Le Grand Chef des Aucas/Chapitre 20

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
F. Roy (p. 106-113).
◄  XIX.
XXI.  ►

XX

LE MACHI — SORCIER


Le même jour, une tolderia située à cent vingt kilomètres d’Arauco, au milieu des montagnes, sur les bords du Carampague, était livrée à la plus grande agitation.

Les femmes et les guerriers, rassemblés devant la porte d’un toldo au seuil duquel un cadavre était exposé sur une espèce de lit de parade en branchages, poussaient des cris et des gémissements qui se mêlaient aux bruits assourdissants des tambours, des flûtes, aux accents lugubres et aux aboiements prolongés des chiens que tout ce tapage rendait furieux.

Au milieu de la foule, immobile aux côtés du cadavre, paraissant diriger la cérémonie, se trouvait un homme vieux déjà, de haute taille, revêtu d’un costume de femme, qui faisait des contorsions bizarres, entremêlées de hurlements.

Cet homme, d’un aspect farouche, était le machi ou sorcier de la tribu ; le mouvement qu’il se donnait, les cris qu’il poussait, avaient pour but de défendre le cadavre contre les attaques du génie du mal qui prétendait s’en emparer.

À un signe de cet homme la musique et les gémissements cessèrent.

Le génie du mal, vaincu par le pouvoir du machi, avait renoncé à lutter plus longtemps, et, de guerre lasse, abandonnait le cadavre dont il ne pouvait s’emparer.

Alors le machi se tourna vers un homme aux traits altiers et au regard dominateur, qui se tenait auprès de lui appuyé sur une longue lance.

— Ulmen de la puissante tribu du Grand-Lièvre, lui dit-il d’une voix sombre, ton père, le valeureux Ulmen qui nous a été ravi par Pillian, ne redoute plus l’influence du mauvais génie que j’ai forcé à s’éloigner, il chasse maintenant dans les prairies bienheureuses de l’Eskennane avec les guerriers justes ; tous les rites sont accomplis, l’heure de rendre son corps à la terre est arrivée !

— Arrêtez ! répondit vivement le chef, mon père est mort, mais qui l’a tué ? un guerrier ne succombe pas ainsi en quelques heures sans qu’une influence secrète ne se soit appesantie sur lui et soit venue sécher les sources de la vie dans son cœur ; réponds-moi, machi inspiré de Pillian, dis-moi le nom de l’assassin ? mon cœur est triste, il n’éprouvera de soulagement que lorsque mon père sera vengé.

À ces paroles prononcées d’une voix ferme, un frémissement parcourut les rangs de la population réunie et groupée autour du corps.

Le machi après avoir laissé errer son regard sur les assistants, baissa les yeux, croisa les bras sur sa poitrine et sembla se recueillir.

Les Araucans n’admettent qu’une seule mort, celle du champ de bataille ; ils ne supposent pas que l’on puisse perdre la vie, soit par accident, soit par maladie ; dans ces deux cas, ils attribuent toujours la mort à l’action du pouvoir occulte, ils sont persuadés qu’un ennemi du défunt lui a jeté le sort qui l’a tué. Dans cette persuasion, au moment des funérailles, les parents et les amis du mort s’adressent au machi afin qu’il leur dénonce l’assassin.


Le machi est obligé de le désigner ; en vain il chercherait à leur faire comprendre que la mort de leur parent est naturelle, leur fureur se tournerait immédiatement contre lui, et il deviendrait leur victime.

Dans cette dure alternative, le machi se garde bien d’hésiter ; le meurtrier est d’autant plus facile à désigner qu’il n’existe pas et que le sorcier ne craint pas de se tromper. Seulement, pour faire accorder ses intérêts avec ceux des parents qui réclament une victime, il désigne un de ses ennemis particuliers à la colère des parents ; lorsque, ce qui est rare, le machi n’a pas d’ennemis, il prend au hasard.

Le prétendu meurtrier, en dépit de ses protestations d’innocence, est immolé sans pitié.

On comprend ce qu’une semblable coutume a de périlleux, quelle influence elle doit donner au sorcier dans la tribu, influence, nous sommes obligé d’en convenir, dont il abuse sans le moindre scrupule dans toutes les circonstances.

De nouveaux personnages, au nombre desquelles se trouvaient Valentin Guillois et son ami, avaient fait leur entrée dans le village ; attirés par la curiosité, ils se mêlèrent aux groupes qui stationnaient devant le cadavre.

Les deux Français ne comprenaient rien à cette scène que leur guide leur expliqua brièvement, alors ils en suivirent les différentes phases avec le plus grand intérêt.

— Eh bien ! reprit l’Ulmen au bout d’un instant, mon père ne sait-il pas le nom de l’homme auquel nous devons demander compte du meurtre ?

— Je le sais, répondit le sorcier d’une voix sombre.

— Pourquoi donc le machi inspiré garde-t-il le silence lorsque le cadavre crie vengeance !

— Parce que, répondit le devin, en regardant cette fois bien en face le chef nouvellement arrivé, il y a des hommes puissants qui se rient de la justice humaine.

Les yeux de la foule se portèrent sur celui que le sorcier paraissait désigner indirectement.

— Le coupable ! s’écria l’Ulmen avec force, quel que soit son rang dans la tribu, n’échappera pas à ma juste vengeance ; parle sans crainte, devin, je te jure que celui dont tu prononceras le nom sera mis à mort !

Le machi se redressa, il leva lentement le bras, et au milieu de l’anxiété générale, il désigna du doigt le chef qui avait offert une si cordiale hospitalité aux étrangers, en disant d’une voix haute et vibrante :

— Accomplis donc ton serment, Ulmen, voici l’assassin de ton père ! Tangoil Lanec, — ravin profond, — lui a jeté le sort qui l’a tué.

Et le machi se voila la face avec un coin de son poncho, comme s’il avait été accablé de douleur par la révélation qu’il avait faite.

Aux terribles paroles du devin, un silence d’étonnement se fit dans le peuple.

Tangoil Lanec était le dernier de la tribu qu’on aurait osé soupçonner, il était aimé et vénéré de tous pour son courage, sa franchise et sa générosité.

Le premier moment de surprise passé, il s’opéra un grand mouvement dans la foule, chacun s’écarta du soi-disant meurtrier qui resta seul face à face avec celui dont on l’accusait d’avoir causé la mort.

Tangoil Lanec demeura impassible, un sourire de dédain glissa sur ses lèvres, il descendit de cheval et attendit.

L’Ulmen marcha lentement vers lui, et arrivé à quelques pas :

— Pourquoi as-tu tué mon père, Tangoil Lanec ? lui dit-il d’une voix triste, il t’aimait, et moi n’étais-je pas ton Penni ?

— Je n’ai pas tué ton père, Curumilla, — or noir, — répondit le chef, avec un accent de franchise qui aurait convaincu un homme moins prévenu que celui auquel il s’adressait.

— Le machi l’a dit.

— Il ment.

— Non, le machi ne peut mentir, il est inspiré de Pillian ; toi, ta femme et tes enfants, vous mourrez, la loi le veut ainsi.

Sans daigner répondre, le chef jeta ses armes et alla se placer près du poteau du sang, planté devant le toldo de médecine qui renferme l’idole sacrée.

Un cercle se forma, dont le poteau devint le centre ; la femme et les enfants du chef furent amenés ; on commença immédiatement les apprêts du supplice, les funérailles du chef ne pouvant avoir lieu avant l’exécution de son meurtrier.

Le machi triomphait.

Un seul homme avait, à plusieurs reprises, osé s’élever contre ses dilapidations et ses fourberies, cet homme allait mourir et le laisser maître absolu dans la tribu.

Sur un signe de Curumilla, deux Indiens s’emparèrent du chef, et malgré les pleurs et les sanglots de ses femmes et de ses enfants, ils se mirent en mesure de l’attacher au poteau.

Les deux Français avaient assisté au spectacle de ce drame infâme. Louis était révolté de la fourberie du machi et de la crédulité des Indiens.

— Oh ! dit-il à son ami, nous ne pouvons laisser accomplir ce meurtre.

— Hum ! murmura Valentin en caressant les crocs de ses moustaches blondes et en regardant autour de lui, ils sont nombreux.

— Qu’importe ? reprit Louis avec feu, je ne veux pas être témoin d’une pareille iniquité, dussé-je périr, j’essaierai de sauver ce malheureux qui nous a offert si franchement son amitié.

— Le fait est, dit Valentin d’un ton pensif, que Tangoil Lanec, comme ils le nomment, est un honnête homme pour lequel j’éprouve une vive sympathie ; mais que pouvons-nous ?

— Pardieu ! s’écria Louis en saisissant ses pistolets, nous jeter entre lui et ses ennemis, nous en tuerons toujours bien chacun cinq ou six.

— Oui, et les autres nous tueront, sans que nous réussissions à sauver celui pour lequel nous nous serons dévoués ; mauvais moyen, trouvons autre chose.

— Hâtons-nous, le supplice va commencer. Valentin se frappa le front.

— Ah ! dit-il tout à coup avec un sourire goguenard, la ruse seule peut nous servir, laisse-moi faire, mon ancien métier de saltimbanque va, je crois, nous venir en aide, mais au nom du ciel jure-moi bien de rester calme.

— Je te jure, si tu le sauves.

— Sois tranquille, à fourbe, fourbe et demi, je vais prouver à ces sauvages que je suis plus fin qu’eux.

Valentin poussa son cheval au milieu du cercle.

— Un moment, dit-il d’une voix forte.

À l’apparition imprévue de cet homme, que personne n’avait encore remarqué, chacun se retourna et le regarda avec surprise.

Louis, la main sur ses aunes, suivait avec anxiété les mouvements de son ami, prêt à voler à son secours.

— Ne plaisantons pas, continua Valentin, nous n’avons pas le temps de nous amuser, vous êtes des imbéciles et votre machi se moque de vous. Comme vous y allez, vous autres ! vous n’y regardez pas à deux fois pour tuer un homme ! Caramba, je me suis fourré dans la tête de vous empêcher de faire une sottise, et nous allons voir !

Et posant le poing sur la hanche, il promena sur l’assemblée un regard intrépide.

Les Indiens avaient, suivant leur coutume, écouté cet étrange discours, sans faire un geste qui témoignât de leur surprise.

Curumilla s’approcha :

— Que mon frère pâle se retire, dit-il froidement, il ignore les lois des Puelches, cet homme est condamné, il mourra, le machi l’a désigné.

— Vous êtes stupides ! fit Valentin en haussant les épaules, votre machi est sorcier comme je suis Aucas ; je vous répète qu’il se moque de vous, je vous le prouverai si vous voulez.

— Que dit mon père ? demanda Curumilla au machi, qui se tenait froid et immobile aux côtés du cadavre.

Le devin sourit avec dédain.

— Quand les blancs ont-ils dit la vérité ? répondit-il en ricanant ; que celui-ci prouve s’il le peut ce qu’il avance.

— Bon ! reprit l’Ulmen, le Muruche peut parler.

— Pardieu ! s’écria le jeune homme, malgré l’imperturbable assurance de cet individu, ce n’est pas difficile de vous prouver qu’il est un imposteur.

— Nous attendons, fit Curumilla.

Les Indiens se rapprochèrent avec curiosité.

Louis ne comprenait pas où son ami voulait en venir ; il devinait qu’une idée biscornue lui était passée par la cervelle et était aussi impatient que les autres de savoir comment il se tirerait à son honneur de l’obligation qu’il venait de prendre.

— Un instant, dit le machi avec assurance, que feront mes frères si je prouve, moi, que mon accusation est vraie ?

— L’étranger mourra, dit froidement Curumilla.

— J’accepte, répondit résolument Valentin.

Mis ainsi en demeure de s’expliquer, le Français se redressa, fronça les sourcils, et grossissant sa voix :

— Moi aussi, dit-il, je suis un grand médecin !

Les Indiens s’inclinèrent avec déférence.

La science, des Européens est parfaitement établie parmi eux, ils la respectent sans la discuter.

— Ce n’est pas Tangoil Lanec, continua le Français avec aplomb, qui a tué le chef, c’est le machi lui-même.

Un frémissement d’étonnement et de crainte parcourut l’assemblée.

— Moi ! s’écria le sorcier avec étonnement.

— Vous-même et vous le savez bien, répondit Valentin en jetant sur lui un regard qui le fit tressaillir.

— Étranger, dit Tangoil Lanec avec une suprême majesté, il est inutile de vous interposer en ma faveur, mes frères me croient coupable, tout innocent que je suis, je dois mourir.

— Votre dévouement est superbe, mais il est absurde, lui répondit Valentin,.

— Cet homme est coupable, appuya le machi.

— Finissons-en, reprit Tangoil Lanec, tuez-moi.

— Que disent mes frères ? demanda Curumilla, en s’adressant à la foule qui se pressait anxieuse autour de lui.

— Que le grand médecin Muruche prouve la vérité de ses paroles, répondirent les guerriers tous d’une voix.

Ils aimaient Tangoil Lanec et désiraient intérieurement qu’il ne mourût pas.

D’un autre côté, ils avaient pour le machi une haine que la terreur profonde qu’il leur inspirait suffisait à peine à leur faire dissimuler.

— Très bien, reprit Valentin en descendant de cheval, voici ce que je propose.

Chacun se tut.

Le Parisien dégaina son sabre et le fit étinceler aux yeux de la foule.

— Vous voyez ce machete, dit-il d’un air inspiré, je vais me l’enfoncer dans la bouche jusqu’à la poignée, si Tangoil Lanec est coupable, je mourrai ; s’il est innocent, comme je l’affirme, Pillian m’aidera et je retirerai le sabre de mon corps sans avoir souffert aucune blessure.

— Mon frère a parlé comme un guerrier courageux, dit Curumilla, nous sommes prêts.

— Je ne le souffrirai pas, s’écria Tangoil Lanec, mon frère veut-il donc se tuer ?

— Pillian est juge, répondit Valentin avec un sourire d’une expression indéfinissable et un air de conviction parfaitement joué.

Les deux Français échangèrent un regard.

Les Indiens sont de grands enfants pour lesquels tout spectacle est une fête ; la proposition extraordinaire du Parisien leur sembla sans réplique.

— L’épreuve ! l’épreuve ! crièrent-ils.

— Bien, dit Valentin, que mes frères regardent.

Il se mit alors dans la position classique adoptée par les saltimbanques, lorsque sur les places ils se livrent à cet exercice, puis il introduisit dans sa bouche la lame du sabre, et, en quelques secondes, l’y fit disparaître tout entière.

Pendant l’exécution de ce tour de force, qui pour eux était un miracle, les Puelches regardaient le hardi Français avec terreur, sans oser même respirer ; ils ne comprenaient pas qu’un homme accomplît une pareille opération sans se tuer immédiatement.

Valentin se tourna de tous les côtés, afin que chacun fût bien certain de la réalité du fait, puis, sans se presser, il retira la lame de sa bouche, aussi brillante que lorsqu’il l’avait sortie du fourreau.

Un cri d’enthousiasme s’échappa de toutes les poitrines.

Le miracle était évident.

— Un instant, dit-il, j’ai encore quelque chose à vous demander.

Le silence se rétablit.

— Je vous ai prouvé, n’est-ce pas, d’une façon irrécusable, que le chef n’est pas coupable ?

— Oui ! oui ! s’écrièrent-ils en tumulte, le visage pâle est un grand médecin, il est aimé de Pillian.

— Très bien ! maintenant, ajouta-t-il avec un sourire narquois à l’adresse du sorcier, il faut que votre machi prouve à son tour que je l’ai calomnié et que ce n’est pas lui qui a tué l’Apo Ulmen de votre tribu. Le chef mort était un guerrier renommé, il doit être vengé !

— Oui ! dirent les guerriers, il doit être vengé !

— Mon frère parle bien, observa Curumilla, que le machi fasse l’épreuve.

Le malheureux sorcier se vit perdu ; il devint livide, une sueur froide inonda ses tempes, un tremblement convulsif agita ses membres.

— Cet homme est un imposteur, grommela-t-il d’une voix éteinte, il vous abuse.

— Peut-être ! en attendant, imitez-moi ! dit Valentin.

— Tenez ! fit Curumilla en remettant le sabre au machi, si vous êtes innocent, Pillian vous protégera de même qu’il a protégé mon frère.

— Caramba, cela est certain, Pillian protège toujours les innocents, et vous allez en être la preuve, dit le Parisien, chez lequel l’esprit du gamin reprenait le dessus.

Le machi jeta autour de lui un regard désespéré.

Tous les yeux exprimaient l’impatience et la curiosité.

Le malheureux comprit qu’il n’avait de secours à attendre de personne.

Sa résolution fut prise en une seconde.

Il voulut mourir comme il avait vécu, en trompant la foule jusqu’à son dernier soupir.

— Je ne crains rien, dit-il d’une voix ferme, ce fer sera pour moi inoffensif. Vous voulez que j’accomplisse l’épreuve, j’obéirai ; mais prenez garde, Pillian est courroucé de votre conduite envers moi, l’humiliation que vous m’imposez sera vengée par de terribles fléaux qui vous accableront.

À ces paroles de leur voyant, les Puelches tressaillirent, ils hésitèrent ; depuis longues années ils avaient l’habitude d’ajouter foi entière à ses prophéties, ce n’était qu’avec crainte qu’ils osaient l’accuser d’imposture.

Valentin devinait ce qui se passait dans le cœur des Indiens.

— Bien joué, murmura-t-il en répondant par un clignement d’yeux au sourire de triomphe du machi, à mon tour maintenant : Que mes frères se rassurent, dit-il d’une voix haute et ferme, aucun malheur ne les menace, cet homme parle ainsi parce qu’il a peur de mourir, il sait qu’il est coupable, et que Pillian ne le protégera pas.

Le machi lui lança un regard empreint de haine, saisit le sabre, et d’un geste prompt comme la pensée, il fit disparaître la lame dans sa gorge.

Un flot de sang noir s’échappa de sa bouche, il ouvrit les yeux d’une façon démesurée, agita les bras convulsivement, fit deux pas en avant et tomba sur la face.

On s’empressa autour de lui, il était mort.


− L'Églantine des Bois ! s'écria-t-il avec joie ; ma sœur se souvient-elle encore du pauvre Indien ?

— Que l’on jette ce chien menteur aux vautours, dit Curumilla, en le poussant du pied avec mépris.

— Nous sommes frères à la vie, à la mort, s’écria Tangoil Lanec en embrassant Valentin.

— Eh bien ! dit en souriant le jeune homme à son ami, je ne m’en suis pas mal tiré, hein ? Tu vois qu’il est bon dans certaines circonstances d’avoir un peu essayé de tous les métiers, puisque celui du saltimbanque même peut servir au besoin.

— Ne calomnie pas ton cœur, répondit Louis avec chaleur, en lui serrant la main, tu as sauvé la vie à un homme.

— Oui, mais j’en ai tué un autre.

— Celui-là était coupable !