Le Fondement de la morale/La question proposée par la Société Royale

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Traduction par Auguste Burdeau.
Baillière (p. vi).


La question proposée par la Société Royale


Voici les termes dans lesquels la Société Royale avait posé sa question, avec les préliminaires dont elle l’avait fait précéder.

« Quum primitiva moralitatis idea, sive de summa lege morali principalis notio, sua quadam propria eaque minime logica necessitate, tum in ea disciplina appareat, cni propositum est cognitionem του ήθικού explicare, tum in vita, partim in conscientiæ judicio nostro de actionibus, partim in censura morali de actionibus aliorum hominum ; quumque complures, quas ab illa idea inseparabiles sunt, eamque tanquam originem respiciunt, notiones principales ad το ήθικον spectantes, velut officii notio et imputationis, eadem necessitate eodemque ambitu vim suam exserant, — et tamen inter eos cursus viasque, quas nostræ ætatis meditatio philosophica persequitur, magni momenti esse videatur, — cupit Societas, ut accurate hæc questio perpendatur et pertractetur :

Philosophiæ moralis fons et fundamentum utrum in idea moralitatis, quæ immediate conscientia contineatur, et ceteris notionibus fundamentalibus, quae ex illa prodeant, explicandis quærenda sunt, an in alio cognoscendi principio ? »[1].

  1. L’idée primitive de la moralité, en d’autres termes la notion essentielle de la loi morale suprême, se manifeste, par une nécessité à elle propre, et tout autre que logique, en deux endroits : dans la science qui se propose comme objet de développer notre connaissance de la règle des mœurs ; et aussi dans la vie, soit par le jugement que la conscience porte sur nos propres actions, soit par l’appréciation morale que nous faisons des actions d’autrui. D’autre part, diverses idées, toutes essentielles, toutes ayant rapport à la règle des mœurs, et d’ailleurs inséparables de la précédente, d’où elles dépendent comme de leur principe (par exemple, l’idée du devoir et de la responsabilité), se manifestent avec la même nécessité et ont la même portée. Néanmoins, au moment où les esprits philosophiques d’aujourd’hui tentent tant d’expéditions, essaient tant de routes, il semble bien important de renouveler la discussion sur ce sujet. — Pour ces raisons, la Société souhaite de voir examiner et traiter à fond la question suivante :
      L’origine et le fondement de la morale doivent-ils être cherchés dans l’idée de la moralité, qui est fournie directement par la conscience (psychologique ou morale ? ) et dans les autres notions premières qui dérivent de cette idée, ou bien dans quelque autre principe de la connaissance ?