ne la forçait pas de quitter la maison. Sur les observations de Mahomet, que la formule en question impliquait une séparation complète et définitive, la femme désespérée, car elle avait des enfants en bas âge, se retira, et dans ses prières se plaignit à Dieu de son sort. Mahomet revint sur sa décision, et, s’autorisant de la relation contenue dans les versets 1-2, permit de reprendre les femmes répudiées même avec la solennité de ta formule citée plus, haut, en enjoignant toutefois de faire quelque offrande ou quelque œuvre de charité pour expier l’infraction du serment.
  3. C’était une manière solennelle de répudiation. Voyez le verset précédent.
  4. C’est-à-dire, en se servant de ces paroles : « Que ton dos soit désormais pour moi comme le dos de ma mère. » Voy. le vers. 1, note.
  5. C’est-à-dire, soit en petit, soit en grand nombre.
  6. Mot à mot : avec des paroles autres que celles par lesquelles Dieu te salue. Les commentateurs disent que les hypocrites et les infidèles, au lieu de saluer Mahomet avec ces mots : Es-selam aleïka, paix sur toi, disaient, comme par dérision : Es-sam aleïka, malheur sur toi.
  7. C’est-à-dire, dans les endroits publics, ou dans les maisons, partout où l’on se réunît et où l’on s’assied pour s’entretenir, faites place, écartez-vous, rangez-vous !
  8. Par le peuple contre lequel Dieu est courroucé, Mahomet entend les juifs. Voyez chap. I, vers. 6.