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Le Corset : étude physiologique et pratique/A3

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LES AVANTAGES DU CORSET ABDOMINAL

dans les ptoses des viscères abdominaux, dans les hernies ombilicales
les éventrations de la ligne blanche
et les déplacements de l’utérus[1]

Dans ma précédente étude sur le corset, je m’étais attachée surtout à faire ressortir la mauvaise disposition des corsets qui compriment l’épigastre et le thorax, et leur influence néfaste sur les appareils respiratoire, digestif et génito-urinaire.

Dans le but de soustraire les femmes aux maladies que les corsets occasionnent, j’avais préconisé l’usage d’un corset tout à fait différent des corsets ordinaires quant à ses rapports avec l’organisme, mais j’avais laissé dans l’ombre deux points qui ont cependant une réelle importance. C’est d’abord la possibilité de supprimer la ceinture hypogastrique, le corset abdominal devant en tenir lieu. La seconde question se rapporte au soutien des seins. J’admets qu’il est au moins inutile, sinon nuisible, qu’un vêtement tel que le corset puisse être destiné à cet usage.

Me basant sur ce que tous les appareils usités sont établis en dépit des lois de l’anatomie et de la physiologie, j’ai voulu obtenir des résultats absolument contraires à ce qui a été fait jusqu’à présent, c’est-à-dire retenir et fixer les viscères dans la place qui appartient à chacun d’eux. Nous avons tous observé que la paroi abdominale est insuffisante chez la femme non seulement à la suite de la grossesse, mais même en raison de la passivité que lui a imposée le port habituel du corset : il en résulte que les intestins, n’étant plus maintenus par la paroi abdominale, sont projetés en avant sous l’action de la pesanteur et laissent un vide que les viscères placés au-dessus d’eux ont une tendance naturelle à combler.

Renforcer la paroi abdominale et maintenir la masse intestinale dans sa position normale, tel était le but à atteindre et auquel je me suis attachée.

Le corset abdominal que j’ai proposé est organisé de telle sorte, qu’il prend appui en arrière sur le bassin et se continue en avant jusqu’à la partie inférieure du ventre, enveloppe complètement celui-ci et ne joue à la partie supérieure qu’un rôle très secondaire. En arrière, le corset s’appuie sur les os ; en avant, ce sont les viscères qui s’appuient sur le corset.

Pour arriver à obtenir une telle modification de cette partie si importante du vêtement féminin, il faut avant toute chose lutter contre les lois de l’esthétique actuellement en cours et habituer les femmes à l’idée d’avoir une saillie au lieu d’un creux à l’épigastre, ce qui est plus en rapport avec la forme normale de cette région. À mon sens, le terme de creux épigastrique devrait même disparaître des descriptions anatomiques.

Si l’estomac descend au-dessous de la taille, comme cela se voit habituellement, il augmente le volume du ventre et prend la place des intestins qu’il refoule en avant et en bas.

Si, au contraire, le creux épigastrique est supprimé par le fait de la présence de l’estomac, si, d’autre part, la paroi abdominale est maintenue dans sa position normale, l’équilibre se trouve rétabli.

L’indication précise consiste à enrayer, à supprimer la ptose stomacale, qui est la première étape et la cause du déplacement général des autres viscères. C’est ce qui est le plus difficile à obtenir chez la femme, cela est évident, et cependant en moins d’une année j’ai pu réunir 500 observations qui prouvent que ce résultat peut être atteint.

Le nom de corset abdominal, donné au type de corset que j’ai décrit, fait supposer que celui-ci est destiné à jouer un rôle actif dans la contention du ventre et à remplacer la ceinture hypogastrique. Le corset abdominal doit, en effet, en amener la suppression, il obéit aux mêmes lois que celle-ci.

La théorie de la ceinture est simple et tout à fait logique ; mais dans l’application, elle produit des effets complexes qui n’étaient peut-être pas prévus et qu’on ne saurait éviter. Si elle a été prescrite pour parer simplement au relâchement de la paroi abdominale, elle se montre insuffisante en raison de la hauteur trop faible qu’on lui donne et de sa direction oblique. Elle est, en effet, placée de telle sorte, que, si son bord inférieur s’appuie sur le pubis, son bord supérieur est projeté en avant sur un point plus ou moins éloigné de la position normale que la paroi abdominale devrait occuper. Cette obliquité dans sa direction est imposée par la nécessité de maintenir la ceinture en place sans l’emploi de moyens artificiels tels que les sous-cuisses. Par suite de cette direction anormale, les masses intestinales se trouvent projetées en avant vers la région ombilicale, ce qui est défavorable au fonctionnement intestinal et à l’élasticité de la paroi, laquelle prend une forme globuleuse et perd de sa contractilité à mesure qu’elle se distend. Le vide abdominal produit par le refoulement des intestins en avant augmente et favorise les ptoses.

La ceinture hypogastrique a le grand défaut de ne pas dispenser du port du corset, qui sera toujours nécessaire pour soutenir les jupes. Or, un corset, quel qu’il soit, s’il n’enveloppe pas entièrement le ventre, produit l’effet inverse, il s’appuie sur lui, même lorsqu’il n’est pas creusé en avant, ce qui est extrêmement rare. Dès lors, si la ceinture relève les viscères abdominaux, le corset les abaisse et les actions antagonistes de ces deux appareils réunis refoulent ces organes vers une région artificiellement créée qui se trouve en avant du point où ils doivent être normalement. La ceinture ne remplit donc pas complètement le but qu’on cherche à atteindre.

Le seul moyen de satisfaire aux conditions normales, c’est d’envelopper entièrement le ventre pour déterminer une pression uniformément répartie et de prolonger le corset au-dessus de la taille pour permettre de fixer les jupes sans exercer de constriction épigastrique.

La pression sera alors beaucoup moins oblique, mais elle s’exercera néanmoins de telle sorte que le ventre diminuera de volume. Les intestins sont obligés de reprendre leur position normale, ils disposent d’une place très grande pour se loger, car l’estomac quittant la situation qu’il occupait au niveau de l’ombilic, et quelquefois plus bas, vient se placer dans l’espace triangulaire que laissent en avant les fausses côtes en s’éloignant du sternum.

Un appareil ainsi constitué présente exactement les dispositions du corset que j’ai proposé. Il soutient le ventre, non point en amenant son contenu en avant, en distendant la paroi ; mais en ne laissant dans la cavité abdominale que les intestins, l’estomac demeurant maintenu à sa position normale : à l’épigastre.

Si l’on fait revêtir un corset abdominal tel que celui que je préconise, par une femme accoutumée à porter l’ancien corset thoracique et qu’on lui fasse ensuite endosser le corsage qu’elle portait auparavant, on se rend aisément compte du changement considérable apporté à l’attitude et aux lignes extérieures du sujet ; on constate immédiatement que le ventre a diminué de volume, s’est en quelque sorte effacé, les jupes se trouvent singulièrement allongées de ce fait. Sur le thorax, au contraire, qui a regagné son ampleur, le corsage présente un écart de plusieurs centimètres. Cette expérience, facile à réaliser, est la meilleure démonstration qui puisse être faite.

J’ai souvent eu l’occasion d’appliquer le corset abdominal dans des cas d’ectopies rénales et de hernies ombilicales. Ce corset maintient et relève le rein déplacé par deux procédés : d’une part, en le soutenant par le bas, et, d’autre part, en ne laissant subsister aucune constriction au niveau de l’épigastre ; la région supérieure de la cavité abdominale se trouvant libre, aucun obstacle ne s’oppose plus à la régression du rein.

Ce résultat est sensiblement meilleur que celui qu’on obtient avec une ceinture munie d’une pelote ; celle-ci, en effet, se déplace par glissement, sous l’influence des mouvements, remonte parfois au-dessus du rein au lieu de rester en dessous, et le rein se trouve alors dans des conditions plus mauvaises qu’avant toute intervention.

Enfin, j’ai pu observer deux cas de hernie ombilicale dans lesquels le corset abdominal a remplacé avec succès la ceinture avec pelote, car l’orifice herniaire est constamment demeuré vide de son contenu. Cela s’explique : le corset s’appuyant sur tout le ventre, d’avant en arrière, ne repousse pas les intestins vers l’ombilic, mais il les étale sur toute la surface correspondant aux insertions épiploïques.

J’ai dû constater également que la ceinture n’agit que très indirectement sur le plancher pelvien ; elle ne peut avoir aucune influence sur les déviations et le prolapsus de l’utérus, surtout si, ainsi que je l’ai indiqué plus haut, son action est contre-balancée par la pression épigastrique.

Lorsque l’estomac se trouve dans le ventre, il faut, pour lui réserver une place, ou que la paroi se distende d’une façon exagérée, ou que les viscères soient pressés vers le plancher pelvien, comme ils le sont dans tous les sens. Le soulèvement total aura certainement plus d’effet pour alléger la région pelvienne ; du reste, lorsqu’il existe des déviations ou un prolapsus de l’utérus, il sera toujours indispensable d’agir également par la voie vaginale.


J’ai suffisamment prouvé qu’un corset rationnel ne doit pas monter jusqu’aux seins, sous peine de perdre ses qualités ; un corset, quel qu’il soit, modifie la forme de la paroi antérieure du corps, le corset thoracique en l’incurvant, le corset abdominal en le redressant. Avec le corset thoracique, les seins, placés sur une surface presque verticale, ont une tendance à s’affaisser ; en outre, leur emprisonnement dans des goussets en tissu imperméable, souvent rigide, s’oppose à l’élimination des sécrétions sudorales, ce qui nuit à leur nutrition.

Le corset abdominal, en favorisant la fixité et en maintenant l’estomac, le foie et les reins vers le diaphragme, relève les fausses côtes et le sternum ; les seins se trouvent donc placés sur une surface moins inclinée, et, naturellement, ils sont mieux disposés pour résister à l’action de la pesanteur.

S’il arrive pourtant que des seins trop volumineux ou dont les tissus manquent de consistance réclament des moyens directs de contention, c’est à l’aide de brassières faites d’une étoffe fine et perméable et rattachées aux épaules, qu’il conviendra de fixer ces organes en les maintenant dans la région où ils doivent se trouver normalement.


  1. Tribune médicale, 1895.