Le Déclin du jour (O. C. Élisa Mercœur)

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Œuvres complètes d’Élisa Mercœur, Texte établi par Adélaïde AumandMadame Veuve Mercœur (p. 41-43).

LE DÉCLIN DU JOUR.
ÉLÉGIE.


 

Le trépas, ai-je dit ! Non, pour l’être sensible,
Qui voit sans nul remords ce moment destructeur,
C’est le déclin du jour, c’est un sommeil paisible
C’est le calme des puits, c’est le repos du cœur.

Élisa Mercœur
 

À tes regrets, ami, pourquoi mêler des pleurs ?
Tes pleurs en s’échappant retombent sur mon âme ;
De tes yeux pleins d’amour ils éteignent la flamme :
Oh ! qu’ils ne voilent plus tes regards enchanteurs !
Vois : le jour qui finit, de son dernier sourire
Colore faiblement les arbres du vallon :
          Qu’elle est douce, lorsqu’il expire,
L’incertaine lueur de ce pâle rayon !

Il meurt, l’ombre déjà rembrunit le feuillage,
Et le souffle du soir agite le ruisseau,
Dont le flot fugitif a balancé l’image
De ces fleurs que peignit le doux reflet de l’eau.
Mais le ruisseau demain rafraîchira les roses,
Elles retrouveront son mobile miroir
Et moi, comme les fleurs qui s’effeuillent écloses,
La Mort va me cacher sous les ailes du Soir.
J’ai froid, et je voudrais m’attacher à la vie ;
De ce cœur, pour t’aimer, ranimer la chaleur.
Tel, après ses adieux, un tremblant voyageur
Jette un dernier regard vers la douce patrie.
Quoi ! des larmes ?… toujours ?… en vois-tu dans mes yeux
Je suis bien faible, ami, j’ai pourtant du courage ;
On en devrait verser quand on meurt à mon âge ;
Moi, je ne pleure pas en regardant les cieux.
    Plaintif ruisseau, qui faiblement arroses
Ce gazon embaumé de suaves odeurs,
Près de tes bords cachés sous des touffes de fleurs
Qu’on doit bien sommeiller à l’ombre de ces roses !
    Lorsque pour toi s’éveillera le jour,
    Je dormirai seule dans le bocage ;
En attristant l’écho de tes soupirs d’amour,
Viens ici quelquefois rêver à mon image.
    Là, quand tes yeux me chercheront en vain,
Mon âme à tes soupirs descendra sur la terre ;
Tu la respireras ; et cette âme légère,
S’égarant dans ton souffle, ira brûler ton sein.

    Bientôt le mien, dont le feu s’évapore,
    Sera glacé par l’hiver du trépas :
Si demain, au vallon, tu m’appelles encore,
À tes accens, ami, je ne répondrai pas.
Le trépas, ai-je dit ! Non, pour l’être sensible
Qui voit sans nul remords ce moment destructeur,
C’est le déclin du jour, c’est un sommeil paisible,
C’est le calme des nuits, c’est le repos du cœur.
    Lorsque celui de ta plaintive amie,
Froid et silencieux, ne palpitera plus,
Caresse quelquefois, dans ta mélancolie,
Le souvenir des jours qui sont déjà perdus.
    En s’envolant, ma dernière pensée
Rêve un calme avenir, et la fille du Temps,
La Mort, auprès de moi déjà s’est avancée :
    Elle me nomme… Je l’entends…
Quoi ! tu vas entraîner, dans ta course cruelle,
Les songes de l’espoir, l’amour, le souvenir.
Ah ! si l’on n’aime plus quand ta voix nous appelle,
Laisse-moi vivre encor, je ne veux pas mourir.


(Mars 1826.)